Nedroma

Nedroma

samedi 24 décembre 2016

Je n’aime pas l’idée d’inéluctabilité. C’est un principe contraire aux fondements de ma foi. De quoi s’opposer farouchement au sionisme. En toute logique, cela me parait contraire au principe de libre-arbitre. Et si tout est joué d’avance, comment pourrait-il y avoir jugement? Cette réflexion m’avait amené à comprendre la multiplicité infinie des trajectoires possible des créatures. Une infinité de destins, tous envisagés par le Créateur. Nous serions maitre de notre sort final même s’il nous est préjudiciable. Malheureusement, à chaque fois que je tente d’expliquer cela, je me heurte à la même muraille d’incompréhension. Me voilà impuissant. Au printemps 2012, au moment de ma conversion, face à al Amin et Ali, les deux témoins de celle-ci, j’abordais le sujet. Je constatais leur fermeté sur le sujet: tout était écrit. Tout était écrit au départ, et ce principe a lui-même été écrit dans la tradition islamique. Il n’y avait pas de discussion possible. Il s’agit du sixième pilier de la foi. Je voulais à tout prix les mettre face à leur contradiction: comment affirmer que Dieu ait tout déterminé et nous prévient de son jugement à venir? Al Amin, pour illustrer son propos, avait une formule poétique: ”Dieu t’aime tellement qu’Il sait à l’avance quel choix tu vas prendre dans une situation. Il a donc écrit une suite unique de ton histoire. Il sait si tu vas au Paradis ou en Enfer.” La réponse m’avait paru saugrenue d’un certain coté, mais d’un autre elle avait curieusement résonné familièrement à mon oreille. Nous restions sur nos positions. Bien plus tard, je tentais l’écriture d’un article pour traiter de l’imbrication du libre-arbitre et de la prédestination. Ma théorie me paraissait tenir la route et dans le prolongement de la démarche intellectuelle menée jusque là. Cependant, il y avait une exception notable: les histoires des prophètes. La Révélation passe par des étapes cruciales. Certains évènements sont incontournables et sont d’ailleurs prophétisés. C’est d’ailleurs ainsi que l’on peut identifier les prophètes: ils accomplissent les prophéties. Pourtant les prophètes n’en sont pas moins des hommes avec des qualités et des défauts. Chaque passage clef prophétique doit donc se dérouler indépendamment du bon vouloir de ses acteurs. J’en venais à la conclusion que la théorie acceptait des exceptions concernant les prophètes et que ceux-ci en conséquence, abandonnaient une partie de leur libre-arbitre en échange du Paradis. Ce n’est d’ailleurs pas une faveur, puisque cet abandon signifie également une souffrance bien plus grande dans les épreuves. Parmi la multiplicité des destins, il y avait donc une unicité d’un nombre très restreint de destins. Ce qui est unique est incréé. Il s’agit de la Parole de Dieu. C’est donc bien de Dieu dont il s’agit. En conséquence, si la connaissance d’un prophète se limite à l’histoire incréée, sa dimension humaine disparait totalement. Dans un précédent article j’en arrivais à la conclusion que les chrétiens avaient raison de dire que Jésus est Dieu dans la mesure où le Jésus qu’ils connaissent au travers des Évangiles est déshumanisé. Ce n’est pas le cas de Muhammad, paix sur lui, puisque sa vie est amplement détaillée.

