7 States

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14 mai 2013, 13:28

Aujourd’hui laissez-moi vous raconter mes différents voyages aux états-unis d’Amérique.

Je m’y suis rendu 7 fois dans ma vie, je peux avoir une vision assez claire de ce pays.

Tout d’abord, je suis allé à Tampa. Tampa est située au cœur d’une région dédiée aux loisirs. Epcot center, le « paradis » des enfants, où l’on doit faire la queue des heures pour donner à des enfants ayant soif de connaissance du rêve de plastique. La vision donnée aux visiteurs des pays étrangers y apparait totalement stéréotypée comme si le temps s’était arrêté 30 ans en arrière. Dans le but de me faire plaisir, mes hôtes m’ont invité dans le restaurant « français » pour me rappeler mon bon pays. J’avoue ne pas avoir très bien saisi le rapport entre la nourriture servie et celle que l’on peut trouver dans n’importe quelle brasserie de quartier de n’importe quel coin de France.

Le musée de Cap Canaveral, dédié à la conquête spatiale. Des phallus géant érigés à la gloire du dieu argent, le rêve d’un ciel sombre. Des bouts de métal exhibés, fruit du travail d’une élite avec un budget illimité où la moindre partie de métal pourrait faire vivre pendant toute une année une ville entière d’Afrique.

Atlanta, au cœur de l’Amérique ségrégationniste. Ici, ça lave plus blanc à n’en point douter Ca sent le propre, tout est bien rangé. Les blancs d’un côté, les noirs de l’autre. Oh, ils n’ont pas à se plaindre, ici, monsieur, on a plus le droit de leur donner du bâton! Tout du moins pas en public. Et puis ils vous disent merci quand on leur donne un boulot salement payé. C’est bon pour eux le travail, ils ne sont rien que des fainéants de toute façon. M’en vais leur raconter l’histoire du pays de l’oncle Sam, ici on court pas dans la brousse, on a des vrais flingues d’homme et on sait s’en servir ! Mais je m’emporte, on pourrait médire sur mes propos. Le qu’en dira t-on… C’est ça qui nous tue nous autres, on peut plus vraiment faire comme avant. Comme quand on les pendait aux arbres pour l’exemple. J’ai gardé la capuche blanche de l’ancien, on sait jamais. A vous qui êtes comme moi je peux bien raconter tout ça, vous me comprenez vous ! Et puis laissez-moi vous faire visiter le temple du bon dieu de chez nous. Coca-Cola que ça s’appelle. La meilleure boisson du monde. Tellement bonne, qu’on veut  pas vous dire ce qu’il y a dedans. C’est secret. Faudrait pas que ces foutus jaunes nous la piquent. Ils savent rien faire que copier. Ah si seulement on avait pu la gagner cette guerre ! Il n’y a pas eu assez de gosse brulé au napalm pour qu’ils comprennent ? Heureusement qu’il y a l’agent orange, même quand on est plus là, ça agit encore. Mais je m’égare mon bon monsieur ! Si ça se trouve dans le tour du monde des saveurs de la boisson divine, vous allez bien y trouver celle que l’on leur envoie. Eh oui, parce que nous, on pense à tout, à chaque pays sa recette. On a pas tous la même langue, faut s’adapter. Mais je vais devoir vous laisser…

Eh, dis-moi petite fille,  quelle âge as-tu ? 11 ans ! Et pourquoi tu te maquilles comme ça ? C’est maman qui m’a montré, elle sait bien y faire maman, tu veux que je te montre ? Non, pas besoin. Et tu fais ça depuis longtemps ? Depuis toujours ! Maman est fière de moi ! Regarde la photo, c’est moi au concours des minis miss, que je suis belle et bien maquillée ! Quand je serai grande je serai connue, et je gagnerai plein d’argent ! Mais tu vas où ? Ah non pas dans la piscine ! Je vais le dire ! Je vais le dire ! Sors de l’eau ! C’est interdit ! Tu n’as pas le droit ! Tu sais, j’ai 17 ans, je sais nager depuis tout petit, j’adore l’eau et je peux faire le tour sans respirer. M’en fiche ! Tu n’as pas le droit ! Je vais le dire ! Je vais le dire ! Ah ben ! Voilà les parents qui rentrent ! Ouh ! Ca va mal se passer pour moi. J’comprends pas, j’ai juste plongé dans la piscine, il faisait si chaud et je n’avais rien à faire à part la garder cette maudite gosse. Ils veulent me causer. Je me prends un savon. La gamine est fière, elle a gagné, elle a raison.

