La cour carrée – 17 Janvier 2012

La cour carrée – 17 Janvier 2012

Anachronisme de Mehdi Ouridjel Photographer © Tous droits réservés.
Stephan Pain·mardi 9 février 2016  20 lectures
J’espère que Mehdi, que j’ai connu chez les indignés, s’il venait à passer par ici, ne me tiendra pas rigueur de lui avoir emprunté cette photo qu’il a postée le lendemain de cette aventure. Elle signifie tant de choses pour moi.
Il y a de cela trois années, je vous disais qu’un jour je raconterai ma journée du 17 Janvier 2012. Ce jour est venu. Je pense m’être suffisamment libéré de mes contraintes pour pouvoir m’exprimer sans aucune retenu dans les seules limites de mes capacités de rédaction.
Depuis le début de l’année 2012, j’ai bien évidemment vécu énormément de choses, rencontré énormément de gens. Je crois qu’en ce temps, j’ai du rattraper en temps de parole, tout ce que j’avais consommé dans le reste de ma vie. Aussi, il m’est impossible de me souvenir de tous les détails et de tous les noms. Parfois quand je parcours mes archives, je peux me replonger dans cette fabuleuse histoire. Mais une chose est sûre, le début du mois de Janvier 2012 restera gravé dans ma mémoire. Le mois de Décembre fut une lente montée en pression. Un confortable fauteuil de bureau, une table à hauteur réglable faisant office de table basse ou de bureau, trouvés dans la rue, et me voilà prêt à écrire. Au début, c’est mon ordinateur qui sort de veille qui réveille le couche-tard que j’étais, tous les matins vers 5h. Quoi de mieux pour m’énerver alors que je suis en plein sommeil? Puis ensuite, je me suis réveillé par moi-même et des idées me venaient en tête. Plein d’idées. Le texte se formait peu à peu dans mon esprit, phrase par phrase. Et puis lorsque tout était bien en place, je me levais, je descendais m’installer à mon tout nouveau bureau et je rédigeais. Généralement, cela durait une heure. Puis je me recouchais. Cela a duré comme ça pendant quelques temps. Plusieurs matins par semaine. Ces textes ne sont pas sur Facebook car je n’y venais pas encore. Ils s’inscrivent dans une espèce de réflexion sur le monde et sur la métaphysique. Je me dirigeais à grand pas vers Dieu. Et puis, Khalifa déboule chez moi le 24 Décembre au soir. Je commence à trouver toutes ces coïncidences très curieuses et ma vie avait pris une tournure toute singulière. Envahi de question, je décidais d’en parler au seul croyant de mon entourage: mon demi-frère. Mais il ne répond pas au téléphone. Deux jours plus tard, comme souvent, j’étais dans le métro pour aller voir un film en plein après-midi. Perdu en plein milieu de Paris. Et là, j’entends: “Stephan!” Il s’agissait de Claire, la soeur de la femme de mon frère. Elle était rentré dans le même wagon et se tenait juste à coté de moi au moment où elle m’a reconnu. Je ne pouvais pas trouver meilleur référence religieuse à ce moment là, tout simplement. Nous sommes tous les deux stupéfaits, mais elle l’est encore plus lorsque je lui raconte ma petite histoire et mon réveil à la foi. Nous discutons un moment sur le quai de la gare. Nous parlons d’euthanasie et de fin de vie (elle est médecin gériatre). Nous décidons de nous revoir. Le 9. En attendant, quelques jours plus tard, je me rends à Beaubourg pour un rendez-vous indignés. Il y a une dame en rouge chez les indignés dont je me suis toujours tenu éloigné. Ce jour-là, pour une raison que j’ignore, nous faisons connaissance et elle m’emmène dans un bar au hasard des rues alors que le groupe se disperse. Il s’agit d’un bar “sataniste”. Deux autres amis à elle viennent nous rejoindre, un garçon et une fille. Me voilà accompagné de trois anges. Véritablement. Au bout de quelques temps, trois personnes s’invitent à notre table. L’un se présente comme un suprémaciste racialiste, tandis que le couple ne semble obsédé qu’à l’idée d’une seule chose: convaincre l’autre fille de faire un plan à trois. Le suprémaciste tient des propos tellement hallucinant que je n’ai pas d’autre choix que d’en sourire. Avec le recul, j’ai réalisé que j’avais assisté ce soir-là, à un combat entre des anges et des démons. Là sous mes yeux. J’étais neutre. Simple spectateur. Autant fasciné par la douceur et la gentillesse des uns que par la monstruosité des autres. Surtout fasciné par la radicalité de l’opposition. Il me semble que c’est ce soir là que j’ai basculé vraiment. Je le sentais au plus profond de moi. Ce rôle d’arbitre m’allait comme un gant. Cette idée hallucinante qui m’était venu en tête ne me semblait plus, au regard de ce que je vivais, plus du tout déplacée. Mais entre une idée et la réalité, il y a un pas. Et une fois que nous avons quitté les lieux, sous le regard dépités des trois démons, je me suis retrouvé dans le RER avec le deuxième ange féminin: Nathalie. Me voilà obligé de dire son nom et vous allez comprendre pourquoi car Allah a vraiment un humour hors-norme. A vrai dire, je n’en pouvais plus, je devais me confier à quelqu’un. Et quitte à le faire, autant le faire avec des gens aussi barrés que moi. Je lui dis: “Voilà, il faut que je te dise qui je pense être.” Elle m’écoute et lorsque je lui annonce, elle me répond par un “Oui.” Un ange me croit sans me poser de question.
