Sophia

Sophia

samedi 31 décembre 2016

Cet article reprend et complète deux articles rédigés alors que l’histoire était encore en cours. Ma vie avait pris une mauvaise direction spirituelle: je pensais comme un intégriste et tenais des propos et des attitudes en rapport. Fort heureusement cette période ne dura pas trop longtemps. C’est pourtant au beau milieu de cette période qu’au cours de ces dernières années, je m’engageais le plus loin dans la voie du mariage avec une musulmane. Mon but ici, est de résoudre avant tout mes problèmes, que ce texte puisse servir d’enseignements à d’autres, mais aussi qu’il puisse servir à cette femme si elle venait à me lire (car elle lisait ces articles et n’a pas manqué d’y réagir vigoureusement). Je n’ai pas pour volonté de lui nuire, au contraire. J’espère seulement avoir la pédagogie qui m’a fait si cruellement défaut à l’époque, tout en ayant bien conscience que l’on peut faire du mal malgré soi.

Tout commence le jour de Noël 2013. Me voilà dans une mosquée pakistanaise de la banlieue nord de Londres sans nul part où aller. Un homme m’invite à manger chez lui. Il s’appelle Morched. Il ne fait pas parti de la communauté pakistanaise et sa femme est encore d’un autre pays et d’une toute autre culture que la sienne. C’est donc bien l’Islam qui a rassemblé ces trois entités. Moi qui songe à se marier à cette époque là, écoute intéressé les conseils du frère. Il négocie avec l’imam pour que je puisse dormir dans une annexe de la mosquée. Nous échangeons nos mails. La suite de mes aventures en Grande-Bretagne s’apparente à un voyage initiatique que je raconte dans trois différents articles. Voici le premier.

Une fois rentré sur Paris, je découvre le mail qu’il m’a envoyé après mon départ. Suite à notre discussion, sa femme lui a parlé d’une cousine qui vit en France et qui cherche à refaire sa vie. Il me propose de rentrer en contact avec elle. Elle s’appelle Sophia. Je suis touché par l’intention. C’est la première fois que cela arrive. Et la dernière à ce jour. Toutefois, je n’y réponds pas tout de suite car j’ai une idée en tête, ou plutôt une femme. Une femme que je connais depuis de nombreuses années maintenant. Nos trajectoires ont été assez similaires. D’artistes parisiens à la vie trépidante, nous avons eu un même sursaut vers Dieu en simultané. Des moments de grâce partagée. Nous progressions de concert. Et je pense sincèrement que nous étions touchés l’un par l’autre. Je m’informe sur Sophia. C’est en réalité un pseudonyme. Son prénom réel signifie amour. Alors, plutôt que de me focaliser sur elle, je prends ce mail comme un Signe. Je me dis qu’il est temps de se déclarer à cette femme qui semble si proche de moi. Comme vous vous en doutez, j’essuie un refus. Cela n’est pas envisageable. La réponse étant ferme et définitive, je me dis qu’il faut me tourner vers cette inconnue avec qui je n’ai pas encore échangé. Je prends donc contact avec elle vers la fin de Janvier 2014. Rapidement, nous échangeons au téléphone. C’est une femme mure avant tout, sa fille est presque une adulte. Je comprends très vite que c’est une femme sérieuse et courageuse qui a du caractère. Il y a une réelle dissymétrie entre nous et je suis bien conscient du retard que j’ai à rattraper. D’un autre coté, je peux faire valoir mon savoir spirituel et mes expériences humaines et mystiques. Je me dis qu’au prix d’un travail commun, nous pouvons apporter l’un à l’autre et progresser en une entité globalement homogène. A force de discussion, je comprends qu’elle est très exigeante, elle met la barre très haute. Je vais donc devoir réellement changer du tout au tout. Cela m’effraie quelque peu. Mais bon, n’est-ce pas là le principe du mariage? Comme je le précisais en introduction, j’étais dans ma période rigoriste sur les textes et était influencé par la mouvance salafi. Aussi, lorsqu’elle me décrit ses orientations ésotériques et ses pratiques baignées de soufisme, je ne peux que réagir vivement. Je me dis qu’il va me falloir être patient aussi. Il y a symétrie dans la grandeur des tâches à accomplir sur soi. Au fond, je trouve cela logique et cela me convient. Elle envisage un mariage traditionnel avec faste. Tandis que pour moi, il s’agit d’une formalité, d’un passage et non d’une fin en soi. Je ne me projette pas du tout dans l’évènement en lui-même alors qu’elle lui accorde une énorme importance. Si bien que nous ne sommes pas dans le même rapport au temps. J’imagine être assez cohérent, puisque je me suis converti sur un coup de tête et évolué progressivement par la suite, là où de nombreux autres ont attendu de nombreuses années avant de franchir le cap. J’envisageais donc le mariage sous le même angle. Le souci, c’est qu’il s’agit d’une expérience à deux. Il faut donc faire des compromis.

