Le théologien, la philosophe et le Messie.

Le théologien, la philosophe et le Messie.

Dernières modifications le 23 mars 2016·28 minutes de lecture

Complotistes! Complotistes! Vous voilà tous complotistes!

Mais puisque l’on vous dit qu’il n’y a pas de complot. Ils le savent bien eux, que vous accusez de complot, qu’ils ne s’entendent pas, ne se connaissent même pas. Comment voulez-vous qu’ils élaborent un projet contre Dieu et les croyants alors qu’ils ne sont pas unis? Ils ont raisons les bougres. Il n’y a pas de complot fomenté par un groupe d’hommes. C’est une chimère. Un mensonge. Fin du débat.

Oui mais.
Car il y a un Mai. Ou un met. Un Mai contre un met.
Il y a un comploteur. Depuis des milliers d’années. Il a juré la perte de l’Homme. Il a défié Dieu. Il veut gagner. Et il fera tout pour. Tout. Tout pour prouver qu’il a raison et que l’Homme a tort. Parce qu’il est capable de tout, il saura se servir de n’importe qui pour parvenir à ses fins. Il exploitera les failles des hommes pour les tourner contre leurs frères. A chacun sa place dans ce grand plan. Et parce que la faille c’est l’égo, ceux qui le servent sont aveugles, et ne réalisent pas leur place dans ce plan. Pourtant, ils en font bien parti. Et on ne sert jamais mieux le diable que lorsque l’on est persuadé de servir Dieu. Il y a donc bel et bien un complot occulte qui tisse son maillage dans les méandres des humains, sans aucune limite de situation, de croyance ou de pouvoir. Moi qui vous parle en ce moment, je pourrais très bien en faire parti sans le réaliser. Je vous entrainerais alors à ma suite et vous seriez perdus. Rien ne sera sûr tant que Dieu lui-même ne nous le dira directement. Et cela n’arrivera jamais ici-bas. Les jeux seront alors faits. La partition jouée.

Pas le choix, il faut donc prendre le risque. Et pour mettre chacun à l’épreuve, la véritable épreuve, aucune réponse ne pourra être trouvée dans le Livre. Chacun sera seul. Seul face à sa conscience. Seul face à son coeur. De la pureté de celui-ci dépendra l’issue de la bataille de la vie. Combien seront-ils d’un coté et de l’autre? Nul ne sait. Priez. C’est tout ce qu’il faut faire.

Le Shaytan sait que le Messie doit venir en ce monde. C’est inéluctable. C’est une promesse qu’Allah a fait aux croyants. Mais le Shaytan est perdu par son égo. Il pense pouvoir gagner. Jusqu’au bout. Même quand tous ses combattants sont à terre agonisants, piétinés par des légions d’anges. Il n’abandonnera jamais. Tant qu’une étincelle de vie sera en lui.

Alors bien sûr, il y a ceux qui passent un pacte avec le Shaytan consciemment. Qui pour du pouvoir, qui pour du succès, qui pour de l’argent. En cela, ils ne sont jamais trompés. Tant qu’ils servent le prince de ce monde sans le trahir, ils en auront pour leur âme. Mais le plus grand nombre ne réalise pas. Et surtout, je le répète, les meilleures armes du Shaytan sont ceux qui pensent sincèrement être au plus proche de Dieu.