Nan, décidément, c’est pas cette Géorgie qui me restera en mémoire. Elle me plait pas cette Géorgie toute blanche, toute haineuse. J’veux m’en aller ! Laissez-moi partir ! Et puis je comprends rien à votre base-ball, il se passe rien, je m’ennuie, des heures à applaudir, 15 mn pour taper dans sa balle, et encore c’est pour l’envoyer au bout de son nez. J’étouffe !

Boston. Il parait qu’ici, c’est la plus belle ville des états-unis. Forcément, on vous dit tout comme vous devez faire ici. Pas de fumée, pas d’alcool, ici, y’a rien qui dépasse de la bouche ou de la main. Souriez, vous êtes cernés. Et puis on vous dit comment penser aussi. Il faut bien.

New-York, la big apple. Ici, on peut tout voir. De la misère la plus crasse. Des limousines à n’en plus finir qui passe devant. L’été, la clim elle marche à fond, si tu lèves la tête, y’a comme un brouillard au-dessus. Ici, tu n’es rien si t’as rien. Moi, j’ai osé l’impensable, j’ai dépassé les limites, j’ai corrompu le système. J’ai mis tout par terre avec nonchalance. J’ai osé sourire à un pauvre type habillé de guêtres que la foule dense ne voit même plus. Surpris, il m’a dit un « Thank you » que j’entends encore.

Avec mon pote, on a raté le train pour grand central, une heure à attendre !  On aurait pu dire tant pis, mais c’était sans compter sur le grand dadais. Il nous a fait un caprice. Vous comprenez, il faut absolument y aller maintenant. Mais tu sais, on peut attendre sans toi, on va s’en remettre. Non, qu’il fait. Alors le gars du taxi de la gare de banlieue sent la bonne affaire. Il nous propose de nous emmener à Grand Central pour 100 dollars. A 5, ça va aller, c’est pas la place qui manque dans la ricaine. Ça m’arrange pas trop 20 dollars, mais bon…

C’est un tape-cul cette bagnole, elle est aussi vieille que le type. Eh ben ! Il y en a des bretelles. Comment il reconnait la bonne ? Moi, je pense surtout que le tacot il a jamais rien fait que des allers retours de 1 miles entre le campus et la gare, faire de l’autoroute, c’est tout nouveau pour lui, surtout que le gars il est pressé de faire sa course. L’italien, il va surement lui lâcher un billet en plus. Houlà ! Voilà que ça fume sous le capot ! Obligé de quitter la highway. En plein Harlem on est. Ca fume vraiment beaucoup là. La bagnole vient mourir contre le trottoir et se vide d’un liquide poisseux sur la chaussée. Le type est désemparé, mais quelle idée il a eu ! Rien à faire, elle est morte. Il nous demande 50 dollars, il a bien gagné sa journée ! L’est tout de même bien gentil, il nous appelle un taxi. Il commence vraiment à stresser, c’est Harlem ici. Ici, on fait rien que passer par-dessus, on la voit pas la crasse et la misère. On les voit pas les yeux injectés d’héroïne de la p’tite vieille qui pousse son caddie plein de canettes en verre. Elle le poussera jusqu’en enfer son maudit caddie ! Vociférante. Insultes à la ronde. Si c’est ça le taxi, j’avoue je vais passer mon tour. Et puis, le rital il fait moins le malin avec son appareil photo autour du cou. Ici, on en tuerait pour beaucoup moins que ça. C’est pas les gens d’ici qui me font le plus peur, c’est lui, un vrai phare à emmerdes ! Moi j’m’en fous j’ai qu’un jean et un tee-shirt avec Bo Jackson devant et derrière. Bo, c’est leur héros à ces gens-là. Il se rapproche de moi, c’est mon ami maintenant. Si tu veux vraiment être mon ami, tu pourrais peut-être enlever ton zoom de ton bide, ça pourrait jaser.

