Moré

Moré

Disséquer le texte est un travail fastidieux mais très instructif. J’ai mené une analyse de la Torah. Il est clair que le passage des 10 commandements au mont Sinaï dans Exode est une recomposition de plusieurs morceaux de texte. Une recomposition maladroite, si l’on en juge les répétitions et les incohérences. Il faut donc isoler chaque chapitre et s’appuyer dessus pour recomposer le vrai déroulé des évènements. Est-ce l’importance de ce passage qui a pu justifier l’existence de plusieurs versions alternatives? On peut alors en déduire que la Torah, telle qu’elle devait être écrit initialement, devait être « similaire » au Coran. Chaque passage apporte des éléments inédits.

Outre des récits alternatifs, surement des midrashs, qui ont été incorporés au texte de base, Josué et Juges semblent être le résultat d’un réassemblage. Le texte n’a donc pas forcément besoin d’être trop modifié. Il aura suffit de placer les éléments dans un certain ordre pour faire dire au texte ce que l’on a voulu.

Moré

Le mont Sinaï est traditionnellement placé dans le désert du Sinaï, vers le sud, proche de l’Egypte. Il n’est donc pas en terre promise. En tous les cas, pas sur le territoire actuel de l’entité « israélienne ». Madyan est l’endroit où arrive Moïse, paix sur lui, lorsqu’il fuit l’Égypte. Cette ville est également placé dans le désert. Au sud d’israél ou bien à l’est du Jourdain au nord de l’Arabie.

Personne ne saurait affirmer avec précision l’endroit exact où se situent Sinaï et Madyan. Et pour cause.

Pourtant, l’histoire officielle retient que le Sinaï est un endroit sacré, où la Torah fut révélée. Qu’Israël passa Alliance avec Dieu sur ce mont.

Quant à Madyan, dans la Bible, elle est citée pas moins de 65 fois. Seulement 4 sont liées à l’épisode avec la vie de Moïse chez Jéthro. Cela fait donc une grande quantité. Et si Madyan n’était pas seulement cette petite oasis perdue au milieu du désert et dont on aurait perdu la trace?

Avant tout, je tiens à montrer que je m’appuie sur le texte original en hébreu. Madyan s’écrit donc מִדְיָן dans ce verset:

Exode 4.19 L’Éternel dit à Moïse, en Madian: « Va, retourne en Égypte; tous ceux-là sont morts qui en voulaient à ta vie. »

Les récits de la conquête de Canaan n’en finissent pas. C’est une longue description de guerres interminables contre les peuples qui vivent là. Les bani Israil sont systématiquement vainqueurs. Lorsque l’on croit qu’ils sont installés en terre promise, voilà que les guerres se poursuivent dans Juges. C’est alors que réapparait Madyan et ses madianites. Les bani Israil sont alors impitoyables. Quelle personne normale ne serait pas écoeurée devant un tel étalage? Ces récits confinent au ridicule. Dans le verset suivant, l’orthographe de Madyan est la même en hébreu. Il s’agit donc sans ambiguïté des mêmes madianites:

Juges 7:1 Jerubbaal, c’est-à-dire Gédéon, et tout le peuple qui était avec lui se levèrent de bon matin et installèrent leur camp près de la source de Harod. Le camp de Madian se trouvait au nord de Gédéon, vers la colline de Moré(מִגִּבְעַת הַמּוֹרֶה), dans la vallée.

Dans leur inextinguible haine à l’égard de notre peuple élu, les madianites ont fait un long chemin pour défier l’armée invincible, bras armé de l’Eternel. Mais où se passe cet affrontement? Les madianites sont dans la vallée vers la colline de Moré. Nous ne sommes pas plus avancés.

Moré s’écrit en hébreu: מּוֹרֶה et nous retrouvons ce mot ailleurs dans la Bible orthographié strictement pareil:

Genèse 12:6 Abram traversa le pays jusqu’à l’endroit appelé Sichem, jusqu’aux chênes de Moré(אֵלוֹן מוֹרֶה). Les Cananéens occupaient alors le pays.

Curieux non? Cette colline serait en fait couvert de chênes et elle serait proche de Sichem. Sichem? Mais c’est au nord de Canaan! Que seraient venu faire les madianites à un pareil endroit?

Ce n’est pas fini. Nous retrouvons une deuxième fois les « chênes de Moré » (une traduction possible de elonei moreh):

Deutéronome 11:30 Ces montagnes ne se situent-elles pas de l’autre côté du Jourdain, en direction de l’ouest, dans le pays des Cananéens qui habitent dans la plaine vis-à-vis de Guilgal, près des chênes de Moré(אֵלוֹנֵי מֹרֶה)?

