Parle haut

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15 septembre 2013, 21:41

 De chaque évènement de notre vie, nous pouvons tirer des enseignements. Que ces expériences aient été bonnes ou mauvaises, qu’elles aient été ponctuelles ou longues, sans conséquence ou déterminantes pour notre destin. Ces enseignements, une fois interpretés, peuvent s’avérer de précieux outils pour construire le futur. A condition d’acquérir la bonne clef de lecture.

C’est ainsi que, par analogie, l’enseignement divin ne peut se comprendre qu’en considérant l’ensemble de la Révélation et non en focalisant sur un seul prophète.

Aujourd’hui je vais replonger il y a 10 ans de cela. Je vivais dans la Somme. J’avais répondu à une offre de poste de contractuel en lycée en tant que professeur de construction mécanique. Je fus pris immédiatement, sans même un entretien, à mon grand étonnement. Le poste en milieu rural, nécessitant de faire 35 km de route départementale ou bien de se lever à 5h du matin pour attraper l’un des deux TER du matin, ne faisait réver personne.

Bien évidemment, je n’avais aucune expérience dans l’enseignement et je n’ai bénéficié d’aucune formation préalable. Je fus jeté dans l’arène sans autre forme de procès.

Je n’ai pas tardé à être dévoré tout cru par les lions.

Je ne vais pas ici traiter du sujet de la pédagogie. Il est certain que les adolescents sont soucieux de la qualité intellectuelle de leurs professeurs, ainsi que de leur fermeté en matiére de discipline. Ils testent l’un et l’autre domaine constamment.

Le professeur est la personne clef dans l’établissement. Il est le lien entre l’administration bien souvent déconnectées des réalités, le rectorat, les élèves, les parents mais aussi le personnel non-éducatif. En clair, il est le seul à comprendre réellement la machine éducative dans son ensemble.

Avec le recul, je peux affirmer que ma propre orientation scolaire n’a pas vraiment été optimisée. Mes carences personnelles avaient empiété sur ma maturité et je ne faisais donc pas parti de ceux sur lesquelles le système misait. J’ai pu rattraper en suivant une classe préparatoire aux grandes écoles mais le mal était fait. Si j’avais pu réfléchir sereinement à mes capacités, ma carrière aurait surement été très différente.

L’honneur est sauf, mon nom figura dans le journal Le Monde à la rubrique des résultats des concours d’admission aux grandes écoles. Gloire éphémère.

En dehors de l’élite de nos classes surchargées, la masse grouillante des élèves est rangée soigneusement dans les cases qui conviennent. Peu importe les désidérata et les réelles compétences de chacun.

Le centre d’information et d’orientation, le fameux sanctuaire des brochures ONISEP, était situé à Amiens, la ville d’où je venais tous les matins. Autant dire que peu d’élèves s’y étaient rendu.

Si hélas, ma personnalité m’empêchait d’avoir une emprise sur l’ambiance de la classe, je compensais par mes connaissances. C’était donc le « bordel » dans mes cours mais les jeunes respectaient mon savoir. Vous pourriez être tenté de penser que cela devrait être tout le temps le cas. Eh bien non. Ce fut une première découverte de cette triste réalité.

Assister à un conseil de classe de l’autre coté fut mon expérience la plus enrichissante. Se rendre compte de la portée du cynisme de l’éducation nationale en matière d’orientation fut l’occasion d’une réelle prise de conscience.

Enfin je pouvais voir ce qu’aucun élève ne pouvait voir.

A la sortie de la seconde, les filières sont remplies selon un système de quota. Les erreurs d’orientation, qui peuvent être imputables  à un manque d’information, sont légions, notamment dans les filières technologiques.

C’est ainsi que certains vont ainsi se voir être réorientés depuis une classe d’enseignement industriel vers du tertiaire. Du cambouis à l’ordi.  Comme si des personnes sur le point de devenir adulte changeaient de nature magiquement en quelques mois.

Mais ceux-ci sont les plus chanceux. Car pour les moins chanceux la sanction est bien plus sévère et beaucoup plus vicieuse. L’administration va les dégager « par le haut ».

En effet, au lieu d’être réorientés, les élèves, en semi-échec, vont tout de même passer en terminale. Le but, clairement avoué, est la non-obtention du Bac, afin de les faire quitter l’établissement, ou bien son obtention mais avec des dossiers si mauvais que les perspectives ultérieures sont considérablement réduites. L’important est ainsi de se dégager de toute responsabilité quant à leur futur.

J’étais outré. Ecoeuré.

Passée la période des conseils de classe, j’assurais la surveillance du Bac. Un élève de première faisant parti du groupe des perturbateurs, vint me voir avec un grand sourire.

Il me tutoya. Je n’ai rien dit car je savais que je n’aurai plus cours avec lui et que je réalisais que ce tutoiement était en réalité une forme de respect à mon égard: il ne me considérait pas comme un « vieux con ».

Il était heureux car, contrairement à ses amis réorientés, il passait, malgré ses résultats insuffisants, en terminale.

Il m’était impossible de lui dire la vérité et je feignais l’approbation.

Il me souhaitait de bonnes vacances et s’éloignait tandis qu’intérieurement j’étais anéanti.

J’ai compris récemment que  l’Islam pouvait obéir aux mêmes principes. Il y a parmi les musulmans, des groupes qui se forment, composés de musulmans de naissance et d’autres qui se sont converti dans une démarche belliciste.

Ces groupes sont généralement appellés islamistes.

Par leurs positions, ils sont persuadés d’être au plus proche du très haut. Ils sont motivés par le martyr et le « Djihad ». Ceux-là même qui combattent en Syrie par exemple.

L’Islam est une grâce pour ceux qui arpentent le sentier de Dieu.

Mais Dieu sait aussi se débarrasser de ses plus farouches adversaires en les éliminant par le « haut ». Il va donc faire le don de l’Islam à ceux qui, exclus du système et revanchards, vont trouver un moyen de donner libre cours à leur rancoeur en faisant couler le sang du camp « d’en face ».

Nul personne à blâmer, pas même Dieu, ce n’est que leur interprétation qui est la cause de leur propre perte.

Chacun reste donc maitre de son propre destin.

Ne vous lamentez plus sur ceux qui partent ou pronent le Djihad. Ne tentez pas de leur faire changer d’avis. Ne vous épuisez pas en vaines palabres. Vous ne pouvez plus rien pour eux.

Ils partent en pensant aller vers le plus haut alors qu’ils s’excluent d’eux-mêmes. Ceux qui les légitiment, comme certains médias se prétendant musulmans, certains prédicateurs, auront à répondre tôt ou tard de leurs paroles.

Ceux d’entre les enfants d’Israël qui ont, il y a 2000 ans, refusé que le royaume ne soit que céleste, ont suivi le fils du mensonge Bar Kessiva (surnommé Bar Kokhba, Kessiv signifie mensonge). Ils se sont égarés dans une bataille perdue d’avance et ont entrainé Israël dans leur perte. L’empire romain, responsable de sa disparition, chuta à son tour plusieurs siècles plus tard.

L’histoire n’est qu’une répétition de cycles de plus en plus courts.

Ainsi soit-il.

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