Ode aux enfants de Gaïa

Ode aux enfants de Gaïa

Dernières modifications le 11 avril 2013·8 minutes de lecture

O enfants de Gaïa!
Vous fûtes les premiers à éveiller votre conscience. Entourés de vos amis les animaux, l’évidence vous apparut. Vous n’étiez pas comme eux. Non pas que vous n’étiez pas fait de la même chair. La nature avait été autant cruelle avec vous. Vous souffriez de la même manière, éprouviez les mêmes besoins. Ce n’est pas non plus une quelconque habileté avec vos

mains, puisque les autres espèces peuvent s’avérer fort habile également. Rien de tout cela.
Un jour, l’un de vous a compris que lui et ses semblables avaient une responsabilité. Que de tous les animaux vivant sur la terre, la potentialité physique et intellectuelle le mettait inexorablement en position de gagnant vis à vis des habitants de Gaïa.
Loin d’enfler son égo, il compris tout le poids qu’une telle place impliquait. Il compris aussi qu’il était le seul à pouvoir réellement évoluer et qu’un jour viendrait où celle-ci aurait à craindre de sa présence.
Mais tout ceci lui paraissait bien lointain et il n’avait qu’une envie: faire part du fruit de sa trouvaille à ses congénères.
Sur ses pas se trouvait une femme. Ils tombèrent amoureux. De cet amour que seul un humain peut éprouver. Ils n’étaient plus des animaux. Ils savaient que cet amour pouvaient tout construire, embellir l’anodin.
Mais la jalousie était née au même moment. Et par dépit un autre couple était né fruit de la frustration.
Les deux couples allaient se répandre sur la terre. Spirituellement.
Les années passèrent.
Et puis un jour, un homme trouva un curieux objet par terre. Un tronc d’arbre avait été mangé de l’intérieur par des insectes. En y collant son œil, il pouvait voir de l’autre coté, cela l’amusait beaucoup. Il décida d’emporter le tronc partout avec lui. Il était fier. Le vent soufflait fort et l’homme avançait péniblement. Il avait peur, il n’avait nul part où s’abriter. Il savait que ce genre de tempête avait été la cause de la disparition de beaucoup des siens. Le tronc s’est mis à chanter d’une douce mélodie. L’homme était stupéfait. Il failli bien lâcher le tronc devant une telle magie. Mais le son était si joli. Malgré sa peur, il se tint debout pour placer le tronc dans la bonne direction.
C’est alors que le vent tomba. D’un coup. Net.
L’homme se sentait protégé. Le son était son ami. Mais il n’y avait plus de vent, il décida de souffler dedans. Au début timidement. Et puis il se ragaillardit.
Au bout de quelques temps, à force de souffler et encore souffler, il parvenait à reproduire la mélodie du vent. Il sentait dans son cœur l’apaisement. Il partagea sa trouvaille. Ses congénères étaient émerveillés devant tant de prodige.
Avec son bâton chantant, l’homme pouvait leur apporter le calme ou bien les exciter. Les rendre joyeux ou bien mélancolique. Rapidement, d’autres hommes se mirent en quête de bâtons chantants. La technique s’améliora avec les générations.
Jusqu’au jour où, plusieurs milliers d’années après, une femme appelée Brahma naquit dans une terre fertile arrosée par le fleuve.
Elle avait un don. Nul autre n’avait son pareil pour enchanter le cœur des hommes avec ses instruments. On aurait juré que les dieux s’exprimaient par sa bouche.
Elle devait être un dieu, il ne pouvait en être autrement.
Mais Brahma ne l’entendait pas de cette oreille, et elle refusa fermement les honneurs.
Elle ne supportait plus la violence. Les désirs refoulés chez ses contemporains les poussaient à se voler, à se tromper.
Elle aspirait au calme. Alors comme ils étaient sourds à ses demandes, elle n’avait pas d’autre choix que de répandre la mélodie pour apaiser les âmes.
Elle n’était pas la seule à avoir compris la force de la musique. D’autres s’en sont servi, mais pas pour les mêmes raisons. Ils avaient intérêt à la discorde et mirent tout en œuvre pour l’entretenir.
C’était le début d’un combat sans merci.
La musique maléfique se répandait facilement, elle s’était alliée aux hommes de pouvoir.
Mais les hommes de bien sont endurants.
Et puis Gaïa veille. Elle connait le cœur des hommes.

