La parabole des Noces

La parabole des Noces

Suite à une question dans les commentaires de l’article sur le « bon Samaritain », je me suis vu contraint  de rédiger un véritable article traitant du sujet abordé. Il faut savoir qu’au moment où j’ai découvert cette question, je m’étais installé devant mon ordinateur pour achever le traitement d’un point théologique concernant les bani Israïl dans la sourate « al isra ». C’est en m’appliquant à décrypter la parabole des noces que j’ai réalisé le lien étroit entre celle-ci et le passage clef  que j’étudiais, de la sourate 17.

Lire « Le bon Samaritain »: https://www.facebook.com/notes/stephan-pain/le-bon-samaritain/10153452304887645?pnref=story

Evangile selon Matthieu, chapitre 22, versets 1 à 14:

Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invités aux noces; mais ils ne voulurent pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs, en disant: dites aux conviés: voici, j’ai préparé mon festin; mes bœufs et mes bêtes grasses sont tués, tout est prêt, venez aux noces. Mais, sans s’inquiéter de l’invitation, ils s’en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son trafic; et les autres se saisirent des serviteurs, les outragèrent et les tuèrent. Le roi fut irrité; il envoya ses troupes, fit périr ces meurtriers, et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs: les noces sont prêtes; mais les conviés n’en étaient pas dignes. Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. Ces serviteurs allèrent dans les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, méchants et bons, et la salle des noces fut pleine de convives. Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’avait pas revêtu un habit de noces. Il lui dit: mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces? Cet homme eut la bouche fermée. Alors le roi dit aux serviteurs: liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

Poursuivons donc dans notre entreprise de déconstruction de la pensée chrétienne. Après avoir rétabli le sens originel de la parabole du bon Samaritain et démenti l’universalité de la mission messianique, il convient d’effectuer le même travail sur la parabole des Noces, qui, si on l’aborde avec le même prisme peut sembler appuyer une théologie donnant au christianisme une portée universelle. Cette parabole se situe juste après celle sur les vignerons. Pour lire mon explication, rendez-vous ici: https://www.facebook.com/notes/10151623488907645/

Fort de cette compréhension: changement de peuple de l’Alliance, dénonciation de l’illuminisme et de la connaissance, nous voilà prêt à aborder cette parabole. Car, s’il y a changement de peuple, il s’agit bien toujours de faire alliance avec Dieu. A cela, les chrétiens se sont décrétés dans une nouvelle Alliance avec Dieu. Il y a un problème, et il est de taille: cette Alliance n’est plus basé sur un ensemble de textes législatifs. Il a donc fallu légitimer cette nouvelle forme d’alliance par la théologie. 

Comme bien souvent, les docteurs de la foi chrétienne ont arasé bien des notions présentes dans la paraboles des Noces. A force de s’opposer au littéralisme, ils conceptualisent des mots pourtant bien concrets. Le point clef dans le contresens est le principe de Noces en lui-même. Dans la théologie chrétienne, il ne signifie plus grand chose.

La compréhension usuelle est que les juifs n’ont pas accueilli favorablement la parole du messie. En conséquence, le Temple a  été détruit. La parole a logiquement été offerte à tous ceux qui acceptaient le message d’amour et le concept de royaume céleste. Selon les exégèses, le symbole des Noces prend un sens variable. Des contradictions subsistent, ou des points flous, mais tout cela est escamoté.

Redonnons son sens à cette parabole. Bien sur les serviteurs sont les prophètes envoyés au peuple des bani Israïl, en vue de l’établissement du royaume céleste. Ceux-ci sont malmenés ou tués. Notons cette phrase clef:

22.7 Le roi fut irrité; il envoya ses troupes, fit périr ces meurtriers, et brûla leur ville.

Si le roi est bien Dieu, et tout le monde s’accorde sur ce point, ce sont bien « ses » troupes qu’Il envoie. Nous nous retrouvons avec le même problème qu’avec l’exégèse du verset 17.7 du Coran:

5 Dans le Livre, Nous avons transmis aux Enfants d’Israël ce décret : « Par deux fois vous sèmerez la corruption sur terre et vous atteindrez les sommets de l’arrogance ».

6 Lorsque vint la première des deux promesses, Nous envoyâmes contre vous certains de Nos serviteurs doués d’une force considérable, qui fouillèrent l’intérieur des maisons. Et la promesse fut accomplie.

7 Si vous faites le bien, vous faites le bien pour vous-mêmes, et si vous faites le mal, pour vous-mêmes aussi. Puis, quand vint la dernière promesse, ce fut pour qu’ils mettent à mal vos faces et pour entrer dans la masjid comme ils y étaient entrés la première fois, et pour qu’ils détruisent entièrement ce dont ils s’enorgueillissaient.

Dieu, dans le Coran, insiste bien sur le terme « Nos » pour désigner ceux qui détruisent le Temple. Mathieu 22.7 et Coran 17.7 traite, en réalité, du même évènement. Il ne s’agit absolument pas de la destruction du Temple de Jérusalem: les romains sont des polythéistes, ils ne sont ni les serviteurs d’Allah, ni les troupes du Roi. Il n’y a qu’une seul et unique Temple construit par des fils de l’Alliance qui fut détruit par d’autres fils de l’Alliance: le Temple de Garizim en -108 par Jean Hyrcan, roi hasmonéen. Désolé de répéter encore et toujours, mais il faut que cela rentre. On ne détruit pas 2000 ans de mensonges théologiques en un jour.

