Guerre et peste

Guerre et peste

Aujourd’hui, nous allons nous attaquer à un mythe particulièrement résistant car sa perpétuation bénéficie à deux clans opposés. En effet, l’expansion particulièrement rapide de l’Islam dans le premier siècle de l’Hégire serait dû aux seuls faits d’armes des musulmans. Cette thèse convient naturellement aux musulmans modernes puisqu’elles accréditent l’idée d’un Islam conquérant et dominateur dont l’étape finale serait la venue du Mahdi, le chef de guerre capable de conquérir le monde entier pour préparer le Khalifa du messie, sorte de chef d’un nouvel ordre mondial islamique. De l’autre, toute une ribambelle de groupes identitaires se réclamant de la chrétienté lorsque cela les arrange, ainsi que des catholiques authentiques considérant l’Islam comme une religion diabolique, qui valident pleinement la conquête par les armes puisqu’elle conforte leur propagande d’un Islam barbare et inhumain. Nous remarquerons que chaque groupe est prompt à déshumaniser celui qui ne lui ressemble pas.
A vrai dire, peu de différence entre eux. Et si l’on devait faire un bilan en matière de barbarisme, l’Europe remporterait la partie tant elle a fait montre d’une grande inhumanité dans sa conquête de ce qu’elle nommait abusivement “le nouveau monde”. Il est grand temps de balayer toutes ces idées reçues, qui, j’ai pu m’en rendre simplement compte au travers de discussions, ont la vie dure.
Pour comprendre la véritable raison de la facilité d’expansion des troupes musulmanes, il ne faut pas se tourner vers les livres islamiques. Si dans le passé, la vérité était le moteur de la rédaction de l’histoire islamique, ce n’est plus le cas à présent. En lieu et place, ce n’est plus que propagande servant une idéologie bien précise qui voit son accomplissement dans “l’Etat islamique” actuel. Et ce n’est pas par une débauche d’armes plus ou moins sophistiquées, dans une volonté puéril de manifester sa toute puissance, que ce monstre sera détruit, mais par la Parole. Quant aux malins, ici en France, qui verraient là une occasion de se targuer de vivre dans un pays “démocratique” et responsable, apte à incarner l’autorité du monde entier en matière de morale, je leur rappellerais simplement qu’une grande majorité des “djihadistes” en Syrie ne sont que le pur produit de notre société malade, élites intellectuelles en tête. L’Islam détourné de son sens n’est qu’un outil idéologique entre leurs mains, pas une cause.
Si en écrivant l’histoire, on peut déformer la part de responsabilité de chacun, il est un domaine qui laisse peu de place à l’imagination: la peste. La peste fait peu de cas de ses victimes. Hommes ou femmes, enfants ou vieillards, riches ou pauvres, lorsque la mort vient frapper à la porte, nul ne peut résister. Ainsi, au beau milieu du 6ème siècle, en Égypte, se déclare la peste de Justinien. En quelques décennies, elle va se répandre dans tout le bassin méditerranéen. Son pic durera jusque vers 592, soit moins de 20 ans avant le début de la révélation du Coran. Selon les estimations, il s’agit de 30 à 50% de la population qui est touchée. Certaines villes vont être vidées de ses habitants. Si la maladie tue les adultes, elle compromet également sur le long terme la perpétuation des nouvelles générations. Voilà pourquoi il est quasi impossible d’établir un bilan précis. On rapporte que dans un pays comme le Maroc, la démographie ne revint au niveau où elle était avant l’épidémie qu’au 19ème siècle, soit 13 siècle plus tard. L’empire romain fut durement touché, et donc, la chrétienté. L’empire Perse, son ennemi, fut affaibli également.
Pendant ce temps, en Arabie, bénéficiant d’un climat chaud et sec et d’une grande dispersion géographique, les arabes furent épargnés. Il est important de savoir que les premières batailles de l’Islam furent très peu meurtrières. Il s’agissait de batailles entre clans. La seule bataille comprenant une alliance entre plusieurs clans fut la bataille de la tranchée. Or, celle-ci fut gagnée d’une part grâce à la stratégie amenée par Salman al farisi (le perse), et surtout grâce à la tempête qui s’abattit sur les coalisés et scella l’issue de la bataille. Tout croyant y verra la main divine. Les croyants apprirent dans l’épreuve qu’ils ne devaient pas uniquement la victoire à leur capacités au combat.
C’est donc dans cet esprit, et affrontant des adversaires profondément affaiblis par le passage de la peste peu de temps avant, que l’expansion de l’Islam se fit. Lorsque Omar arrive en Palestine sous domination byzantine en 639, l’épidémie fait rage (peste d’Emmaüs).