Il y a de cela un certain nombre d’années maintenant, un théologien musulman d’âge mur et une jeune philosophe firent connaissance. Ils avaient en commun leur admiration pour Nietzsche et le travail qu’ils ont tout deux consenti sur sa pensée. L’homme est brillant. C’est un bourreau de travail. Il donne des conférences dans différentes langues avec la même aise. Il écrit des livres profonds sur des sujets difficiles. Il est reconnu par sa communauté et par ses pairs. Il a de nombreux admirateurs. Mais surtout admiratrices. C’est son point faible. Les femmes. Les gens de la haute savent cela. Mais pas les gens du bas. Il est marié, a des enfants. Pour le public, il mène une existence de musulman modèle et moderne. Rien ne saurait ternir cette image. Rien. Ni personne.
Elle, elle est belle. Tellement belle. Et elle le sait. Au fond, elle méprise les hommes parce qu’ils sont capables des pires bassesses pour l’avoir. Elle les méprise mais elle les aime aussi. Elle les aime beaucoup. Très jeune, elle va vite comprendre l’intérêt qu’il y a à susciter le désir chez eux. Et si elle cède à un grand nombre parce qu’ils lui sont vraiment utiles, c’est surtout sur ceux qui ne l’auront jamais sur qui elle peut vraiment compter, et qui lui restent fidèles après toutes ces années.
Elle est intelligente aussi. Très intelligente. Elle joue avec les mots et les concepts. Avec une facilité déconcertante. Et puis surtout elle a un talent hors norme pour prêter vie à ses idées et les partager. L’homme est subjugué. Retourné. Totalement possédé. Un soir, il se jette à ses pieds. Il lui promet tout. Tout. Mais, elle ne veut pas tout. Parce qu’elle aime avant tout sa liberté. Ne pas avoir de compte à rendre. Elle veut tout, mais rester libre. Lui, il ne comprend pas. Il était capable de divorcer, de repartir à zéro. Ils feront un mariage. On a le droit en Islam de se remarier. Ce n’est pas haram. Le monde saura enfin qu’un tel cerveau et une telle beauté ne peuvent que s’accorder. Mais la belle ne l’entend pas de cette oreille. Il gardera sa femme. Même s’il ne la voit plus comme une femme mais comme une collègue de famille. C’est ainsi qu’elle comprend que la situation doit être. La raison est simple: elle ne supporterait pas une seule seconde qu’il la trompe avec une autre. Qu’elle devienne à son tour la femme cocue. Or, dans cette situation, c’est impossible. Elle garde éternellement la meilleure place.

Bien sûr, il y a un énorme prix à payer. Et elle ne le réalisait pas vraiment. Il ne se verrait qu’une semaine par ci, par là. Parfois une année entière pourra s’écouler entre deux semaines d’amour intense. A l’abri d’un quotidien destructeur et par trop ordinaire pour ces deux êtres qui se considèrent d’exception.

Elle tombe enceinte une première fois. Elle accouche seule. C’est à ce moment là que son égo se fissure une première fois. Elle commence à réaliser son erreur. Mais elle ne peut plus faire machine arrière. Alors, elle ne parait rien. C’est par cette première brèche qu’elle va affirmer son besoin d’exister. Après tout, elle est diplômée de philosophie. Elle a des idées sur la vie. Au fond d’elle, elle est persuadée d’apporter quelque chose d’important à l’humanité. En 2010, elle commence donc à faire de courtes vidéos sur internet où elle se met en scène sur l’actualité. C’est bientôt l’époque des indignés. Du printemps arabe. Il y a matière. Au début, c’est un peu brouillon, maladroit, mais elle prend assez vite un certain rythme et progresse rapidement. Son auditoire commence à grandir petit à petit. Elle se plait à rêver de la notoriété de celui qu’elle aime. Mais le chemin est long et elle aime trop la liberté. Elle ne sait que trop tous les compromis, tous les hypocrisies qu’il a du consentir pour en arriver là. Car l’homme est un animal politique et il a des ambitions. De grandes ambitions.

Pour conjurer l’absence, et parce qu’il faut rester vraiment très discret, elle se sert de ses vidéos pour parler à son homme. Des messages cachés que lui seul peut comprendre. Et il répond. Parfois sous un pseudonyme dans les commentaires. Parfois d’une autre manière dans ses apparitions publiques. Cela devient vite un jeu entre eux et un moyen d’entretenir la flamme de l’amour dans cette relation atypique. Ils deviennent tous les deux accros de ce mode de crypto-communication. Une sorte de kabbale profane.

La belle dupe son auditoire en prétendant que tout cela n’est que fiction, mais à part quelques détails, la majeure partie de ce qu’elle incarne est autobiographique. Les narcissiques n’ont pas de meilleur sujet de discussion qu’eux-mêmes. Je suis bien placé pour le savoir.

