My trip in UK – Partie 2

My trip in UK – Partie 2

28 mars 2014, 17:11

Merkazi

Je commence à percevoir ce que veut dire voyager dans le chemin d’Allah. Dormir dans les mosquées, partager le repas avec des frères, participer aux tâches collectives et surtout prier toutes ses prières à l’heure et derrière un imam. Respecter toutes les règles, faire au mieux et tout est facilité. Alors lorsque quelqu’un nous parle du plus grand centre islamique d’Europe, étant dans cette dynamique, nous sommes enthousiasmés à l’idée de faire de nouvelles rencontres de tous pays. Premier signe, nous avons énormément de difficultés à trouver le centre. Impossible de feindre l’ignorance. Enfin nous rentrons dans l’énorme bâtiment. Nous y croisons des regards, échangeons le salam. Il règne dans la salle de prière une atmosphère sereine qui tranche radicalement avec celle de détente, plus proche du bar PMU, qui règne dans la plupart des mosquées que je fréquente surtout entre maghreb et isha. Ici, les gens sont rayonnants, apaisés. Il fait chaud, la place ne manque pas et l’espace réservé à l’hygiène est particulièrement bien aménagé. De nombreuses salles annexes recouvertes d’une simple moquette sont destinées à servir de dortoir. L’une d’elle, dont la pancarte indique qu’elle est réservée aux étrangers est totalement vide. Nous nous disons alors que c’est certainement là que nous passerons la nuit. Nous allons à la cantine. Un long rouleau de plastique est posé sur le sol et est déroulé suivant le nombre de convives. Nous mangeons assis par terre avec de la vaisselle jetable. La nourriture est simple et servie en abondance. Très vite, nous faisons connaissance avec plein de monde. Ici, tout le monde a le contact facile. Il n’y a pas ce sentiment de clan et de groupes fermés. Ici tout le monde est un peu sur le même pied d’égalité, nous sommes tous des voyageurs. Dernière formalité, nous devons passer devant le responsable pour qu’il nous autorise à rester. Un vieux monsieur à la barbe grise vient s’asseoir en face de nous. Il ne nous met pas vraiment à l’aise. L’homme est très distant et il nous fait vite comprendre que nous ne pouvons pas rester. Nous n’avons pas été envoyé par une mosquée de référence, en l’occurrence celle de Saint-Denis, qui coordonne les déplacements des frères. En clair, personne ne nous connait et ne peut attester pour nous. Nous les prenons au dépourvu. Ici, monsieur, il n’y a pas de fissabilillah (dans le chemin d’Allah). Je comprends vite la supercherie: ces mosquées ne rendent des comptes qu’à la république. Si elles devaient accueillir des voyageurs arrivant au hasard, le gouvernement n’aurait aucune maitrise des allers et venues. Chose absolument impensable. Pour pouvoir ouvrir de tels centres religieux, il faut de l’argent, mais surtout il faut des autorisations. Les responsables acceptent les conditions fixées, sous couvert d’une pseudo lutte contre le terrorisme, pour obtenir les faveurs des ministères de l’intérieur et renoncent de fait à l’autorité d’Allah. Il y a peu de chance qu’il puisse exister une seule mosquée qui puisse s’affranchir de cette soumission à l’état que ce soit en Grande-Bretagne ou en France. Je ressors furieux. Qu’à cela ne tienne. Nous verrons qui a le dernier mot.

Il fait nuit. Nous sommes en plein centre de l’Angleterre et nous n’avons nul part où aller. Après cet échec, je comprends qu’il sera très dur de se faire accepter à dormir dans les maisons d’Allah et je n’ai pas envie de retenter l’expérience. Fort heureusement, mon coéquipier a un numéro magique dans son téléphone. Par un « hasard » extraordinaire, l’ami qu’il appelle a raté son avion et doit rester chez lui pendant les prochains jours. Il a une grande maison et très heureux de le revoir. Il habite à une heure de route. Me voilà rassuré.

