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Dernières modifications le 10 janvier 2017·19 minutes de lecture

La psychologie et la religion sont une seule et même chose. Dis moi comment tu crois et je te dirai qui tu es.

Avril 2012. Revenons à l’instant où je quitte ma mère dans le parc de Bois Préau. Elle rentre chez elle et se met à cogiter. Elle a bien compris que je ne désirais qu’une seule chose: savoir qui était mon père et ce qui s’était passé. C’est essentiel pour me achever mon travail de reconstruction. Elle ne peut tout simplement pas le dire. Elle se persuade alors que je ne veux plus lui parler. Au contraire, comprenant sa fragilité, je viens régulièrement lui rendre visite. Cela lui fait du bien mais dans le même temps, cela lui rejette ma question au visage. La situation est inextricable, maintenant à la retraite, elle ne voit plus que moi. Elle s’est coupée du monde. Elle semble avoir compris que je n’allais pas l’abandonner. Voilà que l’été arrive. Je dois partir au Boom. Je la préviens que je ne serai pas joignable pendant une dizaine de jours. Hélas, nous sommes en plein dans l’affaire Merah. Merah le voyageur, qui partait s’entrainer à l’étranger. Pendant mon absence, elle vient fouiller chez moi. Elle comprend que je suis musulman. Elle en déduit que je suis parti faire le djihad. Elle décide de résilier ma carte UGC, ainsi qu’une assurance à mon nom. Elle va déclarer ma disparition au commissariat qui me laisse un message sur mon répondeur. Je reviens chez moi, un peu surpris. (Ma carte bleue ne marche plus non plus, mais cela n’a aucun rapport avec elle à priori) Là, chez moi, elle se protège la tête, elle me dit: ”Quand tu sauras ce que j’ai fait, tu vas me tuer!” “Je sais déjà ce que tu as fait, tu pensais que j’étais mort?”

Nous sommes alors au mois d’Aout. Ses insomnies entrecoupées de cauchemars viennent de commencer. Sa santé décline au long des mois. Arrive Noël 2012, nous déjeunons ensemble. C’est le dernier repas à peu près normal que nous partageons. En Janvier, son état de fatigue est devenu critique. Elle voit donc un médecin généraliste qui l’oriente vers un psychiatre seul habilité à prescrire des somnifères assez puissants. C’est donc animé simplement par l’envie physique de dormir et non pour suivre une thérapie qu’elle pousse la porte d’un jeune psychiatre d’une trentaine d’années. Il va rapidement lui prescrire des doses chevaline qui n’auront que très peu d’effet. Malgré tous ses efforts, elle ne consent pas à parler de ses problèmes. Elle vient juste avoir son ordonnance. Cette situation va durer plusieurs mois. Les doses augmentent. Son état se dégrade et le jeune médecin n’en sort pas un mot. Et puis un jour, il demande à me parler. Puisque l’on ne peut parler à la mère, voyons du coté du fils. Nous nous voyons tous ensembles. Ensuite, en Mai, je lui écris un long mail pour lui raconter ma vie et lien qui nous unit. Cela lui est très profitable mais par contre elle, reste dans son silence. C’est ainsi que je vais livrer mon analyse à ce psychiatre qui m’écoute avec attention. Les éléments que je lui ai fournis seront d’ailleurs les seuls à être transmis dans son dossier médical à l’établissement qui va la prendre en charge après son séjour en psychiatrie. Fin Juin, Erik passe me prendre avec toute sa famille, pour descendre chez Jacky. Ce dernier a prévu de faire le tour de la Bretagne en bateau. Il accepte que je vienne. Je suis malade pendant trois jours. Une vraie loque, incapable ni de manger ni de boire ni de me reposer suffisamment. A la fin, je n’avais même plus la force de me retenir de taper contre la coque à chaque balancement. J’aurais voulu mourir. Lorsque nous accostons enfin pour faire escale, je rallume mon téléphone. Ma mère m’a laissé un message. Elle dit qu’elle va mourir avec une voix effrayante. Elle me supplie de rentrer. Je l’appelle. Je lui explique que je ne céderai pas à son ultimatum et qu’elle ne va pas mourir. Je rentre donc une semaine plus tard. J’apprends alors qu’elle a fait venir le plombier pour changer les toilettes. Il faut savoir qu’il s’agissait juste du joint de la chasse d’eau à changer. Un joint à 3 euros. La facture s’élève à 5.000 euros. Je suis comme fou. Je décide d’aller au commissariat pour porter plainte. Malheureusement, après m’avoir écouté, ils m’expliquent que ma plainte n’est pas recevable car ma mère est légalement responsable des ses actes et a signé le devis de son plein gré. Me voilà impuissant. Elle pleure souvent, rechigne à vouloir marcher alors qu’elle est encore en pleine santé. Je fais tout mon possible pour ne pas céder à ses caprices. Il faut qu’elle reprenne le dessus. Il faut chaud cette année là. Nous sommes en plein Ramadhan. Il se finit en Aout. Je récupère de l’effort fourni. Quelques jours passent. Ce sont les derniers instants de calme avant une très longue tempête. Le 15 Aout au matin, jour de l’Ascension de la Vierge Marie, un jour où les rues accablées de chaleur sont vides, elle m’appelle vers 8 h du matin. Elle n’appelle jamais à une heure pareille. Je comprends instantanément qu’il se passe quelque chose. Sa voix est brisée. Je me précipite chez elle. Je n’oublierai jamais son regard. On dirait qu’elle a vu le diable cette nuit là. Elle pleure tout le temps, tient des propos incohérents. Son visage est métamorphosé. Je comprends qu’elle vient de passer de l’autre coté, qu’il n’y a plus rien à faire. Elle n’a pas mangé depuis plusieurs jours: elle n’a pas réussi à tourner le bouton de la plaque pour chauffer la boite de conserve dans la poêle. Je suis sous le choc. Complètement traumatisé. Je ne sais pas quoi faire. Je découvre qu’elle a rendez-vous avec le psy le surlendemain samedi. Je m’accroche à cet espoir. Je me dis qu’elle tiendra jusque là. Le lendemain, je le passe avec un couple d’amis pour me changer les idées. Je suis fin prêt.