Le théologien a un ennemi juré: le sociologue. S’ils sont ennemis, ils ont cette même boulimie pour les femmes. Et surtout les mêmes goûts. Si pour le public, ils se livrent une guerre d’intellectuels, en réalité, ils sont jaloux l’un de l’autre. Pour une femme. Ou pour une autre. Leurs carrière à tous les deux va être en miroir. Ils deviennent chacun des guides pour deux communautés apparemment irréconciliables. Chacun veut faire alliance avec l’autre groupe pour combattre le système. Et s’ils dénoncent souvent le chantage victimaire, ils se complaisent dedans. Surtout le sociologue.

C’est donc tout naturellement que le sociologue et la philosophe entre en contact. C’est rapidement houleux. Chacun veut prendre l’ascendant sur l’autre. Après un combat de longue haleine, elle rend les armes et tombe dans ses bras. L’homme sait parler aux femmes. Et il est libre de venir la voir quand elle veut. Et surtout, il est libre dans sa tête de repartir aussi. La femme est bien forcée de constater qu’elle a enfin trouvé un adversaire à sa hauteur. Il est le seul à ne pas se jeter à ses pieds et à tout lui promettre. Et ça, il n’y a pas mieux pour impressionner la femme.
Ils deviennent donc amants. Elle tombe enceinte. Le théologien apprend tout un jour dans une vidéo. Il est dévasté. Totalement dévasté. Sa vie devient moribonde. Il envisage même le suicide. Lui, le musulman érudit. Elle a fait plus fort que Dieu.

Mais Dieu n’aime pas la concurrence.

Pendant quelques mois, le sociologue et la philosophe filent le parfait désamour. Ils s’aiment chacun au travers de l’autre. Et j’avoue, je n’ai pas trouvé la raison pour laquelle, ils ont rompus. Peut-être, n’ai-je pas suffisamment cherché? Toujours est-il que la femme est revenu vers le premier. Ou plutôt, elle l’a laissé revenir. Désormais, il n’a plus aucune emprise sur elle. Il est pieds et poings liés. Le sociologue est blessé dans son orgueil, mais se gausse. Nous voilà en 2014, il me semble.

Je ne me rappelle plus trop bien le moment où j’ai découvert ses vidéos. Celle qui me parlait le plus, était une envolée délirante en hommage à la pensée de Nietzsche. Je prenais cela comme un message de Dieu à mon égard. De l’inspiration. Je trouvais le messager fort à mon goût, bien sur, mais je me méfie toujours, à juste titre, des femmes trop belles. Surtout lorsqu’elles sont virtuelles. Il me semble que c’est en Mai 2013, que je tombais sur une vidéo sur les Femens alors très médiatisées. Le point de vue me semblait juste et original. Je laissais une poésie que j’avais rédigé quelques temps auparavant en guise de commentaire. J’ai cliqué sur “J’aime” pour pouvoir y revenir de temps à autre. Mais, son univers ne m’était pas forcément très familier et mes venues épisodiques.

Toutefois, et c’est là où toute la puissance d’Allah se manifeste, qu’attirée par mon style, elle est venu sur ma page pour lire le reste de mes articles. Elle tombait alors sur un texte où je faisais parler l’Homme qui s’adressait à l’Église. C’était tourné de telle façon, qu’on aurait pu croire un homme qui parle à une femme. Un simple exercice de style autour de la théologie de base. Rien de plus. Sauf que, ce qui est écrit dans le texte, décrit sa vie à elle. Il contient des détails que personne ne connait. Elle est bouleversée. Comment un inconnu peut savoir ces choses? Qui est cet homme? C’est donc à partir de ce moment là, qu’elle me suit régulièrement. qu’elle analyse mes propos et qu’elle finit par discuter incognito avec des gens qui me connaissent.

Encore une fois, la preuve de la toute puissance d’Allah. Puisque son intelligence va lui servir à réellement comprendre mes propos dans leur totalité. Elle fait parti de ces rares personnes qui ont cette capacité. Mais jamais, elle ne montrera quoi que ce soit. Ni ne fera d’allusion pendant un très long moment.

