Anne

Anne

Dernières modifications le 10 mars 2016·19 minutes de lecture

J’ai hésité avant de mettre cette photo et d’écrire cet article. J’ai un peu peur de sombrer dans le nombrilisme et de jeter ma vie en pâture. Mais force est d’admettre que ma vie ne m’appartient plus, et que jusque dans ses moindres détails, ou presque, elle pourra fournir des enseignements. Au moment où j’écris ces lignes, je l’avoue, je ne sais pas où va me mener cet article. Quelle conclusion va s’imposer. Quels enseignements vont en ressortir.

Une chose est sûre: depuis que j’ai cessé de vivre avec ma mère, j’ai vécu ma vie selon des périodes de 3 ou 4 ans. La première est 94-97: les Arts et Métiers, initiation à l’esprit maçonnique de l’intérieur. Ensuite, 97-2000. Puis la troisième, 2001-2004, découverte d’internet, vie dissolue, partage des traumatismes via les chats, découverte de ma faculté d’écoute de l’autre. 2004-2007: photo et jazz, apprentissage de la patience, du labeur sur le long terme, développement de mon sens esthétique, le monde des croyants. 2007-2011, Trance, expérience spirituelle intense. 2012-maintenant, Islam, recherche intensive sur la Révélation, expériences mystiques et confrontations diverses. J’ai l’impression d’écrire un CV. Lorsque l’on met les choses par écrit comme je viens juste de le faire, on se rend compte qu’il y a un trou dans cette succession de périodes. Je n’avais rien de précis à y rattacher. J’ai fait l’armée en 99, mais les enseignements me paraissent relativement peu importants comparé au reste. Il est évident qu’Allah ne m’a pas ménagé un trou dans mon “CV”. Il s’agit juste de réaliser que j’étais dans le déni face à la nature de la période traversée. A présent, puisque le titre est donné, le lecteur sait déjà que je vais parler de la femme qui partageait ma vie à ce moment là. Il va se dire: encore. Ou certains imaginent déjà se repaitre de mon malheur. Je n’aurais qu’un conseil: lisez en toute humilité car dans le cas contraire, il est fort possible que vous preniez une claque à la mesure de l’orgueil que vous y aurez mis. Vous voilà prévenu. Et vous savez que mes menaces sont rarement fortuites. A moi, à présent, de relater en toute humilité de même.

Pour commencer, je dirais que cette photo résume à elle toute seule toute l’histoire de ce couple que nous formions. Un chevelu mal dans sa peau, introverti, à la carrière en échec, au physique pas vraiment plaisant, sans réelle volonté de se remettre en question, pas vraiment dynamique, immature au possible à la recherche d’une mère plutôt que d’une compagne, d’un coté. Il ne me semble pas d’ailleurs avoir trop changé. Et de l’autre, une femme extravertie, qui a du charisme, des ambitions, travailleuse, intelligente, une vie sociale remplie. J’irais même jusqu’à dire que cette photo prise quasi sur le vif n’est pas vraiment flatteuse pour elle, car ses grands yeux verts n’expriment pas tout leur potentiel à cause du fort soleil.

Barcelone – Janvier 2000

Tous les hommes qui ont croisé son regard sont tombés sous le charme. Et vu le comportement de certains, le charme était bien grand. Voilà le genre de femme qui ne laisse pas les autres femmes indifférentes. C’est dire. Allah ne fait jamais les choses à moitié. Il fallait que cette expérience soit extraordinaire.

Ma description est en rien exagérée. Et il est clair que la majorité des gens qui nous croisaient, se demandaient bien ce qu’une femme pareille faisait avec un type comme moi. Le contraste était saisissant. Voilà pourquoi certains, l’alcool aidant, se laissaient aller tout à leur mépris à mon égard. Tandis que le reste du temps, ce n’était qu’hypocrisie. Je rends grâce à Dieu de m’avoir fait totalement naïf et de n’avoir rien vu de tout cela. Car j’aurais pu en souffrir beaucoup plus tout le long.

