La maladie de lym

La maladie de lym

Dernières modifications le 21 octobre 2018·4 minutes de lecture

Depuis quelques jours, l’information qu’une pierre comportant une mention du nom de Jérusalem circule sur internet. Aux yeux de la majorité, cela pourrait paraître de moindre importance. Pourtant, si l’on en juge par le nombre de sites de par le monde qui la relaie lorsque l’on effectue une recherche sur Google (10 pages de sites rédigés en caractères latin, en une dizaine de jours), cela semble un événement pas si anodin.

Je vous invite à lire cet article en anglais pour prendre connaissance des circonstances de la découverte ainsi que ses répercussions: https://www.timesofisrael.com/earliest-known-stone-carving-of-hebrew-word-jerusalem-found-near-city-entrance/
ainsi que cette vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=wE4kDPCgpQ0

La pierre a été découverte dans une zone qui fut occupée pendant plusieurs siècles par des potiers qui œuvraient pour le Temple. Hananiah devait donc être l’un d’entre eux et avait surement fait graver son nom à l’entrée de son atelier. Il avait été formé par son père comme la plupart des artisans de l’époque. Mais celui-ci avait acquis une forte renommée et portait le surnom de Dédale, en référence à l’artisan talentueux de la mythologie grecque. La première constatation est l’influence de la culture grecque sur les judéens. En couverture de l’article, voici ce que l’on peut lire transcrit en alphabet hébreu:

חנניה בר
Hananiah bar: Ananias fils de
דודלוס
Dodalos : Dédale
מירושלים
m‘Yerushalaym: de Jérusalem

Pour vous aider à passer de l’alphabet araméen (de Qumram) à celui de l’hébreu moderne, voici un tableau:

Nous constatons qu’il est difficile de distinguer le yod et le vav dans cet alphabet. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le graveur n’a rien fait pour améliorer cela. Les deux lettres ressemblent à un 1. Cela s’explique par le fait que cette inscription n’a qu’une vocation commerciale d’un atelier d’artisan dans un village périphérique.

Qu’importe cela, puisque la communauté d’archéologie biblique, ainsi que de nombreux théologiens s’empare de cette inscription pour échafauder des théories sur la légitimité de Jérusalem. Bien sur, tout le monde s’entend sur son existence à cette période ainsi que sur les influences grecques et la domination romaine. Ce dont il est question ici c’est l’orthographe du nom. Car de l’orthographe on peut en déduire les origines de ce mot et partant les origines réelles du lieu. Ici, il est donc écrit: Yerushalaym, comme en hébreu moderne. C’est à dire qu’il y a un yod entre le lamed et le mem final. L’étymologie de la ville serait donc la ville de la paix. La ville que le Créateur aurait offert aux hommes pour y témoigner de Sa présence.

Je ne fournis pas la même explication. Selon moi, il faut plutôt voir du coté de Ur Shalim. Il s’agit d’un nom donné par les cananéens. La divinité était décrite par le mot Shalim et Ur désignait le feu. Cette étymologie trahirait donc un lieu qui aurait subi le feu du Créateur. Je vous renvoie à mes anciens articles sur le sujet.

En matière de théologie, tout est question d’interprétation. Voilà pourquoi, lorsque l’archéologie vient accréditer une thèse, les partisans s’y accrochent si fermement. Et parfois désespérément. Une telle effervescence trahit un profond malaise. Je m’en vais donc enfoncer le clou, si je puis m’exprimer ainsi. Ici, au fond, ce n’est pas tellement l’orthographe de la ville qui me passionne. Hananiah est un prénom courant. Il en existe 3 différents dans le nouveau Testament traduit par Ananias dont le fameux de Damas. Il nous reste Dédale. Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il s’agit bien d’un surnom lié à la mythologie grecque. Pourtant, personne ne s’est intéressé à son orthographe. Si Jérusalem est écrit en hébreu en lettre araméenne, il en va de même pour ce mot. C’est alors que j’ai eu l’idée de vérifier l’orthographe de Dédale en hébreu: https://he.wikipedia.org/wiki/%D7%93%D7%93%D7%9C%D7%95%D7%A1

דדלוס

Il n’y a donc pas de vav à Dédale en hébreu. Ce mot est donc gravé avec une faute d’orthographe. Il est donc inutile de spéculer sur le yod de Yerushalem.
Par ailleurs, un esprit taquin pourrait faire remarquer que ce n’est pas Yérushalaym qui est écrit, mais bien Urushalaym. En effet, après le mem initial, préfixe de location, cela pourrait très bien être un vav.

Mais ceci n’est qu’une interprétation…

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