Si j’en suis arrivé jusqu’ici, à être persuadé d’être investi d’une mission très précise, je me suis toujours refusé à croire que ma capacité personnelle à remporter les épreuves pouvait avoir une influence sur le monde. C’est hors de propos. J’en suis donc venu à la conclusion, qu’en dehors du dévoilement des choses qui ne me concernait pas, je vivais ma propre vie en “parallèle” et aurait un jugement en rapport avec mes choix de vie. Et puis, c’est aussi pour moi l’opportunité de me ménager une porte de sortie. Il est impossible de supporter un tel poids sur les épaules. Il faut compartimenter. En quelque sorte, il y a l’homme public et le privé. L’homme public ne serait qu’une fonction, un travail. Alors évidemment, dans la perspective de ceux qui ne croient pas un traître mot de ce que je raconte, ce poids serait le fruit de mon imagination débordante. Le résultat est que, dans la pleine conscience de l’existence de Dieu, j’assiste impuissant à mes propres péchés. C’est parfois terrifiant. Je comprends tout à fait ce qu’il conviendrait de faire, mais je ne le fais pas. Parfois, c’est un autre qui fait ce qui est juste sous mes yeux. Je ne peux qu’être impressionné par son mérite: il ne se prend pour personne, il ne s’est pas donné une mission, il n’a pas l’impression d’avoir une relation privilégiée avec Dieu, il n’a pas de grandes connaissances, de grands discours et pourtant il est juste. Ceux-là me devanceront dans les cieux. Au fond, quel mérite ai-je de croire? Quel mérite ai-je de faire de bonnes actions alors que tout le travail est mâché? Je n’ai qu’à faire ce qu’on m’ordonne. Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de tout gâcher par une simple phrase sortie d’on ne sait où. De mes bas-fonds certainement. N’y a t-il pas une certaine ironie à ce que je me demande si je m’aime? L’ironie. C’est bien tout ce qu’il me reste.

Avec les femmes, j’ai toujours été un con. Pardonnez-moi, mais je ne vois pas d’autre terme. Une obsession pour la beauté et l’intelligence. Le souci, c’est que je ne me suis jamais donné les moyens. Jamais. Je n’ai fait que profiter des circonstances. Le fait est que j’ai eu de la chance. Mais la chance n’existe pas. Et de tous les travers de l’homme, les relations hommes-femmes sont ceux que le Créateur juge le plus durement. Cette chance apparente était en réalité un piège dans lequel je me suis engouffré avec ardeur. Combien de femmes ai-je rendu malheureuses? Combien d’hommes aussi par voie de conséquence. Je ne peux plus compter. Et je crois que vous n’avez pas assez d’imagination et bien trop d’empathie à mon égard pour évaluer. Je pourrais vous raconter bien d’autres choses encore. Peut-être même bien plus noires. Quelle importance? Ce ne serait que des mots. La réalité, c’est que toutes ces choses me hantent. Il y a une boule de mal en moi. Elle ne veut pas sortir. C’est un peu comme si j’avais baissé les bras.

J’ai rencontré Magda sur un site de rencontre au printemps 2011. Ses photos étaient flous, mais pas son esprit. Une vivacité rare. Assez vite, je tombais sous le charme. Puis nous avons parlé au téléphone. A sa voix, il m’aurait été impossible de déceler ses origines maghrébines. Une femme enjouée, mure, installée dans sa vie. Cela me paraissait trop beau pour être vrai. Mais, en grand routard des rencontres internet, je m’étais fixé une règle d’or: tant qu’il n’y avait pas eu rencontre dans le réel, rien ne s’était passé. C’est ainsi que j’avais évité bien des désillusions. En virtuel, on peut former un couple parfait sur le papier et être totalement indifférent en face à face. Le téléphone, Skype, la messagerie, tout fait parti du virtuel. Une histoire ne démarre qu’au moment du premier regard. Nous nous sommes donné rendez-vous. Quand je la vois, je suis déçu. Je me dis que cela ne va pas être possible. Et d’ailleurs, surement elle aussi fut déçue. C’est une femme élancée aux jambes fines et bien dessinées, qui prend soin d’elle et plutôt chic, tandis que je suis un trapu aux jambes courtes d’une couleur approximative et d’un aspect brouillon. Il faut croire que nous étions tous deux de vilains curieux et nous sommes restés à nous observer. La libido a fait le reste. Nous voilà embarqués tous les deux. Bien loin d’imaginer ce qu’une banale aventure internet allait nous réserver. L’été arrive. Je suis encore dans ma période Trance. Elle, elle a ses enfants. Voici Septembre. Je ne me souviens plus très bien ce qui s’est passé. Le fait est que je ne me satisfais jamais de ce que j’ai. Cette obsession de la femme parfaite prend toujours le dessus. Fin Octobre me voilà de nouveau seul. J’ai certainement du me rendre odieux au possible afin de pourrir la situation et de pouvoir partir. Me sentir libre. Voilà qui est important. Primordial devrais-je dire. Persuadé que j’en trouverais une plus à mon goût physiquement.