Constatons que l’auteur de la Torah, à savoir Dieu lui-même, se pose lui aussi des questions.

Mais de quelle montagnes parle-t-Il?

11.29  Et lorsque l’Éternel, ton Dieu, t’aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, tu prononceras la bénédiction sur la montagne de Garizim, et la malédiction sur la montagne d’Ébal.

Du mont Garizim. Normal, puisque le mont Garizim domine Sichem.

Juges, 9, 7 – Jotham en fut informé. Il alla se placer sur le sommet de la montagne de Garizim, et voici ce qu’il leur cria à haute voix: Écoutez-moi, habitants de Sichem, et que Dieu vous écoute!

Mais, une nouvelle fois, que font les madianites en un pareil endroit? Le texte de Juges précisent bien qu’ils sont au nord des bani Israil et non pas au sud d’où ils sont sensés venir, et de loin. Remontons en arrière:

Nb 31.7 Ils s’avancèrent contre Madian, selon l’ordre que l’Éternel avait donné à Moïse; et ils tuèrent tous les mâles.

31.9 Les enfants d’Israël firent prisonnières les femmes des Madianites avec leurs petits enfants, et ils pillèrent tout leur bétail, tous leurs troupeaux et toutes leurs richesses.

31.10 Ils incendièrent toutes les villes qu’ils habitaient et tous leurs enclos.

31.11  Ils prirent toutes les dépouilles et tout le butin, personnes et bestiaux;

31.17 Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui;

31.18 mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme.

Voilà le sort qui est réservé aux madianites alors que Moïse est encore vivant. Ils sont quasi exterminés, il ne reste que les jeunes filles. Il parait impossible que ces mêmes madianites réussissent à recomposer une armée quelques temps plus tard, fut-ce même quelques années, capable de franchir une grande distance pour prendre leur revanche (Juges 6, 7,8). L’une des deux histoires, voire les deux, est totalement inventée.

Quoi qu’il en soit, ceux qui ont recomposé les écrits bibliques tenaient à dresser de ce peuple le pire des portraits et à en faire les pires ennemis d’Israël. Au début de cet article je faisais remarquer la soixantaine d’occurrences de Madyan dans la Bible. A titre de comparaison, 60 est le nombre d’occurrences du mot Sichem. Faut-il y voir un lien? (Voir paragraphe ci-dessous sur Jérusalem et la Torah.)

Cela ne cacherait-il pas une autre vérité, bien plus simple celle-ci?

Si l’on se base sur le récit de Nombres et que l’on considère celui de Juges comme une recomposition alternative du même évènement, les madianites ne sont donc pas en train de « camper » après avoir fait des centaines de kilomètres. Ils sont chez eux, dans leur cité, dans une vallée boisée nommée Moré.

Une autre possibilité est de considérer le texte de Juges comme une pure invention, auquel cas, il devient difficile d’accorder du crédit aux textes dont le contenu s’oppose à celui du Coran. Que l’on choisisse l’une ou l’autre solution, il n’en demeure pas moins que ce mot de Moré réapparait dans le texte. Même les récits inventés ou très déformés doivent se raccrocher à une parcelle de vérité. La présence de ce mot n’est pas dû au hasard. Erreur qui confond les coupables ou indice géographique laissé par un gardien de la vérité? A vous de choisir.

Selon le Coran, Dieu demande à son peuple d’entrer dans cette cité. Non pas en massacrant ses habitants mais en se prosternant et en se repentant avant de passer par sa porte. Cette arrivée n’a rien de triomphale et ceux qui se sont accaparé la Torah n’auraient jamais accepté de livrer cette réalité au monde. Dire la vérité, c’était courir le risque que l’on comprenne que la cité sainte dans laquelle ils pénètrent est Sichem et qu’elle est au pied du mont Sinaï et que les enfants d’Israël sont leurs ennemis jurés, les samaritains. Les madianites ne seraient-ils pas tout simplement les samaritains qui seraient une partie d’Israël qui n’aurait pas émigré en Égypte à la suite de Joseph, paix sur lui, 400 ans plus tôt?

Chênes de Moré (elonei moreh) est aussi traduit par térébinthes de Moré. Le térébinthe est un arbre producteur de résine. Au pied du mont Garizim, en banlieue de Naplouse, se trouve le village de Balata situé vraisemblablement sur les ruines de la place forte qui  protégeait l’entrée de l’ancienne Sichem.