Voilà de quoi détruire le mythe. Et surtout redonner à la Révélation tout son sens, comprendre ses articulations, notamment celle de la période post-messianique avec la période coranique. L’opposition pacifisme/belliciste est beaucoup moins marquée. Surtout lorsque l’on considère que les guerres judéo-romaines, particulièrement sanglantes, qui on vu les différentes factions juives s’entretuer durant les premier et deuxième siècles de l’ère chrétienne, font parti intégrante et sont indissociables du ministère messianique.
Dans la perspective d’une analogie d’échelle, de la Cité et sa région, nous sommes passé à l’empire méditerranéen, entre l’histoire des bani Israïl et des bani Ismaïl, nous allons nous intéresser à un moment clef de la Révélation:
2.58  » Et [rappelez-vous] lorsque Nous dîmes : « Entrez dans cette ville, et mangez-y à l’envie où il vous plaira ; mais entrez par la porte en vous prosternant et demandez la « rémission » (de vos péchés) ; Nous vous pardonnerons vos fautes si vous faites cela et donnerons davantage de récompense pour les bienfaisants. Mais les injustes substituèrent à ces paroles d’autres, et pour les punir de leur fourberie, Nous leur envoyâmes du ciel un châtiment avilissant. « 
A la lecture des livres qui ont suivi la Torah, nous sont décrit des batailles interminables et violentes avec les populations de Palestine. Les bani Israïl se sont eux-aussi fabriqué un passé de gloire militaire pour asseoir leur légitimité. La propagande est la première arme de toute guerre depuis la nuit des temps. Ce verset nous décrit une arrivée humble dans la Cité sainte, bien loin de la mythologie guerrière. La dernière phrase confirme la supercherie inscrite dans ces livres. Nous percevons bien le changement d’échelle dans l’analogie entre les deux révélations d’écritures fondatrices et le comportement similaire de ceux qui écrivent l’histoire parmi chaque nation.
C’est alors qu’il nous faut réfléchir. Si l’entrée des bani Israïl a été si facile, c’est parce que la main divine avait préparé le terrain. Or, qu’avons-nous à notre disposition dans le Coran? Les Aad et les Thamud sont des tribus arabes. Sodome a été détruite il y a bien longtemps. L’épisode coranique qui semble convenir est celui de Madyan. Cette cité est d’ailleurs étroitement liée au destin de Moïse, paix sur lui (voir notes). En effet, comme nous l’avons vu dans la Phase, il est le dernier épisode en date avant le ministère de Moïse, paix sur lui, car Chouayb, paix sur lui, n’aurait certes pas manqué de mentionner un prophète de cette importance lorsqu’il énumère ces prédécesseurs et les peuples dans lesquels ils vécurent (Co 11.89). Les exégètes musulmans ont d’ailleurs avancé qu’il n’était autre que le Jéthro (de Madyan) de la Bible. Mais parce qu’ils considèrent les Juifs et non les Samaritains, comme leur pieux prédécesseurs, ils ont fait de Jérusalem, la Cité où entrent les bani Israïl, au lieu de Sichem. Or, dans le livre de Josué, cet épisode se situe bel et bien à Sichem, puisque c’est la cité où ils font Alliance avec Dieu. Encore une fois, il est tout à fait possible d’échafauder une théorie alternative en prétendant que Madyan est Jérusalem ou bien que Jérusalem a été “préparée” par Dieu dans un épisode non décrit par le Coran. Il n’en reste pas moins que le Coran est clair sur le fait que le mont Sinaï et la Cité sont étroitement liés. Chacun peut y réfléchir et exercer son libre-arbitre. Par contre, nulle personne qui lit cela ne pourra dire qu’elle n’a pas eu accès à cette hypothèse ou que le sujet est secondaire. Il ne l’est pas et vous le savez très bien. L’acquisition et la transmission de la vérité est un devoir pour tout croyant.
Pour ceux qui sont toujours prompts à demander des preuves, la compréhension de l’analogie entre les deux nations soeurs apporte donc un nouvel éclairage sur le rétablissement de l’identité de la ville sainte des bani Israïl, troisième lieu saint de l’Islam: Sichem.
Pour des explications plus détaillées, notamment les versets concernés, lire “la Phase”, dont cet article n’est en réalité qu’une annexe explicitant le lien de causalité entre le ministère de Chouayb et la facilité de l’entrée des bani Israïl dans la Cité.
Notes: La perception de la peste comme volonté divine. Article: La perception de la peste en pays chrétien byzantin et musulman
Dans le Coran, le peuple d’Egypte

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