Plus les jours passent et plus sa pratique religieuse me perturbe. En tant qu’hypothétique chef de famille, j’essaie donc de m’imposer dans le domaine. D’ailleurs, il me semble que la conception de la foi est le fondement d’une personne. Même si l’on peut être tolérant et patient, certaines choses paraissent incompatibles pour envisager une vie partagée. Tôt ou tard, ces choses ressurgiront. Et puis voilà qu’un matin, le 12 février en rentrant de la mosquée, je vois ceci sur le trottoir:

6 marrons

Perplexe, mais ne pouvant nier qu’il s’agit d’un Signe, je prend la scène en photo. Sitôt rentré chez moi, je me met à cogiter. Je comptes les marrons, il y en 6. Je finis par comprendre: Cimarron! C’est le nom donné aux esclaves en fuite dans les iles qui vont vivre dans les cimes. Autrement appelés Neg’marrons. Le musulman est un esclave de Dieu. Celui qui refuse la soumission est un esclave en fuite. Pendant un moment, j’ai la crainte qu’il s’agit de moi. Pourtant je finis par admettre que les marrons disposés en forme de V combinés à cet escarpin font bien référence à une femme. La flèche dirigée vers le haut, fait référence à la Transcendance. Ainsi, ce signe vient confirmer mon analyse des descriptions de ses pratiques religieuses: celles-ci l’éloignent de la soumission au Dieu unique. Dans ma situation, et n’importe quel croyant dans celle-ci, cela doit devenir ma préoccupation principale.

En dehors de cela, nous nous entendions bien, nous devenions assez complices. Elle était décidé à prendre son temps car elle avait été échaudée par d’autres tentatives dans les années passées. Je le comprenais tout à fait, mais j’étais aussi bien conscient que le virtuel déforme la vision que l’on a d’une personne. Aussi, même si j’acceptais ce compromis, il me semblait important, d’après l’expérience que j’avais des rencontres internet, d’organiser une rencontre en face à face le plus rapidement possible même si elle ne devait pas durer longtemps. Hésitations, revirements, je mettais un terme à cette période d’incertitude en prenant la décision de prendre la route un dimanche matin. Je réservais une chambre d’hôtel et prévoyais de rentrer le lendemain. Je jette des vêtements dans un sac et monte dans la voiture. Vers l’entrée du parking il y a un sac plastique au sol. Je tente de l’éviter. Peine perdue. Je suis sur le point de sortir du parking, lorsque j’ai une intuition. La présence de ce sac est bien trop incongru, je vais donc jeter un oeil. Je tombe sur un poireau. Un poireau, là, sur le sol de ce parking. Alors que les heures défilent, je repense au légume et rien de convaincant ne me vient.

