Les mains entaillées

Les mains entaillées

Dernières modifications le 23 janvier·12 minutes de lecture

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Il s’agit de l’exposition de l’histoire de Joseph, paix sur lui, comme allégorie des venues du Messie. Nous allons nous intéresser ici aux évangiles, c’est à dire ce qui correspond à la période qui s’étend des 17 ans passées en Canaan aux cotés de son père jusqu’à la nomination comme vizir d’Egypte. Et plus particulièrement au moment où la femme de Potifar tente de le séduire, puis convoque une assemblée de femmes et parvient à le faire jeter en prison. La raison est que j’avais traité le sujet de manière global et avais soutenu l’hypothèse qu’Hélène d’Adiabène incarnait cette tentatrice qui était la cause de tout. Il me faut aborder l’analogie d’une autre manière.

30. Et dans la ville, des femmes dirent: «la femme d’Al-Aziz essaye de séduire son valet! Il l’a vraiment rendue folle d’amour. Nous la trouvons certes dans un égarement évident.
31. Lorsqu’elle eut entendu leur fourberie, elle leur envoya [des invitations,] et prépara pour elles une collation; et elle remit à chacune d’elles un couteau. Puis elle dit: «Sors devant elles, (Joseph!)» – Lorsqu’elles le virent, elles l’admirèrentse coupèrent les mains et dirent: «A Allah ne plaise! Ce n’est pas un être humain, ce n’est qu’un ange noble!»
32. Elle dit: «Voilà donc celui à propos duquel vous me blâmiez. J’ai essayé de le séduire mais il s’en défendit fermement. Or, s’il ne fait pas ce que je lui commande, il sera très certainement emprisonné et sera certes parmi les humiliés».
33. Il dit: «Ô mon Seigneur, la prison m’est préférable à ce à quoi elles m’invitent. Et si Tu n’écartes pas de moi leur ruse, je pencherai vers elles et serai du nombre des ignorants».
34. Son Seigneur l’exauça donc, et éloigna de lui leur ruse. C’est Lui, vraiment, qui est l’Audient et l’Omniscient.

Tout d’abord, pour établir une analogie scripturaire, il est essentiel d’établir les différents groupes. Ainsi, nous avons le groupe constitué des croyants, ensuite nous avons les autorités du Temple (que je distingue des croyants puisqu’ils sont nommés par le pouvoir romain), puis l’administration romaine, c’est à dire essentiellement l’armée d’occupation chargée de faire régner l’ordre civil, et enfin les membres de la « religion sans nom », eux-mêmes inclus dans la haute administration romaine ainsi que dans la caste des grands-prêtres, minoritaires mais détenant des fonctions clefs et capables d’utiliser le potentiel militaire romain à leurs propres fins.

Les croyants, dans leur variété de courant d’interprétation, incarnent les différents frères de Joseph. Parce qu’ils n’ont pas compris le rêve où ils se prosternent devant lui, ils l’ont rejeté. Nous nous situons bien dans la période précédant la Passion, c’est à dire avant l’accomplissement des écritures. Les 30 deniers/20 shekels marquent la transition entre le monde des croyants et celui des mécréants. Joseph est alors entouré de polythéistes/ le Messie est entouré des romains et des autorités religieuses. Potifar, bien que polythéiste, reconnait le mérite de Joseph, et est un homme juste, mais il demeure son maître. De même, parmi les romains, certains sont sensibles aux évangiles, et reconnaissent la valeur spirituelle du Messie sans pour autant se convertir à sa foi, c’est à dire qu’ils ne le considèrent pas comme un fauteur de trouble de l’ordre qu’ils sont censés défendre. Il faut bien se mettre en tête que cette période a vu un grand nombre de guides qui ont pris la tête de groupes armés en se légitimant par un vernis religieux. Potifar ne cède pas à l’accusation lancée par sa femme dans un premier temps. De même, la simple accusation de sédition à l’encontre du Messie ne suffit pas à le faire condamner légalement. Nous comprenons alors que la femme de Potifar est incarnée par l’Ordre, c’est à dire la confrérie des membres de la ‘religion sans nom” ou plus précisément par son esprit. La scène où la femme de Potifar convoque l’assemblée des femmes et leur donne à toutes un couteau et où celles-ci se coupent les mains, m’a toujours intrigué, surtout ce dernier élément. Cet épisode est absent du livre de la Genèse. Toutefois, on en trouve trace dans deux midrashim:

Midrash Tanchuma Vayeshev 5: 
Nos sages nous informent qu'une fois, la femme de Potiphar a rassemblé un certain nombre de femmes égyptiennes afin qu'elles puissent voir à quel point Joseph était beau. Mais avant de convoquer Joseph, elle leur a donné à chacune un étrog et un couteau. Quand elles ont vu le beau visage de Joseph, elles se sont coupé les mains. Elle leur a dit: «Si cela peut vous arriver, vous qui ne le voyez qu'une seule fois, combien plus cela m'arrive-t-il, qui doit le regarder constamment.» Chaque jour, elle s'efforçait de le séduire par des mots, mais il réprimait sa mauvaise inclination.