San Diego ? La jolie carte postale, c’est gran’pa qui va être content, surtout avec la jolie demoiselle, avec son si petit maillot. Instant de grâce de ce créateur de génie, superposant l’image avec raffinement avec une plage bétonnée et y ajoutant un slogan que n’aurait pas renié les plus grandes plumes de la littérature française. En un mot : La class !

Mais si on y vient à San Diego, c’est pas pour le charme de son centre-ville, de ses plages ou de son bar PMU de Sunset beach… A moins que je ne confonde avec La Ciotat.

Non, vous pensez bien, cette ville perdue tout au bout du bout, que pourrait bien venir y faire ? Vous ne savez pas ? Pas un indice ? Ce bout de bout pour les ricains, c’est aussi le bout du bout des mexicains. Les deux bouts qui se côtoient, ça donne toujours des cohabitations particulières.

D’un côté la majorité à 21 ans, que si t’as pas ta carte, ou que tu n’as pas 21 ans tu peux rester chez toi. Rigolent pas avec ça. Your ID please. On prend soin de notre jeunesse.

Les mexicains, eux, ils ont pas les mêmes préoccupations pour leurs enfants. Peuvent rouler bourrés à 18 ans, de toute façon ils ont pas de bagnoles. S’en foutent tellement de leurs gamins qui les laissent dealer à la frontière aux yeux de tous. 10$ la cartouche, monsieur ! Allez ! S’il te plait ! Allez je te la fais à 5$. (mon récit date du début des années 90)

Quand t’es mineur là-bas d’ailleurs, t’es tout de même plus chanceux quand tu es un garçon, t’as pas à vendre ton corps au moins. Au moins ça leur fait du pognon, et puis quoi ? Elles auraient fait quoi sinon ? Serveuses ? Mais on vient pas au Mexique pour boire des coups, on vient pour les tirer ! Cela dit, je serais pas contre une petite bouteille de sky dans la boite, histoire de se détendre. Tu as soif ? Attends, je te prends une bouteille aussi ! Nan, nan, c’est pour moi, au prix où c’est, pas un grand sacrifice, et pis ça me fait plaisir, parce que bon les mexicaines sont cochonnes mais pour ce qui est de la causette elles sont plutôt limitées, depuis le temps elles auraient pu apprendre l’anglais. Si elles y mettent pas un peu de bonne volonté…

Hey ! Qu’est-ce qui s’passe ? Par ici la sortie messieurs ! Il y a peut-être 15 000 personnes qui d’un seul coup sont dirigées vers la sortie. Voilà, qu’en moins de 5 mn on se retrouve dehors. Le bruit court qu’on aurait trouvé une mineure. Et donc ? Semblerait que parfois la police mexicaine s’énerve un peu. Encore un qui a pas eu assez de dessous de table. Allez, allez, calmez-vous. Bon, eh bien il va falloir trouver une autre boite pour finir la nuit, dommage c’était vraiment la plus grande.

En route pour L.A. Ah oui, ça la route, tu vas en bouffer ! Et pas qu’un peu ! La carte complète de France des autoroutes tu peux bien réussir à la faire rentrer rien qu’en Californie. Pour ceux qui se plaignent des embouteillages parisiens, ils n’ont qu’à venir prendre l’autoroute principale. Le genre d’endroit où 100 km de bouchons ça peut t’arriver comme ça, sans prévenir, en pleine semaine à une heure creuse, et sur 5 voies encore, s’il vous plait. La situation est tellement insoluble, qu’ils sont venus avec la meilleure des idées : Ils vont doubler la highway en rajoutant un étage au-dessus. Qui a parlé de transports en commun ? Voyons ! Vous n’y pensez pas ! Et l’american dream dans tout ça ? A tous les coups on voudrait bafouer notre premier amendement ! Non non et non ! Moi je reste tout seul dans mon pIck up et pied au plancher entre les feux ! 7,5 litres, ça c’est une vraie cylindrée ! C’est pas les japonais qui sauraient faire de si belles mécaniques.

