Vendredi 14 mai 2004: Rachel et Esaïe

Vendredi 14 mai 2004: Rachel et Esaïe

Dernières modifications le 18 décembre 2013·8 minutes de lecture

Retour en 2004. J’étais alors en colocation dans une maison du quartier des Aubes à Montpellier. La porte n’était jamais fermée, et entre les étudiants, les Erasmus, les voisins, les amis, la maison était rarement au calme. Je m’étais découvert une passion pour la photo et à l’aide d’un petit compact, je passais mes journées à faire de la nature morte et de la retouche et lors des soirées je faisais des portraits. Le portrait en soirée est une école de la patience. Constatant le temps que je consacrais à la photo et mes progrès, je décidais de m’acheter un boitier reflex. C’est chose faite en Avril. La rapidité et la sensibilité de l’appareil me permettaient plus de liberté en portrait. Ma compagnie ne devait pas être très agréable pendant ces jours là. Mais que voulez-vous, l’humain est une matière vivante passionnante et si l’on veut progresser dans un domaine, il n’y a pas d’autre choix que de travailler encore et toujours en lui tournant autour. La photo est un art de totale abnégation, surtout si l’on fait le choix philosophique de ne capturer que de vrais instants de vies. Bien sur, j’ai fait des séances organisées et plus ou moins posées, mais ce n’est pas la même chose. Sans le savoir, ma démarche était de laisser parler le Créateur au travers de mon appareil. J’essayais juste de ressentir le moment que Lui avait décidé. L’art photographique m’a fait ressentir la présence divine pour la première fois de ma vie, mais le chemin était encore long avant d’avoir la foi.

Les natures mortes et les gens de passage avouaient leurs limites, il me fallait trouver d’autres sujets. Je décidais donc de partir en ville dans les bars à concert. Non loin du Corum, je découvrais un trio jazz, et je me mettais à l’œuvre. Deux filles, Marina et Pauline, sont alors entrées et se sont mis à distribuer des flyers pour un concert de jazz dans les jours à venir. Le groupe s’appelait Jazzpel. A la vue du flyer, je comprenais qu’ils avaient bien besoin de mes services et j’entamais la discussion.

Rendez-vous est pris pour le Vendredi 14 Mai 2004 au Jam.

La salle est bien plus grande et surtout bien mieux éclairée que les bars que je fréquentais à l’époque. Arrivé bien en avance, je fais connaissance de Rachel, la chanteuse. Elle est très facile d’accès et il est toujours plus facile de lui adresser la parole lorsque l’on ne l’a jamais entendu chanter car l’on est pas intimidé.

Jazzpel, jazz + gospel, c’est la rencontre étrange entre un quatuor de jazz datant de l’age d’or, et d’une chanteuse de gospel. La rigueur savamment mêlée aux élans charismatiques. Dès les premiers morceaux je ressens une formidable énergie. Le public réagit et s’exprime. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Jazzpel est avant tout un groupe de croyants. Les paroles sont sans équivoques. Le mot Jesus (les textes sont en anglais) revient sans cesse dans la bouche de Rachel.

Jamais je n’aurais pu me douter vivre pareil instant. Ce jour là, ma vie a pris une toute autre direction. Toute ma concentration était nécessaire pour faire abstraction de ce qui se déroulait sous mes yeux et surtout mes oreilles et travailler précisément. La tension est montée tout le long du concert. Hélas, je n’avais plus de place sur ma carte mémoire et je devais effacer certaines images. Terrible choix quand il est fait sous la pression. L’essentiel des photos était mauvais, du à mon inexpérience. Les meilleures photos ont été faites dans les loges et serviront ensuite pour l’album. Celle qui m’a le plus marqué est celle où l’on voit le groupe qui vient juste de sortir de scène et qui se prend dans les bras dans un grand bonheur. J’ai à peine eu le temps de saisir l’instant alors que je rentrais à mon tour dans la pièce et que d’autres personnes ne rentrent dans le cadre.

Quelques jours plus tard, le groupe s’était réuni non loin du bar où je les avais « rencontrés » pour visionner mon travail. J’avais emprunté un ordinateur portable hors d’age. Avec le recul, le résultat était médiocre mais sur le moment tout le monde était enchanté, moi y compris. C’est tout ce qui comptait. D’autres dates étaient prévues. Je grimpais alors dans une des voitures et je me joignais à l’aventure. Je découvrais un univers inconnu jusqu’alors. Je faisais parti de la famille. J’avais l’impression de vivre pleinement pour la première fois.

Bien entendu, il y avait des hauts et des bas. C’est ainsi.

L’été est passé. Je suis rentré sur Paris définitivement, tandis que Jazzpel déménageait pour tenter sa chance dans la capitale. Ils vivaient entassés dans une colocation à Saint Ouen. Il m’arrivait de passer beaucoup de temps avec Esaïe au téléphone. J’ai appris à le découvrir vraiment à partir de ce moment là. C’est un homme très secret et très sensible, qui ne se livre pas au premier venu.

C’est lui le premier qui m’a parlé réellement de Jésus. Il le voyait plutôt comme un révolutionnaire, comme le premier opposant au fascisme. Il en avait une vision très pragmatique et se méfiait fortement du pouvoir clérical. Il est évident que le bonheur qui m’envahissait lorsque j’écoutais Jazzpel m’a ouvert à la foi de manière vivante et non théorique. J’étais donc plus enclin à écouter les propos émanant de la source de ce bonheur.(Esaïe était le compositeur, arrangeur et leader)

Selon lui, une chose était certaine: les nazis n’avaient jamais lâché le pouvoir. La nature de leur emprise était seulement différente. J’ai toujours gardé cette idée dans un coin de ma tête.

Mais surtout, grâce à lui, à toutes ces rencontres artistiques que j’ai travaillé à sublimer, j’ai appris dans l’ombre, la patience, la volonté et la mise au service du talent des autres.

Je ne pouvais pas imaginer que, quelques 8 ans plus tard, c’est moi qui allait le faire revivre à la foi qu’il avait perdu.

La parabole du fils prodigue

Luc 15.11-32

http://www.info-bible.org/lsg/42.Luc.html#15

Il dit encore: Un homme avait deux fils.

Le plus jeune dit à son père: Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit: Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai: Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils; traite-moi comme l’un de tes mercenaires.

Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa.

Le fils lui dit: Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.

Mais le père dit à ses serviteurs: Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé.

Et ils commencèrent à se réjouir. Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c’était. Ce serviteur lui dit: Ton frère est de retour, et, parce qu’il l’a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d’entrer. Mais il répondit à son père: Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras!

Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi; mais il fallait bien s’égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu’il est revenu à la vie, parce qu’il était perdu et qu’il est retrouvé.

https://myspace.com/esaiecid

We shall overcome

https://myspace.com/jazzpel1/music/song/we-shall-overcome-16521675-16322860

Lasts will be the firsts (les derniers seront les premiers) – Duo avec Emmanuel Djob

https://myspace.com/jazzpel1/music/song/lasts-will-be-the-firsts-16521869-16323054

Esaïe Cid, le 20 Mars 2012.

https://myspace.com/esaiecid

Notes:

1: 14 Mai 1948, création de l’état d’Israël. 14 Mai 2011, DSK est arrêté.

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