Novembre. J’entends parler des Indignés aux informations. Ils ont été dispersés. C’est donc avec une grande surprise, alors que je descend les marches depuis le cinéma de la Défense, que je vois leur camp au milieu du Parvis. Alors oui, ce jour là, je suis tombé sur un garçon. Un beau garçon avec des yeux magnifiques. Calme et serein, il s’armait de patience pour me convaincre du bien fondé de leurs actions. Nous avons discuté pendant plusieurs heures. Cela je vous l’ai déjà raconté. Je vous ai même dit qu’il me semblait que c’était un ange. Et qu’une fois qu’il avait éveillé ma curiosité et que cela m’avait poussé à revenir chaque jour, il avait disparu. En réalité, c’était un effet de style. Car le garçon en question, je l’ai revu une fois, le lendemain. Il est vrai que je ne l’ai jamais revu par la suite et que le lendemain nous nous sommes simplement salués. Mais ce jour là, il n’était pas seul. Une jeune fille s’empressait à ses cotés et le suivait pas à pas. Elle semblait attendre une réaction de sa part. Il faisait mine de rien. Je l’ai salué. La fille a alors tourné les yeux vers moi. Aussitôt elle délaissait le brun aux yeux bleus inaccessible pour se rabattre sur le petit roux. Et je n’étais pas du tout inaccessible et très réceptif à ses charmes orientaux. Eh oui, une maghrébine. Dès le premier regard, son charmant minois et ses courbes m’ont ravi. Ce jour là, je n’ai rien eu à faire. Ce fut naturel et très joli. Je l’enlaçais au bout de quelques minutes chez Nature et Découvertes. Et puis nous allions chez moi. Elle s’appelait Khadija. Si à ce moment là, ce prénom n’évoquait absolument rien pour moi, ce ne fut pas le cas par la suite. Voilà de quoi ajouter de l’eau à mon moulin. Très vite, je constatais qu’elle n’était pas vraiment concernée par les indignés et par mes préoccupations en général. En revenant sur le Parvis, je me suis vite senti mal à l’aise de l’avoir à mes cotés. Je n’arrive pas à faire semblant. J’aurais certes pu continuer à la voir et à venir sur le Parvis, mais elle ne semblait pas décidée à se détacher de moi. Je n’ai donc pas eu d’autre choix que de rompre et la rendre malheureuse. Suis-je revenu sur le Parvis dans l’espoir de faire la rencontre d’une jolie indignée avec cette même facilité? Peut-être. Allez savoir ce qui se passe dans ma tête. Toujours est-il que je suis revenu jour après jour et que je ne suis sorti avec personne d’autre alors que le campement était une bonne agence matrimoniale reconnue. Ensuite, il y a eu l’exclusion du complotiste, l’étudiante en philosophie, mes ébauches de théories. Et puis Dieu est arrivé dans ma vie. Tout s’est mis à s’accélérer à partir de ce moment là. Jusqu’à ce fameux Vendredi 13 Janvier 2012 au matin. De suppositions, je venais de basculer dans la certitude de qui j’étais. L’euphorie dura quelques jours. Je passais mes journées au téléphone. Je rappelais tous les gens qui faisaient parti de ma vie. Il y eut toutes sortes de réactions. Mais je pense qu’à ce moment là, j’étais très persuasif. Au fond, ils avaient envie d’y croire, ou bien je le percevais ainsi. Et puis, je recontacte Magda. Je lui raconte toute l’histoire depuis mon arrivée sur le Parvis jusqu’à cette nuit du 13. Elle s’effondre.

