La parabole des pains sans gluten

La parabole des pains sans gluten

Les pains sans levain

Exode 12.5 Vous prendrez un agneau sans défaut, mâle, âgé d’un an. 7 On prendra de son sang et l’on en mettra sur les linteaux de la porte et les deux poteaux. 8 On en mangera la chair, rôtie au feu. On la mangera avec des pains sans levain et des herbes amères.

Mathieu 16.6, Jésus leur dit « Gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens ».

Dans l’accomplissement de la Pâque où le pain symbolise la Parole, le levain symbolise le mensonge. Il faut donc s’affranchir de ce levain pour accéder au royaume.
Une version réactualisée de cette parabole pourrait tout à fait prendre au lieu du levain, qui n’est pas une mauvaise chose en soi, le gluten. Le gluten est modifié pour des raisons économiques afin d’améliorer la texture des aliments à partir de la farine de blé et donc la productivité. De même que certains aspects de la Révélation ont été altérés afin de servir telle ou telle idéologie politique sous un vernis de piété.

On pourrait tout à fait faire cela, mais tel n’est pas le véritable sujet de cet article. Il me faut remonter à septembre 2019. L’été est en train de se finir et je suis reparti en Bretagne après un court arrêt sur Paris et la rédaction de « Pèlerins« . J’y rapportais mon périple dans le sud de la France qui finissait sur le rond-point Gilet jaune du Cannet des Maures, une sorte de pèlerinage. C’est au cours de ce séjour que j’apprenais que le campement du rond-point avait été attaqué puis démantelé et qu’au même moment mon article disparaissait purement et simplement du réseau social bleu. Comme je l’affirmais, j’avais pris la décision de ne pas le remettre en ligne. Ce n’est que quelques temps plus tard qu’une de mes lectrices, ayant fait des copies d’écran de l’article, me persuadait de le recréer. Toutefois, il s’agissait d’une première version et elle ne contenait pas un passage de grande importance. J’étais tout à fait conscient qu’il me faudrait revenir un jour ou l’autre sur ce passage, mais j’attendais l’instant décisif. Il me semble que plus d’un an et demi après, ce temps est arrivé.

Le figuier stérile

Marc 11.13 Apercevant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il y trouverait quelque chose; et, s’en étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas la saison des figues . 11.14 Prenant alors la parole, il lui dit: Que jamais personne ne mange de ton fruit! Et ses disciples l’entendirent. 11.15 Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons; 11.16 et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple. 11.17 Et il enseignait et disait: N’est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. 11.18 Les principaux sacrificateurs et les scribes, l’ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire périr; car ils le craignaient, parce que toute la foule était frappée de sa doctrine. 11.19 Quand le soir fut venu, Jésus sortit de la ville. 11.20 Le matin, en passant, les disciples virent le figuier séché jusqu’aux racines.

C’est l’évangile de Marc qui rapporte au mieux le passage du figuier stérile. Nous voyons bien ici que ce curieux figuier encadre l’épisode du marchand du Temple dont le moment majeur se situe au moment où le Messie met un terme au déplacement des objets du Temple. C’est un symbole messianique primordial puisqu’il annonce clairement à la vue de tous que le Temple est devenu obsolète et sa destruction prochaine. Le figuier incarne donc le Temple sans que l’on puisse faire une interprétation théologique supplémentaire. Gardons cela en tête.

Le Temple a laissé place à la Kaaba. Nous avons changé de Livre. Si le Temple a disparu en mettant un terme au culte lié à la Torah, peut-on imaginer une chose équivalente avec la Kaaba et le Coran? Il faut bien comprendre que pour le fidèle à la Torah, l’annonce par un homme prétendument prophète de la fin du culte rendu au Temple provoque en lui une vive hostilité. Les évangiles rapportent ainsi un revirement d’attitude de la plupart de ceux qui avaient écouté la Parole au moment de cette annonce. C’était tout simplement inenvisageable, inacceptable. Pourtant, 2000 ans plus tard, il n’est toujours pas reconstruit. Et il ne semble pas prêt de l’être à part dans l’esprit d’une poignée d’irréductibles.