La maison en face de la forêt entourée d’un grillage

Il fait déjà nuit depuis bien longtemps lorsque nous arrivons. Cette fois, nous avons droit à une chambre, à une salle de bain et surtout à de la très bonne cuisine. Pendant trois jours, nous allons être bichonnés. Mais il y a un prix à payer, vous vous en doutez. U. est un pakistanais qui a réussi socialement. Il possède une jaguar, tout en détestant les voitures. Il nous emmène dans de très bons restaurants. Le quartier où il vit est un coin huppé de Manchester. En face de la maison, il y a le plus grand parc urbain d’Europe. Les enfants sont vivants et sympathiques. Le reste de la famille vit dans le même quartier et passe régulièrement. Nous sommes au beau milieu d’une espèce de communauté familiale. Les discussions tournent bien sur souvent autour de la religion mais aussi autour de la politique. L’ambiance n’a rien à voir avec celle qui règne chez les tablighs. U. les prend en raillerie, il n’a que du mépris à leur égard. Il affirme que nous autres convertis valons bien mieux qu’eux. Ici, nous sommes entre intellectuels et nous discutons sérieusement. Je suis donc très stimulé et curieux de voir jusqu’où la conversation va nous mener. Toutefois, il y a un sujet que l’on ne doit pas aborder: le djihad. Vous comprendrez pourquoi plus loin.

Comme chez tous musulmans pakistanais pratiquants, les femmes et les hommes sont strictement séparés lorsqu’il y a des étrangers dans la maison. Aussi nous sommes dans le petit salon réservés aux hommes. Outre l’immense canapé qui occupe tout l’espace, lui fait face un écran de télévision sur lequel tourne quasiment en permanence un jeu de combat en tir subjectif. Enfants comme adultes se succèdent aux manettes. Il est difficile de tenir une conversation sans avoir les yeux attirés par ce spectacle violent. Pour éviter que les enfants ne soient en contact avec des personnes tenant des propos grossiers, le réseau se limite aux cousins de la famille. Il est aisé d’imaginer la même scène se reproduisant dans toutes les maisons de cette grande famille. Je commence à percevoir ce qui se passe. J’entends parler du Shaytan à longueur de temps, de comment lutter contre lui et le tenir à distance et je le vois trôner fièrement au milieu du salon.

Il m’apparait évident que je vais devoir faire part de mon avis à ce sujet et me voilà bien embarrassé. Mais Allah est de mon coté et Il est taquin. Très taquin.

Pour une raison obscure, le réseau coupe. U., après s’être acharné un bon moment pour le rétablir, finit par renoncer et nous voilà attablés dans la cuisine à discuter autour d’un goûter. Il monopolise souvent la parole, imprime sa façon de penser à ses interlocuteurs. Parce que je suis fraichement converti, parce que j’ai l’air gentil, il n’a pas vraiment écouté ce que j’avais à dire jusqu’ici. La discussion s’oriente vers les Signes. Je prends alors la parole: « Depuis que je suis ici, je me suis senti oppressé par la violence émanant de ce jeu. Cette violence a un effet sur vous. Je ne savais pas comment l’exprimer. Aussi Allah a décidé de couper le réseau pour vous montrer son désaccord et que je puisse dire ce que je suis en train de dire en ce moment même. Voilà un Signe! »

U. est interloqué. Il vient de réaliser brusquement la portée de mes mots. Il ne peut qu’acquiescer. A présent, même s’il ne le montre pas, il se méfie de moi.

Enfin, le dernier soir, le fameux sujet jusqu’ici tabou pointe le bout de son nez.  Il n’est plus question de faire des compromis ou de se réfugier derrière une réserve quelconque liée au fait d’être inconnus. Nous avons discuté trop longtemps pour cela. Ce que je craignais est confirmé: nous sommes totalement opposé sur la question. J’ai cette image d’européen « peace and love » qui me colle à la peau et mon avis fait pâle figure face à une personne qui est un hafiz du Coran (connaissance entière par coeur) et qui maitrise un bon nombre de hadiths. Il est certain d’être dans la Vérité et n’envisage pas une seule seconde que je puisse être juste sur ce point. Nous nous poussons dans nos derniers retranchements. Le ton monte. La Loi affronte la Foi.