Comment donc Allah s’y ait pris pour réussir ce tour de force de m’accoler avec une créature pareille? Un scénario concocté aux petits oignons. Vous allez voir. Tout d’abord, au moment où je la rencontre, je suis encore élève aux Arts et Métiers. J’ai donc suivi des cours en classe préparatoire, réussi des concours et intégré une des écoles les plus prestigieuses de France. Je fais potentiellement parti de l’élite. De quoi impressionner la petite étudiante en université qu’est Anne à ce moment là. J’ai une moto, une 600 routière, avec laquelle je sillonne la France. J’ai un appartement, je ne suis donc pas en résidence étudiante. Bien sûr, tout cela est payé par ma mère. Je n’ai jamais fait le moindre effort. L’authentique gosse de riche. Elle, bien qu’issue d’une famille bourgeoise a toujours fait des petits boulots pour payer ses dépenses. Mais, au moment de la rencontre, je fais donc totalement illusion. Anne est fan de moto, elle rêve de passer son permis. Elle n’a aucun ami motard et ma selle lui fait très envie. Le décor est planté. Passons au physique maintenant. Jusqu’à notre rencontre, Anne, en bonne métalleuse qui se respecte, porte des tee-shirts noirs et trop grands, arborant des dessins de groupes de metal plus ou moins esthétiques. Des jeans trop larges. Elle a une voix très grave et une démarche de cow-boy. Les mecs sont avant tout des potes. Et eux la considèrent ainsi. Elle est complexée par ses 15 kilos de trop et fantasme sur un garçon encore plus complexé qu’elle. Le genre de nana à laquelle on pense en premier quand on veut faire une soirée à la cool.

Si je l’avais croisé simplement dans la rue, je ne l’aurais donc certainement pas remarqué. Seulement voilà, je vous l’ai dit: le plan d’Allah est sans faille. Ce jour là, il y avait grève des trains. Un seul TGV assurait la liaison Bordeaux-Paris. Ma copine de l’époque m’avait accompagné. Une fille tout aussi complexée que moi. Bien sur. Le train est bondé. Dans ces cas là, les gens s’entraident pour monter. C’est ce qu’a fait Anne au moment où je grimpe dans le wagon avec ma valise. Elle attrape ma valise le plus naturellement du monde, s’attendant à un simple merci en échange. Je réponds par un grommellement, tel le vieil ours asocial que je suis. Elle est perplexe et s’éloigne. Mais l’étincelle est née en moi: mon regard est tombé dans ses grands yeux verts. C’était la seule chose que je pouvais voir à ce moment là, car tout le reste servait de repoussoir. Oui, durant une seconde je suis tombé dans ses yeux, et j’ai mis plus de dix ans à m’en sortir vraiment.

Comme vous l’avez compris, Anne était alors une proie facile pour moi. J’étais en confiance. J’avais tous les atouts de mon coté pour réussir. Même si ce ne fut pas chose aisée car mon introversion m’handicape constamment. Il a donc fallu qu’elle y mette beaucoup du sien et me facilite beaucoup la tâche pour que cela se fasse. Je n’avais pas de problème de concurrence. Toutefois, il est clair que, pour une fois dans ma vie, je me suis réellement battu pour avoir une femme parce que je ressentais le potentiel de notre couple, instinctivement.

S’en est suivie une courte période d’environ un mois, où ce fut la fusion totale de nos deux corps. Je fus bouleversé. A tous les niveaux. Et je n’ai jamais revécu cela depuis. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé, croyez-moi! Sur ce point, il est impossible de tricher, de simuler. Plus rien alors n’avait d’importance qu’elle. Elle avait submergé ma vie. La conséquence immédiate est que j’ai planté totalement mes examens de fin d’année. C’était la fin de ma scolarité à l’Ensam. L’échec cuisant. Mais celui-ci n’allait apparaitre réellement qu’après l’été. Pour l’instant, la fin de l’année scolaire était venue, Anne est rentré dans sa famille et nous ne nous sommes pas vu pendant un mois. Durant ce moment de séparation, c’est bel et bien elle qui l’a le plus mal vécu. J’étais alors encore dominateur.

Rendez-vous à Arcachon. Quand je la vois, je ne la reconnais pas. Elle est métamorphosée. En un mois, elle a perdu 10 kilos. Elle porte encore ses vieux jeans déchirés et informes qui ne lui vont plus du tout. Très vite, la Anne métalleuse va disparaitre totalement. Elle finit par porter des robes moulantes et se faire siffler dans la rue. Durant les mois qui suivent, elle va encore perdre 5 kilos, et adapter sa garde-robe à son nouveau corps et surtout à sa nouvelle manière d’être. Son contact facile avec les hommes qu’elle considérait comme des potes jusqu’ici, va se transformer en une séance de charme permanente. Tous les hommes bavent sur elles, littéralement. Dans quelle mesure a-t-elle réussi à faire face à ce basculement, je n’en ai aucune idée. Si dans les premiers temps, elle est resté sage et fidèle, j’ai bien peur qu’au bout d’un an, la situation soit devenu intenable pour elle. Je ne préfère pas imaginer tout ce qui s’est passé dans mon dos. J’ai déjà assez de toutes les anecdotes que j’ai pu voir par moi-même. Je vous les épargne, ça ne sert pas le propos, je ne suis pas là pour me faire plaindre ou faire une analyse psy. Je n’ai pas eu non plus un comportement exempt de tout reproche. Enfin surtout au début, quand le rapport de force était en ma faveur. Parce qu’après, j’étais clairement sous domination et je ne faisais que sauver les apparences.

