Le rouge et le noir

Le rouge et le noir

Dernières modifications le 15 août 2016·10 minutes de lecture

Voilà un titre d’oeuvre qui a fait couler beaucoup d’encre. Chacun y va de son interprétation. Quant à cet article, il a bien fallu lui en trouver un. Surement un manque de maturation. Tant pis, fonçons! Car vous allez le constater par vous-mêmes, ceci n’est pas vraiment un article: pas de grande littérature et surtout pas de gros travail de recherche.

Parfois, j’ai l’impression de jouer au jeu Pyramide. Vous savez ce jeu où il faut dire des mots à son partenaire pour lui en faire deviner un autre. Lorsque les deux partenaires sont sur la même longueur d’onde, ils peuvent s’avérer très efficaces et les associations d’idées très déroutantes pour les spectateurs. Bien sur, je parle ici de “jouer” ce jeu avec Dieu. Il ne s’agit pas de se vanter, mais juste de prendre conscience que les signes sont personnalisés. Ainsi, Il s’adresse à chacun de nous différemment. Parfois, ce que je perçois va paraitre totalement incongru, voire incompréhensible du point de vue de l’autre. Il est donc, de fait, impossible de juger de la légitimité d’une hypothétique guidance, malgré que dans la plupart des cas, j’explique la chronologie de ma pensée. J’ai d’ailleurs longtemps cru que ces descriptions pouvaient servir de preuve. Il n’en est rien. De plus, n’étant pas infaillible, il subsiste forcément des erreurs, des omissions, des approximations dans mes écrits. On ne peut donc juger que le résultat final, appréhender l’ensemble et estimer sa cohérence. Ce que je fais valoir est donc une somme considérable de coïncidences. D’ailleurs, peut-on faire valoir autre chose?

Au tout début de l’aventure, alors que je n’y connaissais absolument rien aux religions, mon attention avait été attirée dans mes premières lectures, par le lien entre Jean l’évangéliste et Marie de Magdala. Surement une conséquence de la sortie du Da Vinci code. Et puis, je suis rapidement passé à autre chose car les théories au sujet de Marie me paraissaient plus issues de fantasmes que de vraies recherches. Ce n’est qu’en Janvier 2016 que j’y revenais dans l’aboutissement d’un long travail sur l’évangile de Jean. Cette fois, je n’étais plus novice en théologie et ne me laissait plus envahir par les théories fantaisistes. Ainsi été publié l’article: Noli me tangere. Le deuxième de l’année 2016. Force est de constater que je n’en suis toujours pas sorti. Et pour cause. Voilà pour le décor.

Quelques heures avant de partir à l’aventure sur la route, je visionnais les vidéos du Raptor dissident que j’ai découvert il y a peu de temps. Que l’on soit en accord avec ses opinions politiques ou pas, force est de reconnaitre que ce youtuber a un talent certain. Sa popularité en témoigne. Comme dirait Dieudonné, il faut rigoler, il ne nous reste plus que ça. Comme il se plait à combattre l’hypocrisie, je ne vais donc pas cacher qu’il me fait bien rire. Quand on est un familier de son univers, on connait son expression fétiche qui consiste à placer le prénom Jean devant un qualificatif. Par exemple un Jean-RSA ou un Jean-Batman. J’ai réalisé depuis que ces expressions sont utilisés par les jeunes et que tout un pan de l’univers vidéo internet m’ait inconnu. L’âge, surement. Mais quel rapport entre cette culture pas vraiment intellectuelle et Le rouge et le noir? Attendez.