Dj Arafat

Dans le passage disparu de mon article je faisais remarquer la curieuse coïncidence de date des calendriers juifs et musulmans. En effet, le 9 du mois de av et le 10 du mois de dhul Hijja tombaient le dimanche 11 août 2019. Le 9 av est un jour de deuil, où l’on commémore la destruction du Temple en pratiquant le jeûne. Tandis que le 10 de Dhul Hijja correspond à l’aid al adha, qui est un jour de fête et de sacrifice d’animal qui marque la fin du pèlerinage. Il y a donc une opposition radicale. Le samedi 10, je jeûnais pour le jour de Arafat. C’était la première fois que j’accomplissais ce rite. Les choses auraient pu en rester là, mais un événement se produisit le lundi: la mort de DJ Arafat, une star de la musique africaine. Un événement dont on minimise la portée en Europe.
L’opposition que j’avais effectuée, venait soudainement de se transformer en une séquence:
Samedi: jeûne de Arafat, point d’orgue du pèlerinage du Coran
Dimanche: jeûne du 9 av, fin du culte au Temple, lieu de pèlerinage de la Torah
Lundi: mort de Arafat

Une idée me vint en tête: l’annonce de la fin du Hajj. Mais comment annoncer cela dans un article en rapprochant Mecca, le Livre sacré et un chanteur de coupé-décalé? Cela me paraissait insurmontable. Comment imaginer la fin réelle du Hajj? L’Arabie n’est pas en guerre sur son sol. Ceux qui succèdent au romains ne font pas face à une résistance de ceux qui succèdent aux zélotes dans la ville sainte. Le Hajj ne peut pas prendre fin à notre époque où les guerres ont changé de visage. Néanmoins, plutôt que de l’annoncer frontalement, je le suggérais fortement. Lorsque l’article a disparu, j’ai pris cela comme un avertissement pour ne pas parler du sujet tant il est inabordable pour ceux qui ont le Coran dans le coeur. De constater que ce passage était absent des copies d’écran fournies me confortait dans cette compréhension.

Et pourtant. Pourtant. Le Hajj 2020 n’a jamais eu lieu. Et celui de 2021 parait bien compromis au moment où j’écris enfin ces lignes. Le Hajj reprendra-t-il un jour? Nul ne sait.
Car en réalité, une guerre est en cours. Une guerre virtuelle, d’un tout autre genre. Le Créateur a tout remis en jeu. Nul ne peut se conforter sur des bases existantes, sur des interprétations usées, des tafsirs conformes à la tradition.
On pourrait alors argumenter que je ne suis qu’un opportuniste, qui profite de la situation actuelle pour distiller mes pensées. Car enfin, rien de bien risqué à prophétiser à posteriori. En effet. Cette réflexion est juste. Mais laissez-moi aller au bout de cet article.

Année 2018. Je suis en excellente forme. Je fais de la randonnée, du kayak, je voyage. Le mouvement des Gilets jaunes débute. Des kilomètres à pied. Certains très remuant. Et puis voilà que je me blesse à la cheville en courant dans les rues de Paris en voulant échapper aux casqués vers mars 2019. C’est en boitant que je monte au Sacré-coeur. J’y comprends que les forces d’extrême gauche sont en train de récupérer le mouvement. Je suis pris à parti par des jeunes tolérants à leurs propres idées. Les manifs sont finies pour moi. Surement pour mon bien. Il ne faut jamais sous-estimer ces réseaux. Ramadhan 2019, j’ai encore mal à la cheville. J’achète un vélo pliant qui se range dans le camion pour pouvoir me déplacer plus facilement en ville. Arafat 2019. Fin de l’été. Retour en Bretagne. Ma cheville va mieux. Mais cette fois, en portant un meuble, je chute lourdement sur le dos. Une terrible douleur me contraint à ne plus bouger. Cela dure pendant plusieurs mois. J’assiste en spectateur, avec un pincement au coeur au 53ème acte à la place d’Italie. C’est le dernier véritable acte. Les syndicats vont porter un coup fatal au mouvement en investissant la cause des retraites. Tout est fini. Et je suis là sur mon canapé, impuissant. C’est durant cet hiver 2020 que j’ai pris une curieuse habitude pour me rendre à la messe: je me cache le bas du visage avec une écharpe et je me tiens éloigné des autres. Au fond de l’église. Je ne viens plus prendre l’hostie. Et puis la douleur passe, je peux enfin remarcher à peu près normalement. Nous sommes alors en mars 2020. Dans quelques jours, c’est le confinement. A quoi me sert d’avoir recouvert la santé pour me retrouver enfermé entre 4 murs? Le confinement prend fin alors que les 10 derniers jours du Ramadhan débutent. Plutôt que de partir immédiatement sur la route pour randonner, je décide de me couper du monde pendant 10 jours. Je savais que c’était la seule chose à faire. Un vrai confinement, pour le Créateur. Je veux mériter ma liberté. Pas des mains de politiciens, des faiseurs de ce monde.
La nuit du 27…