Je l’installe dans la voiture et l’emmène chez le psy. La voilà dans son bureau, totalement perdue. Il n’est plus question de parler. Elle ne peut pas repartir. “Vous allez rester ici madame Uzan. Vous allez signer ici.” Cette signature, je ne percevais pas toute sa portée. Jusque là, elle ne venait qu’en consultation. Maintenant, en signant ce papier, elle se livrait tout entier aux mains des psychiatres. C’en était fini de son avis, du mien, et de qui que ce soit d’autre. Si j’avais su… Mais en même temps, avais-je le choix? Nous quittons le pavillon des consultations pour nous rendre dans le bâtiment des internements. Les infirmières se pressent pour la prendre en charge. Il y a de l’effervescence. Son état de choc est gravissime. Ils ne cessent de lui parler, comme pour se rassurer eux-mêmes. Voilà, ça y est, elle est en sécurité, avec des professionnels. J’ai fait ce que j’ai pu, je l’ai amené à bon port. A présent, il me faut partir. Je sors de la chambre. Me voilà dans le couloir. Je me sens vide. J’ai du mal à réaliser ce qui arrive. Tout est allé si vite. Je suis heureux d’avoir tenu bon face à elle. De n’avoir pas montré ma terreur en voyant son visage. Cela l’aurait surement achevé. Il fallait intérioriser la douleur. Mais ça, je sais le faire. Je suis un expert. Je descend les marches. Me voilà au rez de chaussée. Il y a des chaises le long du mur. Je m’écroule en poussant un long cri déchirant. Tout mon corps est secoué de violents spasmes. Je pleure toutes les larmes de mon corps. Comme je n’ai jamais pleuré. Comme si toute la douleur de ces 40 dernières années venait de ressortir d’un coup, là, comme ça, dans ce couloir d’hôpital. Ainsi donc, malgré tout ce que je m’étais obligé à croire, j’avais donc des sentiments d’amour pour ma mère. Il aura fallu en arriver là pour le réaliser. Il était trop tard.

Le jeune psychiatre est venu s’asseoir à coté de moi pour me réconforter. Je lui ai alors demandé si je pouvais partir quelques jours en vacances pour évacuer tout ça. Il me dit qu’il y en aura au minimum pour deux semaines et que je pouvais m’absenter quelques jours sans crainte. J’étais loin de me douter de la suite. Je fonce chez Kiabi pour lui acheter des vêtements. Les siens font peine à voir. Des pyjamas, des pantoufles. Il faut qu’elle soit confortable pendant son séjour. Je reviens à la clinique pour déposer les affaires, puis je rentre chez moi et jette des affaire dans un sac. Me voilà parti direction Montpellier. Malheureusement, les choses ne vont pas se passer comme je l’espérais. Très vite, la clinique m’appelle. On me fait comprendre que je devrais passer. Je réalise qu’aucune consigne n’est passé du médecin qui la suivait à l’équipe qui l’a pris en charge. Son autorisation pour mon départ ne vaut rien. Pourtant, c’était vital pour moi. Personne ne semblait le comprendre. Un faux mouvement et me voilà bloqué du cou. Une douleur atroce pendant 5 jours. Décidément, ce ne sont en rien des vacances. Impossible de se reposer, impossible de penser à autre chose. Je rentre donc sur Paris.