Deux étymologies sont données pour Balata: l’une serait la transcription en arabe du grec platanos qui signifie térébinthe; l’autre viendrait de l’araméen baluta qui désigne un chêne.  Ces forêts auraient servi pour la construction.(voir notes)

Mara

Ex 15.23 Ils arrivèrent à Mara; mais ils ne purent pas boire l’eau de Mara parce qu’elle était amère. C’est pourquoi ce lieu fut appelé Mara(מֹרֶה)

24 Le peuple murmura contre Moïse, en disant : Que boirons-nous? 25 Moïse cria à l’Eternel; et l’Eternel lui indiqua un bois, qu’il jeta dans l’eau. Et l’eau devint douce. Ce fut là que l’Eternel donna au peuple des lois et des ordonnances, et ce fut là qu’il le mit à l’épreuve.

26 Il dit : Si tu écoutes attentivement la voix de l’Eternel, ton Dieu, si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l’oreille à ses commandements, et si tu observes toutes ses lois, je ne te frapperai d’aucune des maladies dont j’ai frappé les Egyptiens; car je suis l’Eternel, qui te guérit.

Ce lieu de passage ne semble pas être connu, mais il ressemble curieusement à un résumé rapide de l’épisode au Sinaï car il est question de livrer la loi au peuple, ce qui a eu lieu à coté du « bois de Moré ».  Il peut toutefois expliquer l’étymologie de Moré, puisque en hébreu, le mot est strictement orthographié de la même manière. Il est à noter la proximité avec l’arabe « marra » ( racine م ر ر) qui signifie amer aussi (amarru: Coran 54.46) Quelques bases d’hébreu sont ici nécessaires. Le texte actuel n’est pas la version originale, mais la version où des consonnes (Hé Vav et Yod) ont été utilisées comme des voyelles afin de faciliter la lecture (mater lectionis). En réalité, figer ces voyelles a figé l’interprétation car il n’y a plus de variation possible sur les sons de voyelles. Ce processus est relativement ancien et les traductions grecques ne peuvent en révéler les erreurs. Le sujet de cet article est le mot Moré. Or, le mot Moré s’écrivait à l’origine avec un Mem et un Resh. Ainsi, si l’on part du mot Mara, qui semble donner son étymologie à l’endroit (amer), nous pouvons très facilement dériver vers Moré, surtout si l’on considère les variétés de prononciation et d’accent des régions et des époques.

Si l’on considère ce récit uniquement comme prophétique. Nous avons le bois: c’est un espace boisé qui prend le nom de Moré en Sichem puisque l’on traduit elonei par chêne ou térébinthe. Ce bois rend doux ce qui est amer. Nous pouvons faire le lien avec les commandements de consommation d’herbes amères (méror, pluriel mérorim) institués pour commémorer Pessah, la sortie d’Égypte dans la parasha Bo. Comme je le faisais remarquer dans un autre article, les herbes amères sont généralement du raifort. Or, le raifort est utilisé pour protéger les jeunes pousses qui sortent de terre. Il faut y voir ici une allégorie avec les jeunes pousses humaines qui sortent spirituellement de la terre promise pendant la venue du messie. Le raifort accompagne l’agneau, ainsi que le pain sans levain, c’est à dire la vérité privée du mensonge.

Un récit baigné de poésie.

Le paragraphe 16, celui de la manne et les cailles, n’est pas situé. Selon le Coran, 20.80 et 2.57, cela semble se produire au Sinaï. Puis au paragraphe 17, de nouveau le peuple demande de l’eau:

17.6 Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher d’Horeb; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l’eau, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi, aux yeux des anciens d’Israël. 7 Il donna à ce lieu le nom de Massa et Meriba, parce que les enfants d’Israël avaient contesté,

Sans ambiguïté, nous sommes à Horeb et Horeb est un synonyme clair de Sinaï partout dans la Bible. Partout sauf ici, puisque Israël n’atteint la montagne qu’au paragraphe 19. Le récit bégaie constamment. Nous ne faisons que relire les mêmes passages écrits différemment. Il apparait clair que l’eau d’Exode 15 est la même que Exode 17 et que l’action se situe au Sinaï. Ce désert omniprésent dans le texte n’est qu’une représentation métaphorique du désert spirituel de ceux qui ont recomposé le texte en le trahissant.

Au passage, remarquons que nous voyons réapparaitre Jéthro dans Exode 18. Nous sommes toujours au pied du Sinaï. Jéthro vient en simple voisin car il est madianite. S’il y a une distance ici, elle ne peut être que par rapport à Dieu. Une expérience mystique telle que la vit Moïse et son peuple, coupe du monde d’ici-bas.

