D’un monde l’autre

D’un monde l’autre

17 août 2013, 01:34

18 Octobre 2012

En ces temps là, je parcourais la vie dans l’abîme de mon indifférence. J’étais persuadé au fond de moi que mon destin devait s’accomplir. Que j’allais d’une manière ou d’une autre, briller au milieu des gens. De la “masse” comme diraient certains. Il fallait que j’accroche mon nom à une invention, à une création, à n’importe quoi du moment que cela me survive. dans un espoir tout humain d’accéder à l’immortalité. J’étais dans l’air du temps. Peu importe le moyen, que ce soit l’art ou la science, le but n’était pas d’apporter sa modeste pierre à l’édifice de l’humanité, mais bien de se placer au dessus d’elle. Le média le plus populaire, la télévision, était devenu en l’espace de quelques années, le lieu de toutes les exactions. Le public en redemandait. Un public qui se projetait dans ses rêves de gloire éphémères. Un système qui s’alimente de lui-même, presque autonome. Sauf que les profits, bien réels, terminaient invariablement dans les même poches.

Je vis avec le revenu minimum mais je suis riche. Riche car j’habite la France. Dans ce pays, il y a de l’argent. Et si tu en cherches, tu finiras toujours par en trouver. Du moment que tu contribues à faire tourner la machine. L’argent coule à flot, il n’y a qu’à se baisser. Mais pourquoi vouloir faire des choses de qualité, être compétent? Personne ne te demande ça. Soit tu satisfais l’égo d’un mieux placé que toi et on te rémunère en conséquence. Soit tu viens alimenter directement les poches d’un autre.

Dans ce combat d’égo, seuls les vainqueurs existent. Pour une star de la pop préfabriquée, combien de musiciens talentueux condamnés au joug des petits patrons de bar? Combien de brevets d’invention rachetés par des multinationales pour entretenir un système d’exploitation des ressources monolithique? C’est fini, on a tout compris sur tout. C’est la télé qui le dit. Dieu n’existe pas. Nous sommes allés sur la lune. Toutes les familles ont leur 4 voitures. E=mc². Les États-Unis d’Amérique gouvernent le monde. Les chinois travaillent pour nous. Le communisme, c’est vraiment de la m…, les russes l’ont bien démontré. Nous sommes forcément arrivé au but, à la finalité de l’humanité. La fin du monde peut bien arriver. La preuve, l’iphone est là.

Parce que je suis riche, j’ai fait de la photo. La photo, c’est facile, il n’y a qu’à appuyer sur un bouton. Du moins, c’est ce que l’on m’a fait comprendre. Et puis c’est la crise. Si tu as du talent, il te faudra te battre pour y arriver. En fait, je ne me suis jamais battu, car je n’ai jamais cru en moi. Réellement. J’ai voulu imiter. Correspondre à l’archétype. Au fond de moi, je ne voulais que m’exprimer. Exprimer ma différence, mon point de vue sur le monde et être reconnu. J’attendais qu’il se passe quelque-chose. Une rencontre, un déclic, un coup de pouce du destin. C’est toujours comme cela que cela se passe. Les artistes sont de grands mystiques, j’ai du m’en rendre compte. Consciemment ou inconsciemment. Après la photo, le cinéma? Et pourquoi pas? Cet envie de raconter des histoires qui m’habite. Le milieu n’est pourtant pas pour moi. Il y a forcément une solution. Je deviens vieux, j’ai des comptes à rendre. J’en étais là.
Je suis descendu, je me promenais. J’ai vu du monde, je me suis arrêté.

Mon casque sur les oreilles, j’étais encore dans mon monde. J’observais, je jugeais. L’un d’eux est venu me parler. Il était beau. Beau comme un homme peut l’être. Ses yeux bleus transparents brillaient plus que de raison. Avec un tel ambassadeur, la cause est écoutée. il s’exprime clairement; il écoute. A ce moment là, j’avais bien besoin d’un tel interlocuteur pour susciter mon intérêt. J’ai toujours aimé mettre les gens face à leurs contradictions et je ne m’en suis pas privé. Tourner en dérision. Être l’avocat du diable.

Tout cela me semblait dérisoire, dépassé. Dans mon attitude de “rebelle”, je ne m’étais pas tant éloigné des miens: j’avais compris encore plus de choses que le monde n’en avait compris. Il m’offrait une alternative. Mon vieux monde intérieur luttait. Il a tenu bon, pendant plusieurs heures. Les gens ont virevolté autour de nous. Il parait que l’amour survient au moment où on s’y attend le moins. Ma vie venait de basculer, quelques jours après, ça me montait des tripes: le souffle de la liberté s’abattait sur le parvis. Mon vieux monde mourait.

L’ange, lui, je ne l’ai jamais revu.

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