2 femmes

2 femmes

Initialement, cet article devait tourner autour d’une voiture et être court en résumant le lien entre la période du carême menant à Pâques et du jeûne de Ramadhan jusqu’à l’Aid. Je n’étais d’ailleurs pas vraiment dans l’urgence pour le rédiger. Sauf que tout a été remis en question au moment où, à la tombée de la nuit en ce jour d’Aid, j’ai reçu un texto d’Héléna. Elle resurgissait brusquement d’un lointain passé, d’une vie antérieure. Ce texto avait été précédé dans la nuit de samedi à dimanche par un mail apparemment anodin mais qui dans le contexte prenait tout son sens. Un mail concernant un clip réalisé il y a de cela 13 ans et dont je n’avais rien reçu à son propos depuis plus de 10 ans. Une certaine inconnue, Leeza, manifestait son intérêt pour « 2 women » du groupe montpelliérain Maniak.

2 frères

Vous le savez, ma vie se partage entre deux communautés. La Ummah et la communauté catholique. Si je ne suis pas très communicatif à la sortie des églises, il se trouve que je me sens très proche de cette petite communauté perdue au milieu des montagnes découverte en 2018. Est-elle représentative de l’église moderne? Loin s’en faut. C’est un bastion qui résiste au modernisme imposé par l’un des courants majoritaires dans le haut clergé catholique. Mon dernier article en date du 2 février a pour cadre cette communauté. Quelques semaines ont passé, le temps du Carême approche, et ma proximité grandissante.

Vers la fin février, je reçois le mail d’un notaire. Il est question de la succession de mon frère Julien, décédé par noyade dans la mer à l’automne au Japon. Un moment particulièrement difficile et dont je ne souhaitais pas parler ici jusqu’à présent. Un moment qui était resté en suspend pour des raisons que je raconterai peut-être un jour. Une poignée de jours plus tard, une triste nouvelle tombe sur la petite communauté: l’un des leurs, qui vivait dans l’un de leur foyer d’une grande ville sur la côte méditerranéenne, vient de mourir.
La mort a rodé et frappé si souvent autour de moi ces derniers mois. Lorsque le père de la communauté prend la parole pour évoquer son souvenir lors de la messe, il a un curieux ton de reproche. Il est mort un vendredi. Et puis voilà que j’apprends que le frère s’est noyé dans la mer. Il aurait été imprudent. Je comprends alors les mots de l’homélie. Le parallèle entre les deux hommes est saisissant. Ce genre de parallèle qui fait qu’il est à la fois si dur d’y faire allusion puisqu’il s’agit de la mémoire de deux personnes et si dur de le garder pour soi parce que l’on comprend qu’il y a quelque chose qui transcende tout cela.
J’apprends ensuite que le frère était un fer de lance, un artisan infatigable du dialogue inter-religieux. Apprécié et déjà regretté par les communautés religieuses locales de toutes confessions dont il était une figure connue et reconnue. Voilà qui est fort surprenant vis-à-vis de l’image perçue de sa congrégation. Il me faut donc assister à la messe de ses funérailles en ce début de semaine alors que je me pose mille questions. Une foule nombreuse accompagne le cercueil jusqu’au cimetière situé à quelques dizaines de mètres de là et qui peine à accueillir tant de monde. Ce n’est que lorsque j’en ressors après avoir projeté quelques gouttes d’eau sur le bois que je réalise la portée du geste. Quelque chose était resté en suspend depuis le mois d’octobre. Quelque chose n’avait pas été fait. Et je venais de l’accomplir. Pour une fois, moi qui d’habitude est si enjoué à débattre de théologie avec les frères, je m’assoie un peu à l’écart.

Entrée dans la période du Carême.

Dimanche suivant, 6 mars 2022, lecture de l’Évangile. Les tentations au désert selon Luc. L’un des frères lit le texte comme à son habitude d’une voix assurée devant l’assemblée. Il arrive à ce passage où le diable détourne les écritures:

4.9 Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple, et lui dit: Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: 4.10 Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, Afin qu’ils te gardent; 4.11 et: Ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte une pierre.

