Khalifa et l’étoile

Khalifa et l’étoile

5 novembre 2013, 00:08

Un petit bonhomme tout rond gérait la tambouille sur le camp. Régulièrement il arrivait les bras chargés de victuailles. Le clan des tunisiens avaient encore  frappé. Cela avait un coté magique. Il faisait froid et faim pour les pauvres indignés sur ce parvis hostile et son arrivée était toujours un évènement annonciateur de moments chaleureux et de partage. Khalifa, il s’appelle le petit bonhomme. Bien sur à l’époque ce prénom ne signifiait absolument rien pour moi.

Sur le camp il y avait cette fille. Elle semblait perdue. N’ayant nul part où aller et nécessitant des soins, elle était très vulnérable. Elle allait de l’un à l’autre en essayant de trouver une oreille, mais souvent ses propos étaient décousus et sa manière si curieuse de regarder les gens mettait mal à l’aise.

Un soir que le monde s’était regroupé autour des gamelles et que je discutais avec des jeunes, elle est arrivé de nul part et a fondu sur moi. Elle s’est suspendu à mon bras dans un ultime acte de désespoir. Moi qui habituellement demeure insensible à la souffrance d’autrui et n’a que des contacts physiques très limités, était pris au dépourvu, mis devant le fait accompli. C’est alors que quelque chose d’extraordinaire se passa: une voix toute douce qui m’était totalement inconnue sortit de ma bouche. Je ne le réalisais pas sur le moment. Je trouvais les mots pour apaiser son âme. Un grand silence se fit. Ce genre de silence qui me met mal à l’aise quand je prends la parole. Plutôt étrange pour un filet de voix au milieu de la foule de s’être imposé de la sorte.

L’incident terminé, les conversations reprennent. Au bout de quelques instants un homme coiffé d’un chapeau noir vient vers moi et me récite un passage de la Bible concernant l’entrée des hébreux en terre promise. Je n’en comprends pas grand chose. Il me demande alors ce que je pense du conflit israelo-palestinien et de ce qu’il faut faire. Je ne connais rien au sujet et je m’en sors d’une pirouette en déclarant qu’il ne faut pas suivre une personne qui prétend détenir la solution à ce problème mais plutôt celui qui se pose les bonnes questions.

Quelques jours passent et Khalifa revient avec une grosse gamelle de soupe. Il me propose de faire le service. Me voilà à faire la distribution et à remplir les assiettes que l’on me tend. Les remerciements sont sincères et me vont droit au coeur. J’ai l’impression de ne pas les mériter car je n’ai rien fait. Je goûte à ce cadeau  et je peux comprendre le plaisir que l’on peut ressentir à aider les gens. Je ressens tout de même le piège de l’aumône par ostentation. Khalifa me demande de l’aider à ramener le matériel à sa voiture. Il prend un air mystérieux. Il me propose de l’accompagner, il tient à me faire découvrir quelque chose sans pour autant m’en révéler d’avantage.

Il m’emmène de l’autre coté de Paris. Nous voilà à un endroit que je connais tout particulièrement: le Glazart. J’y ai passé de nombreuses nuits dans des soirées transes. Je n’avais jamais prêté attention à ce portail en métal juste à coté de l’entrée. Tout à coup, c’est un autre monde qui s’offre à moi, nous pénétrons dans l’un des centres des Restaus du Cœur les plus grands de Paris. Là, tout à coté d’un lieu d’abandon de soi et de « liberté », des centaines de gens sans le sou viennent se restaurer. Je suis sous le choc, je me sens ridicule.

Me voilà dans les cuisines, un endroit inaccessible pour les convives, à être salué par les bénévoles comme si j’étais l’un des leurs. Je les regarde, hébété, manipuler de grosses gamelles, lessiver le sol à grande eau. Ordre et discipline, le travail est rude et personne n’est payé.

Je n’aime pas mentir, je ne suis pas comme eux. Je n’ai pas ce courage.

Le patron là-haut, m’a ensuite réveillé. Petit à petit. C’était Décembre. La date du réveillon s’est approché. A cette époque là, je commençais à m’intéresser à la signification du prénom des gens. Alors, quand il a débarqué chez moi en fin d’après-midi ce 24 Décembre, je crois que j’ai vu mon premier Signe. Bien sur tout cela était encore très flou, mais je ne pouvais nier le lien entre la date et le prénom.

Quelques temps plus tard, je tombais sur une vidéo. « L’étoile » était passé dans le ciel à ce même moment:

« Et pourtant Dieu n’a rien à voir dans tout ça! »

Autres vidéos:

http://www.youtube.com/watch?v=p25OTZhQLj4

http://www.youtube.com/watch?v=0sEW98Qv83o

http://www.youtube.com/watch?v=4Ko_iG-XZfo

http://www.youtube.com/watch?v=G6JM9keHNlM

Les commentaires sont clos.