Mamré

Quant au prétendu chêne d’Abraham à Hébron, réputé pour être éternel et respecté comme tel depuis des centaines d’années, il est, de manière extrêmement ballote, mort en 1996. Il s’en trouve toujours certains pour couler un peu de béton afin de camoufler les mensonges. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%AAne_de_Mambr%C3%A9

Ce chêne est sensé être celui de Mamré (elonei mamre), parfois orthographié Mambré. Bien que généralement confondu avec celui de Moré par les non spécialistes, les deux mots hébreux s’écrivent différemment.  Or, Mamré n’est pas le nom d’un lieu, mais bien celui d’une personne contemporaine d’Abraham qui fait alliance avec lui dans la guerre de Genèse 14 . Je vais tenter d’exposer comment l’erreur d’interprétation s’est glissé dans le texte, aidée par la géopolitique antique.

Visiblement, une note, à savoir « qui est Hébron« , s’est transformé en un élément de texte à part entière. Cette note s’est ensuite diffusée dans Genèse partout où il était question de la Cité d’Arba (ancien nom d’Hébron) ou la région de Mamré, confondant ainsi les deux endroits. J’imagine qu’initialement, la volonté des scriptes était de faciliter la compréhension, puis les mains et les yeux se succédèrent sur le texte.

Mon enquête textuelle m’a mené jusqu’au verset Gen 35.27:

35.27 Jacob arriva auprès d’Isaac, son père, à Mamré, à Kirjath Arba, qui est Hébron, où avaient séjourné Abraham et Isaac.

Il s’agit ici du seul lien direct dans toute la Bible entre Mamré et Hébron. D’aucun se rendra compte que la phrase est particulièrement alambiquée. Et pour cause.

Comme je vous le disait, « qui est Hébron » a été ajouté parce qu’effectivement Kirjath Arba est son ancien nom. Kirjath est en réalité qiryat, l’équivalent de l’arabe qaryat: cité. Il s’agit de la cité d’Arba. Cette cité est nommée de nombreuses fois dans la Bible, à une légère différence près: elle est toujours écrite qiryat arba et non qiryat haarba comme ici. Le « ha »placé en tête d’un nom marque la détermination. Or, Arba est un nom propre. Première anomalie. J’ai vérifié sur le site Akadem: les rabbins mentionnent eux aussi cette anomalie sans parvenir à l’expliquer, ils se contentent de citer 3 exemples où cette particularité se retrouve dans la Bible. 3 occurrences dans un corpus aussi grand! Je n’ai d’ailleurs pas été convaincu par les exemples choisis. Ensuite, analysons le groupe nominal mis en gras. il est écrit en hébreu: mamré qiryat haarba. Si l’on traduit normalement, cela devient: le Mamré de la cité de l’Arba. Vous conviendrez que cela ne veut pas dire grand chose. Il ne peut y avoir deux noms propres dans un groupe nominal. Généralement en hébreu, si deux noms propres désigne la même chose, on va utiliser une autre forme à l’aide d’un mot supplémentaire. Ceux d’entre vous qui parlent arabe comprendront de quoi je parle puisqu’ici le groupe nominal pourrait se traduire en arabe par: Mamré qaryatou-l-Arba.

Une solution envisageable serait que initialement un mem était placé au debut du mot qaryat, signifiant que Jacob est arrivé à Mamré depuis la cité d’Arba. En enlevant « qui est Hébron » et en ajoutant un simple mem devant qiryat, la Bible reprend enfin tout son sens. Ce qui n’est pas sans conséquence, nous allons le voir.

Resituons donc Mamré. La référence géographique, qui nous préoccupe, est la proximité « des arbres de Mamré », ou bien « en face de Mamré ». Cependant, un verset, lui beaucoup plus clair, vient nous apporter une précision importante:

Gen 14.13 Les fuyards vinrent en apporter la nouvelle à Abram l’Hébreu. Celui-ci demeurait dans le bocage de Mamré, l’Amoréen, frère d’Echkol et d’Aner, lesquels étaient les alliés d’Abram.

Nous apprenons que Mamré, est un Amoréen (amori). La géographie biblique moderne est idéologique et politique: elle a donc confondu les Amoréens avec le peuple Amorrite (nom de peuple provenant de l’akkadien Amurru, qui a vécu de vers -2500 à -1700 sur un vaste territoire s’étendant de Canaan à l’Euphrate). Tout comme en français, les noms désignant des habitants font référence au lieu. Mais le nom amori de la Bible ne provient pas de l’akkadien mais de l’hébreu. La racine sur laquelle est construite le mot amori est Mem Resh. Être Amoréen signifie donc bien habiter à Mara ou Moré, selon la prononciation. Les Amoréens ne sont pas un peuple mais les habitants d’une région autour d’une cité: ils sont cités dans des listes au même titre que les Jébusiens par exemple (voir Gen 15.21). Voici l’épisode qui situent ces gens:

Deut 1.20 Je vous dis : Vous êtes arrivés à la montagne des Amoréens, que l’Éternel, notre Dieu, nous donne. 21 Vois, l’Éternel, ton Dieu, met le pays devant toi; monte, prends-en possession, (…) Envoyons des hommes devant nous, pour explorer le pays, et pour nous faire un rapport (…) ils nous firent un rapport, et dirent : C’est un bon pays, que l’Éternel, notre Dieu, nous donne. 26 Mais vous ne voulûtes point y monter, et vous fûtes rebelles à l’ordre de l’Éternel, votre Dieu.(…) C’est un peuple plus grand et de plus haute taille que nous; ce sont des villes grandes et fortifiées jusqu’au ciel; nous y avons même vu des enfants d’Anak. 29 Je vous dis : Ne vous épouvantez pas, et n’ayez pas peur d’eux. 30 L’Éternel, votre Dieu, qui marche devant vous, combattra lui-même pour vous (…)

Nous retrouvons tous les éléments liés à la Cité Sainte: la montagne qui domine le lieu, l’envoi des éclaireurs, la peur de « géants » dans la cité, la promesse que Dieu a facilité l’entrée. Les Amoréens, gens de la région de Moré, sont donc bien les habitants de la Cité sainte. Mamré est l’un d’eux. Il est à noter qu’une nouvelle fois dans ce passage, le peuple élu a traversé le désert pour aller de Horeb à Moré. En réalité, il s’agit du même endroit. Les épisodes fictifs du désert ne sont là que pour relier entre eux des épisodes que Dieu a révélé de manière différente et dans le désordre à son serviteur Moïse. Toutefois, il serait plus logique d’affirmer que l’histoire de Moïse est un assemblage de midrashs (hadiths: récits prophétiques) que la Torah initiale ne comprenait pas, autour d’éléments plus succincts effectivement révélés sur sa propre mission. La Torah initiale n’était surement qu’un seul livre dans un « désordre » coranique apparent. Ceux qui ont fait ce travail, pensaient agir pour le bien des croyants. C’est comme si les hadiths  de la sira ainsi que de la sunnah complète, étaient incorporés dans le Coran dans le prolongement du texte après avoir remis le Coran dans l’ordre chronologique supposé. Je vous laisse imaginer le carnage.

Il ne reste alors plus que trois versets dans toute la Bible juive, tous cités au-dessus, qui mentionnent le mot Moré, alors que c’est précisément en ce lieu que se situe la grande majorité de tous les récits qui la constitue. Cette confusion éloigne les madianites de Sichem. En rétablissant Mamré comme un habitant de la région de Moré, Abraham se fait bien plus présent à Sichem et l’éloigne d’Hébron, car c’est bien à Moré qu’il s’installe lorsqu’il se sépare de Lot qui va à Sodome. Cette hypothèse a pour conséquence d’infirmer l’existence du tombeau d’Hébron, le « deuxième lieu saint » du judaïsme.

L’emplacement du tombeau est Makhpéla en face de Mamré(הַמַּכְפֵּלָה עַל-פְּנֵי מַמְרֵא):

Gen 49.30 dans la caverne du champ de Makhpéla, vis-à-vis de Mamré, dans le pays de Canaan. C’est le champ qu’Abraham a acheté d’Ephron, le Héthien, comme propriété sépulcrale.

Puisqu’il est question de vis-à-vis, mettons ici ce verset de Josué qui délimite le territoire de la tribu des Ephraïm:

Jos 17.7 La limite de Manassé s’étendait d’Aser à Mikhmethath, qui est face à Sichem, et allait à Jamin vers les habitants d’En-Tappuach

Mikhmethath, (qui est) face à Sichem (asher: qui):הַמִּכְמְתָת, (אֲשֶׁר) עַל-פְּנֵי שְׁכֶם

Si l’on fait abstraction du mot asher (signifiant qui), l’expression Makhpéla en face de Mamré est étonnament proche de Mikhmetath en face de Sichem.

Cela ne suffit pas à prouver quoi que ce soit. Pour comprendre le lien, poursuivons la lecture après le fameux verset 35.27:

35.29 Il (Isaac) expira et mourut, et il fut recueilli auprès de son peuple, âgé et rassasié de jours, et Ésaü et Jacob, ses fils, l’enterrèrent (dans le tombeau de Makhpéla).

Et faisons un peu d’étymologie avec les deux noms de lieux apparemment distincts:

Makhpéla: mot féminin désignant un lieu (préfixe ma, comme en arabe: par ex. masjid), à savoir le lieu du double (kaphal ou kapal selon la prononciation).