Quelques jours plus tard, je comprends la blague. En effet, j’avais découvert une chanson amusante qui parlait des catholiques quelques années plutôt. Je pensais que le refrain signifiait:” Ne dis pas non, oh mais si!” Vous conviendrez que cela ne voulait pas dire grand chose. Mais peu m’importait, puisque je focalisais sur les couplets. Cette fois-là, je pris connaissance des paroles et du fameux jeu de mot. Je fus pris d’un mélange d’amusement et de fascination. Voici le lien vers la vidéo. Savourez. Bien évidemment, on ne peut saisir la pleine portée de cette blague qu’en se rappelant que Nathalie signifie “Nativité du sauveur. Tout simplement. Détail dont l’auteur de la chanson n’a eu certainement que faire!
Ensuite, j’ai vu Claire, le neuf. Clair et neuf? Ah, les jeux de mots… Un grand moment là aussi. Mais ne n’ai pas osé lui dire tout en le suggérant fortement.
Ensuite est venu la nuit du Jeudi 12 au Vendredi 13. Voici le texte.
Le lendemain, dimanche, mon premier véritable contact avec les arbres. Au début, je rigolais. Communier avec les arbres? Ce n’est pas sérieux. Et puis j’ai essayé et je fus bouleversé. A ce moment là, j’étais très exalté. Je ne m’arrêtais plus de réfléchir et de parler.
J’avais mis en pratique la théorie de l’énergie spirituelle. Je diffusais des informations autour de moi grâce à mon chakra frontal. Du moins, c’est ce que j’imaginais faire par déduction. Torah, amour et Coran était les trois mots que j’utilisais. Les trois étape majeures de la Révélation. Et j’observais la réaction des gens. Le samedi, j’ai marché dans les rues en faisant résonner en moi le mot amour. Et c’est avec un grand étonnement, que je constatais, malgré le froid, que tous les gens se mettaient à se parler dans la rue. Je n’avais jamais vu une telle ambiance. Avec le recul, il est fort possible que ce soit tout simplement un miracle de Dieu. Je ne faisais alors qu’invoquer l’amour sur les gens de sa part.
Arrive cette fameuse journée du 17. Tout commence sur le parvis de la Défense. Là où, au fond, tout a commencé. Au moment où je me positionne pour faire résonner Torah, amour et Coran, dans mon esprit, la cloche de l’église voisine sonne. Je ne l’avais jamais entendu auparavant malgré toutes les heures passées là. Il est exactement midi et la journée la plus folle de ma vie va commencer. Me voilà parti dans Paris. Je fais les tours des monuments muni de mes trois mots. Je marche des heures, je prends le métro. Le jour commence à tomber au moment où je quitte Notre-Dame, endroit ô combien symbolique. Je me rends vers l’étape ultime de mon périple: l’axe historique. Au fur et à mesure que j’avance, je sens comme une sorte d’énergie qui exerce une pression sur moi. Sur la poitrine, pour me faire avancer droit devant moi. Sur le flanc pour me faire tourner d’un coté ou de l’autre. Sur les lombaires pour me faire stopper et me maintenir à l’arrêt. Quand je devais passer à l’action, je sentais de l’énergie dans mes mains. A partir de ce moment, ces sensations ne vont pas cesser jusqu’à la fin de la soirée. J’arrive enfin au Louvre. Je suis alors au coeur de Paris. Jusqu’ici, les trois mots sont restés dans ma tête. Personne n’a entendu le son de ma voix. Personne ne m’a remarqué au milieu de la foule. Je ressens alors que je vais donner de la voix. J’approche de la pyramide. J’entends une musique. (Très longtemps plus tard, j’ai appris que l’homme venait jouer tous les soirs à cet endroit sans avoir aucune idée de la raison qui le poussait à cela. Quelque soit le temps et la distance qu’il parcourait à vélo.)