Nous nous rencontrons donc. C’est une jolie et charmante femme. Il est clair que nous ne nous serions jamais rencontré autrement. Ce qu’elle reconnait volontiers en lisant mon texte original. Nous passons toute la journée ensemble. Juste tous les deux. Première entorse aux règles. Mais après tout, nous sommes deux adultes et de ce coté là, nous sommes restés sérieux. Nous voilà le lendemain. Comme je le disais dans l’article de l’époque, j’envisage mal de partager la vie d’une femme et qu’elle ignore ou soit en désaccord avec mes positions théologiques ou avec la “fonction” que je pense incarner depuis presque deux ans à ce moment là. D’ailleurs Magda n’était-elle pas revenu vers moi en pleine connaissance de cela? Le choc avait été grand mais incontournable. J’aurais du accepter le rejet si cela en avait été la conséquence. J’avais donc préparé le terrain au téléphone, mais elle demeurait une inconnue. C’est donc aussi certainement motivé par la nécessité de crever l’abcès sur ce sujet que j’avais provoqué la rencontre. Se lancer sur le sujet est délicat, mais il faut sauter le pas. Et puis surtout, il faut laisser faire Dieu, car tout est entre ses mains. Il n’y a pas de place au hasard. Une chose est sure: à lire mes articles de l’époque, je vivais l’expérience de manière totalement spontanée. Même si ce n’était pas du tout évident pour moi, j’acceptais qu’Allah m’ait fait rencontré une femme qui me convenait. J’acceptais qu’Il sache des choses que je ne sache pas. Cette confiance est primordiale dans ce genre de situation. Dans la mienne, tout est exacerbé. J’aborde donc le sujet. Le ton monte rapidement. Et puis, elle me lance en pointant un livre posé dans la voiture à coté de moi: « Regarde ce livre sur la fin des temps: le Messie fait parti des gens de la maison, il doit donc porter la marque de la prophétie, un grain de beauté avec une touffe de poil, entre les épaules comme le Prophète, sallallah alayhi wa salam. » En un éclair, je comprends le Signe de la veille. Toute mon appréhension s’envole en un instant. Avec joie, je m’exclame: « L’emplacement entre les épaules lui est spécifique, généralement les prophètes ont la marque sur la main droite. Cette marque dont tu parles, cela s’appelle un poireau, je la porte sur le bord de chacune de mes épaules. » (Ce sont à peu près les propos que je tenais à ce moment là. Je me referais alors à des hadiths trouvés sur Internet et dont je me souvenais, notamment concernant la main. Vous verrez plus bas que la marque est en réalité sur l’épaule dans les textes bibliques)

Un petit poireau sur chaque épaule en symétrique.

C’est alors qu’elle fait une crise de panique. Elle respire de manière très saccadée et pousse des cris plaintifs proches de ceux de l’orgasme tout en se raidissant sur son siège. J’essaie de garder mon sang-froid. Ce n’est pas évident. Je lui demande ce que je dois faire pour l’aider. Lui tenir la main pour la calmer? Elle refuse catégoriquement: je suis un homme étranger à sa famille. Ne me touche pas! hurle-t-elle. Dans cette situation, cet excès de pruderie me parait déplacé, mais je lui obéis. Elle ne se calme pas. C’est intenable. Tout cela à cause du poireau. Je peux te montrer, tu verras que je dis vrai. Bien sur, je dis cela sans aucune arrière pensée et en pleine conscience que Dieu m’a donné ce Signe. Ne te déshabille pas devant moi! Il me faut admettre qu’elle présente tous les symptômes de la possession pour un croyant et d’un grand désordre psychologique pour un profane. En l’état actuel des choses, me voilà bien impuissant. Au bout de plusieurs minutes, elle ne s’est toujours pas calmée et je ne sais plus quoi dire. Je n’ai donc pas d’autre choix que de claquer la porte de la voiture et de m’en aller. La suite provient de l’article ancien:

Me voilà donc reparti dans l’autre sens. La nuit vient de tomber et la fatigue va me gagner d’ici quelques heures. Je n’ai d’autre choix que de m’arrêter régulièrement et de dormir sur les aires de repos. Après avoir passé la nuit sur la route, voici qu’il est bientôt 5h du matin, j’arrive en vue de la région parisienne. Il me reste environ une heure de route, je serai sans problème à l’heure pour la salat de fajr à Nanterre. Je n’aurai alors plus qu’à rentrer tranquillement chez moi vers les 6h30. Je ressens une présence bienveillante qui m’accompagne dans les dernières heures de la nuit. Mon intuition me conseille de me rendre à Meaux. Je réalise alors que si je fais une telle chose, il y a de fortes chances que je me retrouve en plein milieu des embouteillages de la A86. La présence insiste et je cède. La mosquée n’est pas facile à trouver, elle est aménagée dans un hangar. Vous savez ce genre de mosquée des cités. Si je n’avais pas suivi un frère, je ne l’aurais jamais trouvé. J’ai une bonne demi-heure d’avance et me voilà juste derrière l’imam. Les fidèles arrivent et je constate qu’il y a énormément de monde. Deuxième récitation, je ressens une gêne dans la gorge, j’ai comme une envie de tousser. Non! me dis-je, pas ça! Dans la compréhension de ce qui se passe dans la salat, l’envie de tousser me terrorise. Mais dans le même temps, j’ai le nez qui me picote. Bon ou mauvais? Il faut choisir. Les secondes passent, l’imam poursuit sa récitation tandis que j’ai de plus en plus de mal à contenir gorge et nez. Cela me pique fortement. Quelque chose que je ne contrôlerai pas va se produire certainement et je ne saurai sa nature qu’au dernier moment. C’est alors qu’au moment où je pense que je vais émettre un son bruyant par mon nez ou ma bouche, mon œil se met à pleurer. Ce n’est pas la première fois que je pleure ainsi dans la salat. J’ai bien compris qu’en vérité, ce n’est pas moi qui pleure, je ne fais que transmettre. Si je ne comprends pas la récitation, ce n’est évidemment pas le cas de tout le monde et j’entends des réactions parmi les fidèles. Ils sont touchés eux aussi. Dans ce genre de situation, je ne réalise pas forcément la portée de ce que je vis au moment où je le vis. Ce n’est qu’une fois revenu dans la voiture, quand tout est retombé, quand je suis loin, que l’on ne peut plus faire revivre l’instant, que je réalise pleinement le miracle qui vient de se produire.