Mikhmetat: mot féminin désignant un lieu, le lieu de la saisie (kamat)

Un double et une saisie. Cela ne vous rappelle rien?

Il s’agit en fait de Jacob et Esaü. Ils sont jumeaux. Jacob est donc le double d’Esaü et il se saisit de son talon à la naissance.

Moré, la région où réside Mamré, Sichem, sont un seul et même endroit situé en face du tombeau des Patriarches.

Il est à envisager aussi que Mamré puisse être construit en tant que nom de lieu avec le suffixe ma. Il deviendrait le  lieu de l’amer. Mamré serait donc un nom de personne et de lieu où l’un habite dans l’autre. Il pourrait appartenir à une famillle de notable de la cité, voire en être le chef.

Moriah

Selon la Bible d’Israël (samaritaine), voici la véritable version des versets suivants:

Gen 22.1 Après cela, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit: «Abraham!» Celui-ci répondit: «Me voici!»

2 Dieu dit: «Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va au pays de Moré, et là, offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai.»

Dans la Bible juive, le mot est Moriah et fait référence au mont du Temple de Jérusalem. Pour faire de Moré le mot Moriah, il aura suffit de rajouter un Yod (אֶרֶץ הַמֹּרִה terre de Moré devient אֶרֶץ הַמֹּרִיָּה terre de Moriah), soit la plus petite lettre de l’alphabet. Il est à noter que ce passage est situé juste avant celui de l’achat du tombeau à Makhpéla (en face de Mambré donc Moré). Les deux mots se suivent à quelques versets près. L’endroit du sacrifice serait even hashtiya, la « pierre de fondation », base du Temple. Reprenant cette version, la religion musulmane affirme que ce serait de ce rocher que Muhammad, paix sur lui, monta au ciel.

Selon la version de la Bible des enfants d’Israël, Abraham, paix sur lui, était sur le point de sacrifier son fils sur le mont Sinaï.

Il ne s’est jamais RIEN passé sur le mont Moriah, à aucune époque de la Révélation.

4 Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin.

5 Et Abraham dit à ses serviteurs : Restez ici avec l’âne  

Ce passage ressemble étrangement au passage du Coran où Moïse quitte sa famille pour monter sur le Sinaï. Le mont Moriah, quant à lui, est entouré de montagnes toutes aussi hautes que lui. La région de Jérusalem est montagneuse. On ne peut donc le voir de loin. Ce verset suggère un mont qui domine une vallée. C’est le cas de Garizim.

13 Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes;

Ce buisson est certainement le buisson ardent.

Le mot Moriah n’apparait qu’une seul autre fois dans toute la Bible: dans  2 Chroniques 3:1. Nous sommes au milieu de récits alternatifs à ceux de Rois et Samuel, au temps des rois David et Salomon, paix sur eux. Là où les livres fondateurs juifs ne disent rien de la détermination du lieu de la construction du Temple au contraire de la Bible d’Israël qui fait du culte à Garizim son dixième commandement, nous lisons l’histoire d’un certain Ornan à qui appartiendrait le sommet du mont Moriah. Cela signifie qu’un évènement fondateur au judaïsme est traité dans un livre secondaire.

C’est alors que nous pouvons nous rappeler ce célèbre passage du règne de Salomon, paix sur lui. Il s’agit des deux femmes et du bébé encore vivant qu’elles se disputent. Si cette sagesse peut servir à notre époque, elle peut aussi faire réfléchir sur la partition d’Israël en deux royaumes; Juda et Israël.

Sachant que c’est Juda qui a pris l’ascendant, on peut légitimement se demander si Dieu, à travers cela, nous annonce ce qui va advenir et désigner ainsi le menteur.

Conclusion

Ce que cet article tend à prouver est que lorsque l’on se penche de prime abord sur l’histoire biblique, on est envahi d’une multitude de lieux, dont on a perdu la trace depuis, et ce même s’ils sont de grande importance comme le Sinaï. C’est qu’en vérité, toutes les hypothèses ont été infirmées par les découvertes archéologiques et par le recoupement avec d’autres écrits. Lorsque l’on admet que la Bible a été falsifiée pour quelques noms de lieux et que cela a suffit pour détruire toute l’harmonie, alors on peut mener une analyse correcte et constater que l’histoire se centralise autour du mont Garizim. Tout devient tellement plus limpide et logique face à tout ce mensonge et ces fausses pistes.