Tous ceux qui croisèrent les pas de Vishnou furent marqués à jamais. Sa présence modifiait le comportement de tous ceux qui était présent aux alentours. Jeunes ou vieux, riches ou pauvres. Nul ne pouvait résister au bouleversement. Ses bras enlaçaient tout le monde. Des sourires, Des riens. Des cadeaux. Des petites attentions.
Tous ceux qui passaient dans ses bras ne seraient jamais les mêmes.
Et c’était contagieux.
Si Gaïa avait pris un corps pour nous enlacer, cela aurait été celui-ci.
Les humains apprirent beaucoup sur ce que la nature pouvait nous enseigner. Les arbres, les plantes, les bienfaits de l’eau.
Tant de savoir ne pouvait provenir que d’un dieu se disaient-ils.

Sur une berge du fleuve sacré naquit Shiva. Elle était belle et tout en muscle. Elle menait une vie d’ascète. Tout son corps était destiné à la danse. Elle ne prenait jamais de repos. Elle épuisait tous les musiciens. Leurs doigts et leur bouches n’en pouvaient plus.
Tous ceux qui dansèrent à ses cotés se sentaient libérés de la colère. Malgré la dureté de la vie, malgré la violence des maitres, ils se sentaient libres.
Les maitres ne pouvaient rien faire, ils étaient impuissants. Ils les regardaient danser. Des hommes en arme étaient parfois envoyés pour les violenter mais mystérieusement ils demeuraient démunis. Les démons étaient pulvérisés.

A présent que les trois bouddhas avaient vécu parmi les humains, le savoir allait se propager sur toute la terre.
Les enfants de Gaïa pouvaient naitre partout.
Gaïa savait où elle avait besoin qu’ils naquissent.
D’autres bouddhas vinrent pour parfaire la connaissance. Allah veillait lui aussi, et corrigeait les erreurs de l’enseignement. Les bouddhas de Gaïa n’était pas des prophètes d’Allah. Les enfants de Gaïa l’apprirent.
Mais les enfants de Gaïa n’en font bien souvent qu’à leur tête.
C’est ainsi qu’ils sont. Et qu’ils resteront à jamais.
Ils savent ce qu’est la dureté de la vie. Ils vivent si nombreux tous ensemble. Rivés les uns aux autres. Personne ne peut vraiment les asservir. Eux seuls savent ce que la terre pense. Ils savent l’écouter et se faire entendre. Ceux qui sont venu de si loin pour leur dire que leur peau était de la même couleur que Gaïa ne résisteront pas longtemps. Ils sont cruels. Ils sont stupides. Ils disparaitront. Il suffit d’être patient. Eux, ils ne savent pas vivre ensemble, ils ont besoin d’autres humains pour leur donner la becquée. Gaïa sait cela.

Et puis nous voilà de nos jours, tant de bouddhas et prophètes sont venus. A présent leurs missions se confondent. Les deux fonctions ont tant en commun. Gaïa et Allah sont sur le point de parvenir à leur fin.
La musique sort de boites faites de plastique et de métal. Il n’y a plus besoin de bouche pour souffler, ni de mains pour courir le long d’un manche.
Le son couvre tout l’espace.
Vous êtes des milliers à danser tous ensemble dans un même élan.
Les sourires, la joie, la paix des âmes se répand.
Vous voilà virevoltant. La poussière vole. La sueur colle. Les tignasses fouettent l’air. Les corps s’entremêlent.
Le désir n’a plus cours. L’instinct “animal” n’est plus. Malgré la quasi nudité, hommes et femmes se côtoient avec un profond respect. Ils n’ont plus envie les uns des autres. Ils s’admirent.
Il n’y a plus de rivalités, plus de frustrations.
Le partage du plaisir. Du vrai plaisir. De celui qui fait grandir, vibrer en harmonie avec les éléments.
Le soleil cuit les peaux mais il procure de l’énergie. Inépuisablement.
Il pleut mais les gouttes sur la peau perlent. Instants merveilleux.
Le moindre fruit est perçu comme un bienfait incommensurable.
De cette sensation de liberté sans limite, corps et esprits entrent en résonance.
Cette communion monte en intensité jusqu’au plus haut pour quelques secondes d’éternité. Sensation unique de rentrer en connexion avec la création toute entière.

La transe.

Mais l’ennemi est toujours là, il veille.
A la nuit tombée, il reprend le dessus. Les pilules et les poudres s’échangent. Gaïa perd beaucoup d’enfants, elle ne peut plus leur parler. Elle n’écoute que leurs souffrances.
Ces cris dans la nuit. Elle ne les supporte plus.
Sa colère est grande.
Tant d’argent en jeu. Les têtes tournent mais ce n’est pas la danse.
On pourrait croire la partie perdue, le combat inégal.
Le jour triomphe toujours, les cœurs aussi. La terre ne s’achète pas.
Gaïa a tant veillé sur ses enfants.

Le temps est venu que ses enfants prennent soin de leur mère.

AUM

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