En une fraction de seconde, sur les mots « une pierre », sa voix s’éraille et s’évanouit et il a toutes les peines du monde à achever la lecture:

Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

Je ressens immédiatement qu’il se passe quelque chose. Aussitôt dehors, j’entame une discussion avec frère Jean-Daniel. Il me semble essentiel d’appuyer fermement sur ce signe évident. Il m’écoute avec attention. Au milieu de l’après-midi, trouvant un prétexte anodin d’une balade avec les autres frères dans le coin, il débarque à la maison. La visite lui est faite. Je saisis cette opportunité pour vider mon sac et exposer toutes ces choses dont je viens de parler ici, notamment mon lien avec l’Islam. Beaucoup d’informations à absorber pour lui alors que je l’accompagne sur le chemin. Les enfants nous ont suivi. C’est donc eux qui décident du moment où je dois cesser le flot de mes paroles et le laisser reprendre sa route. Et surtout digérer. Je ne le sais pas encore à ce moment là, mais cette discussion ne reprendra pas.
Aujourd’hui, tout ceci est écrit ici. Peut-être avant de disparaître. Je ne sais pas.

2 communautés

Quelques jours plus tard je recevais un curieux mail: je pouvais hériter d’une LNA, une LNA blanche. Une voiture un peu bâtarde, qui n’a pas connu de succès à sa sortie et délaissée par les collectionneurs de la marque aux chevrons. Il s’agit de la voiture laissée en France par mon frère avant son départ au Japon. LNA, ces trois lettres me renvoyait à un prénom, un prénom vers lequel tout converge au travers de ma recherche sur l’Évangile. Un personnage sur lequel je n’avais pu conclure quant à son rôle bénéfique ou maléfique dans son rapport avec le Messie. Héléna, c’est le véritable prénom avant conversion à la foi en la Torah de Mariam de Magdala, francisé en Marie-Madeleine. Mon avis sur cette femme restait comme en suspend. Une immense frustration. Je me devais d’attendre.
Voir http://www.stephanpain.com/2016/08/31/helene-et-les-garcons/

Aussi quand cette voiture est arrivé dans ma vie, j’ai tout de suite été en alerte. J’avais en tête depuis quelques temps de m’acheter une petite voiture économique pour faire les trajets du quotidien dans la campagne au lieu d’utiliser le lourd fourgon. Difficile de se faire une idée tranchée avec les photos envoyées. Elle semble avoir souffert de son immobilisation, mais il est tout à fait possible d’envisager une remise en route car elle affiche peu de kilomètres. Et puis mon imagination a fait le reste: me voilà à faire un parallèle entre l’église catholique et cette LNA. Car ce prénom renvoie également à la culture grecque ou hellénistique. Citons ce fameux verset des Actes des Apôtres qui illustre l’opposition entre les deux communautés qui constituent le socle de l’Eglise:

Actes 6.1 En ce temps-là, le nombre des disciples augmentant, les Hellénistes murmurèrent contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution qui se faisait chaque jour.

Nous savons ce qu’il advint. La culture grecque s’imposa. Il est important de noter que le catholicisme tel qu’on le connait aujourd’hui a été modelé au début du 4ème siècle. Un personnage se détache nettement: Hélène, la mère de l’empereur Constantin. On lui doit le culte de reliques, l’édification de monuments. Il semblerait que ce soit elle qui ait influencé son fils dans ses prises de décision. On pensera notamment au concile de Nicée qui marque un tournant décisif dans l’histoire du christianisme et qui achève la domination du monde grec sur le reste de l’Eglise. On pourrait être tenté de dire que c’est cette culture grecque à bout de souffle à notre époque, qui emmène le catholicisme vers sa perte. La LNA semble destinée à la casse si le royaume de Dieu doit advenir. Un peu taquin, j’évoque le sujet chez les frères chrétiens. Je provoque de l’agacement. J’ai touché là un point sensible.