Annexes

La ville de refuge pour les meurtriers

Il existe une loi dans la Torah:

Nombres 35.6 Parmi les villes que vous donnerez aux Lévites, il y aura six villes de refuge où pourra s’enfuir le meurtrier, et quarante-deux autres villes

Dans Josué 21 nous lisons la liste des villes données. Certaines peuvent donc servir de refuge aux meurtriers. Il s’agit là surement d’un rappel de l’épopée de Moïse et de la miséricorde de Dieu. Elle sont au nombre de 6:

  • Hébron et sa banlieue, 
  • Sichem et sa banlieue, dans la montagne d’Ephraïm, 
  • Ramoth en Galaad et sa banlieue, 
  • Golan en Basan et sa banlieue, 
  • Kédesch en Galilée et sa banlieue,
  • Betser chez Ruben (20.8)

Sichem est bien présente dans la liste. Il est même précisé qu’elle est dominée par une montagne.

La loi se conclut par:

28 Car le meurtrier doit demeurer dans sa ville de refuge jusqu’à la mort du souverain sacrificateur; et après la mort du souverain sacrificateur, il pourra retourner dans sa propriété.

Nous pourrions déduire de ceci que Moïse s’est enfui alors que Ramses II était pharaon. Il n’a pu en revenir que lorsque son fils Menenptah a pris sa succession, par analogie. Menenptah est le pharaon qui a fait graver dans la pierre sa victoire sur Israël. Alors que Ramses est mort à 90 ans, son fils n’a régnè que quelques années, ce qui est indice d’une mort prématurée.

Le mort et la vache

Dans le Coran, il y a ce fameux passage du sacrifice de la vache jaune (2.67 à 71). Nous retrouvons ce passage dans la Torah:

Nb 19.2  Voici ce qui est ordonné par la loi que l’Éternel a prescrite, en disant: Parle aux enfants d’Israël, et qu’ils t’amènent une vache rousse, sans tache, sans défaut corporel, et qui n’ait point porté le joug.

Suivi immédiatement dans le Coran par ceci:

2.73 Nous avions alors dit : « Frappez-le avec une de ses parties ». C’est ainsi que Dieu fait revivre les morts et vous montre Ses signes, afin que vous compreniez.

Qui pourrait correspondre avec ceci:

Nb 25.6 Et voici, un homme des enfants d’Israël vint et amena vers ses frères une Madianite, sous les yeux de Moïse et sous les yeux de toute l’assemblée des enfants d’Israël, tandis qu’ils pleuraient à l’entrée de la tente d’assignation.

25.7  A cette vue, Phinées, fils d’Éléazar, fils du sacrificateur Aaron, se leva du milieu de l’assemblée, et prit une lance, dans sa main.

25.8 Il suivit l’homme d’Israël dans sa tente, et il les perça tous les deux, l’homme d’Israël, puis la femme, par le bas-ventre. Et la plaie s’arrêta parmi les enfants d’Israël.

Si l’on se place dans la perspective du Coran, et que l’on considère que le ministère de Chouayb, paix sur lui, s’est produit peu de temps avant, il faut considérer ceux qui peuplent Madyan comme des croyants. Ainsi le mélange entre bani Israil et madianites parait tout à fait normal.

Dans la Bible samaritaine, voici le verset qui marque la date de la nuit de la sortie d’Egypte:

Ex 12.40 Le séjour des Israélites en Egypte et en Canaan dura 430 ans.

Là où la Bible juive indique seulement l’Egypte  gommant toute présence des enfants d’Israël en Canaan.

Enfin, si l’on se réfère à Genèse, Joseph est retenu captif par des marchands madianites. Il est précisé que ceux-ci sont ismaélites. Madian serait le nom d’un des patriarches ismaélite, donc descendant direct d’Abraham, paix sur lui. Querelle de succession?

Gen 37.28 Au passage des marchands madianites, ils tirèrent et firent remonter Joseph hors de la citerne; et ils le vendirent pour vingt sicles d’argent aux Ismaélites, qui l’emmenèrent en Égypte.

Jérusalem et la Torah

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la ville de Jérusalem n’est jamais mentionnée dans la Torah (les 5 premiers livres). Tout comme dans le Coran d’ailleurs. Citée comme n’importe quelle autre ville dans Juges et Josué, (4 et 12 fois), elle ne prend réellement de l’importance qu’à partir du deuxième livre de Samuel (30 fois), dont nous savons la rédaction très tardive. Ensuite, Jérusalem est citée 640 fois en tout dans l’Ancien Testament. Frappant contraste d’une ville qu’on a voulu omniprésente dans le texte alors qu’elle est absente du livre fondateur, la Torah.

Toutefois, il existe un verset où nous lisons le mot Salem.