C’est un violoncelle. L’homme joue dans l’entrée de la Cour Carrée. Il joue à la perfection une musique hors du temps. L’instant est magnifique, onirique. Je monte les marches et passe devant lui. Je comprends que c’est là le but de mon voyage. Toutes les conditions sont réunis pour faire de ce moment, un moment immense.
Il fait nuit, il fait froid. La cour est déserte. Je commence à me chauffer la voix. Torah! Amour! Coran! Une première fois tout doucement.
Torah! Amour! Coran! Un peu plus fort, tout en insistant sur Coran.
Torah! Amour! Coran! Toujours un peu plus fort. La musique ne s’est toujours pas arrêté à quelques dizaines de mètres de moi. Cette fois, je prends une profonde inspiration et de toutes mes forces, je hurle comme jamais je n’ai hurlé: Toraaaah! Un bref instant pour reprendre mon inspiration et Amouuuur!
Il n’en reste qu’un. Je vais puiser au plus profond de mon être. Et là, un son irréel, qu’il me parait impossible de sortir par ma bouche emplit tout l’espace de la cour et peut-être même au delà. Coraaaaaaan!
Ça y est. C’est fait. Le monde a basculé dans le nouveau paradigme.
Je repasse devant le musicien, je descend les marches et je lui tire la révérence. Il s’arrête de jouer et me regarde, stupéfait. Bien entendu, je n’ai pas cessé d’être guidé par l’énergie. Elle me fait stopper non loin du Carroussel. Il y a deux hommes qui sont là. J’entends une voix dans ma tête qui me dit: “Regarde!” Je regarde donc en direction des deux hommes, intrigué, m’attendant à assister à quelque chose d’extraordinaire. Ils se mettent à faire des abdominaux. La voix reprend “Tu dois maigrir!” (le mois suivant, j’ai fait un jeûne de 5 jours et j’ai perdu 5 kilos). (C’est le seul moment en 4 ans où j’ai pu entendre une voix.) Je reprends ma route, direction la Concorde. Les Tuileries sont fermées la nuit. Cette marche le long des quais m’a paru une éternité. J’arrive devant la grande roue. Il y a du monde. Cette fois, ce sera plus théâtrale. Je rejette ma capuche en arrière, je me chauffe la voix: Torah! Amour! Coran! Devant des gens médusés. Quelqu’un m’applaudit. Cette fois, c’est bien ma voix qui est sorti de ma bouche, j’ai fait clairement la différence. Je me la suis d’ailleurs cassé à ce moment là. Je reprends ma route rapidement. Toujours comme agrippé par cette force sur ma poitrine. Je rentre dans le métro. Ligne 1 puis ligne 13. Impossible de savoir où je vais. Parfois la force me fait stopper pendant de long moment à certains endroits. Je suis bien incapable de savoir pourquoi. Je commence à être épuisé de cette course folle. Mes lombaires commencent à être très douloureuses. Je tourne dans les rues. Et puis, me voilà arrivé à hauteur d’un bar. La force me tire à l’intérieur. Il s’agit d’un bar brésilien. Peu de monde. Je ne passe pas inaperçu. Je suis hébété. Ne sachant pas ce qui va se passer, je suis bien incapable d’expliquer au barman ce que je fais là. Mais mon interrogation va être de courte durée: une peinture recouvre tout le mur face au comptoir:
Le Christ rédempteur de Rio.

O Corcovado – 14ème
Je suis arrivé au terme de mon voyage initiatique. La force me laisse et je rentre chez moi. Je m’écroule sur le siège du métro. Il m’est alors impossible de raconter tout cela en détail sans passer pour un fou dans les jours qui ont suivi. Le lendemain est d’ailleurs difficile. Si j’étais exalté, certains ont tout fait pour me faire quitter cet état. Mais c’est une autre histoire.
Je suis heureux de rendre cette histoire publique. Je n’ai plus peur.
Bienvenue. Paix sur toi.
(Il est fort possible que j’étoffe mon récit ultérieurement, vous imaginez bien que ne sont ici que les moments les plus forts)

Laisser un commentaire