L’enfance de Magda a été tourmentée. Par respect pour elle, je ne vais rien révéler. Tout ce que je peux dire c’est qu’elle a tourné le dos à l’Islam de ses origines. Ses malheurs, si elle devait les partager, ce serait avec le Christ. Elle émet le vœu de le rencontrer. Bien évidemment, de cette rencontre que tout chrétien ambitionne. Le Christ est une figure qui lui est familière, qui l’accompagne. Sur sa carte d’identité, il est inscrit Majda, mais elle se fait appeler Magda parce que cela ressemble à Magdalena. En réalité, Majda et Magda sont deux translittérations du même prénom arabe, selon la manière dont on transpose le Djim central. Et ce prénom de Majda est bien l’équivalent de Magdala, le personnage de l’évangile. Autant dire que ce coup de téléphone l’a bouleversée. Je venais de lui annoncer quelque chose qu’il n’était pas possible d’imaginer. Le plus fou, c’est qu’elle m’a cru. Malgré tout le mal que je lui ai fait. Malgré mon égoïsme. Malgré tout ce qui s’est passé. En fait, malgré tout ce mal en moi, toute cette souffrance, j’apparais tellement hors-norme aux yeux des gens, qu’une telle possibilité parait réelle. Avec toute la démesure que cela peut avoir. Mais quand on y réfléchit un peu, quelqu’un de normal ne peut pas endosser ce rôle. Il faut nécessairement un individu totalement en dehors de la réalité pour y parvenir. Et c’est à double tranchant. Capable du meilleur comme du pire. Je laisse des traces indélébiles aux gens, même s’ils ne me supportent pas. Assez parlé de moi.

Magda et moi sommes alors en couple. Mais cela n’a plus rien à voir avec avant. Dieu est omniprésent. Tout est exacerbé. Le temps défile à toute vitesse. Heureusement, elle a la capacité de faire face. Elle ne se laisse pas faire. Nous échangeons énormément. Des discussions interminables. Personne au monde ne peut partager ainsi avec moi. J’en suis bien conscient. Et puis un jour, après avoir écouté la conférence d’un rabbin, elle vient avec une idée: et si l’Arche d’Alliance était en réalité l’homme et la femme unis? L’idée me séduit. Elle fait son chemin. Cela ne nous empêche pas de rompre tout de même. Je me convertis à l’Islam puis je pars en Hongrie. Hollande est alors élu. Le lendemain, je fais mon happening de l’auto-stop pour la Suisse. La France semble joyeuse et moi aussi.

Avenue de la Grande Armée. Avec ma sacoche, je demande aux gens de m’accompagner en Suisse suite au passage de la gauche.

En rentrant de l’happening, Magda débarque chez moi. Nous ne nous sommes pas vu depuis un bon moment. Décidés à faire la paix. Je croyais que la sacoche que je portais toute la journée était vide. Sur le chemin du retour, j’y découvrais un préservatif. J’y voyais le signe d’une miséricorde divine. Fraichement converti, j’étais bien loin des considérations maritales de la religion. Je n’avais pas changé grand chose des fondements de ma vie. Le péché de fornication était un concept bien lointain. Et puis les Versets Sataniques sont entré dans ma vie. La suite est ici. Départ au boom malgré l’avertissement.

Ici sans 357 (Magnum=Magda)

Le festival tourne au cauchemar. Je rentre dans une fureur hors-norme. Je ne suis plus moi-même. Le bateau. Le vent idéal puis l’arrêt brutal. Casse du moteur dans la baie de Noirmoutiers. Je rentre sur Paris.

Magda reprend contact avec moi. Elle veut faire la paix. Je ne sais pas où elle a puisé le courage pour y arriver. Je ne fais que me laisser faire. Il fait chaud, nous allons nous poser dans l’herbe d’un parc. La paire d’ailes est un signe qui lui est adressé.

Majda fin d’été 2012.

Mais je la rend malheureuse. Je ne vois qu’une oreille attentive, un cerveau réactif. Plus une femme. Avant de poursuivre, vous pouvez faire un détour par ici afin de planter le décor pour la suite. J’y reprends les bases de l’histoire avec Magda. J’y explique l’intervention de Dieu dans ma vie sexuelle. L’article s’achève sur ma rechute. En voici le récit: L’UPR fait son université d’été. Je décide d’y aller avec l’autocar affrété. J’y écoute Asselineau. Je fais la rencontre d’Étienne Chouard. Un homme doux et ouvert avec qui j’ai un contact privilégié. Il est temps de reprendre le car vers Paris. Elle, elle prend des photos. Elle fait des portraits. Comme je le faisais quelques années en arrière. Elle me prend en photo lors d’un arrêt. Et voilà qu’elle se retrouve à me toucher les pieds. Il faut savoir qu’on ne me touche pas les pieds aussi facilement. Enfant, j’ai eu un accident. le nerf d’un de mes doigts de pied est irrité en permanence. Je suis hypersensible. Et pourtant, elle les touche. Dans ma tête, je ne peux m’empêcher de me répéter cette phrase:

mais elle m’a lavé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.