Midrash hagadol
(Le début de l’histoire est sensiblement le même sauf qu’au lieu d’étrog, il s’agit de pain et de viande) Elles lui disent: Tu n’as pas d’autre choix que de demander à son maître de l’envoyer en prison pour qu’il soit entièrement à toi. Elle dit: si je suis la seule à parler contre lui auprès de mon mari, il ne me croira pas. Mais si chacune d’entre vous vient lui rapporter: »Joseph m’a séduite. » alors je viendrai affirmer qu’il en fut de même pour moi et il le mettra en prison.

Ce qui fait dire à certains apologètes chrétiens que ceux qui auraient rédigé le Coran auraient puisé dans diverses sources. De mauvaise manière ici selon eux, puisque le midrash rapporte que le but de la mise en prison était de rendre Joseph disponible pour sa prédatrice. Ce qui parait bien improbable, étant donné le déroulé de la suite du récit à la fois dans la Bible et le Coran. Toutefois, l’élaboration d’un complot grâce à la complicité de ses amies paraient assez vraisemblable et explique la raison d’être de cette assemblée. Il est vrai que le verset du Coran, 12.35 laisse perplexe.

35. Puis, après qu’ils eurent vu les preuves (ayat), ils l’emprisonnèrent fermement pour un temps.

Malgré les signes de son innocence, Joseph est tout de même envoyé en prison. Au fond, savoir comment a procédé la femme importe peu, il s’agit juste de réaliser qu’elle est parvenu à ses fins en utilisant l’appareil judiciaire égyptien. De même, malgré l’innocence du Messie au regard du droit romain, l’Ordre a obtenu sa crucifixion, non pas pour supprimer l’un de ses opposants, mais pour instrumentaliser cette mort spirituellement selon ses dogmes. En effet, les fondements dogmatiques de l’Ordre sont la défiance au Créateur, à savoir suivre les enseignements du Shaytan lorsqu’il propose à Adam, paix sur lui, de devenir un dieu.
http://www.stephanpain.com/2016/01/17/noli-me-tangere/ f
Proclamer l’incarnation de Dieu dans la chair nourrit cette théologie. Si à toutes les époques de la Révélation, la Tradition Primordiale constituée de légendes est venue se greffer et parasiter celle-ci, la plus importante collision se situe, comme chacun peut l’appréhender, à ce moment précis. Cette convocation illustre donc, par analogie, la convocation des frères de l’Ordre à se soumettre à cette idée. Cette adhésion, en miroir avec l’Alliance, c’est à dire s’opposant à elle, se matérialise par un pacte de sang, c’est à dire le geste quasi identique à celui des femmes qui consiste à pratiquer une entaille à sa main de manière à en faire couler le sang.

Le principe de base de l’initiation à tout culte à mystère passe par la mort spirituelle et la renaissance. Ceux qui échafaudent le plan de mettre en scène une mort et une résurrection en se servant du Messie comme support à l’établissement de cette légende ont trouvé là le candidat idéal car il ne dit pas un mot (voir Esaie 53). Et encore moins une fois mort, car c’est à ce moment là que la mise en scène va prendre toute sa dimension. Néanmoins quelques mots sont sortis de sa bouche quelques instants avant d’expirer: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné?” Ces mots renvoient au Psaume 22 et donnent les clefs de compréhension, mais en 2000 ans, personne n’a su lire et interpréter ce psaume jusqu’à son terme (lien avec la nation de Muhammad, paix sur lui, et donc avec le Coran qui vient rétablir la vérité sur cette question).
http://www.stephanpain.com/2015/12/22/mon-dieu-mon-dieu-pourquoi-mas-tu-abandonne/ f

Si Hélène d’Adiabène n’incarne plus la femme de Potifar, cela ne la fait pas disparaître de la scène pour autant. Elle est bel et bien Marie de Magdala et c’est bien elle qui est la première à la tombe le dimanche matin. Il n’est pas possible de trancher quant à son appartenance à l’Ordre. Il n’en demeure pas moins que sa lignée a été instrumentalisée par l’école des mystères johanniques. Mais tout cela se situe bien après sa mort.
Hélène f