Me voilà bientôt dans les embouteillages. Je me dis en moi-même: « Je dois beaucoup t’aimer pour accepter de me retrouver sur la A86 le matin alors que je n’y étais pas obligé. » Je devrais être en colère de cette situation malheureuse où Il a joué avec mes sentiments. Je suis fatigué, j’ai roulé toute la nuit et pourtant j’ai consenti à me rendre à Meaux. 12 heures sur la route, deux heures d’embouteillages, le coeur brisé de déception, je m’interdis de me plaindre. Pour ces quelques secondes d’éternité que certains échangeraient pour tout l’or du monde.

Me voici enfin en vue de l’arrivée. Pour me changer du Coran, dans les dernières minutes de mon voyage, je cherche parmi les vidéos de mon téléphone et lance un épisode au hasard de la série « L’origine du christianisme ». La discussion tourne autour du livre des actes des Apôtres et de la vie des premières communautés chrétiennes. Il est question des tensions entre les groupes hellénistes et hébraïques. Le groupe des hellénistes reproche notamment le sort qui est réservé à leurs veuves au sein de la communauté. (N’ayant pas le droit de se remarier, celle-ci doivent se consacrer exclusivement à Dieu, les veuves hellénistes sont les personnes les moins bien considérées par les gardiens de la foi Actes, 6, 1-6) C’est à la suite de cet épisode qu’apparait Étienne, le premier martyr chrétien. Étienne est un prénom issu de Stéphane. Au moment exact où le théologien parle des veuves, je suis sous un tunnel et une grosse goutte d’eau tombe sur mon pare-brise. Je comprends instantanément qu’il se passe quelque chose. Plusieurs centaines de mètres plus loin, voici le feu rouge qui marque la fin de mon voyage. Dans quelques instants, je vais rentrer dans ma ville. Enfin. Devant moi, dans une autre voie, il y a un camion. Un camion de déménagement. Il est inscrit en grand: Sophia. Oui, son prénom à elle. Du moins son prénom « soufi », son prénom de cœur, pas son prénom de naissance qui témoigne de ses origines. Le camion démarre et je le suis des yeux, intrigué. Je le vois emprunter la montée de la Jonchère lorsque tout à coup un autre camion vient se placer dans mon champ de vision. Tout d’abord, je maugrée contre lui, car je voudrais bien savoir où l’autre va: comme si peut-être il y avait autre chose à comprendre. Et je lis ce qui est inscrit sur le nouveau camion: Even. Even, cela veut dire pierre en hébreu. C’est la pierre de la fondation décrite dans la Torah, qui servait d’autel au Temple des enfants d’Israël.

Even hashtiya est la pierre d’assise du saint des saints du Temple de Jérusalem. Elle possède son équivalent sur le mont Garizim.

Le Messie, à sa première venue, venait prendre la place de cette pierre physique pour en faire une pierre spirituelle sur laquelle l’Église, c’est à dire l’assemblée des croyants, pourra se bâtir. C’est ainsi qu’il renomme Simon, Pierre, parce qu’il est le premier à le reconnaitre et qu’il devient le premier membre de cette communauté. Ainsi, je devais laisser Sophia disparaitre pour que la Pierre de Fondation prenne sa place. Mon deuxième prénom français est Pierre, c’est celui de mon grand-père maternel. Mon troisième prénom arabe est Saphwan (Safwan), qui signifie rocher. Mais en 2014, j’étais encore loin de comprendre tout cela. Lors de la rédaction, je focalisais encore sur ma relation avec cette femme. Comme je vous le dis souvent: je vis toujours les choses intensément selon le programme du Créateur. Ses plans incluent que je sois persuadé qu’au moment où je la rencontre, c’est la femme qu’il m’a destinée.