Me voilà dans sa chambre. Elle est recroquevillée dans le coin du mur. Elle ne bouge pas. Ce que je redoutais arrive: elle me rend responsable de son état. Il est d’ailleurs impossible de discerner ce qu’elle provoque par comédie de ce qu’elle fait inconsciemment. Il faut pourtant faire un tri pour pouvoir l’aider dans un cas et ne pas la cautionner dans l’autre. Les jours passent. Je viens chaque début d’après-midi. Peu à peu, elle va se détacher de ce coin de mur. Elle n’est plus capable de rien faire. Ils la nourrissent, la lavent, l’habillent. Il faut une véritable équipe de professionnel pour la prendre en charge. Surtout pour faire face à ses refus. Autant dire, que je n’aurais aucune chance en quoi que ce soit. De toute façon, à ce moment là, elle est très agressive à mon endroit. Et comme l’équipe médicale est très distante avec moi, voire suspicieuse, je me retrouve seul à supporter toute cette pression. Ce sont des moments que je n’oublierai jamais. Mes amis m’ont récupéré à la petite cuillère. Mais dans une certaine mesure. Ils avaient une résilience limitée. Aucun n’a eu le courage de m’accompagner lors d’une visite.

Au bout d’un moment, j’ai fini par comprendre que ma mère parlait à l’équipe. Elle n’était plus dans le mutisme. Elle m’accablait. En bon professionnels, ils n’ont fait semblant de rien. Ils demeuraient neutres en ma présence. Lorsque je les questionnais à ce sujet, ils niaient tout simplement. Mais je voyais bien qu’il y avait un problème. Le comportement des soignants était anormal. L’atmosphère était démesurément pesante. Et je devais encaisser. Toujours encaisser. Cela laisse des traces sur le long terme. Impossible d’oublier. Et puis, très vite, il a été question d’argent. C’était devenu la question primordiale. Comment madame Uzan allait payer ses frais d’internements? C’est que cela chiffrait. Tous les jours 800 euros. Moi, ça ne me préoccupait pas trop. Je savais que ma mère avait de l’argent placé. Il me semblait plus opportun de résoudre son problème et qu’elle puisse rentrer chez elle. Je suis alors convoqué par la médecin chef. Enfin. Après tout ce temps, j’espère en savoir plus sur le diagnostique, le traitement en cours, sur les suites du séjour et sur une éventuelle sortie avec toutes les adaptations à prévoir. Rien de tout cela. Il n’est question que d’argent. Je ressors du bureau sans aucune information concrète. Une simple liste de médicaments dont certains sont probablement en phase de test. Je ne sais pas ce qu’elle a, ce qu’elle va devenir. Mais j’ai bien compris que je dois la fermer. Je n’ai rien à dire. Le papier a été signe. Elle est entre leur main. Je ne suis rien du tout. Je ne sais rien du tout. Je m’incline. Je paies et j’attends. Je peux vous dire que j’en ai signé des chèques! Bientôt 3 ans que je garde tout cela en moi et que je n’arrive pas à en parler. Voilà que cela sort. Je ne vais pas vous louper! Croyez-moi. Continuons.

