Rahma

Rahma

Dernières modifications le 12 février 2016·3 minutes de lecture

Aujourd’hui, le sujet du prêche était la miséricorde (rahma). Sur le trajet du retour, je repensais à un de ces instants hors du temps qui avait jalonné ces dernières années. Et tout particulièrement d’un qui a eu lieu le 17 Janvier.

Sans trop savoir ce qui m’attendait, je prenais le bus, direction la Défense. Il faut bien réaliser qu’en ces moments là, rien de particulier ne me distinguait de la masse. J’étais habillé simplement et pour me tenir chaud, j’avais un simple blouson marron foncé avec une capuche entourée d’une fausse fourrure et une écharpe noire. J’avais déjà les cheveux longs, mais ils étaient attachés avec un élastique et mon visage était dégagé. Une petite barbe. Je pouvais passer, selon les moments, pour un hipster, un activiste écolo ou un geek à cause de mes lunettes. Rien d’original. Me voilà donc assis dans le bus au milieu des places arrières. Il y a toujours du monde sur cette ligne. Ceux qui vont travailler dans les tours, ceux qui vont faire du shopping, ceux qui vont sur Paris. Un joyeux mélange, un peu fatigant aux heures de pointes. A coté de moi, il y avait un homme noir se rendant au bureau. Il était habillé élégamment, surement un cadre. Il échangeait avec un collègue que je ne pouvais voir. Vous savez, les discussions de collègues de bureau. A un moment, il se met à parler d’un homme et à le critiquer afin d’obtenir l’approbation de son interlocuteur. Comme mué par une force supérieure, je tourne la tête vers lui lentement de manière à ne pas éveiller l’attention. Au bout de quelques secondes, il tourne la tête vers moi et nos regards se croisent. Dans le mien, sans aucun calcul, j’essaie de transmettre la miséricorde, tout en y mettant une pointe de reproche invitant au repentir. Son visage change d’aspect. Il blêmit. Il s’est arrêté de parler. Puis, il reprend en bredouillant et essaie d’effacer ses propos. Je ne l’ai pas quitté du regard dont je fais disparaitre le reproche. Je lui souris comme pour lui dire: “Tu vois? C’est mieux ainsi.” Son visage s’éclaire. Je cesse de le fixer et tourne mon regard devant moi tout en l’observant du coin de l’oeil.

A ce moment là, il se tourne vers son ami et lui adresse un petit signe très discret: un signe de croix avec le doigt. En réponse, je pose mon index sur la bouche pour signifier: “Chut!”

Quelques minutes plus tard, nous arrivons aux abords du quartier de la Défense. Je ressens comme une aura négative déferler sur moi et m’aspirer toute mon énergie. Je m’affaisse sur mon siège. Puis d’un sursaut, la colère me redresse. Je lève les mains en agitant les doigts, comme pour signifier: “Il est l’heure, cela va commencer!”

La suite vous la connaissez.

De ce que je me souviens, en quatre ans, je n’ai jamais raconté cette histoire à qui que ce soit.

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