Petite parenthèse ici et qui justifiait mon intérêt initial pour la sourate 17 comme dit dans le préambule: Suite à une remarque faite par un juif sur Youtube sur le verset du Coran 17.104:

Et après lui, Nous dîmes aux Enfants d’Israël: «Habitez la terre». Puis, lorsque viendra la promesse (de la vie) dernière, Nous vous ferons venir en foule.

qui affirmait que Dieu, dans le Coran, promet aux juifs le retour en terre promise à la fin des temps. Le mot vie est une mauvaise interprétation. Il s’agit bien de la promesse dernière: wa’du alakhira. Ces deux mots ne sont utilisés qu’une seule autre fois dans le Coran et dans la même sourate, au verset 7 cité plus haut. Il s’agit donc bien d’un rappel de la destruction du Temple et n’a aucun rapport avec l’au-delà, qui lui est nommé alakhira seulement dans tout le Coran (j’ai vérifié). Aucun retour en terre promise n’est donc mentionné dans le Coran. Fin de la parenthèse.

Cette destruction vise à punir de la soumission des élites samaritaines à la culture grecque et notamment de la conversion du Temple de Garizim à une divinité grecque. Il s’agit bel et bien d’une trahison de l’Alliance. Un refus des noces. Et cette épisode tragique se situe quelques décennies avant la période messianique qui est le moment où la salle des noces se remplit.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Dans la compréhension chrétienne, nous aboutissons à une contradiction: l’homme qui ne revêt pas les habits de Noces est seul à être jeté dehors par rapport à un énorme groupe de convives qui furent ramassés de partout. Là est la notion d’universalisme chrétien. En réalité, la phrase de conclusion de la parabole est destinée à verrouiller la compréhension: les élus sont bel et bien les convives et les appelés sont tous ceux qui sont dans l’Alliance. Ceux qui ont rejeté les serviteurs, c’est à dire les prophètes, sont les gardiens de la foi du peuple. Ils ont écrit leurs propres livres et se sont détourné de l’Alliance, à laquelle les invitaient les serviteurs de Dieu. Celui donc, qui est rejeté au dehors, ne fait parti des gens du Livre. Il n’a pas revêtu l’habit de Noces. Les chrétiens modernes, tous disciples de Paul, ayant rejeté la Loi, prétendent former la nouvelle Alliance. Il n’en est rien. La nouvelle nation évoquée dans la parabole des vignerons est elle aussi dans la Loi.

Mais il est impossible à ceux qui incarnent le personnage qui n’est pas en habit de Noces de comprendre qui ils sont. Ils se perdent en images en tentant d’échapper désespérément à tout littéralisme.

Autrefois, il fallait appartenir au groupe des samaritains pour avoir le salut. Il fallait donc faire du Temple de Garizim la maison de Dieu. C’était alors le dernier des commandements. Appartenir au groupe des juifs signifiaient l’égarement. Le moment des Noces marque le changement de paradigme et la fin de la scission entre juifs et samaritains. Être bon ou méchant, c’est à dire, indistinctement pour ou contre le véritable Temple, n’importe plus. L’appartenance à un groupe sauvé n’est plus d’actualité. Le salut est offert à tous les gens du Livre qui abandonne leur motif de dissension et suivent la parole messianique. Les convives sont donc juifs et samaritains. Nul universalisme.

Par analogie avec la période actuelle, nous comprenons aisément que les sunnites sont les juifs et les chiites sont les samaritains. Le nouveau Temple est un édifice virtuel incarné par la tête de la communauté: le khalifa. Il faut comprendre le principe du khalifa dans sa dimension religieuse et non temporelle. Il est question ici d’être souverain dans la Loi. Pour les uns le khalifa est le plus méritant (« élu démocratiquement »), pour les autres il est un descendant de Muhammad, paix sur lui. De cette divergence initiale et déconnectée de la responsabilité individuelle du musulman de base, des divergences dans la tradition se sont développés. Si les dogmes fondateurs du chiisme furent plus proches de la Vérité que ceux du sunnisme, cela n’a plus d’importance.  Il n’y a plus lieu d’accorder la primauté sur ces divergences. Ce que le changement de paradigme actuel offre aux croyants, c’est l’accès au salut, quelque soit son groupe d’appartenance car si l’on poursuit l’analogie avec l’histoire des bani Israïl, l’élite religieuse chiite  a trahi l’Alliance coranique. 

Les traces de la trahison se retrouvent dans l’eschatologie chiite qui semble profondément altérée, ainsi que dans le statut de Muhammad de par sa place à coté de Dieu. Ces égarements sont surement relativement récents dans l’histoire des shias.

Peut-être même que, paradoxalement, la révolution iranienne de 1979, un évènement plutôt récent, est un marqueur de cette trahison.

A ce verset: »Puis, quand viendra la promesse dernière, Nous vous ferons venir en foule », on peut transposer au retour à la religion qui s’est opéré en Iran à la fin des années 70.

Aime Dieu, l’Unique, de toute ton âme. Fais le bien. Aime ton prochain, qu’il soit sunnite ou chiite, comme toi-même.

Pour s’asseoir à la nouvelle table des convives, ceux qui se sont soumis à Dieu de par la Loi prescrite dans le Coran, devront abandonner toute idée de khalifa, toute idée de prise de pouvoir par les armes, toute tentative de s’imposer ici-bas, et devront délaisser l’autorité des savants officiels de la ummah pour former une nouvelle communauté réunie autour de la Vérité. Ils seront alors les acteurs du changement de paradigme promis.

Lire: https://www.facebook.com/notes/stephan-pain/le-nouveau-changement-de-paradigme/10153384437917645

Ceux qui sont capables de cela, sont peu nombreux malgré les milliards de musulmans.

Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

Note

Il est intéressant de noter que l’évangile de Jean ne comporte pas cette parabole, ni celle des vignerons. En effet, la théologie johannique fait dire à Jésus: « Le salut vient des juifs » dans la rencontre imaginaire avec la samaritaine. Affirmation absente des synoptiques.

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