Je cite le verset: « 4.159. Il n’y aura personne, parmi les gens du Livre, qui n’aura pas foi en lui (le messie) avant sa mort . Et au Jour de la Résurrection, il sera témoin contre eux. »

Selon lui les gens du Livre sont uniquement ceux qui ont accepté l’Islam. Je lui rétorque que cela comprend les juifs et les chrétiens. Il me tient donc tête en soutenant un mensonge sur un verset du Coran. C’est très grave.

Il finit par me faire dire que les djihadistes qui partent combattre au nom d’Allah en Syrie sont les soldats du Shaytan. Il me prévient que mes paroles sont lourdes de conséquences et que j’aurai à en répondre au moment voulu. Je lui rétorque que j’assume pleinement mes propos. En vérité, si la situation ne s’envenime pas plus que cela, c’est parce qu’il me considère comme un égaré et que me régler mon compte serait une perte de temps. Au fond, je suis inoffensif et Allah s’occupera de moi tôt ou tard.

« Imaginons qu’en ce moment même, il y a des combattants d’Allah qui s’introduisent dans les bâtiments gouvernementaux pour nous débarrasser des partisans du régime saoudien. Sont-ils eux aussi des alliés du Shaytan? »

Après un instant d’hésitation, je réponds par l’affirmative. La discussion s’arrête là. Je reste là, sur le canapé, les yeux dans le vague. Abdulaziz prend la parole et ils discutent tous deux de tout autre chose pour détendre l’atmosphère. Les minutes passent et ils se mettent à parler de l’interprétation des rêves.

Et puis j’entends: « J’ai fait un rêve avec Muhammad, sallallah alayhi wa salam. » dit U..

« Il est dit dans un hadith sahih, que les rêves où on le voit ne peuvent provenir des djinns. » répond Abdulaziz.

Je tend l’oreille.

« J’étais dans ma voiture et je roulais vite. J’arrive au sommet d’une côte et je perds le contrôle. La voiture est entièrement détruite et je vois mon corps à l’intérieur depuis l’extérieur. A ce moment là, sur le coté de la route, apparait le prophète. Je ne distingue pas bien ses traits mais je sais que c’est lui. Il me dit alors: « Qu’importe que tu crois ou non, cela ne fera aucune différence. » « 

En un instant j’ai compris ce qui se passait. Je blêmis. Je suis extrêmement mal à l’aise. Pour ne pas montrer ce à quoi je réagis, j’attends quelques instants avant de me lever et de déclarer vouloir sortir prendre l’air. Je veux y aller seul, mais Abdulaziz tient à m’accompagner et les enfants demandent à sortir aussi. J’attends dans l’entrée que tout le monde se prépare malgré tout.

Dehors, il fait nuit et froid mais tout le monde tient à faire une centaine de mètres. Les enfants marchent devant. Il semblerait qu’ils prient. J’ai le coeur battant, la tension est palpable. Nous faisons demi-tour assez vite et je  laisse partir tout le monde devant.

Mon Dieu que tout cela est rude.

Vient la question de ce que nous allons faire demain et où nous allons aller.Avec un grand sourire qui se transforme bientôt en rire, je réponds incha’Allah. Les deux hommes me regardent comme si j’étais un fou. Je laisse la suite des évènements dans les mains d’Allah. Je crois que le chef d’orchestre a tout prévu et je lui fais entièrement confiance.

Et en plus, demain, nous sommes vendredi.

La suite dans la partie 3…

Notes

U. aime par dessus-tout les ailes de poulets frits, et les aliments gras de manière générale. Ceux qui vous laissent les mains poisseuses après avoir mangé.

Voici le mail que j’ai reçu le vendredi 3 Janvier au matin:  

Faire part de décès de Jean-Paul Sfez, envoyé par Hervé Breuil du Lavoir Moderne Parisien.

Sfez: ce nom est dérivé d’un dialecte berbère et marocain (saffâj) signifiant vendeur de beignet.

Quelques temps avant, j’étais tombé par « hasard » sur une blague. Il est aisé de reconnaitre l’argent d’un vendeur de beignet car il est gras.

Breuil:  nom topographique qui signifie en ancien français petit bois entouré d’une haie, d’un mur et désigne l’habitant d’une maison située dans le voisinage d’un breuil.

Je vous rappelle que j’ai décroché un rôle de serveur dans la série « meurtre au paradis ».

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