Est-ce à la suite d’une rencontre avec quelqu’un qui a été très proche de moi, si le 8 Mars 2015, elle ne supporte plus l’apparente contradiction entre mes écrits et mon comportement passé. Elle décide de me le faire savoir en me parlant directement au travers d’une de ses vidéos. Je n’ai aucune idée de comment j’ai pu tomber dessus. Mais le hasard a fait que cela s’est produit alors que je n’ai vu aucune des autres de cette période. J’ai vu celle-ci en particulier. Peut-être est-ce tout simplement le titre en jeu de mot qui m’a attiré. Je suis très troublé parce que je vois. Les mots sont bien trop précis pour n’être qu’un message de Dieu. Elle semble me connaitre. Et moi, je ne la connais pas. Je décide de ne plus jamais revenir.

Les mois passent. Nous voilà le 9 Janvier 2016. Mes articles deviennent de plus en plus précis. En théologie, j’ai nettoyé la majeure partie des mensonges introduits. Parce qu’elle analyse finement mon travail, elle n’a plus trop de doute à mon sujet. Elle sait qui je suis. Et d’ailleurs, je pense qu’elle est alors la seule ici-bas, à ce moment là, à en être persuadée aussi précisément. Un de mes articles a expliqué la raison de mon passé et cette apparente contradiction. Elle a accepté. Elle a fait sienne cette théologie.

C’est ainsi qu’elle évoque des concepts typiquement développés ici-même dans une vidéo lourde de sens. Mais dans cette vidéo, elle y glisse un piège, pour me tester. Afin de voir, si j’ai réellement changé. Elle s’habille en rouge, de la couleur de la passion, selon les représentations de Marie-Madeleine dans la peinture classique. Et elle met une chanson: “Je suis malade”. Une chanson d’amour. Un amour démesuré et destructeur. A ce moment là, elle s’adresse au théologien, parle de l’idiot envahissant qui vient d’apparaitre sur le net, tout en évoquant le Messie, que l’idiot attend.

Et je tombe dessus. Comme par hasard. Et comme je passe mon temps à associer des morceaux de puzzle entre eux, forcément, j’ai assemblé. J’étais décontenancé. Une femme inconnue me lit, comprend mes idées et en serait tombé amoureux? La chanson me trotte alors dans la tête pendant plusieurs jours.

C’est alors que le grand camion blanc entre en scène. Il faut lui faire le double de clef. C’est un vendredi. L’imam parle de clef dans son prêche. Tiens. Puis nous faisons le double une première fois. Il ne fonctionne pas. Nous voilà obligé d’y retourner le vendredi suivant. Voilà une semaine autour de cette clef. Me voilà bien préparé à recevoir le Signe. Et il vient, comme ça, sans crier gare, alors que cette histoire de clef allait s’achever tranquillement. Au détour d’un couloir, une chanteuse du métro chante la fameuse chanson que j’ai en tête. La chanson est la clef: voilà le Signe. Mon Dieu. Que se passe-t-il?

Je m’interdis alors de livrer toute interprétation. Je raconte l’histoire brute. Aucune allusion à une femme, à des vidéos. Juste le camion, la clef et le titre de la chanson. C’est alors que tout bascule. Elle me met en garde de la séduire parce qu’elle a déjà quelqu’un (26/01). Je suis estomaqué. Ainsi donc, elle me parlerait bien. Dans le même temps, le message est clair: l’amour est tué dans l’oeuf, il n’y a rien à espérer. Ouf. Tant mieux. Mais alors? Et ce Signe? Car c’est bel et bien un Signe. Impossible de le nier. Que signifie-t-il?

Je tape alors sur Google: “Marie Madeleine je suis malade”. Je tombe sur un article qui vient compléter superbement mon article nommé “Noli me tangere”, puisque j’en viens à la conclusion finale que les juifs du premier siècle ont accepté Jésus comme le Messie. Voilà de quoi changer la perspective du monde. Ouf. Tout va bien. Le Signe menait donc à cela. Pas de femme dans l’histoire. Il n’empêche qu’il me semblait bien qu’elle me parlait. Me voilà bien troublée. Je rapporte simplement ce que je viens d’écrire au dessus. Toujours aucune trace de femme dans mes propos. Froids et précis.