Me voilà retombé dans mes vieux travers. Mais je n’ai plus l’assurance d’avant. Magda découvre la trahison. Elle rentre dans une grande colère. Je pars avec fracas. Cette fois, c’est la dernière. J’ai abusé de toutes les cartes. Il n’y aura pas de retour en arrière. La fille elle, est très gentille. Elle est jeune, mène une vie d’étudiante parisienne. Une vie insouciante, bien loin de nos préoccupations. Le décalage est bien trop grand. Surtout, je réalise que j’ai dépassé les bornes. Ce n’est pas le comportement un homme de foi. Loin de là. Je suis pire que tout. Je n’ai donc pas d’autre choix que de partir. C’en est fini de faire n’importe quoi. Je pars en pleine nuit. Elle ne comprend pas. Elle est triste. Mais au fond, ce n’est pas si grave.

Je l’ai revu vers la fin de l’année 2012. Une fois. Et puis j’ai disparu de nouveau. Il fallait tirer un trait sur cette vie. Il me fallait me sevrer des femmes. L’Islam a envahi ma vie. 2013 est passé. Puis est arrivé 2014. Une femme est entré dans ma vie par l’intermédiaire d’un homme dont le prénom, Morched, signifie “guide”. J’ai vécu cette histoire spontanément, en y croyant. Et si j’y ai cru, c’est parce que le prénom de cette femme signifie amour dans sa langue d’origine. J’étais guidé vers l’Amour. Un signe puissant. Un éternel recommencement. Non sans avoir souffert énormément. Lire ici. J’en ai conclu qu’en réalité, j’avais été guidé vers l’amour divin. Il me fallait une porte de sortie psychologique. Puis 2015 est passé. La théologie était passé à l’étape supérieur. Je devenais difficile à suivre. Et voilà 2016. L’année commence avec une chanson d’amour sur internet: “Je suis malade”. Et un article autour du personnage historique de Mariam de Magdala. Une femme entre dans ma vie. Sans y entrer vraiment puisque virtuelle. Mais pas virtuelle dans le sens où l’on ne se rencontre pas dans le réel, virtuelle dans le sens où je ne peux pas être sur que nous échangeons. Je ne peux que percevoir que des signes qu’elle m’adresserait au travers de ce qu’elle livre au public et en déduire ses réponses à mes propos publics. Rapidement, je suis dépassé par les évènements. Le virtuel m’insupporte. Je préfèrerais encore un non franc et surtout direct de manière à faire mon deuil et passer à autre chose. Au lieu de cela, je m’enfonce dans la névrose au point de ne plus penser qu’à ça. Impossible de lutter. Cela me dévore. Impossible de trouver une issue. Je me dis que je paie pour tout le mal que j’ai fait. Et que cette souffrance, j’en suis le propre artisan. Piégé par mon orgueil. Nous y sommes. Imparable. Le jugement serait-il rendu? La souffrance de ma mère enfermée dans sa névrose me revient systématiquement à l’esprit. C’est vertigineux. Peu importe les détails, les péripéties. Les mois s’écoulent. Vous pouvez lire ceci. Ainsi que ceci. Et puis voilà qu’en Septembre, rongé par les questions, je supplie Dieu pour avoir une réponse. 4 lettres inscrites en grand sur la remorque d’un camion apparaissent alors devant mes yeux. Il s’agit du diminutif du prénom de la fille du car. Aucun doute, je ne connais qu’elle sous ce prénom. Je ne reprend pas contact mais je parcours sa page Facebook. Dans un album, je découvre les photos de l’époque. Et notamment, celle-ci:

Un car Nedroma. Nedroma signifie : « ville située dans un élargissement de vallée, au pied d’un versant »

Elle a cadré l’image de manière à me placer le reflet du lampadaire sur la tête. Cela produit une auréole. Comme on peut le voir, je suis alors en train de discuter avec une autre fille et je ne lui prête pas attention. Je suis stupéfait de découvrir cette image. C’est ainsi qu’elle me voyait. Ainsi qu’elle avait vécu notre rencontre. Sans rien ne laisser paraitre. Sans rien me reprocher de mes contradictions. Elle ne me jugeait pas. Elle avait juste ressenti les choses et agit naturellement. Je n’avais pas d’autre choix que de poster l’image sur mon mur et d’y accoler le verset des évangiles.