Il est clair que j’étais en couple avec une perverse narcissique. Très vite, elle m’a rabaissé quant à mon échec à mes examens, me traitant de loser, que je ne ferai jamais rien de ma vie. Je ne savais quoi répondre. J’ai vite perdu toute confiance en moi. Elle affirmait que de nous deux, il n’y avait qu’elle qui m’aimait et que je ne faisais rien pour montrer mon amour. Que j’étais égoïste, radin… Bref, elle n’avait que des reproches. Si son physique était devenu une arme fatale à l’égard des autres, ses complexes physiques et intellectuels avaient mutés en une arme de destruction de mon égo. Elle m’a largué à chaque fois parce qu’elle voulait vivre pleinement une aventure avec un homme. Trois fois. La dernière fut la bonne. Je ressortais totalement anéanti. L’année 2001 fut la pire année de ma vie. La déchéance.

A chaque fois, je suis revenu sans discuter. J’étais bien trop heureux qu’elle me reprenne. Surement parce que l’histoire avec son nouvel amant l’avait déçue. Le pire souvenir demeure lorsque j’ai du la quitter pour faire mon service militaire. Je me rendais à Lunéville, en Lorraine, à 1000 kilomètres de Bordeaux. Mes week-ends étaient courts. Et elle ne prenait plus trop de précaution pour cacher son comportement à l’égard des hommes. Ses camarades de fac n’avait alors que mépris pour moi. Elle s’est alors débarrassé de moi pour la première fois. De garde, enfermé dans un bunker pendant les week-ends, je ne sortais alors que pour lui téléphoner, et elle me racontait sans ménagement ses exploits sexuels avec les saisonniers de Lacanau où elle travaillait comme barmaid. Je n’oublierais jamais ce moment. Et j’ai encore une certaine envie de vomir qui me vient en ce moment même. 17 ans plus tard.

Avec un physique comme le sien, les entretiens d’embauche comme barmaid était simples. Il suffisait qu’elle joue les idiotes faciles. Car, qu’on ne s’y trompe pas, Anne est très intelligente. Vous le comprendrez lorsque je vous raconterai sa vie actuelle. L’été passe et elle part vivre à Barcelone en Erasmus. Je suppose que parce qu’au début, elle est un peu perdue dans cette grande ville, qu’elle ne s’est pas encore fait d’amis, et qu’elle a un fond de nostalgie, elle me rappelle. Et j’accours. Lunéville – Barcelone. 1100 kilomètres. 19h de train. Je vais même faire l’aller-retour pour un week-end parce que le décompte de mes permissions est serré au maximum. Par chance, j’ai gardé tous mes jours. Elle entame sa vie nocturne, et rencontre des gens aux moeurs dissolues. Je rentre donc en la laissant seule là-bas. Il y avait un type étrangement proche d’elle sur des photos sur lesquelles je suis tombé par hasard dans ses cartons de déménagement. A peine cachées. Elle était donc de retour à Bordeaux et elle cherchait un bar pour les week-ends. Et sa route a croisé celle de cet ignoble type. Il était gérant d’un bar. Le bar était censé fermer à 1h du matin mais restait ouvert jusqu’au petit matin. Petits arrangements et rideaux baissés. Jusque là, rien de trop anormal. Ce qui a commencé à me mettre la puce à l’oreille, c’est son salaire. Au départ modeste. La cagnotte était mise dans un pot commun. Très vite, elle a été augmenté. Le pot commun tombait dans sa poche à elle. Elle était contente. Elle menait un grand train de vie pour une étudiante. Elle s’achetait de la lingerie. Beaucoup de lingerie. Mais puisqu’elle était heureuse, je ne trouvais rien à redire.

