mercredi 22 mai 2024

Noli me tangere

Ne me touche pas

Stephan Pain·dimanche 17 janvier 2016
Dernières modifications le 13 mars 2023·20 minutes de lecture

 

 
20.14 En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?
Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai.
16 Jésus lui dit : Marie !
Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni ! c’est-à-dire, Maître !
17 Jésus lui dit : Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
18 Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit ces choses.
 

 
Nous poursuivons dans la déconstruction de l’évangile gnostique johannique. Voici une scène qui a inspiré un grand nombre de peintres. Une recherche GrosGégé Images avec les mots « Noli me tangere » vous donnera une bonne idée de la représentation que l’on a pu s’en faire. Comme à son habitude, l’auteur de l’évangile a glissé un détail qui peut paraître incongru mais qui est en réalité la clef de lecture du message qu’il souhaite livrer aux initiés: le jardinier. En effet, dans cette scène de très forte tension où se déroule le plus grand des miracles qu’est la résurrection, à première vue, on ne voit pas pourquoi le Messie fait penser à un jardinier.
 
 
Pas besoin de chercher bien loin l’explication. En effet, que ce soit dans la Bible ou le Coran, le mot jardin évoque le Paradis perdu. Et si le Paradis a été perdu, c’est à cause d’un arbre. Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous suggère de cliquer sur le lien ci-dessus. Vous verrez alors que dans un grand nombre de tableaux, un arbre figure toujours en bonne place, parfois entre les deux personnages, parfois dans le prolongement du corps du Messie ressuscité. Les peintres n’étaient pas juste des artistes mais étaient aussi des initiés qui participaient à la diffusion du message occulte. Vous l’avez compris, le “christ” (compréhension grecque de la fonction de Messie) est considéré comme une incarnation de l’arbre de la connaissance sur terre. Pour appuyer cette compréhension, il suffit de faire une recherche sur le verbe “toucher” dans la Bible, voici la première réponse:
Genèse 3.3 Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
 
   
 
L’auteur de l’évangile promet donc le salut à ceux qui tirent leur connaissance du “Christ”. La gnose est ici pleinement glorifiée. De par la nature qu’il attribut au Messie et par la manière qu’il a de limiter cette compréhension. Il semblerait que “Jean” suggère que la malédiction liée au fait que Eve ait touché à l’arbre de la connaissance soit venue à son terme. Du moins, bien évidemment, pour ceux qui acceptent le “Christ” comme nouvel arbre. Quant aux autres, ils demeurent dans l’obscurité de l’ignorance. Mais sur quoi se base-t-il pour en conclure cela? Tout simplement sur ce passage dans la suite du texte de Genèse:
22 L’Éternel Dieu dit : Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d’avancer sa main, de prendre de l’arbre de vie, d’en manger, et de vivre éternellement. 23 Et l’Éternel Dieu le chassa du jardin d’Éden, pour qu’il cultivât la terre, d’où il avait été pris. 24 C’est ainsi qu’il chassa Adam; et il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie.
 
 
L’auteur johannique promet donc la vie éternelle à quiconque accède à la connaissance cachée, par le “Christ”, selon son corpus (qui est bien le seul à développer cette théologie du mystère, notamment cet épisode). C’est un formidable écho à ceci:
4 Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point; 5 mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.
Celui qui ne cède pas aux sirènes de la gnose, saisit la nature satanique de cet évangile.
 
 

Explication de la suite: La partie concernant l’évangile gnostique s’achevait initialement ici à la première rédaction le 17 Janvier 2016. Or, quelques jours plus tôt, l’association caritative où je travaille, a acheté un camion blanc allemand utilitaire le 12. Voici le post FB que  je rédigeais le 24:

Tout commence par un grand camion blanc qui fut rempli de poissons pendant des années et que l’on choisit pour le remplir de pain. Et de bien d’autres choses.
Mais il n’avait qu’une clef. Il fallait donc en faire un double. Coup de téléphone chez Mercedes juste avant la prière du vendredi (le 15): la note est salée. Il va falloir trouver un autre moyen. Le prêche commence. L’imam nous parle d’une autre clef: celle de son idée du jour. Il répète le mot plusieurs fois en introduction.

La clef c’est la subsistance.