En bon révolutionnaire du clavier, en bon Jean-dissident, Youtube est une de mes sources d’information principale. Comme tout le monde, j’ai passé en revue les dissidents les plus connus. Je me suis néanmoins spécialisé dans les vidéos de théologie. Un produit de niche. Et puis un jour, il y a eu interaction entre ce que je voyais à l’écran et les signes. Je m’étais juré de ne jamais tomber dans le piège du virtuel. J’avais traversé de nombreuses années sur internet sans faillir. Mais là, j’étais tombé sur un os. Tout cela à cause d’une chanteuse dans le métro. Si arrivé à ce point là de lecture, vous êtes envahis de questions, c’est tout simplement que vous ne me suivez pas régulièrement. A vrai dire, je ne peux pas faire grand chose pour vous. Je vous oriente plutôt vers un article qui se suffit à lui-même. Vous êtes encore là. Tant mieux. Je vous disais donc que je suis parti quelques jours dans la nature, histoire de respirer le grand air. Le souci, quand on est dans la nature, c’est qu’il n’y a souvent pas de réseau. Et quand la journée de marche est finie et que l’on est seul dans son camion, il n’y a donc rien à faire. Ce n’est pas tellement la volonté d’y passer des heures, mais juste de se détendre quelques minutes avant de dormir. Vendredi après-midi, me voilà dans un petit village touristique où l’on ne capte pas du tout. Après m’être baladé dans les rues pavées bordées de maison de pierre, me voilà sur une esplanade panoramique. Je m’assois sur le rempart et sors machinalement mon téléphone alors que la lumière de fin de journée habille le paysage. Je constate qu’il capte. Après quelques minutes de surf, je décide d’aller voir ce qu’il se passe sur ma chaine Youtube préférée, celle qui semble interagir avec ma page Facebook depuis plusieurs mois. Une vidéo a été mis en ligne quelques temps avant: une lettre d’amour. Mon coeur bondit dans ma poitrine: il se passe quelque chose. Une nouvelle déclaration fracassante. Je clique donc sur le lien. Les toutes premières secondes défilent, puis plus rien. Ma curiosité a été piquée au vif. Je veux savoir. J’insiste. Je trépigne. J’enrage. Il n’y a pas moyen de voir la suite. Le réseau est nul. J’ai beau me déplacer, rien n’y fait. Le temps passe. Il est tard, la nuit va tomber, et je n’ai pas envie de changer d’endroit pour la nuit. D’ailleurs, pour aller où? La vidéo reprend parfois par morceaux. Elle n’est pas très longue, mais tellement morcelée que j’ai du mal à recomposer le fil. 480 ko, cela parait rien en ville. Mais là… Il me faut alors admettre qu’il s’agit là d’une épreuve. Mais, je n’ai pas encore la patience. Malheureusement. Je finis par me coucher en repensant au peu que j’ai retenu. J’essaie de recomposer l’idée, le message. Cette vidéo est-elle en train de me parler? Nous serions alors en pleine mise en abyme. Il est, en effet, question d’un spectateur qui se demande si on lui parle. Les mises en abyme, c’est bien quand ce sont les autres qui sont dedans. Il me semble que le procédé de l’ellipse est également utilisé pour permettre cette mise en abyme, puisque des éléments sont omis afin de laisser la place au questionnement. Je ne suis qu’un scientifique, désolé.

Le lendemain matin, samedi, je reprend ma route vers le nord sans savoir où je vais me retrouver. Dans un village, j’avise un endroit où m’arrêter. Le réseau est bon. Je vais donc pouvoir trouver une idée de randonnée sur mon téléphone, et surtout regarder cette vidéo normalement. Décontenancé. Chamboulé, devrais-je dire. Pourquoi maintenant? Retour à la réalité, il me faut me rendre aux toilettes. Je me dirige sur la place du village et tombe nez-à-nez avec un grand panneau blanc. “Marche des estives”. Une sorte de grand schéma avec les noms des hameaux et au dessous: Départ, puis encore en dessous: 6 kms. Je suis persuadé alors que le schéma représente les points remarquables de la marche et que celle-ci est longue de 6 kms. Il n’en est rien: en réalité c’est le départ qui est à 6 kms, mais le schéma ne le précise pas et prête à confusion. D’ailleurs les départs de randonnée ne sont généralement jamais indiqués à distance. Mon GPS était déjà programmé pour m’emmener au départ d’une nouvelle randonnée. Toutefois, mon intuition me dit que je ne suis pas arrivé devant ce panneau par hasard. Je décide donc de garer mon camion sur la place et de me préparer. C’est le seul moment où j’ai agi de cette manière “irrationnelle” durant cette semaine. Je pars léger. Il s’agit d’une petite ballade. L’essentiel est de prendre de l’eau car il fait presque 32 degrés ce jour là. Je progresse sous un soleil de plomb. Je vais d’arbres en arbres. Je fais de fréquentes pauses. Et je l’avoue, je sors souvent mon téléphone de ma poche. Pour lire et pour regarder une fois encore cette vidéo. Difficile de penser à autre chose.