Mais dans la vidéo suivante, elle a changé de ton. Elle semble affectée et se demande à quoi elle sert. Je ne comprends plus rien. Je n’espère rien, elle devrait être contente. C’est alors que je réalise que le titre est en latin tout comme mon dernier article sur le Messie et son amour. Le doute n’est plus permis, elle me lit. Et aucun de mes amis ne veut bien me croire même s’ils paraissent troublés. Mon imagination débordante. Comme le reste après tout. Une simple continuité. Si je fantasme sur des messages qui me seraient adressés par Dieu, je peux bien fantasmer sur ceux d’une femme. Me parler au travers de vidéos. A moi, un inconnu. Mais qui es-tu Stephan enfin? Tu délires vraiment. Merci les gars. C’est alors que je reviens sur la vidéo précédente et l’examine plus en détail. Soit cette femme est une comédienne hors norme, ou soit ses petits rictus sur certains mots trahissent le fait qu’elle semble penser le contraire de ce qu’elle exprime. Des choses insignifiantes au premier visionnage mais qui semblent évident lorsque l’on aborde sous un autre angle. Serait-ce une forme d’amour?

Je publie alors le texte sur la pomme pour signifier que Dieu veut que je prenne femme. La pomme et la vierge. Catho la vierge, bien sur. Je ne me mouille pas trop, mais je veux juste être clair quant à ma situation et à mes attentes. Elle me répond avec un serre-tête, à la manière des filles de bonne famille catho tout en se tournant vers un citronnier (l’arbre de la connaissance est en réalité un cédrat, ses fruits ressemblent au citron) tandis qu’une chanson montre que nous sommes bien tous les deux fous. Crazy de Gnarls Barkley. Cette version précise commence par I remember when, I remember, I remember when I lost my mind, there was something so pleasant about that phase. Rappelant ici qu’elle a commencé à me “parler” lors de la gestation de l’article “La Phase”. Mon Dieu, je crois bien que le plus fou de nous tous, c’est bien le Patron.

Tout se met à tourner autour de moi. Cette femme me parle. Une femme belle et intelligente, au talent indéniable. Elle me lit. Elle adhère à mes idées. Elle a compris qui je suis. Dieu m’envoie des Signes. Les paroles de chanson s’emboitent parfaitement. Je suis fait comme un rat. Me voilà à dévorer toutes ses vidéos. Une par une. Je recompose sa vie. Je m’aperçois alors qu’en réalité, je ne la connaissais pas du tout. Que cet univers dont je m’étais tenu éloigné ne m’est pas si étranger. Il semblerait même familier. Comme un esprit qui plane sur les textes. J’y passe une partie de mes nuits. Je perds le sommeil. Je suis exténué et je ne m’en rends pas compte. Si bien que je tombe malade et je n’arrive pas à récupérer. Les journées sont longues à porter les caisses de la ramasse et à attendre les familles dans le froid. Pour couronner le tout, Allah me réveille tous les matins bien avant le fajr. Je deviens vite un zombie insupportable.

Mais plutôt que m’enfermer dans une sorte de relation virtuelle, il faut dire qu’autour de moi, tout le monde est hostile à ce qui se passe, je prend le parti de sublimer mes émotions et de relâcher tout ce qui me pesait jusqu’alors. C’est à ce moment là que débute une longue série d’article au ton très lourd. J’y parle alors de la folie de ma mère, de la mienne, tout est relatif, et de la musique. Elle répond en me montrant qu’avec la musique, on peut transformer les idées les plus noires en quelque chose de merveilleux. Je me suis habitué à cet échange. Et tant pis si personne ne me croit.