Où va nous mener encore ce jeu de piste?
Nous trouvons un magasin qui copie les clefs sur Paris. Nous y allons en début de semaine suivante. L’homme me tend les clefs. Je les inspecte et constate un gros défaut. Il insiste pour dire qu’elle va fonctionner. Ce dont je doute. Nous rentrons. Évidemment, la clef ne fonctionne pas. Il faut retourner là-bas. Je n’en ai aucune envie. Voilà le vendredi qui revient (le 22), j’accepte à contre-coeur de reprendre le métro parisien après la sortie de la mosquée. Cette fois le prêche n’a aucun rapport. Retour au magasin. Retouche. 2 minutes plus tard, nous voilà dehors. Prière à la mosquée du coin. Rien à signaler. Il pleut. Une journée grise. Nous voilà de nouveau dans le métro. Tout ça pour ça? J’ai du mal à le croire.
Châtelet, changement pour la ligne 1. L’orchestre « russe » joue encore dans le hall comme la première fois. Cette fois, il y a une jeune fille qui chante en bas des marches menant au quai vers la Défense.
Elle chante:« Je suis malade » de Serge Lama.

Je suis malade

Je publie donc ce texte sur FB le 24. Soit environ une semaine après l’article que vous lisez en ce moment-même. Personne, pas même moi, ne comprend où tout cela nous mène. Deux jours passent, ce n’est que le 26 que je tape sur GrosGégé: “Marie Madeleine je suis malade”. Je viens de faire le lien entre mes recherches et les Signes. Je tombe alors sur un article qui va m’aider à rédiger ce qui suit. Je viens également, et je ne l’ai pas encore réalisé, enclencher un processus avec la nouvelle Marie-Madeleine.
https://www.stephanpain.com/2016/08/28/le-roi-et-loiseau/

Dans le Cantique des Cantiques:
« Je vous en conjure, filles de Jérusalem:
si vous rencontrez mon bien-aimé,
que lui expliquerez-vous?
Que je suis malade d’amour! » (Ct 5,8)
(Le chœur l’interroge:)
« Où est allé ton bien-aimé,
ô la plus belle des femmes?
Où est allé ton bien-aimé,
que nous le cherchions avec toi? » (Ct 6,1)
(Elle répond:)
« Mon bien-aimé descend à son jardin,
aux parterres embaumés,
pour paître au jardin et pour cueillir des lis.
Je suis à mon bien-aimé,
et mon bien-aimé est à moi! » (Ct 6,2-3)

 

Joseph Stricher écrit: « Cette correspondance entre le texte de _ean et le Cantique des Cantiques a été soulignée par de nombreux auteurs. (…) Pour le lecteur croyant, nourri des textes de la première Alliance, la rencontre du jardin entre le Ressuscité et Marie évoque irrésistiblement la recherche et la rencontre des amoureux du Cantique des Cantiques. Les deux textes vibrent à l’unisson. Le Cantique des Cantiques est lu pendant les fêtes de la Pâque juive. Israël y voit une allégorie de sa relation avec Dieu. _ean, en écrivant son évangile, se souvient probablement de cet usage liturgique et fait de la rencontre entre la femme du jardin et le Ressuscité l’image d’une Alliance nouvelle, inaugurée par la résurrection du Christ, mais qui ne devient définitive qu’à la fin des temps. »
Or, il est important de souligner que le Cantiques des Cantiques n’a été incorporé dans le canon biblique que sous l’impulsion de Rabbi Akiva, l’homme central de la seconde guerre judéo-romaine, c’est à dire à une période bien postérieure à la période messianique (132-135). Il semble évident que les juifs de la première moitié du second siècle n’ont pu puiser les ressources pour se lever contre les romains, après l’amère défaite de la première guerre judéo-romaine de 70, que grâce à un événement majeur. L’histoire officielle prétend que Rabbi Akiva a déclaré Bar Kokhba comme Messie et c’est ce qui aurait donc tout déclenché. Néanmoins, ce regain d’intérêt pour le Cantiques des Cantiques, et le fait que depuis cette époque, ce soit l’un des textes majeurs lors de la commémoration de Pessah (alors que sa légitimité est contestée – de nombreux exégètes le considèrent profane – et sa rédaction très tardive -4ème siècle) tandis que le sacrifice des agneaux a été abandonné (alors qu’il s’agit d’une prescription majeure de la Torah) semble indiquer quelque chose que l’on a pu pressentir par d’autres biais: les juifs du premier siècle ont bel et bien accepté Yoshou’a comme Messie. Ce n’est que par la faute de ceux qui se sont faussement présentés comme Ahmad (selon la prophétie écrite dans le Coran) et qui ont mené les juifs à leurs pertes par deux fois, que s’est opéré un retour en « arrière » dans l’acceptation du Messie. Les érudits ont absorbé les enseignements messianiques dans le Talmud, tout en rejetant, avec raison, le principe de trinité. Au fond, la division entre juifs et chrétiens ne se résume qu’en un conflit politique. Les véritables croyants eux, quelque soit leur appartenance à une communauté ou à une autre, ont toujours été disciples du Messie en esprit.
 