Le chemin

Au fur et à mesure que la date de Pâques approchait et que ma présence dans la communauté grandissait, je sentais que quelque chose allait se passer car celle-ci coïncidait avec la pleine lune du mois de Ramadhan. Une échéance.

Voilà maintenant plusieurs semaines que des planches de bois attendent d’être rabotée pour restaurer la table du salon. J’ai oeuvré dans diverses choses dans la maison et il est temps de partir. Je n’ai pas pu faire tout ce que je voulais. Seulement voilà, le hasard est taquin et en ce dimanche des Rameaux, des amis viennent à la maison, des amis qui ont accès à une raboteuse d’atelier. Rendez-vous est donc pris pour le lendemain pour raboter les planches. La semaine sainte débute et me voilà à restaurer une table. Une table à manger. Je sais que je dois la finir le jeudi après-midi. Il y a la raison logique, en rapport avec son utilisation. Et il y a la raison métaphysique, celle qui échappe à toute rationalité. Mais dont la portée est sans commune mesure.

Ce jeudi soir, je descend pour la dernière fois le chemin qui mène à la communauté et que j’ai emprunté tant de fois ces derniers temps. Au milieu, je sors mon téléphone et récite à pleine voix en arabe la fin de la sourate 5, la « Table servie ».

111. Et quand J’ai révélé aux Apôtres ceci: «Croyez en Moi et en Mon messager (Jésus)». Ils dirent: «Nous croyons; et atteste que nous sommes entièrement soumis».

112. (Rappelle-toi le moment) où les Apôtres dirent: «Ô Jésus, fils de Marie, se peut-il que ton Seigneur fasse descendre sur nous du ciel une table servie?» Il leur dit: «Craignez plutôt Allah, si vous êtes croyants».

113. Ils dirent: «Nous voulons en manger, rassurer ainsi nos cœurs, savoir que tu nous as réellement dit la vérité et en être parmi les témoins».

114. «Ô Allah, notre Seigneur, dit Jésus, fils de Marie, fais descendre du ciel sur nous une table servie qui soit une fête pour nous, pour le premier d’entre nous, comme pour le dernier, ainsi qu’un signe de Ta part. Nourris-nous: Tu es le meilleur des nourrisseurs.»

115. «Oui, dit Allah, Je la ferai descendre sur vous. Mais ensuite, quiconque d’entre vous refuse de croire, Je le châtierai d’un châtiment dont Je ne châtierai personne d’autre dans l’univers.»

116. (Rappelle-leur) le moment où Allah dira: «Ô Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens: «Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors d’Allah?» Il dira: «Gloire et pureté à Toi! Il ne m’appartient pas de déclarer ce que je n’ai pas le droit de dire! Si je l’avais dit, Tu l’aurais su, certes. Tu sais ce qu’il y a en moi, et je ne sais pas ce qu’il y a en Toi. Tu es, en vérité, le grand connaisseur de tout ce qui est inconnu.

117. Je ne leur ai dit que ce que Tu m’avais commandé, (à savoir): «Adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur». Et je fus témoin contre eux aussi longtemps que je fus parmi eux. Puis quand Tu m’as rappelé, c’est Toi qui fus leur observateur attentif. Et Tu es témoin de toute chose.

118. Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c’est Toi le Puissant, le Sage».

119. Allah dira: «Voilà le jour où leur véracité va profiter aux véridiques: ils auront des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux pour y demeurer éternellement.» Allah les a agréés et eux L’ont agréé. Voilà l’énorme succès.