Le clocher est la partie principale de cette église.

Arrivé vers le milieu de ma balade, j’avise une toute petite église de campagne. Il fait toujours frais dans les églises et elles sont toujours ouvertes. Et puis, c’est aussi la maison de Dieu. Je franchis le seuil et me retrouve dans l’allée centrale. Comme mes lunettes de soleil sont aussi des lunettes de vue, je les garde donc sur le nez. L’intérieur de l’église m’apparait donc très sombre. Aussi, je n’en vois réellement que les vitraux. Celui qui me fait face, derrière l’autel, est un Christ sans rien de particulier. Autour, il y a d’autres ouvertures de couleurs unies. De l’endroit où je me tiens, d’un coté et de l’autre, il y a deux grands vitraux. A ma droite, Marie Madeleine, implorante sous la croix. A ma gauche, Jean de Patmos, l’évangéliste, vêtu de rouge comme à son habitude, tenant un livre et une plume, les cheveux longs et le visage fin. Je suis un peu étonné du choix effectué par les artistes de cette église. Pourquoi avoir mis ces deux personnages là en évidence, plutôt que d’autres? Habituellement, ce sont plutôt la vierge Marie, ou bien Simon-Pierre, ou encore Paul qui sont représentés. Jusque là, ce ne sont que des réflexions machinales qui me viennent en tête. Et puis voilà qu’un détail me saute aux yeux:

Deux vitraux se font face dans cette petite église de campagne.

Il est écrit SAINT JEAN EVA. Le reste de l’inscription est effacée. Le personnage est un Jean-Eva! C’est à dire, un personnage caricatural, un pseudo-Eve, la mère de l’humanité, ainsi que pourrait l’appeler un jeune comme le Raptor s’il faisait de la théologie. Je comprends alors brusquement que cette petite balade apparemment anodine au regard de ce que j’ai accomplis les jours précédents vient de basculer dans une toute autre dimension. Elle vient confirmer une théorie qui m’avait passionné plus de 4 ans auparavant: l’auteur initial (avant les multiples évolutions du texte au sein de la communauté johannique) du quatrième évangile, celui dit “selon Jean”, est en réalité une femme. Dans l’article Noli me tangere, je démontrais que “l’auteur” (ils sont plusieurs) affirmait que le Messie incarnait l’arbre de la connaissance. Celle, donc, qui est présentée comme “le disciple que Jésus aimait” dans certains passages de cet évangile, ce qui parait logique s’il s’agit d’une femme, incarnerait selon la théologie développée dans d’autres passages, quant à elle, la nouvelle Eve. Voilà pourquoi, dans de nombreuses représentations, Jean apparait sous des traits féminins (voir ici). Les initiés transmettent cette information au travers de l’art. La gnose leur apporte, selon eux, la vie éternelle. Il y aurait tant à dire sur le sujet. Ici, ce qui nous intéresse, ce sont les femmes.

Deux femmes se font face. L’une incarne la passion, le désir: Marie. Le rouge.
L’autre, “Jean-Eva”, la théologienne, l’érudit. Le noir de l’esprit, de la raison.

Dans le roman de Stendhal, une des dernières pensées de Julien Sorel avant son exécution:
En vérité, l’homme a deux êtres en lui, pensa-t-il.

Dans la vidéo qui m’obsédait depuis la veille, l’image était noire à gauche et rouge à droite.

***Cette église est dans le bourg d’Espinassolles. Ce qui signifie en occitan: l’épine seule ou les épines seules. L’épine symbolisait la douleur dans le couronnement messianique.***

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