Q & O

Q & O

mercredi 13 décembre 2017

Croyez-vous qu’ici il s’agit du jeu pyramide? Voire d’un Kamoulox? Non, en réalité, c’est bien plus simple que cela. Il y a de cela un bon moment, je racontais l’anecdote d’un dimanche dans la forêt à coté de chez moi où un homme m’interpella pour me demander si j’avais vu des résineux. Sur le moment, je ne pus m’empêcher de rire à l’incongruité de la question, dans la mesure où je n’ai aucune connaissance en arbres. Ce qui est le cas de la majorité des gens dans les forêts. Comme à ce moment là, je faisais des recherches sur l’expression elonei Moré, qui est traduit dans la Bible par chênes de Moré, j’avais donc effectué une recherche sur Google à l’aide des mots Naplouse et résineux. C’est qu’en réalité, je n’avais pas osé aller jusqu’au bout de ma démarche et j’avais bien pris garde de ne pas révéler tout ce qui m’était arrivé ce jour là. Quelques temps donc avant que cet homme ne m’aborde, j’étais dans un autre coin de cette forêt en train de monter dans un étroit passage qui rejoignait un sentier. Lorsque tout à coup, je me trouvais face à un cul. Oui, un cul. C’est le mot qui m’est venu immédiatement en tête. Une jeune fille se soulageait juste devant en pensant s’être abritée des regards. Elle s’est rapidement relevée et a repris le chemin principal pour rejoindre ses amis au moment où je suis parvenu à la hauteur de celui-ci. J’étais surpris et amusé. Mais quand l’homme est venu me poser la question et que j’ai pris cela comme un signe, je n’ai absolument pas osé lier les deux évènements. Ce n’est que quelques temps plus tard que j’ai osé. Un Q et des résineux. Cela parait surréaliste, mais pour moi le Q renvoie au Qaf qui symbolise le Quran. J’ai donc tapé Coran et résineux dans ma barre de recherche. La première réponse est un article de théologie très poussé et passionnant. J’écrivais un article avec ma propre analyse à partir de celui-ci. Le voici. Après tout, pourquoi pas? Dieu a de l’humour, c’est certain. Et puis ce n’était rien de bien méchant. Mais quand Il a décidé d’être rude…

Dans l’histoire qui va suivre, je vais tâcher d’en dire le moins possible afin qu’on ne sache pas de qui je parle.