Et puis un jour, elle m’a annoncé que son patron, qui avait femme et enfants bien sur, avait culbuté, je ne vois pas d’autre mot, une de ses clientes sur le zinc, après la fermeture. Elle était fière de lui. Ses yeux brillaient. Non seulement, c’était une pratique courante pour lui, mais j’apprenais assez vite que c’était un habitué du milieu échangiste bordelais. Elle rentrait alors le dimanche midi après avoir écumé tous les bars branchés des quais bordelais. J’étais devenu un fardeau. Mais ce n’est pas pour lui qu’elle m’a alors quitté. Mais pour un jeune de son âge. Les mois qui suivirent furent pénibles. J’échouais sur internet. Je crois qu’on ne peut pas trouver meilleure expression. A l’époque, les chats étaient peu nombreux et peu fréquentés. Ma route a croisé celle d’une nymphomane. Oui, une véritable nymphomane. Elle n’avait absolument aucune estime d’elle-même. Elle couchait par politesse. Ou plutôt, c’était sa manière à elle d’être polie. Elle s’est installé chez moi et profitait de ma connexion illimitée. Elle est parti une nuit, rejoindre un chatteur et a continué ce manège chez lui pour partir chez un autre. Cela m’était égal. Mon esprit était voué à Anne. Le reste n’était que déglinguerie. Et puis elle est revenue chez moi parce qu’elle avait échoué chez un gars qui n’avait pas internet chez lui. Mes amis avaient de la peine pour moi. Ils ne savaient plus comment me faire recouvrer ma propre estime.

Et puis un jour, Anne a rappelé. J’ai pris le train. Elle faisait comme si rien ne s’était passé, et surtout pas de longs mois. Elle m’a accueilli dans sa petite chambre d’étudiante en nuisette courte. Très courte. Sans rien dessous. Et lorsqu’elle s’est penché pour prendre un objet, mon sang n’a fait qu’un tour. Plus tard, elle a nié. Elle a prétendu que ce n’était que mes fantasmes qui s’exprimaient. Que jamais, elle se serait comporté ainsi.

Elle n’avait pas cessé de travailler dans ce maudit bar. Mais elle ne parlait plus trop de lui. La routine. C’est à ce moment là que j’ai définitivement craqué. Je me suis mis en tête qu’Anne et moi allions faire de l’échangisme avec un autre couple. J’étais prêt à tout par amour. Mais je me le niais à moi-même. Je m’imaginais en roi des clubs échangistes. Comme si cela était ma nature. J’imaginais donc agir naturellement. Je me suis donc inventé une sexualité sur internet et je me suis mis en quête du couple qui conviendrait. Autant dire que ce fut laborieux. Lorsque je lui annonçais le but de ma recherche, elle s’en amusa. Elle me considérait incapable d’y arriver. J’organisais une première rencontre avec un couple assemblé de bric et de broc. La fille prit peur. Le garçon était un homme gentil, surement perdu lui aussi dans ses fantasmes. Il était clairement partant. Limite amoureux. J’avais découvert en parallèle une fille complétement délurée qui, en voyant les photos d’Anne, se dit qu’il était grand temps qu’elle tente l’expérience féminine. Ce ne fut pas chose facile de réunir ces trois-là au même moment et au mème endroit. Je n’ai jamais autant usé de mon pouvoir de persuasion que ce jour là. Tout le monde était fébrile en vérité. Moi le premier, mais je ne m’en étais pas rendu compte.

Nous rejoignons la fille. Elles se plaisent. Tant mieux. Nous marchons dans la rue vers l’appartement du gars. Au bout de quelques mètres, je me mets à vomir en plein milieu de la rue. Je suis dans un état second lorsque nous arrivons. Il y a une bouteille de vodka. Je n’y touche pas, bien sur, vu mon état. Les autres se détendent. Le gars et la fille ne se connaissent pas et ne se plaisent pas vraiment. Mais ils sont tous les deux très doux. Et surtout, ils n’ont d’yeux que pour Anne. C’est elle la star de la soirée. Tout le monde va s’employer à son plaisir à elle.

Moi, je suis en panne d’érection. Pour la première fois de ma vie. Et peut-être l’une des seules réelles fois. Alors je contemple Anne au milieu du lit. Elle est magnifique. Elle trône. Les deux autres sont ravis. Elle, non. Elle veut de l’action. Beaucoup d’action. Les deux autres sont trop mous pour elle et je suis hors service. C’est alors que je deviens comme fou de désespoir. Je sors dans la rue et je me mets à courir. Faire circuler le sang, faire circuler le sang. J’ai toujours compté sur toi! Pourquoi me lâcher dans ce moment pareil alors que l’amour de ma vie n’attend que ça? Rien. Rien. Il ne se passe rien. J’ai perdu la partie.

En réalité, Allah m’a protégé. Il m’a permis beaucoup de choses dans ma vie, mais ça, jamais. Il ne m’aurait jamais laissé faire. Mais à ce moment là, Allah, je ne le connaissais pas. Nous sommes rentrés. Et puis la fin de l’année est arrivée. Elle est revenu sur Paris. Elle m’a invité à un spectacle, invité au restaurant, m’a pris une dernière fois dans ses bras de toutes ses forces sur “With or without you” et elle a disparu.

