Hexagone

Hexagone

Dernières modifications le 6 décembre 2015·6 minutes de lecture
Ils s'embrassent au mois de Janvier,  Car une nouvelle année commence,  Mais depuis des éternités  L'a pas tell'ment changé la France.

En Mai 2012, au soir de l’élection de Hollande, c’est en chantant les paroles d’Hexagone, que je connaissais encore par cœur malgré les années, que je me faisais plein d’amis et que je rencontrais les gens du DAL (Droit Au Logement) non loin de la Bastille. C’était la fête, tout le monde était heureux. Seulement voilà, j’étais fraichement converti à l’Islam et lorsque j’eus le malheur d’évoquer la question de la foi, certains furent pris d’une crise de rejet violent.

Le vote en Islam?
Rendez à la République, ce qui est à la République. Et à Dieu, ce qui est à Dieu.
Ceci est un avis théologique et non un avis de citoyen croyant.

Ce dimanche matin, j’ai été réveillé bien avant fajr par une atroce douleur au milieu du dos. J’ai bien essayé différentes positions, mais rien n’y faisait. Et lorsque l’on est couché sur le dos, il est difficile de mieux soulager la douleur. Je me levais donc et m’allongeais sur la moquette. Pas mieux. J’eus alors une espèce d’intuition et je partis faire mes ablutions. Une courte récitation, un roukou rapide et me voilà au sol. Je cherche alors la meilleure position possible. Celle qui fait partir le mal principalement, mais qui s’avère être la plus confortable car je commence à comprendre la raison réelle de cette situation. Il ne s’agit là que de l’aboutissement d’une réflexion et d’une recherche.

L’Islam, en tant qu’aboutissement spirituel, aspire à procurer la paix. Or, la prière, telle qu’elle est pratiquée m’a toujours paru un obstacle à la paix. Car pour obtenir la paix intérieure psychique, il faut être en paix avec son corps. Et pour être en paix avec son corps, il faut en apaiser les tensions. Cette succession de mouvements rapides auxquels j’assiste dans les mosquées me fait souvent penser à de la gymnastique. Je n’ai jamais compris cette surenchère dans les prosternations. Comme si de leur nombre dépendait la qualité de la connexion à Dieu. Depuis bien longtemps maintenant, je ne fais que deux séries de prosternations le matin. Mais ces deux rakats peuvent me prendre une bonne demi-heure. Il me semble que c’est la voie à suivre si l’on aspire à la paix intérieure. Ensuite, les postures adoptées ne me semblent pas naturelles. Le repliage des orteils induit une contracture dans la jambe. Ce n’est pas du tout confortable et pas du tout naturel. Et cette posture totalement tordue entre deux prosternations, avec le pied droit martyrisé. La question fondamentale que l’on doit se poser est: Doit-on souffrir pour montrer sa soumission? Un verset nous répond:

Coran 48.29 (…) Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant la grâce d’Allah et de la satisfaction (riḍ’wānan). Leurs visages sont marqués par la trace (athari) laissée par la prosternation. (…)

Riḍ’wānan n’est pas muni d’un pronom possessif. Il est donc logique de penser qu’il ne s’agit pas de la recherche de la satisfaction d’Allah mais bien de la recherche de la satisfaction de soi (qui est donc indéterminée). Il convient donc de chercher l’adéquation corps-esprit. Tandis que athari désigne généralement dans le Coran, les pas suivis d’une personne. Il ne s’agit donc pas de traces matérielles. Ici, la trace laissée est l’apaisement, la quiétude qui se lit sur le visage. C’est d’ailleurs la compréhension (athari) qu’en donne ibn Kathir.

Je vais vous décrire la prière telle que je l’ai pratiqué aujourd’hui, dans la perspective d’apaiser les tensions du corps dans toutes les phases.

  • Tout d’abord, la récitation doit s’effectuer avec les pieds en position légèrement écartés, les doigts vers l’extérieur. Le buste doit être droit. Les épaules vers l’arrière. Les bras le long du corps, relâchés. Le menton légèrement rentré, en essayant de placer l’arrière de la tête dans le prolongement du dos. Tout simplement la position des chanteurs.
  • Ensuite, le roukou. Pencher le buste en avant avec les mains qui descendent sur les jambes sans s’y accrocher. Les jambes se tendent vers l’arrière afin de les préparer à les comprimer lors de la prosternation.
  • Pour descendre en prosternation, éviter les mouvements brusques et traumatisants pour le dos ou les genoux. Un bon mouvement ne doit émettre aucun bruit. Trop souvent, c’est un concert de corps qui tombent lourdement lorsque le plancher de la mosquée est en bois. Une véritable catastrophe, qui, répétée tout au long de la vie, peut avoir des conséquences. Il faut donc descendre en gardant le dos le plus droit possible, puis poser les mains en souplesse, et enfin poser les genoux.
  • La prosternation en elle-même. Tout d’abord les pieds doivent être dans le prolongement de la jambe, posés à plat et non en appui sur les pointes. Les genoux vont s’écarter du buste pour permettre de respirer tandis que les pointes de pied se touchent. Les fesses sont alors beaucoup plus basses que lors de la prosternation classique et ainsi, le dos est à l’horizontal. Cette position a la particularité d’étirer la colonne vertébrale et ainsi de soulager les douleurs, surtout celles des lombaires. Les avant-bras touchent le sol entièrement. Le bout des doigts se touchent, tandis que les coudes se retrouvent au même écartement que les genoux. Enfin, le front n’est plus soumis à une pression excessive sanguine due à la différence de hauteur du buste et mécanique due au fait d’être un appui à part entière pour le corps (apparition de marques sur le front de certains croyants trop en appui sur leurs fronts, justifiée par une mauvaise interprétation de 48.29).
  • Entre chaque prosternation, en phase assise, veillez à conserver le dos droit. Vous réaliserez alors qu’il vous faut remonter les mains sur le haut des cuisses et écarter les coudes pour être en position de confort.

Le temps vous paraitra prendre une autre dimension. Après avoir prononcé vos invocations, cherchez à taire votre esprit: la prière est un moment de discussion avec le Seigneur. Un échange. Cela signifie que vous devez lui laisser la Parole à un moment donné. Pas évident lorsque l’on a pas l’habitude. Écoutez. Écoutez.

Une fois dans cette position, vous réaliserez que votre corps décrit un hexagone.
Et que votre front est sur Paris.

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