Retour dehors. Nous sommes dimanche. C’est l’Aid. Un ami me suggère de rendre visite à un grand malade. Nous voici dans un service de cardiologie. Quand on arrive là, ce n’est pas bon signe. L’homme alité est un converti. Il a une vision toute particulière de la foi et il m’amuse beaucoup. On en viendrait à oublier pourquoi il est là et que les médecins ne sont guère optimistes à son encontre. Je me mets à tousser. Doucement tout d’abord. Ce qui me fait plaisanter à propos du virus. Et puis les heures passent et je tousse de plus en plus. Deux jours plus tard, j’ai rendez-vous avec l’homme malade du coeur. Il a quitté subitement l’hôpital à la grande surprise des médecins. Il a signé une décharge. Il vit comme si de rien n’était. Le lendemain la fièvre me gagne. Je passe des nuits terribles. Mes proches s’inquiètent. Après tout ce temps, tomber malade alors que je suis enfin libre, quel manque de chance!

La chance? Qu’est-ce donc que cela?

Au bout d’une semaine la violente fièvre disparaît, ainsi que la toux, pour laisser place à des maux de ventre et des diarrhées. Toujours avec de curieux maux de têtes que je ne reconnais pas. Médecin. Analyse. Pas de coronavirus. Aucun diagnostique cependant. Comme les symptômes sont liés essentiellement à l’appareil digestif, je décide d’aller voir un spécialiste qui me prescrit un régime draconien. Au bout de plusieurs semaines et après de multiples déductions, je finis enfin par comprendre: je suis allergique au gluten.
La moindre trace peut me mettre dans un état second dans la phase de digestion. La moindre trace. Comme il est écrit sur certains paquets.
Il faut bien comprendre que durant le mois de Ramadhan confiné, j’avais établi un petit rituel où je me confectionnais quasi tous les matins la galette de pain que j’allais manger en rompant le jeune. Une galette composée essentiellement de farine de blé. Je suis donc devenu gravement allergique au gluten le jour de l’Aid.

Vendredi 11 septembre 2020: nine eleven. L’homme m’offre des figues avant que je ne découvre l’étable. Comprenez bien que cette étable est comme le rond-point du Cannet des Maures: un endroit comme un autre. Il n’est plus question d’un lieu de pèlerinage particulier.

Le Hajj d’Arabie a pris fin et l’Eucharistie cléricale aussi.

La période de jeune est passé de 30 à 40 jours: le mois de Ramadhan auquel s’ajoutent les 10 premiers jours de Dhul Hijja.

Coran 7 142. Et Nous donnâmes à Moïse rendez-vous pendant trente nuits, et Nous les complétâmes par dix, de sorte que le temps fixé par son Seigneur se termina au bout de quarante nuits.
Et Moïse dit à Aaron son frère: «Remplace-moi auprès de mon peuple, et agis en bien, et ne suis pas le sentier des corrupteurs».

Le lieu de pèlerinage agréé par le Créateur n’est plus en un endroit déterminé à l’avance où des hypocrites pourraient se masser parmi les croyants. Il est là où les cœurs sincères iront se regrouper physiquement (et non virtuellement, car l’investissement physique est l’aboutissement du combat spirituel selon l’esprit de la Torah) pour un temps défini.

Quand un lieu meurt, un autre le remplace.

Notes:

Jour de présentation

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