Quant à l’aveu de la femme de Potifar au moment de la gloire de Joseph, il correspond par analogie à l’acceptation d’une partie des juifs, les véritables croyants, vraisemblablement les disciples de l’école d’Hillel, de la venue du Messie, puisque ils n’adhèrent pas aux principes de l’incarnation. Une des fausses acceptations, c’est à dire le groupe (zélotes) de ceux qui n’acceptent le Messie que dans la perspective où celui-ci annonce la venue d’un maître d’une armée, fut le moteur des guerres judéo-romaines dans la perspective de l’accomplissement de la prophétie de la venue d’Ahmad comme nous l’avons vu dans des articles précédents. Tandis que l’autre, regroupe les adeptes de l’incarnation, les disciples des écoles pauliniennes et johanniques opposée l’une à l‘autre. Ces groupes ont fini par prendre l’ascendant sur le groupe des Apôtres mené par Jacques.
http://www.stephanpain.com/2015/01/13/mon-sorcier-bien-aime/ f

La coupe

Dans les évangiles, il est rapporté la dernière prière de Jésus dans le jardin de Gethsemané. Or, si l’on considère qu’il n’y a pas eu résurrection au bout de trois jours humains, le dernier véritable échange avec les disciples se situent avant qu’ils ne s’endorment. Ensuite, ils sont réveillés par l’arrivée des soldats et tout se précipite. Personne ne peut donc rapporter l’existence même de cette prière. La phrase: « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se fasse ! » serait donc une construction théologique. Les évangélistes auraient donc eu la même compréhension du récit de Joseph comme allégorie et auraient tenté de glisser dans le récit de la passion ce détail évoquant la coupe retrouvée dans les affaires de Benjamin. Dans leur perspective, cela a du sens, puisque cela signifie qu’ils considèrent que le temps de leur rédaction correspond à l’instant du retour en grâce des frères et donc de la rédemption.

Le supplice de la crucifixion porte la marque de l’esprit de la “religion sans nom”. En effet, il n’y a pas réellement de bourreau. C’est le condamné qui devient l’acteur de sa propre mort. La mort est provoquée par l’étouffement. Cette étouffement peut être retardé en prenant appui avec ses pieds. Plus le condamné a envie de vivre et plus il a de force, plus il retarde l’échéance de sa mort qu’il sait pourtant inéluctable. Voilà pourquoi les soldats romains qui n’avaient pas d’autre choix que d’exécuter les ordres et de faire le sale boulot à la place des véritables responsables, en venaient à briser les jambes des condamnés pour abréger leurs souffrances. Le supplice pouvait ainsi durer plusieurs jours. Dans les évangiles, les soldats n’ont pas eu besoin de faire cela. Le Messie est mort rapidement. On peut expliquer cela par le fait que la séance de fouet était presque mortelle et qu’elle a été suivi par le portage de la croix. Cela peut paraître barbare, mais dans l’absolu, force est de constater que les exécutants ont trouvé là un moyen pour réduire le temps de souffrance. Celui qui est responsable de cela, a trouvé là un moyen de marquer sa désobéissance à l’Ordre.

Ces deux choses étant dites, nous pouvons aborder la question de la coupe de la seconde venue. La coupe royale est quelque chose qui est placée dans les affaires de Benjamin pour le retenir dans le pays d’Egypte et l’empêcher de retourner parmi ses frères. Encore une fois, c’est l’Ordre qui est à l’origine de cette coupe. La “religion sans nom” se perpétue de manière “héréditaire” par l’abus rituel sur les jeunes enfants. Il s’agit de créer une dissociation de l’esprit provoquée par un traumatisme extrême. Cette dissociation maintient la personne dans un refus systématique de la foi par un mécanisme de soumission aux préceptes du groupe. Toute tentative de briser le mur amnésique traumatique, signifie que la victime se retrouve face au traumatisme. Comme cela est impossible à gérer, elle reste dans le déni. Les perspectives offertes sont pour beaucoup le suicide, ou bien le service psychiatrique ou tout simplement la mort sociale (amplifiée de nos jours par les réseaux sociaux: le sujet des réseaux p-s rentre dans le cadre de la “cyber-haine”). La victime est donc l’actrice de son propre cloisonnement spirituel. Ce rituel n’a rien de spécifique au Messie de la même manière que la crucifixion était un supplice couramment pratiqué dans l’antiquité romaine. Dans les deux cas, il s’agit d’ancrer la soumission de l’individu à l’autorité de l’Ordre.
http://www.stephanpain.com/3r/ f

Notes:

Un lien éternel f

Hillel: 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hillel_Hazaken

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