120. A Allah seul appartient le royaume des cieux, de la terre et de ce qu’ils renferment. Et Il est Omnipotent.

J’ai le coeur léger malgré la fatigue. 20h30, l’heure du coucher de soleil et donc de la rupture du jeûne arrive, alors que la cérémonie du soir débute. Nous venons de rentrer dans le 14 ramadhan 1443/14 nissan 5782. Je me pose au bord du chemin, tout proche du village. Je sors de mon sac mon repas, que je dévore. Une courte prière sur le mini tapis. Comme nous sommes jeudi soir de ramadhan (j’achève le Coran tous les vendredis matins), mon point de lecture est donc proche des dernières pages du livre: sourates al mursalat (les envoyés) et an naba’ (la nouvelle). Me voilà parti pour la messe de la Sainte Cène. La seule eucharistie de l’année liturgique qui reste en suspend, c’est à dire que l’invocation et la distribution sont dissociées. Elle est en réalité telle que je la pratique tout le temps puisque je ne participe plus à la distribution depuis la venue du virus de la Couronne.


Là est la véritable Pâques, en ce jeudi soir pour célébrer la Cène immédiatement suivie du point de départ de la Passion qui situe la véritable position temporelle rituelle de cette dernière, dans le prolongement et l’accomplissement de Pessah, et non en centralisant sur le dimanche pour célébrer une résurrection qui n’a pas eu lieu.

Luc 22.7 Le jour des pains sans levain (Pessah: jeudi 14 nissan, 7 avril 30 en calendrier julien), où l’on devait immoler la Pâque (sacrifier un agneau ET pain sans levain ET herbes amères), arriva, 22.8 et Jésus envoya Pierre et Jean, en disant: Allez nous préparer la Pâque, afin que nous la mangions. 22.9 Ils lui dirent: Où veux-tu que nous la préparions? 22.10 Il leur répondit: Voici, quand vous serez entrés dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau; suivez-le dans la maison où il entrera, 22.11 et vous direz au maître de la maison: Le maître te dit: Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples? 22.12 Et il vous montrera une grande chambre haute, meublée: c’est là que vous préparerez la Pâque. 22.13 Ils partirent, et trouvèrent les choses comme il le leur avait dit; et ils préparèrent la Pâque. 22.14 L’heure étant venue (le coucher du soleil, entrée dans le 15 nissan), il se mit à table, et les apôtres avec lui. (la crucifixion a lieu ce jour là et prend fin avant la tombée de la nuit qui est une entrée de Sabbat, nous sommes donc bien un vendredi)

L’objectif de Pessah, et son étymologie, est d’épargner tous ceux qui ont adhéré au sacrifice pascal. C’est à dire toux ceux qui ont accepté de sortir d’Egypte. Si il y a renouveau ici, c’est celui du joug sur les croyants, puisque Rome a remplacé l’Egypte. L’objectif de la Table servie, ou une traduction plus juste selon le sens du Coran est la Table céleste (litt. du ciel), est donc, de la même manière, d’opérer un tri parmi ceux qui se disent appartenir au peuple de Dieu. Ce tri ne procède pas de l’élimination physique mais de l’élimination de l’âme.
C’est ainsi que la Passion est le point de départ d’un processus complexe qui va mener à la première guerre judéo-romaine. L’ange de la mort serait incarné par les zélotes qui se pensent guidés par Dieu, et qui vont exterminer un par un tous les sadducéens lors de cette guerre, c’est à dire tous ceux qui ne peuvent s’extraire de la matrice romaine. Les zélotes demeurent alors bien vivants physiquement, mais leur âme n’est plus. Il est important de noter que les sadducéens ne croyaient pas au jour du jugement ni en l’immortalité de l’âme.

L’interprétation donnée à la Pâque par les chrétiens est la fête du renouveau, de la renaissance. Elle est liée au renouveau de la nature. C’est ici que la composante de tradition païenne grecque apparaît au grand jour: la fameuse LNA qui vient emprisonner le coeur biblique et le cacher à la vue des croyants.

Si nous effectuons une projection au temps présent, nous avons de nouvelles entités qui viennent se substituer à la Révélation. L’une propose une renaissance à tous ceux qui ont accepté de suivre avec zèle les recommandations pour se prémunir de la Bête de l’événement. Vous doutez de sa dimension pseudo-biblique? Ecoutez mieux les propos de son porte-parole.
Tandis que l’autre, à la dimension religieuse affirmée au grand jour, expose les « djihadistes » comme les nouveaux zélotes ayant pour mission de purifier la Ummah de tous ceux dont le coeur reste attaché au monde occidental corrompu. Le souci ici est que ceux qui en sont les acteurs n’ont aucun moyen de discernement et qu’ils effectuent leur tri selon des critères qui leur sont propres. Fin de la parenthèse théologique.