Une visite de l’appartement est organisée. C’est une formalité pour les infirmières. Enfin, c’est ce qu’elles croient. J’ai beau les prévenir, rien ne les préparaient à voir un appartement dans un état pareil. Ils prennent tout à coup conscience de l’état réel de ma mère. Il ne s’agit pas d’une maladie ou d’un traumatisme brusque, mais bien une longue maladie mentale. C’est une première étape pour être entendu. L’équipe se détend quelque peu à mon égard. Mais je sais très bien qu’ils soupçonnent grandement que je l’ai poussé à devenir comme cela. Ils se méfient de moi. Un monstre en puissance. Heureusement, il y a toujours le doute. Et puis, je suis à l’extérieur. Je n’ai pas signé. Ma mère prétend qu’elle n’a plus d’argent, que je lui ai tout pris. Que j’ai voulu me débarrasser d’elle. Elle est dans la mythomanie la plus extrême et la plus destructrice. Les psychiatres, plutôt que d’établir un diagnostique correct, vont donc se contenter de cette explication et rentrer dans le jeu d’une mythomane. A mon détriment. En voilà de bons professionnels de la psychiatrie humaine. Avec des gens pareils, la santé mentale des malades est entre de bonnes mains. N’oubliez pas de les remercier. Pardon, de vous prosterner devant ces saintetés du corps médical. J’aimerais avoir le talent de Dieudonné. Son sketch sur le cancer est un monument. Mais non, désolé, je n’ai pas le coeur à rire. Ces gens sont dangereux. Ni plus ni moins. Ils bénéficient d’une immunité encore bien plus illégitime que le dernier des escrocs au gouvernement.

Un jour une dame très gentille est venu me parler sur le palier. Votre maman est très gentille. Je l’aide à manger. J’imagine alors que c’est une aide soignante. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque quelques jours plus tard, j’apprenais que cette femme était interdite de réfectoire. Elle devait donc manger dans sa chambre. Un jour, la médecin m’a annoncé qu’elle changeait le protocole de ma mère. Je me suis demandé comment, avec une telle dose de médicaments dans le sang, ils pouvaient noter des différences de résultats lors d’un changement de protocole. J’ai constaté qu’elle devait avoir le même protocole que la dame dont je viens de parler puisqu’elles étaient animées toutes deux du même pas de danse dans le couloir. Si cela n’était pas si triste, cela en aurait été comique. Et puis un jour, j’ai vu passer la dame, en crise, agrippée très fermement par deux grands hommes infirmiers. Son visage était révulsée. Elle était méconnaissable.

Il y avait aussi cette homme juif, qui m’avait accueilli à la synagogue et qui avait été très serviable avec moi. Il avait une permission de sortie pour la fête de Roch Hachana. Je l’ai revu à l’intérieur un jour. Il ma reconnu immédiatement. Il était content de me voir. Il me demandait si j’étais retourné à la synagogue. Et puis je l’ai revu un autre jour, et dans l’état où il était, il ne pouvait plus reconnaitre personne. Éteint.

J’ai du vider l’appartement. Des tonnes de papiers et de choses diverses. Ce qui ne partait pas à la poubelle était donné à Emmaüs. Et puis, il a fallu faire du bricolage: un encadrement de porte se détachait du mur. Il me fallait acheter un perforateur à béton. Je décidais donc de demander un chèque de ma mère à la clinique, pour réaliser l’achat. Il faut comprendre, qu’à ce moment là, j’étais persuadé qu’une fois le séjour terminé, elle allait pouvoir rentrer chez elle. J’imaginais qu’elle allait avoir une aide à domicile adaptée et professionnelle. En vue de ce retour, il fallait donc redonner à son appartement une allure normale. Il y avait du travail et pas de temps à perdre. Il faut dire que travailler dans l’appartement m’occupait l’esprit. Me voilà donc à la clinique pour récupérer un chèque. Cela me semblait une formalité. La psychiatre vient me voir. Elle n’est pas d’accord. Il s’engage alors une discussion surréaliste sur la décoration d’intérieur. Ce médecin tente de me persuader que je n’ai pas besoin d’une perceuse. Que percer un mur est dangereux. Pour finir, elle me suggère de soumettre à ma mère des échantillons de produits pour qu’elle puisse choisir la décoration selon ses goûts. Elle, qui n’a pas changé la moquette sur les sols et les murs, qui date de 1971, et qui ne sait plus s’habiller toute seule, devrait avoir son mot à dire sur la couleur des peintures. Je suis outré. Il m’est absolument impossible de garder mon calme devant tant de stupidité. Mais qui sont ces gens? Comment peuvent-ils avoir une telle responsabilité? J’oublie alors qu’elle est toute puissante et que je suis chez elle et je m’emporte. Enfin. Tout est relatif. Je n’ai pas envie de devenir le nouveau patient. Depuis le début, je suis face à un mur. Il n’y a rien à faire. J’en suis maintenant persuadé: ils sont réellement incompétents.