J’ai commencé peu de temps avant des cours d’arabe dans une petite mosquée de quartier. Chaque semaine, j’ai une liste de mot de vocabulaire à apprendre sur laquelle je suis interrogé. Mais la semaine qui précède le cours du 6 Février, je n’avais pas la tête à cela. obnubilé par tout ce qui m’arrive. Me voilà le midi quelques instants avant le cours. Je me penche alors véritablement sur la liste de mots. C’est alors que la joie, la peur, la colère s’empare de moi. Les mots sont: aimer, apprendre, être utile, visage, mot, cœur, calcul, âme, vérité, inutile. Quasiment tous les mots ont un lien avec elle. Je vais d’ailleurs rédiger une sorte de poème avec par la suite. Mais à ce moment là, il est trop tard. Bien trop tard. Je n’ai plus le temps de rédiger ce poème. J’ai le temps de les apprendre néanmoins. Il faut dire que j’ai une bonne mémoire. De quoi les recracher deux heures après, en tout cas. Je réalise que si j’avais révisé mes cours plus tôt dans la semaine, j’aurais réalisé qu’ils faisaient parti du plan d’Allah et j’aurais composé le poème avant. Au lieu de cela, j’ai perdu les pédales, j’ai fait passer cette femme avant Allah. Il me montre ainsi, mes propres failles, de la manière la plus subtile qui soit. Comment lutter contre Lui? En ressortant du cours, je suis mal, très mal. Je prends conscience de la faute grave que je viens de commettre et que je vais devoir en payer le prix. Si les enseignements de l’Islam prétendent qu’il n’y qu’un destin, je suis bien le mieux placé pour savoir que ce n’est pas le cas. J’ai bien compris que destinée et libre-arbitre sont interconnectés. Cette situation était donc un test. J’y ai donc échoué. Échoué. Aucune ambiguïté. Si j’avais mis Allah avant toute chose, et surtout avant elle, tout aurait été différent. Une autre réalité se serait mis en place. Mais là, j’ai tout simplement démontré que je n’étais pas à la hauteur. Je n’avais pas su garder la tête sur les épaules. Il est donc tout à fait logique que l’histoire s’arrête là. Dieu que je m’en voulais. Je n’arrivais pas à admettre cet échec cuisant. Et je ressentais l’inéluctable. Le couperet était tombé. Ce test était une clef. La clef. Il me fallait continuer ainsi. Avec le poids de cette erreur. Jusqu’à la fin de mes jours ici-bas. J’avais le coeur déchiré. Littéralement.

Sitôt rentré, je fais mon mea culpa. Je n’ai pas été à la hauteur. Cela démontre aussi superbement la distance qui sépare l’homme que je suis, de mes écrits. A la soupe, un homme fait une blague: il traduit “God bless you” par Dieu te blesse. Comme pour signifier que Dieu ne veut que mon bien au travers de cette épreuve. Il a bien raison. J’aurais été envoyé au casse-pipe.

Petite parenthèse: J’ai remis mes photos en public. Je ne porte jamais mes lunettes sur les photos. Sauf sur trois d’entre elles, où j’ai des lunettes rondes à la Harry Potter. Le lendemain, des lunettes équivalentes sont sur son nez. Je ne peux m’empêcher d’en rire. Elle va les mettre plusieurs fois ensuite.

Encore une fois, il me faut sublimer la situation. Je n’ai donc plus rien à perdre. Me voilà à raconter par le détail, ma folle journée du 17 Janvier 2012. Je me lâche véritablement enfin. Je n’ai plus peur. Plus peur de passer pour un fou. Il est temps que je mette les gens face à un choix. On ne peut plus rester dans cette situation de non-dit. Je rédige enfin le poème avec les dix mots. Puis, j’explique mon expérience avec une femme qu’Allah avait placé sur ma route deux ans auparavant. J’avais agit comme si Allah voulait que je la prenne comme femme, pour réaliser à la fin qu’Il voulait que j’en tire des enseignements pour comprendre la relation qui m’unit à ma mère. Cette histoire m’avait servi à avoir un point de vue extérieur. Si je ne suis pas toujours à la hauteur, force est de reconnaitre que le plan d’Allah est sans faille.

Les réveils quotidiens n’ont pas cessé. Je ne suis pas tourmenté et de toute façon l’insomnie récurrente ne fait pas parti de ma vie. Il me faut admettre que c’est bien Allah qui me tire du sommeil toutes les nuits pour une raison précise. Je rédige alors ce texte. J’y raconte la seule histoire de mon aventure où je suis rentré en interaction avec une femme qui a admis qui je suis et où des sentiments sont nés (la femme dont je parle juste au dessus était dans le déni de qui je suis malgré un Signe très fort qui l’impliquait). J’établis un parallèle entre cette histoire et ce que je vis à ce moment là. Nous sommes alors la veille au soir du 14 Février. Une fois en ligne, je vais voir ce qu’elle a publié quelques minutes avant moi. Rien ne me préparait à ce que je vois ce soir là. Rien. Il m’est impossible de trouver les mots pour décrire ce que j’ai éprouvé en regardant cette vidéo la première fois. Bouleversé serait un faible mot. C’est comme si ma vie venait de s’arrêter, pour reprendre. Un arrêt cardiaque. La voilà vêtue de rouge. La mine défaite. On dirait qu’elle va à l’abattoir. Je ne sais pas comment elle a fait pour prendre la parole ce jour là et dire ces choses là. Une déclaration d’amour. De la plus belle des façons. Mais la belle a prévu une chute pour se ménager une porte de sortie: sa déclaration d’amour est à la Palestine. Mais, peu nombreux sont ceux qui se sont fait avoir. Ils ont tous vu avec quelle peine elle a réussit à cracher ce nom.