Cela faisait maintenant quelques mois que j’étais converti à l’Islam. Petit à petit, je déconstruisais ma vie d’avant. Mon rapport avec les femmes était une des sources de mes nombreux problèmes. J’avais fait quelques progrès, mais j’avais rechuté. Elle et son petit ami commençaient à s’éloigner l’un de l’autre et nous nous rapprochions. Et puis voilà qu’un jeudi soir, elle m’appelle. Il n’est pas à la maison. Elle me propose de passer la voir. Elle me présente plusieurs options pour la soirée. Nous nous déciderons une fois ensemble ce que nous ferons. Elle me précise rapidement qu’il n’y a aucun problème pour rester dormir. Passé le premier instant d’enthousiasme, je réalise pleinement la situation: je ne suis pas né de la dernière pluie. Je sais décoder les message à peine cachés. En raccrochant, je pousse un gros soupir. Voilà bien une vraie situation pour mettre à l’épreuve ma foi. Il va falloir être fort. Et Dieu sait si cette fille me plait. Je débarque donc chez elle en début de soirée. Elle est bavarde comme à son accoutumée. Et puis, tout à coup, elle se dirige vers le radiateur et y prend un livre ouvert posé dessus. “J’ai acheté un Coran, me dit-elle, et je l’ai posé sur la table cette nuit. Malheureusement, il y avait une bouteille d’eau à coté et quand je me suis réveillé ce matin, je l’ai retrouvé vide. L’eau a inondé la table et le Coran était mouillé. Je l’ai mis sur le radiateur pour le sécher.” Bien évidemment, j’étais très surpris et aussi un peu en colère. J’essayais de ne pas trop la culpabiliser non sans essayer de lui faire réaliser qu’il s’agissait là d’un signe fort. “Ce n’est pas n’importe quel livre tout de même! Il n’y a pas de hasard. Pas pour toi. Pas pour moi.” Nous ne nous sommes pas étendus sur l’incident et la soirée s’est poursuivie normalement. Quand est venu l’heure de dormir, elle m’a aménagé le canapé du salon. Il n’y pas eu de sous-entendus ou de gestes équivoques. Deux enfants sages. Aux passés qui ont été ce qu’ils ont été, bien sur. Le lendemain matin, nous nous sommes levés un peu tard en ce vendredi. Assez tôt pour se préparer à aller à la mosquée. Et puis, j’ai eu comme une sorte d’instinct. Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce fameux Coran imbibé d’eau. “Il doit être sec maintenant. Je vais y jeter un coup d’oeil. Quelque chose me dit qu’il s’agit d’un signe.” Je me lève et me dirige vers le radiateur. Je me saisis du Coran. On voit tout de suite qu’il était posé à l’endroit sur la table puisque il s’est imbibé par le dos et que l’eau a été absorbée dans l’épaisseur. Le phénomène a été partiel et toute la partie avant est restée intacte. En le refermant, je remarque donc une limite très nette entre la partie souillée et celle qui est intacte. Cela correspond peut-être à un endroit en particulier, me dis-je. Je place mes doigts de part et d’autre de la limite et ouvre le Livre qui est une version uniquement en français. Je vérifie: la page gauche est propre tandis que celle de droite a une auréole. Je me mets donc à lire à haute voix les versets du haut de la page de droite:

  • 23. Or celle [Zulikha] qui l’avait reçu dans sa maison essaya de le séduire. Et elle ferma bien les portes et dit: «Viens, (je suis prête pour toi!)» – Il dit: «Qu’Allah me protège! C’est mon maître qui m’a accordé un bon asile. Vraiment les injustes ne réussissent pas». 24. Et, elle le désira. Et il l’aurait désirée n’eût été ce qu’il vit comme preuve évidente de son Seigneur. Ainsi [Nous avons agi] pour écarter de lui le mal et la turpitude. Il était certes un de Nos serviteurs élus. 25. Et tous deux coururent vers la porte, et elle lui déchira sa tunique par derrière. Ils trouvèrent le mari [de cette femme] à la porte. Elle dit: «Quelle serait la punition de quiconque a voulu faire du mal à ta famille, sinon la prison, ou un châtiment douloureux?» 26. [Joseph] dit: «C’est elle qui a voulu me séduire». Et un témoin, de la famille de celle-ci témoigna: «Si sa tunique [à lui] est déchirée par devant, alors c’est elle qui dit la vérité, tandis qu’il est du nombre des menteurs. 27. Mais si sa tunique est déchirée par derrière, alors c’est elle qui mentit, tandis qu’il est du nombre des véridiques». 28. Puis, quand il (le mari) vit la tunique déchirée par derrière, il dit: «C’est bien de votre ruse de femmes! Vos ruses sont vraiment énormes! 29. Joseph, ne pense plus à cela! Et toi, (femme), implore le pardon pour ton péché car tu es fautive». 30. Et dans la ville, des femmes dirent: «la femme d’Al-Azize essaye de séduire son valet! Il l’a vraiment rendue folle d’amour. Nous la trouvons certes dans un égarement évident.

Je découvrais le texte en même temps que je le lisais. Je ne connaissais pas beaucoup l’histoire de Joseph mais je savais que c’était le seul passage du Coran de ce style. Face à moi, de l’autre coté de la table, elle s’était figée. Blême. Au fur et à mesure de la lecture, elle se décomposait. J’ai fait comme si de rien n’était. Je n’en menais pas large non plus. Nous n’en avons jamais reparlé.

Le Quran et de l’eau.

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