Retour au Coran

Si les textes chrétiens ont été altérés, que mes lecteurs musulmans ne se réjouissent pas trop vite, car maintenant, je vais me pencher sur le Coran, ou plutôt sur ce qui lui demeure attaché comme un boulet: les hadiths Isra et Miraj. L’Islam moderne ne se conçoit pas sans ces textes fondateurs qui font parti intégrante de la Révélation au même titre que n’importe quel verset du Coran. Au point même de déterminer le nombre de prières (la base de l’adoration) qui rythment la journée de tout musulman pratiquant. Si les initiés ont réussi à s’immiscer dans les textes fondateurs du christianisme pour répandre leurs mensonges, ils en ont fait de même avec ceux de l’Islam sunnite/chiite. Il nous faut donc, là aussi, établir un travail de déconstruction de la gnose islamique. Malgré la différence apparente des textes, la nature profonde de la gnose est la même. En effet, Muhammad, paix sur lui, lors de son voyage nocturne, se distingue notablement de tous les autres prophètes parce qu’il a été désigné pour monter aux cieux et contempler des choses que nul être humain n’a pu contempler. Je ne vais pas reprendre en détail l’analyse. Je l’ai déjà fait dans un article:
https://www.stephanpain.com/2015/06/03/le-mirage-du-voyage-2/
 
 
Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est l’arbre qu’il découvre au ciel: le Sidrat ul Muntaha. Dans le hadith, il n’est pas précisé la nature de cet arbre et vous ne trouverez pas d’explication satisfaisante dans les tafsirs. Tout simplement parce que la compréhension est limitée aux initiés. Dans la gnose chrétienne, le Christ incarne l’arbre tandis que dans la gnose islamique, le prophète est le lien avec l’arbre. L’esprit est le même: la glorification d’un savoir caché au travers de paroles des messagers de Dieu. Malheureusement, ces paroles sont inventées.
Un érudit n’aura aucun mal à comprendre ce que désigne le Sidrat ul Muntaha. En effet, dans la tradition des bani Israïl, le Cédrat est mentionné comme l’arbre de vie du Paradis. Le Cédrat donne des fruits proche du citron. https://fr.wikipedia.org/wiki/Etrog
 

Nous avions abordé le sujet du Cédrat au travers de l’analyse du hadith Miraj:
https://www.stephanpain.com/2015/06/03/le-mirage-du-voyage-2/
Ces fruits sont cultivés pour célébrer Souccot. Certains seront prêt à payer le fruit à prix d’or pour qu’il soit “cacher”. En Allemagne, le fruit est appelé “pomme des juifs”, “pomme d’Adam”, ou “pomme du Paradis”. Le mot pomme, que nous connaissons, n’est en réalité qu’une interprétation occidentale.
 
