Les Pages jaunes

Les Pages jaunes

Dernières modifications le 5 février 2016·6 minutes de lecture.

Je l’avais vu venir de loin. Le calme avant la tempête était évident et si étalé. De quoi bien s’y prélasser. J’aurais presque pu croire à une espèce de routine. Avec le Patron, la routine est un mot qu’il faut oublier. La vie est une symphonie. Et après un long silence, l’orchestre donne sa pleine puissance d’un seul coup. Vous avez beau le savoir et y être préparé, vous tressaillez tout de même.

Alors c’est arrivé sans crier gare. Comme cela arrive à chaque fois, caché sous un hasard. Oh, à vrai dire, je n’ai rien découvert de nouveau. J’avais entraperçu, il y a quelques mois. Des mots m’avaient troublé. Et puis j’avais continué ma route. J’avais de quoi faire de toute façon. Mais là, c’était différent. Quelque chose avait changé. Une affirmation. Du présent. Trop de précision. Il aura fallu le mélange d’une couleur avec les paroles d’une chanson pour qu’une idée me vienne en tête. Rien de mieux qu’une chanson pour trainer en tête. Ça vous rappelle à tout moment.
Me voilà fait. Mais je suis un vieux briscard du net. On me l’a fait pas à moi. J’ai suffisamment entendu, lu et surtout vécu, des relations virtuelles, qu’il en faut beaucoup pour me faire tomber. Garder la tête froide. Focaliser sur le concret. Avec l’Islam en toile de fond et dans la situation dans laquelle je suis, les garde-fous se posent d’eux-mêmes.

A force de déconstruire les évangiles, fatalement, il fallait bien que j’aborde le sujet de la femme. Et nous avons vu comme il est essentiel, central. La résurrection physique c’est le coeur de la gnose. Et la dame représentée en rouge dans la peinture, le personnage principal. Quel silence assourdissant à son sujet. Tout est là. L’amour d’une femme. Voilà bien ce qui distingue un dieu d’un humain. Sommes-nous peu de chose?

Et puis, il y a eu la clef. Au début ce n’était qu’une clef de camion. Puis cela a été la clef d’un prêche. La clef d’un défaut. La clef de toute une semaine. Et cette semaine de la clef s’est terminé sur la chanson. Oui, la chanson juste au dessus. Celle qui me trottait alors en tête. Comme ça, sans crier gare, au détour d’un tunnel du métro. Mais bon sang! Il y a des millions de chansons. Pourquoi celle-là? Et comme toujours, je laisse filer, je ne fais rien, je ne parais rien. Mais de l’autre coté du mur, il y avait bien trop d’agitation. Enfin, plutôt de la sérénité. Mais il fallait bien que je détourne l’attention. Sinon, je vais passer pour un ours encore une fois.
Il se passait quelque chose là-bas. Mais bon, vous savez, mon imagination débordante et moi, on se quitte jamais vraiment. C’est à la vie à la mort, elle et moi. Ah, elle est fidèle celle-là. Il vaut mieux envisager les choses de manière détendue. Arrivé à ce point de lecture, tous mes lecteurs auront finement remarqué que je joue la montre dans ce texte. Et ils auront raison. Vous comprendrez à la fin, et vous m’en voudrez moins.

Vient le passage pénible. Je l’ai déjà dit ici et ailleurs: de toutes les épreuves que j’ai pu endurer, il y a un domaine qui dépasse tous les autres. Je crois que je préfère encore me prendre la tête en théologie avec des salafistes, assister à un meeting des républicains, ou écouter une foule de catholiques invoquer un par un tous les saints du calendrier, et je peux vous dire qu’ils sont nombreux, que d’endurer dans ce domaine là. Certains évoqueront une sombre histoire de cordonniers, de mauvaises chaussures ou je ne sais quoi. La belle affaire. Dans ce domaine, c’est chacun pour soi! Je vous préviens, je n’hésiterai pas à vous abandonner lâchement sur le sujet. Oui, la lâcheté ça me connait. Il faut dire qu’il y a deux ans, jour pour jour, quasiment, j’en ai eu pour mon argent. Bien évidemment, il est extrêmement difficile d’aborder le sujet dans la mesure où cela implique autrui. J’ai essayé tant bien que mal de rédiger un texte. Beaucoup trop factuel. En réalité, il serait plus juste de n’en retenir que la substance profonde. Pour vivre au mieux une épreuve, il convient que je m’investisse sincèrement. Muni de quelques signes pour le moins clairs, le “guide” vers “l’amour” de leurs prénoms respectifs, me voilà embarqué dans une histoire. Si je devais résumer ainsi, voilà ce qui faudrait en retenir: tout un dimanche et les jours qui ont suivi, j’ai vécu l’enfer. Une véritable torture psychologique comme jamais je n’avais vécu. La veille, le samedi soir, j’étais sorti de la mosquée envahi par une sérénité irréelle. Je suis rentré en bus ce jour là. On aurait pu m’insulter, j’aurais souri. Allah m’avait préparé au lendemain. J’aurais du me méfier. L’histoire n’a pas pris fin à ce moment là. Il y a eu de multiples rebondissements. Elle m’a laissé des traces.

Seulement voilà. Plus l’épreuve est dure, plus elle est bénéfique. Il se trouve que Dieu, pour que je comprenne la relation qui m’unit à ma mère, m’a fait rencontrer une femme fonctionnant de la même manière psychologiquement. Grâce à ce recul, j’ai pu finir mon auto-thérapie. Le jeu en valait donc la chandelle. Chacun comprendra aisément, qu’après une telle expérience, je puisse rester sur mes gardes. Je le répète: je ne suis pas masochiste.

Et puis surtout, belle, intelligente et charismatique, est un modèle que je ne connais que trop. Là aussi, je vais avoir tendance à me protéger.

Comme vous avez pu le constater, j’en ai profité pour me libérer de mes derniers poids au travers d’articles un peu lourds à digérer. Avant un voyage, il faut s’organiser.

J’ai beau me dire que le Créateur ne veut que mon bien, il n’y a rien à faire. Ça freine, ça réfléchit, ça se pose des milliards de questions. Je vous les épargne. Et pour ceux qui suivent vraiment, je ne parle pas juste d’histoire d’amour. J’ai eu beau retourner la question dans tous les sens: il n’y a pas de compromis possible. Soit je suis un dingue, et il me faut une tout aussi dingue que moi. Soit, je ne le suis pas du tout. Et ça, ce n’est pas bon pour beaucoup! Comprenez que, selon mon point de vue, je me considère comme dans le droit chemin. Question de logique. Vous me suivez? Ceci n’est pas exactement une proposition à choix multiple, car il faut que vous me suiviez. Pour aller là-haut. Et je vous assure qu’on va y aller!
Bref, la vie commune signifie partager tout. Y compris la compréhension pleine et entière de ma rôle ici-bas.

J’ai beau jouer la montre, il va bien falloir que j’achève cet article. Il ne me reste plus grand chose. En fait, rien. Un petit bip. Mon téléphone. Je jette un oeil. Je vois le logo des Pages jaunes. Je fais alors glisser mon doigt pour faire disparaitre l’intrusive annonce. Fort heureusement, je suis loin d’être envahi. Avant qu’elle ne disparaisse, j’ai tout de même eu le temps de la lire.
Il était écrit:
Restez connecté avec votre moitié.

Pas de compromis sur qui je suis.
Pas de compromis sur le partage de la vie.

Les commentaires sont clos.