Gen 14.18 Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin. Il était prêtre du Dieu très-haut. 19 Il bénit Abram en disant: «Qu’Abram soit béni par le Dieu très-haut, le maître du ciel et de la terre! 20 Béni soit le Dieu très-haut qui a livré tes ennemis entre tes mains!» *Abram lui donna la dîme de tout.

Melchizedek est un personnage totalement inventé. Dans le texte hébreu, ce sont deux mots distincts, et ce, même dans la version juive. Il s’agit d’un titre du roi de Sodome: il est maitre de justice/sagesse (sadiq). Selon la Bible juive, il pourrait être « roi de paix ». Mais dans la Bible d’Israël, c’est un titre de prêtre sacrificateur du Temple (le mot devient shalem en enlevant le yod final). Le pain et le vin sont destinés à nourrir les hommes d’Abraham. Il s’agit ni plus ni moins que de convention de guerres: le service de bouche offert par le vaincu. Il n’y a aucun rite là-dedans comme le prétendent les chrétiens. Le roi reconnait que le Dieu d’Abraham a été le plus fort ce jour là dans la conception antique polythéiste, cela ne signifie pas qu’il le reconnaisse comme son Dieu. Enfin, Abraham semble être le sujet de la dernière phrase.  C’est donc Abraham qui offre de rendre au roi de Sodome une partie de sa fortune dérobée par les rois ennemis et garder le reste comme tribut de guerre. Offre que le roi refuse, il préfère un butin humain. Nous savons pourquoi. Quant à Mélkizedek, il  n’avait rien à faire là. il n’était qu’une rustine pour faire apparaitre le mot Salem et faire de cette ville où officie un prêtre de Dieu. Un vaste tissu de mensonges. Mensonge intégralement repris par les chrétiens avec cette obsession de voir des prophéties messianiques partout dans la Bible et surtout là où il n’y en a pas (Cf Emmanuel dans Esaïe).

En réalité, Jérusalem n’a qu’un seul nom dans la Torah: Jébus. Elle est habitée par les jébusiens pour toute singularité. 

Israël et Juda:

Sichem est en Israël.

Jérusalem est en Juda.

Rappel, extrait de « la phase »:

https://www.facebook.com/notes/stephan-pain/la-phase/10153124555957645

La forêt de Madyan

Sourate 15:

« Les  habitants  de Laïka, eux  aussi,  étaient dénaturés (78)  Nous les avons  châtiés.  Leur  cité,  comme  l’autre,  se  trouve  sur  un  chemin connu (79).

Les habitants de Laïka étaient le peuple de Chouaïb. A savoir que le  mot Laïka signifie en arabe le bocage ou le lieu où on rencontre des arbres touffus. « 

Étant donné la proximité des deux cités et le fait qu’elle soit toutes les deux sur une route caravanière, elles appartiennent logiquement à la même route. Voici un nouvel élément pour aider à situer Madyan. Nous apprenons qu’il y a une forêt.

Voici l’extrait d’un livre trouvé sur Google à propos des forêts en Samarie:

Correspondance d’Orient (1830-1831)

 Par  Michaud, Poujoulat.

Page 205

« d’après le témoignage de tous nos vieux chroniqueurs, la forêt qui fournit aux croisés le bois nécessaire à la construction des machines, était située à quelques lieues seulement de Jérusalem, du côté de Naplouse, or la forêt de Césarée est à seize ou dix huit lieues de la ville sainte. Puisque les guerriers de la croix pouvaient trouver des bois à quelques milles de leur camp, pourquoi seraient ils venus si loin, et dans un pays ennemi, qui assurément ne les aurait pas laissés en paix? Raoul de Caen et tous les chroniqueurs qui ont parlé de la forêt découverte par les croisés, la placent au milieu d une terre montueuse dans des vallons enfoncés ce qui ne pourrait convenir au pays plat que nous parcourons. Au temps des juges et des rois d’Israël, c’est du territoire de Naplouse qu’on tirait le bois pour les sacrifices du temple aujourd’hui comme au temps des Hébreux comme à celui des croisades le pays de Sichem est encore en plusieurs endroits un pays boisé. »

https://books.google.fr/books?id=8dlIAAAAcAAJ&hl=fr&hl=fr&pg=RA1-PA205&img=1&zoom=3&sig=ACfU3U2fYaDKengj32tD1heevmupRDeg0w&ci=15%2C894%2C839%2C500&edge=0

Baume

Jér 8.22 N’y a-t-il point de baume (produite à partir de la résine des arbres) en Galaad (région montagneuse de l’autre coté du Jourdain faisant face à la région de Sichem)? N’y a-t-il point de médecin qui puissent en appliquer sur les blessures?

Le baume fait à partir de résine provient d’une autre région.

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