A ce moment là de l’histoire, je suis quelque peu secoué. Mais ce n’est rien en comparaison de la suite, et c’est surement à cause du traumatisme subi que je n’ai rien écrit depuis sur cette histoire.

A partir de ce moment là, il me parait primordial de prendre son temps. Nous nous sommes vus, nous nous plaisons, de ce coté là tout va bien. Nous pouvons bâtir quelque chose même si c’est à distance, à partir de cela. Il faut focaliser sur la relation à Dieu, clarifier les choses. Pourtant, ce n’est pas sa préoccupation. Elle ne voit pas du tout les choses sous le même angle. Elle n’apprécie pas du tout que j’étale sa vie sur internet. Vous avez pu constater que je ne donne aucun détail personnel et qu’il est impossible de savoir qui elle est. Elle affirme avoir des sentiments. Elle prétend que je la fais souffrir. Cela me parait être disproportionné à ce stade et je perds le contrôle. Impossible de la raisonner. Elle commence à me faire du chantage affectif. Elle ne dort plus. Voilà un scénario qui ressemble étrangement à celui vécu avec ma mère et qui, je le rappelle, vient tout juste de se terminer à ce moment là (je n’en suis évidemment pas remis). Autant avec ma mère, je pouvais accepter puisqu’il y avait un très long vécu de souffrance et de vie commune et que mon comportement était discutable. Autant, dans cette situation, les liens ne me paraissaient pas suffisamment solides pour générer de telles émotions. Je me sens clairement manipulé à distance.

Et puis un jour, pas de nouvelles. Quelques jours passent. Toujours rien. Elle finit par réapparaître. Elle m’annonce qu’elle sort de l’hôpital. Elle a été internée 5 jours en psychiatrie pour crise de panique. Elle tient des propos incohérents. Impossible d’en savoir plus et d’avoir un avis extérieur. Me voilà encore face à la folie et démuni, incapable d’agir. Cette fois, il y a la distance. D’ailleurs je ne sais même pas où elle habite. Son chantage affectif s’est aggravé. Elle me rend responsable de son état. Il me faut des nerfs d’acier pour faire la part des choses. Je comprends bien que je n’ai été qu’une étincelle pour faire exploser une bombe psychologique. Ce n’est pas réellement à moi qu’elle s’est attaché mais à une représentation qu’elle se fait de moi. Elle s’est forgé l’image d’un homme idéal, surtout de celui qui allait venir la sauver après tous ses déboires et a tout fait pour que je rentre dans la case. Au fond, peu importe ma personnalité réelle. Comprenez bien qu’il m’a fallu des mois avant de comprendre tout cela, après m’être remis de ce traumatisme.

Son état s’est aggravé. Je n’envisage plus grand chose que de sauver les meubles. Nous sommes Samedi, je vais à la soupe. Avant de rentrer chez moi, je vais prier à la mosquée des Pâquerettes. Ce soir là, je suis sur une autre planète, la sérénité est descendue sur moi pendant la prière. Je n’ai jamais ressenti une telle sensation en ressortant d’une salle de prière. Une douce nuit de repos. Le lendemain matin, c’est un dimanche. Très tôt, je reçois un texto: elle m’annonce qu’elle n’arrive plus à dormir, elle veut prendre la route pour me rejoindre. Je m’inquiète aussitôt: dans son état, cela me parait bien trop dangereux. Elle prend des médicaments et en proie à des crises de panique. Le trajet est bien trop long et fatigant. Je tente de l’appeler. Sans succès. Je me dis alors que cette histoire est du bluff et qu’elle fait ça pour me faire réagir. Les heures passent et je tourne en rond. Il ne faut pas céder à la panique, mais je suis mort d’inquiétude. Je lui laisse un message vocal où je laisse éclater ma colère. Je lui intime l’ordre de faire demi-tour. Je vais même appeler la police pour la signaler afin qu’ils l’interceptent à un péage en insistant sur le fait qu’elle prend des médicaments puissants qui sont incompatibles avec la conduite. Ce qui est rigoureusement vrai. Rien n’y fait. Enfin, tard dans la soirée, elle me donne des nouvelles. Morte de fatigue, elle se serait arrêté chez son ex qui habite dans l’est de la région parisienne. Elle va dormir. Nous nous parlerons le lendemain. Perplexe, au moins je peux me dire qu’il ne lui ai rien arrivé. Le lendemain, elle ne reconnait pas sa folie, elle est très agressive contre moi. Son ex, lui au moins est attentionné avec elle. Elle tente de provoquer de la jalousie. Comme j’ai un doute sur la véracité de son histoire et comme j’ai envie de parler à une personne tierce, je demande à parler à l’homme. Elle prétexte je ne sais quelle histoire incroyable pour refuser un simple dialogue entre adultes. Je ne saurais donc pas si tout cela est vrai. Si ça se trouve, elle n’a pas bougé de son lit dans lequel elle se morfond en me maudissant. Je ressors très éprouvé de ces deux jours. Je comprends mieux alors l’état de sérénité accordé par Allah juste avant que cette épreuve arrive. L’effet de surprise est moindre lorsque de nouveau je ressors quelques jours plus tard de la mosquée dans un état serein. Rebelote. Mais cette fois, je ne me laisse pas envahir comme la première fois. Cette fois encore, elle prétend avoir pris la route pour me rejoindre. Je ne l’ai jamais revue.

