Le marronnier du 21 janvier

Le marronnier du 21 janvier

Dernières modifications le 21 janvier 2019·4 minutes de lecture

Tous les 21 janvier, solennellement, nous avons droit à notre article monarchique dans les médias. Je lisais ce matin la description de l’exécution royale en place publique. Ce fut, semble-t-il, un moment d’une grande pesanteur. Certainement parce que la grande majorité des gens, exceptés une poignée de psychopathes qui parvenaient enfin à imposer à tous leur façon d’envisager la politique dans la terreur, percevait le tournant historique auquel ils participaient.
La France était devenue régicide.
Alors, évidemment, ce sujet, sous la plume des journalistes modernes, n’est qu’un marronnier. L’idée est tellement bien ancrée dans les cerveaux depuis la plus tendre enfance qu’il ne puisse y avoir de gouvernance légitime que celle d’une monarchie élective avec sa cour, sa noblesse, etc… que rares sont ceux qui osent se poser les questions concernant le régime politique de la nation.
En ce jour, nous voyons refleurir certaines problématiques, profitez-en demain ce sera trop tard, sur la légitimité du roi, des privilèges anciens et modernes, des inégalités, de la fiscalité, de la politique extérieure… etc, etc…
La comparaison entre l’ancien et le nouveau régime, de par nos yeux du 21ème siècle et par le prisme dune histoire toujours teintée d’idéologie, ne nous permet pas de juger sereinement de la supériorité de l’un ou de l’autre. Pourtant, la question est majeure. Elle nécessiterait une réelle mise en perspective. Une grande majorité fait face à cette crise que nous traversons. Nous sommes de nouveau à un tournant de l’histoire. Et ce n’est certes pas, avec un débat qui tourne au monologue de campagne, voire de propagande, que la France s’en sortira grandie.
En réalité, la France a déjà quitté les mains de ceux qui pensent la gouverner.

De par mon point de vue, j’adopte une approche radicalement différente. Ces comparaisons de régimes afin de définir ce qui nous est le meilleur ne sont pas pertinentes. Le coeur du problème n’est pas là. Si vous êtes en train de me lire, en ce moment même, ce n’est pas le hasard. Vous savez ce que vous êtes venu chercher. Je vais donc vous répondre à ma manière.

C’était il y a quelques années. Une amie turque m’a contacté pour me demander de m’occuper d’une amie à elle qui était sur le point de visiter Paris. Finalement, elle est venue accompagnée d’une amie à elle et n’avait plus trop besoin de mon aide. Toutefois, comme nous avions pas mal discuté sur Facebook, je me proposais d’aller les chercher à l’aéroport. Nous faisions alors connaissance physiquement. Une semaine a passé de manière très compressée. Le dernier jour, un dimanche, elles voulaient prendre l’avion en fin d’après-midi, après avoir visité Versailles. Inutile de vous dire qu’en transport, c’est irréalisable et que le taxi est surement hors de prix. Mais comme je ne suis pas taxi, je n’allais pas attendre devant le château. Autant vous dire que j’avais envie de cette visite express comme de me pendre. Pourtant j’ai fait la queue. Je ne sais pas. Peut-être que quelque part dans ma tête, j’imaginais que je ne rencontrais pas cette femme célibataire par hasard. Je voyais bien que le Créateur avait un plan. Ce n’est qu’une fois à l’intérieur que j’ai compris Sa volonté.

Comme la foule très dense de touristes qui s’agglutine dans les salles, je mettais un casque audio pour optimiser ma venue et savoir au moins ce qui était exposé autour de moi. J’avoue que le faste royale ne me passionne guère, même si je reconnais le savoir-faire français en matière d’art. Nous pénétrons dans les appartements royaux. Au plafond, des peintures somptueuses. Le guide audio dit alors quelque chose comme: « Au plafond, nous avons une reproduction du dieu Hermès, afin de plaire à Dieu. »
Un instant de flottement. Je n’en croyais pas mes oreilles. Qu’est-ce que je venais d’entendre? J’étais tellement interloqué devant une telle dissonance cognitive que je ne pouvais garder ça pour moi et m’adressait en anglais à cette femme turque, dont la tête était recouverte d’un hijab, et qui me semblait incarner la conservation des valeurs fondamentales du monothéisme. Cela ne la choquait pas le moins du monde. Et là, j’ai éprouvé un grand instant de solitude. Je me rendais compte à quel point tout cela n’était qu’apparences.

Je venais subitement de comprendre la raison de toute cette mise en situation. Je devais voir cette peinture sur ce plafond de pièces occupées par les derniers rois de France.
C’était cela leur vision du monothéisme.
Je n’ai strictement rien d’autre à ajouter.

Paix sur les âmes de bonne volonté.

En couverture: plafond du salon Mercure à Versailles

Les commentaires sont clos.