Comment prendre la parole après ça? Je n’ai pas oublié le couperet que Dieu avait fait tomber sur moi. Passé les premiers instants de stupéfactions, me voilà à éprouver de la honte. Je cache alors mon dernier article. Il me semble ridicule. Deux heures à cogiter. Je me décide à aller lui parler. Salam aleykoum. Les minutes défilent. Je n’aurai aucune réponse.

Bien. Il me faut trouver une porte de sortie, moi aussi. Je réalise alors qu’à chaque moment clef qui a précédé une quête spirituelle, il y avait une femme qui donnait une impulsion. Que cette fois-ci, j’en avais profité pour me libérer. Même si c’était un échec apparent, c’était en réalité une victoire. Il me fallait aller de l’avant. Toutefois, il m’apparaissaient évident que si Dieu est unique, le couple l’est tout autant. Le concept d’Arche d’Alliance.

Et si tout simplement, elle avait été là, pas trop loin, depuis tout ce temps? Patiente. Que j’avais été dans le déni. Il y a des choses qui ne trompent pas. Je mets une photo en ligne. Une photo très parlante.

En la découvrant la philosophe est comme morte. J’ai vraiment de la peine pour elle. Puis ensuite, elle décide de prendre les choses avec humour comme elle sait si bien le faire. Sublimer la douleur par l’humour. Et puis début Mars, elle met les choses au point. Non, tout cela n’était que du théâtre. De la simulation. D’amour, il n’était point question. Elle me suivait certes, mais m’en voulait de mon comportement avec les femmes. Elle voulait remédier à cela, à sa manière. Elle se jugeait assez forte, et moi assez faible pour l’écouter et apprendre d’elle. Mais, hélas ou non, elle avouait surtout qu’elle s’était laissé prendre à son propre jeu. Des sentiments étaient nés dans l’intervalle. Que voulez-vous, je suis un petit être tout tordu mais très attachant. J’avais alors abaissé toute ma garde dans le texte où je parle de Magda et de ce que Dieu m’a fait pour me sauver de mes travers. Je joue carte sur table. La chanson de Jeff Buckley vient sceller le destin de cet amour de la plus belle des façons.

Le 7 Mars, je me résous à dire adieu à la dame. Je lui dis merci car elle m’a réellement aidé à m’élever. Je ne peux m’empêcher de montrer que je suis vidé et que je reste avec des questionnements. Qu’à cela ne tienne, elle consent alors à dévoiler la vérité. Elle livre le nom du théologien. Tout s’éclaire alors et je peux tout reconstituer. Je comprends alors sa détresse, sa solitude.

Je me rappelle alors des indignés et poste des photos datant de 2011. Elle poste alors une ancienne vidéo datant de la même époque qui traite d’eux comme pour me faire un clin d’oeil et me signifier qu’elle est toujours là, à coté.

A coté, tout comme Anne, qui a hanté ma vie pendant des années. Il me faut admettre que la belle est une perverse narcissique de la pire espèce. Et qu’il me faut me protéger d’elle absolument. Les parallèles entres les deux femmes sont limpides. Il me faut aussi alors réaliser que je peux le faire également pour Gaëlle que j’avais idéalisée. Mais pas pour elle. Elle est dans le déni. Elle n’accepte pas sa propre condition, malgré que tous les indices sont là, criants. Mais pas pour elle. Elle est dans le déni. Elle n’accepte pas sa propre condition, malgré que tous les indices sont là, criants. Et comprenez bien que je dis tout cela alors que je suis pleinement conscient qu’elle me lit, que le théologien et le sociologue me lisent certainement. Ainsi que le bouffon. L’idiot aussi? Tout le monde me lit. C’est la fête! Pas d’autre choix que la vérité mes amis. C’est pour notre bien à tous. Quant à moi, il me faut me détacher d’ici-bas. Complètement. C’est ce que Dieu semble attendre de moi. Je me libère de mes derniers poids. J’achève de soulager ma conscience.