Bien sur, je n’ai pas compris ses intentions, et j’attendais bêtement son coup de téléphone. Il ne vint jamais. Je me souviendrai toute ma vie de la phrase qu’elle me dit alors, 10 jours d’attente plus tard, 3 ans et demi après notre rencontre, après tous les moments forts que nous avions vécus, les deux ruptures:

“J’allais t’appeler. Au fait, c’est fini.”

Elle avait succombé aux “charmes” de son patron, de 20 ans son ainé. Il avait décidé de plaquer sa femme alors enceinte pour elle. Bien sur, tout cela, je ne l’ai appris que longtemps après, de la bouche de sa soeur avec qui j’entretenais une amitié. Je crois que cette dernière était de mon coté. Même si elle savait que je n’étais pas un ange non plus. Elle n’était plus dans le déni et réalisait qui était vraiment sa soeur à ce moment là. Ce qui m’a définitivement achevé, ce sont les mots de sa mère: “Si ma fille est amoureuse de cet homme, alors Stephan, si il a le moindre sentiment pour elle, doit la laisser vivre son histoire.”

Était-il seulement possible de dire une chose plus ignoble que celle-là? Car elle savait qui était sa fille et qui était cet homme. A partir de ce moment là, un mur s’est dressé contre moi. Je ne pouvais plus lui parler. Elle a disparu totalement de ma vie.

Mais elle avait un site internet. J’y appris son mariage. Son installation à Puteaux, non loin de chez moi. Elle avait monté une entreprise dans la net-économie. Elle a très bien géré ses affaires. Si bien, qu’un jour, elle est parti vivre au Mexique. Elle faisait de la plongée sous-marine, avait une vie nocturne trépidante et rentrait de temps en temps en France pour garder le contrôle de son business. C’est la vie qu’elle a d’ailleurs toujours en ce moment même. Depuis son arrivée sur Facebook, elle a découvert le formidable potentiel narcissique de la plateforme et l’exploite à fond. C’est ainsi qu’elle y montre ses toutes dernières photos de pole-danse, qui est l’occasion pour elle de se sculpter un corps de rêve. Elle est alors encore plus canon que lorsque je l’ai connu. Mais son visage est marqué. Curieusement marqué. Et le maquillage ne parvient plus à le dissimuler.

Et puis voilà qu’un jour, je crois que c’est en 2009, elle vient me parler. Elle est tombé gravement malade et a été opérée. Elle est désormais stérile. Elle cherche égoïstement une oreille attentive et compatissante. Toutefois, elle parvint à me confier: “Malgré tout le mal qui a pu se passer entre nous, je n’oublierai jamais comment tu as changé ma vie quand tu es arrivé dans la mienne. Je ne serais jamais devenu celle que je suis sans toi.”

Ainsi donc elle avait un coeur.

Puis elle vint marquer de son empreinte quelques photos de ma galerie comme pour signifier son emprise sur ma vie. Mais elle est triste. Triste. Elle achète des chiens. Dieu que tout cela est triste.

Si l’on devait décrire la réussite dans la vie d’ici-bas, elle l’incarnerait. Tout le monde la trouve belle et lui dit. Elle est riche, a du succès dans les affaires, et passe sa vie en vacances.

Je pense sincèrement que j’aurais pu tout à fait être à la place de son mari. D’ailleurs, il me ressemble un peu. Il aurait juste fallu que je sois plus docile. Que je n’aspire à rien que de la valoriser. J’aurais pu vivre cette vie de rêve. La vie de rêve d’ici-bas. J’aurais en ce moment un sourire béat sur les photos à coté d’elle.

Mais Dieu avait un autre plan pour moi. Il m’a sauvé de ce succès apparent. A force de voir ses photos sur Facebook, j’ai fini par la prendre en pitié. Le souvenir de ses immenses yeux verts s’est estompé. Elle m’a retiré de ses contacts. Mais juste avant de partir, elle m’a demandé mon avis sur le fait qu’elle fasse une chirurgie mammaire. Comme si j’étais conseiller en la matière.

Il y a quelques temps, en 2015, je suis allé voir, par curiosité. Elle était enceinte. Du moins c’est ainsi que cela est apparu sur FB. Après toutes ces années. Je crois que j’étais même content pour elle. Elle était délivrée de sa malédiction. (Edit 2017) En 2017, j’ai constaté qu’elle s’était faite opérée des seins. Dieu lui avait enfin tout donné ici-bas.

Il m’a donné le reste.

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