La dame virtuelle a vu cela. J’imagine qu’elle a pris ce verset pour elle. Il me semble qu’elle a essayé d’établir quelque chose. Comment être sur? Je comprends tout à l’envers. Parfois j’imagine qu’elle me parle alors que ce n’est pas le cas. Parfois je ne prête qu’une oreille distraite alors que ce qu’elle dit est subtil. Je ne suis pas doué pour ce jeu là. Je ne suis pas à la hauteur et j’en suis pleinement conscient. Cela ne fait que rajouter à la frustration. Comment s’engager dans un jeu subtil de séduction et de patience alors que je ne suis même pas capable d’être assuré de la réalité de la “relation”?

Une semaine plus tard, le 23 Septembre, je décide de lever l’ambiguïté. Pourquoi? Je ne saurais dire pourquoi je fais certaines choses et pourquoi à des moments et pas à d’autres. Je parle d’une rencontre dans un car avec une femme qui est parmi mes contacts. Je fais cela sans arrière pensée. Juste parce que je dois raconter les choses. Après tout, il y avait bien un signe clair à l’origine. Dire la vérité pour apaiser.

Malheureusement, la dame virtuelle a été anéantie. Ce bout de phrase était donc adressé à une autre. J’assistais désemparé à son immense détresse. Elle semblait proche de la folie. Et j’étais responsable de cela. Dans la situation totalement hors-norme dans laquelle nous étions, je n’avais pas beaucoup de possibilités offertes. Il me semblait dangereux de la conforter dans sa tristesse. Ne la tenant qu’à un fil, elle pouvait basculer dans la folie définitivement, croyant que je prends pitié d’elle. Le souvenir de ma mère ne cessait de me hanter. J’ai alors fait le choix qui me paraissait le seul envisageable: la dérision. Il fallait à tout prix dédramatiser et montrer un certain détachement. J’étais terrifié en réalité. Mais il fallait à tout prix le cacher. Dans l’état où elle était, si elle avait pu croire que j’avais des raisons pour m’inquiéter à son sujet, l’effet aurait été dévastateur. Je me suis foutu d’elle copieusement. Elle est revenu à elle. Elle a repris confiance. Même si elle m’en voulait, et qu’elle s’était éloigné. Qu’importe. Le pire avait été évité.

Ce jour là, le 24 Septembre, l’arche de Legzira, d’une célèbre plage du Maroc s’est effondré. Vous pouvez voir ce qu’il en reste en couverture. Ci-dessous, l’arche telle qu’on pouvait l’admirer jusqu’à ce jour.

La célèbre arche marocaine.

Magda, la marocaine, avait eu l’idée de l’Arche. Je l’avais détruite en croisant la route de K. Et voilà que K “réapparait” et que l’arche fait parler d’elle dans les journaux. C’était il y a trois mois, jour pour jour. Ensuite, inexorablement la dame virtuelle s’est éloignée. Toujours en proie à ses questionnements, mais consciente de devoir se protéger de moi tout comme Magda avait du le faire.

Je ne vais pas décortiquer ce qui s’est passé ensuite. De part et d’autre, nous nous sommes donnés une échéance. Et nous sommes passés à coté l’un de l’autre. Si bien que le 4 Décembre, elle décidait de passer en privé, cessant ainsi nos “échanges” publics. La mort dans l’âme, impuissant, je n’avais pas d’autre choix que d’accepter. Lire la forêt. Et puis la nouvelle est tombée: le dessinateur Gotlib est mort. Gotlib, c’est de l’allemand, c’est la contraction de: Gott liebe: l’amour de Dieu.
L’arche d’Alliance et l’Amour: 25 Décembre 2016, le coeur de l’armée rouge.

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