Si tu quittes la highway, tu vas rouler des heures en ville, ici y’a jamais de campagne. Tu peux essayer de compter le temps entre deux fast-foods de la même enseigne, il demeure invariablement immuable. Y’a ptêt guerre que l’ordre dans lequel ils sont alignés qui peut varier. Et encore. Ca pourrait perturber. Y’en a un, tu le repères à l’odeur. Avant même qu’il tombe sous les mirettes, y’a comme une odeur nauséabonde qui traine dans l’air. A priori, ça ressemblerait à de l’huile de friture. Et puis le machin t’arrive en pleine pogne. Au début tu crois que c’est une barrière de péage. Une petite boite rectangulaire sous le cagnard encadrée par deux files de bagnoles de part et d’autres. Comment une odeur aussi puissante peut provenir d’un endroit aussi rabougri ? On se rapproche. Humm… Mon rêve américain vient de partir en chute libre. Ils sont trois là-dedans. 3, 4 mètres carrés tout au plus. Dans un coin une pile de pain aussi haute que le bonhomme. Dans l’autre, la pile de steack. Quand je vois l’atmosphère à l’intérieur, c’est là où je me dis qu’on voit les origines britanniques qui ressortent. La nostalgie du fameux fog londonien. Et ça débite, et ça débite ! L’attaque des clones.

Vous pouvez tout essayer en matière de restauration rapide, y’en a pour tous les ulcères, mais celui-là, il fallait oser. J’ai pas osé toucher aux frites. On est jamais trop prudent.

 Celui qui vient à Vegas, reste à Vegas qu’on m’a dit les yeux pétillants d’admiration pour cette ville. J’avoue que j’aurais préféré rester là où j’étais en premier lieu. En fait il s’agit-là plutôt d’une erreur de traduction. Il faudrait plutôt dire : Ce qui arrive à Vegas, ne sort pas de Vegas. Si tu traines un peu trop tes yeux sur la silicone, on aura vite fait de te faire miroiter le reste. Mais pour ça, mon gars, c’est payant. Laissez-moi vous raconter la technique : pas très intéressé par les machines à sous, tu traines au rez-de-chaussée. Et puis voilà que tu pénètres dans la quatrième dimension. Deux jumelles suédoises viennent te parler. Il te faudrait un sécateur dans la main pour arriver à te persuader que tu es dans la réalité. Au bout de quelques minutes, constatant l’état limité de nos finances, elle nous balade jusqu’à un chauffeur de taxi et s’en vont, nous laissant dans les yeux plein de petites étoiles. Le chauffeur entre en action, il nous propose 50 dollars si on l’accompagne dans un bar d’hôtesses. Le pauvre, s’il avait su combien pingre nous étions ! Il rentre avec nous, touche sa commission et s’en va en laissant son numéro pour le rappeler quand nous repartons. Les tarifs ? Il vaut mieux pas savoir. Ici, la fille te parle pas sans avoir au moins vu un billet de 50. Et t’as intérêt à avoir beaucoup d’imagination si tu n’en as pas une petite collection parce que c’est tout ce que tu feras. Quand t’as pas le choix, tu regardes, personne viendra t’ennuyer, ils attendent que tu craques. Au bout d’un moment, forcément, on se lasse. Le type rapplique. Il nous donne encore l’argent pour payer l’entrée, mais cette fois, les filles sont moins jolies, la déco est vulgos. Ca sent le discount.

Et là, on a basculé dans le surréaliste : On a traversé à pied la moitié de la ville pour rentrer. Les rares gens qui trainaient dans la rue ont bien du se demander ce qui nous arrivait.

A Vegas, la nuit, c’est très agréable de se promener, il fait très bon et personne vient t’ennuyer.

A un moment, je me suis demandé si la terre n’était pas plate. Comment expliquer cette atmosphère de fin du monde qui règne autour de San Francisco. On dirait que tout s’arrête là, derrière les nuages. Plus rien que le vide et le silence. Et cette ville, enlacée en permanence par la brume, comme un raccourci vers l’Europe. On se sent chez soi, tout redevient à dimension humaine. Toute cette route pour revenir au point de départ.

Ce qu’on retient des gens ? Bien loin de la grisaille des cœurs européens, ils savent que la générosité n’est pas un vain mot. Il est si triste de les savoir condamnés à l’ignorance et à l’autarcie.

Oui, le peuple américain est un peuple de gens admirables.

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