La belle, perdue par son orgueil, ne voit plus qu’une seule solution: l’homme avec qui elle “partage” sa vie est destiné à un grand avenir. Lui-même le pense. Tout comme le sociologue, d’ailleurs (mais pour lui-même, bien sur). Son amour pour moi est donc purement transcendant, impossible ici-bas. Si je ne peux être à elle, alors je ne dois être à personne. Mes propos à ce moment-là, vont en ce sens. Cet amour, elle le décrit de la plus belle des manières. Elle croit en son destin. Un grand destin, au bras d’un homme que Dieu aurait choisi pour changer le cours de l’histoire. Et puis moi, à coté, être quasi virtuel menant une vie de renoncement physique. Elle est alors au milieu de nous deux. Elle a choisit deux images de peintures qui nous représentent. Sa vidéo au milieu. (J’ai tout simplement repris cette image des trois tableaux, dans l’en-tête de cet article, en remplaçant son visage par la peinture d’Hypatie d’Alexandrie, la philosophe dont elle aspire à suivre les pas) Son amour pour deux grands hommes. Elle est alors le plus grand allié du Shaytan. Il pense avoir gagné la partie. Le Messie est sous son contrôle. Il ne se mariera pas, n’aura pas d’enfant, n’accomplira pas les prophéties.

Mais Allah n’aime pas perdre et surtout, Il est très, très taquin.

J’ai recomposé tout le puzzle. Le bouffon a succédé au clown. Les gens l’avaient bien saisi. Je dis: Ciao putain.
Le lendemain, dans ma tête, je prends conscience aussi de la réalité concernant l’autre femme avec laquelle j’imaginais faire un choix. C’est l’opposé de la philosophe. L’autre extrême. Il n’y avait donc aucun choix. Il me fallait le comprendre.

Edit 2018. Je laisse cette partie pour montrer que j'étais encore dans la confusion à ce moment là. Il est évident que d'onction, il n'est point question. Il fallait bien que je trouve une porte de sortie au moment de la rédaction. Je ne suis jamais revenu sur ce texte depuis le jour où il a été publié. "Et parce que je ne suis pas un être désincarné, je prends une femme dans les bras le troisième jour. Son nom est de l’huile. Allah m’a alors oint. Et il reprend la femme."

Et nous voici maintenant. Le plus beau reste à écrire.

Merci à tous. Dieu que la vie est belle. Je vous la souhaite longue avant de vous retrouver de l’autre coté.

Paix, deux fois.

Note: Dans la plupart des versions que l’on peut trouver de Crazy, le mot utilisé est “place” et non “phase”. Les paroles, recopiées partout, vont en ce sens. Cette chanson n’a pas seulement bouleversé les gens, mais aussi les autres artistes. Il existe donc un grand nombre de reprises. L’une d’elle, par Ray Lamontagne, utilise le mot “phase”. On peut l’entendre le prononcer plus distinctement que Cee Lo Green.

I remember when
I remember, i remember when I lost my mind
There was something so pleasant about that phase
Even your emotions had an echo
In so much space

And when you’re out there
Without care
I was out of touch
It wasn’t because I didn’t know enough
I just knew too much

Does that make me crazy
Does that make me crazy
Does that make me crazy
Probably

An I hope that you are having the time of your life
Oh but think twice
That’s my only advice

Come on now
Who do you
Who do you think you are
Woah Woah
Bless your soul
Do you really think that you’re in control

Well I think you’re crazy
I think you’re crazy
I think you’re crazy
Just like me, yeah

My heroes had the heart
To lose their lives out on a limb
An all I remember
Is thinking I wanna be like them

Ever since I was little it looked like fun
It was no coincidence that I’ve come
I can die when I’m done

Maybe I’m crazy
Maybe you’re crazy
Maybe we’re crazy
Probably

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