 
Revenons au Coran. Lisons le passage, sourate 53 an najm, qui mentionne l’arbre.
1. Par l’étoile à son déclin! 2. Votre compagnon ne s’est pas égaré et n’a pas été induit en erreur 3. et il ne prononce rien sous l’effet de la passion; 4. ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée. 5. que lui a enseigné le doué d’une force prodigieuse, 6. dhu mirratin; il s’établit, 7. alors qu’il se trouvait à l’horizon supérieur. 8. Puis il se rapprocha et descendit encore plus bas, 9. et fut à deux portées d’arc, ou plus près encore. 10. Il révéla à Son serviteur ce qu’Il révéla. 11. Le cœur n’a pas menti en ce qu’il a vu. 12. Lui contestez-vous donc ce qu’il voit? 13. Il l’a pourtant vu, lors d’une autre descente, 14. depuis le Sidrat-ul-Muntaha , 15. qui se trouve dans le jardin de Maawa: 16. au moment où le Cédrat était couvert de ce qui le couvrait. 17. La vue n’a nullement dévié ni outrepassé la mesure. 18. Il a bien vu certaines des grandes merveilles de son Seigneur.
Bien entendu, l’exégèse classique s’avère être un exercice de haute voltige puisque le voyage nocturne est une expérience unique et ici, il est fait mention de deux descentes. Il fallut donc trouver une autre explication. Ce n’était donc plus Dieu qui descendait vers son serviteur, mais l’ange Gabriel. Un hadith qui rapporte la venue de l’ange immense, avec 600 ailes, est mis en connexion. Nous devons défaire ce lien. Une lecture normale de ce passage balaie tout cela. Les deux descentes sont celles de Dieu au mont Sinaï sur son serviteur Moïse, paix sur lui, pour lui révéler la Torah. Torah qui est issue directement de l’arbre de la connaissance. Muntaha, généralement pris pour un nom propre signifie tout simplement “défendu”. Tandis que Maawa signifie hospitalier. Le jardin hospitalier c’est bel et bien le Paradis qui abrite l’arbre de la connaissance, le « Cédrat interdit ». Connaissance qui, ne pouvant être absorbée directement par les premiers humains, leur fut défendue, puis descendue au fur et à mesure de l’histoire par des révélations. Dieu révèle à l’homme seulement ce qu’il est en mesure de comprendre. Vouloir interpréter au delà de l’explication simple du Livre, c’est vouloir prêter des intentions à Dieu. C’est légiférer à sa place. Une grave offense. Tous ceux qui ont essayé de comprendre au delà des capacités de leur époque, se sont égarés. Surtout si l’on vient y mêler des mensonges.
 
 
Plus loin le verset 42 est traduit par:
42. et que c’est vers ton Seigneur, que la limite est.
C’est donc bien Dieu qui décide de ce que l’homme doit comprendre. Dieu est une entité intelligente qui se situe au delà des limites où la compréhension/intelligence humaine globale s’arrête. La gnose, qui suggère à l’homme qu’il peut repousser cette limite par lui-même, lui est donc néfaste.
Ici, alors que tout est public, vous ne trouverez aucun message caché.
Paix.
 

Notes:

 
Distinction entre arbre maudit et défendu
17.60 Quand Nous te disions que ton Seigneur cerne les gens. Nous n’avons fait de la vision que Nous t’avons montré qu’une épreuve pour les gens, tout comme l’arbre maudit dans le Coran. Nous les effrayons, mais cela ne fait qu’augmenter leur grande transgression.
Selon certains exégèses, la vision ici serait le voyage nocturne. Dieu précise aussi, qu’en plus de cette vision dont il aurait fait une épreuve pour les négateurs, il a mentionné l’arbre maudit ailleurs dans le Coran. La phrase est sans ambiguïté, il s’agit bien du Coran. L’arbre maudit en question, est généralement assimilé au Zaqoum qui est cité quatre fois dans le Coran:
sourate Saffat n°37 versets 62 à 66:
«Est-ce que ceci est meilleur comme séjour ou bien l’arbre de Zaqoum? Nous avons fait de lui une épreuve pour les injustes, c’est un arbre qui sort de la base de la fournaise. Ses fruits sont comme des têtes de diables. Ils vont certes en manger et en remplir leurs ventres.»
sourate Doukhan n°44 versets 43 à 46 et sourate Al Waqi’a n°56 verset 51 et 52 ainsi que sourate Al Imran n°3 verset 102.
Il est important d’établir qu’ici Dieu s’adresse bien à Muhammad,  paix sur lui. C’est bien lui qui a eu cette vision. L’arbre maudit est donc entièrement lié à l’enfer. Il est donc logique de penser que la vision dont il est question soit une vision liée à l’enfer promis et non au voyage nocturne. Ce qui est confirmé par la fin du verset où il est question de faire peur aux gens. Le voyage nocturne , même s’il contient des passages effrayants, a  pour finalité de proposer un récit fantastique qui stimule l’imaginaire. Il est tourné vers le ciel.