Un peu de temps passe. Elle reprend contact. Elle a l’air d’aller mieux. J’accepte de lui parler. Cette fois, nous faisons du Skype. Nous nous voyons par écrans interposés. C’est un bon compromis. Et voilà le samedi qui arrive. Je suis au téléphone avec elle alors que je vais rejoindre l’équipe à la soupe. C’est alors qu’elle me fait une curieuse réflexion sur les pauvres. Je fronce les sourcils et déclare que je dois raccrocher. En rentrant chez moi, je me mets à travailler sur mon site. je dois supprimer un élément et je clique avec ma souris sur le gros bouton supprimer en bas à droite de l’interface. Mais rien ne se passe. Je regarde alors le curseur: la notification Skype portant son pseudo et qui est quasiment de la même taille que le bouton supprimer, est apparu au moment exact ou j’ai pressé le bouton de la souris en se plaçant devant. Le Signe ne pouvait pas être plus clair: sans plus me poser de question, je vais dans la liste de contact Skype et la supprime de ma vie.

Il m’a fallu du temps pour rassembler le puzzle. J’ai compris que cette femme présentait les mêmes troubles psychologiques que ma mère. Comme je n’avais aucun recul sur ce qui m’unissait à cette dernière, j’avais donc besoin d’un autre exemple sur lequel m’appuyer. J’ai ainsi pu décortiquer les mécanismes de la relation et surtout déjouer ceux du chantage affectif, de la manipulation qu’elle exerçait sur moi. Dieu m’avait offert l’opportunité de comprendre que je n’étais pas responsable de la détresse psychologique de ma mère qui était préexistant à ma naissance. Si elle m’avait manipulé, c’était avant tout pour se décharger de sa souffrance. Elle n’avait que peu d’empathie à mon égard à cause de sa maladie. Je devais donc accepter cela, pardonner, combattre ce que cela avait induit chez moi. Cela devait m’aider à parachever mon travail de reconstruction psychologique entamé des années plus tôt.

Un Morched (Murshid) est un guide spirituel. J’ai alors compris que j’avais été guidé non pas vers un amour terrestre, mais vers l’amour transcendant.

Paix sur vous.

Notes: épaule et Sichem (la Cite sainte) ont la même racine hébreu ShKM.

Esa 9.5 C’est qu’un enfant nous est né, un fils nous est accordé: le (signe) de l’autorité est sur son épaule, et on l’a appelé Conseiller merveilleux, Héros divin, Père de la conquête, Prince de la Paix. 6 Son rôle est d’agrandir l’empire, d’assurer une paix sans fin au trône de David et à sa dynastie, qui aura pour base et appui le droit et la justice, dès maintenant et à jamais. Le zèle de l’Éternel fera cela. (cela décrit tous ceux investis de la Parole)

Il parait impossible d’avoir une traduction correcte pour ce verset. Le mot entre () TavHéYod signifie généralement le verbe être, mais ici il ne peut s’agir que d’un nom commun car il est lié à misrah par un état construit. Je propose donc quelque chose qui serait dans le sens de l’étant/l’état. Une traduction serait signe ou preuve (de l’existence). Tav signifie signe et Hé Yod désigne Hashem: le mot peut être l’acronyme pour signe de Dieu.

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