La question de l’argent revient encore une fois. Une assistance sociale a été nommée pour aider ma mère à faire face à la situation. J’ai beau expliquer que cela ne sert à rien, peine perdue. Personne ne m’écoute. C’est comme si je parlais dans le vent. Je suis ignoré. Tout simplement. On se comporte mieux à l’égard de prisonniers dans leur cellule. Mais voilà qu’un jour, j’obtiens les codes pour consulter les comptes sur internet. Je me connecte. Je clique. Et là, je suis éberlué. Les sommes sur son compte sont colossales. Jamais je n’aurais imaginé une telle quantité d’argent. Même si je savais que régler les frais n’était pas un souci, je n’imaginais pas cela. La médecin chef nous a convoqué dans son bureau. Elle a fait venir l’assistante sociale. Il faut enfin résoudre ce problème d’argent. Une dernière fois, je tente de questionner la médecin pour avoir un diagnostique. Elle botte en touche avec la maestria habituelles des spécialistes en médecine. Revenons à la question des frais de séjour de votre maman, monsieur Pain, si vous le voulez bien.

C’est alors que je largue ma bombe atomique: je dis combien il y a d’argent sur le compte. La médecin et l’a.s sont estomaquées. Un instant de flottement. La médecin reprend ses esprits et bredouille à ma mère: “C’est vrai ce que dit votre fils? Il y a vraiment tout cet argent sur le compte?” Ma mère bredouille en retour, mais elle acquiesce. Passé l’instant de surprise, la médecin change de couleur. Je vois qu’elle est en train de bouillir. Elle vient de comprendre en un instant que cela fait 5 mois que ma mère la roule dans la farine et qu’elle est entré dans le délire d’une mythomane. Elle, la psychiatre chef de clinique. Même elle n’a pas autant d’argent de coté. Oh, nous ne sommes pas restés bien plus longtemps dans son bureau. J’imagine qu’elle du entré dans une rage folle.

Quelques jours plus tard, on venait me voir pour m’expliquer que ma mère devait s’en aller. Son séjour était terminé. Son état était stabilisé. Ils ne pouvaient rien faire d’autre pour elle. On me donnait une semaine pour lui trouver un nouveau lieu de vie. Je reste persuadé qu’ils ne voulaient plus la voir. En réalité, elle venait de se mettre l’intégralité de l’équipe soignante à dos. Malheureusement, en tant que patiente, dans son état, elle ne pouvait pas supporter ce poids. Leur comportement était donc inqualifiable. Ce n’est pas à un patient de devoir assumer les erreurs de diagnostique et l’incompétence de gens surdiplomés. En effet, il valait mieux qu’elle parte et qu’ils signent enfin la décharge. Quant à moi, tout à coup, tout le monde est devenu beaucoup plus agréable avec moi. Eh oui, je n’étais pas le monstre qu’ils avaient imaginés. Ils ont fait comme si de rien n’était. Ils ne sont jamais excusé de quoi que ce soit. En réalité, ils ont eu exactement le même comportement que ma mère lorsqu’elle s’est muré dans le silence de son passé. Au fond, quelle différence y-a-t-il entre ces gens et leurs patients? Ils ont une blouse. Tiens, ça me rappelle quelque chose…

Une dernière anecdote avant de quitter ce milieu. Une fois, la maison de retraite trouvée, il fallait meubler la chambre qu’elle allait occuper. Je devais donc emporter des meubles et divers objets. Elle ne lisait plus, ne s’intéressait à rien que la télévision. Il ne s’agissait donc en réalité que de faire de la déco afin de la faire se sentir chez elle. Dans ce but, la clinique organisa une sortie encadrée par des infirmières pour qu’elle puisse se rendre chez elle et que l’on opère le choix ensemble. J’ai eu beau m’opposer fermement à cette idée en argumentant sur le fait que de revoir son appartement dont j’avais laissé tomber les travaux face à l’attitude des médecins à mon égard, allait constituer un choc dont elle n’avait pas besoin. D’autre part, j’étais bien conscient qu’elle était incapable de faire un choix et qu’elle s’en remettait à moi entièrement. Malheureusement, ils ne voulurent rien entendre et elle dut subit cette ultime épreuve de leur part. Une fois sur place, elle fut comme envisagé, sous le choc. Mais peut-être que quelque part elle avait besoin de ça pour réaliser son état et pour tirer un trait définitif sur sa vie d’avant. Je choisissais donc quoi emmener et décorait la chambre avant son arrivée. Toutes les personnes qui ont vu le résultat m’ont félicité. Pour ses derniers jours, ma mère se sentait bien dans ce cadre à la fois familier et sain. Une nouvelle vie s’offrait à elle. Je pense que quelque part, pour la première fois, elle a pu être heureuse dans sa vie. Elle souriait souvent.

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