Mon coeur est touché. Apaisé, je prends mon temps alors que la foule nombreuse s’est hâté de se diriger dans une salle annexe. Juste au moment de quitter les lieux, mon regard croise celui du frère Xavier. Il délaisse son poste du confessionnal pour venir me voir et m’inviter à participer à la cérémonie suivante. Il semble un peu embarrassé, lui qui d’habitude parait si serein et ferme dans son attitude et ses convictions. Il évoque la liberté de chacun à participer ou non à certaines choses. Pourtant, pour celui qui est dans une recherche rigoureuse de la Vérité, il se doit de se nourrir à toute source qui lui parait légitime. Il ne nous appartient pas le choix sur une chose décidée par un prophète. C’est écrit ainsi dans le Coran. Mais je me contente de lui sourire et acquiesce simplement. Je me dirige vers la salle mais je n’y entre pas: je préfère finir de manger. Lorsque je suis rassasié, la cérémonie est terminée. Je reste quelques minutes dans la salle retombée dans le silence où chacun se recueille. Il me faut partir. La pleine lune guide mes pas. La nuit est d’une température agréable comme jamais. Me voilà à gravir le chemin pour la dernière fois. Comme porté par une force invisible.

Dois-je y retourner? Dois-je assister à toutes les cérémonies de ce week-end pascal? Le lendemain, nous sommes vendredi. C’est en voiture que je reviens vers 15h après être allé à la mosquée à la grande ville. C’est la Passion. Si l’eucharistie de la veille m’a fait vibrer, ce n’est pas du tout le cas de son prolongement à cet office: je ne suis pas bien du tout. Voilà qui confirme ma compréhension de ce changement dans le rite. A présent, il me faut partir.
Le lendemain, samedi, je prépare mon camion et je pars en début d’après-midi avec le sentiment étrange que je ne reviendrai pas. Sur le ton d’un célèbre président français des années 70: « Au revoir« . Me voilà de retour à la grange dans le Cantal. Mais déjà il est temps de partir vers Toulouse, voir cette voiture.

De la rouille

Elle n’est pas si mal en point cette LNA du point de vue mécanique et du châssis. Mais il y une méchante rouille perforante qui s’est étendu sur l’arrière du toit. La sanction est imparable: elle n’est économiquement pas réparable au regard de sa faible côte. Malheureusement elle ne daigne pas démarrer malgré mes efforts. Fatigué, frustré et démotivé, je repars dans l’autre sens sur un coup de tête. Après tout, ce n’est qu’une voiture, ce parallélisme avec l’église catholique est ridicule. Il me suffirait de dépenser l’argent: aucune carrosserie n’est irréparable. Ce n’est pas le sort de l’église qui est entre mes mains. Je ne veux pas de cette responsabilité!

Me voilà de retour sur Paris pour les 10 derniers jours du mois de Ramadhan. Une idée me trotte dans la tête: si j’ai renoncé à refaire battre le coeur de cette pauvre voiture, peut-être peut-il battre dans une autre? La dernière évolution de ce fameux bicylindre a également été monté dans une voiture qui n’était pas une Peugeot mal camouflée en Citroën.

La Visa.

Le visa est une autorisation. Mais le mot a un autre sens. En droit, le visa est placé en tête d’un jugement et précise le texte de loi sur lequel s’appuie la cour.

Faire battre le coeur dans le visa du Coran.

Je devrais donc acheter une Visa dont la couleur noire serait une évocation des peuples porteurs de l’Islam. Mais quelle idée saugrenue! Durant le Tarawih, j’invoque le Créateur à ce sujet: « Fais moi un signe concernant cette folle histoire de Visa! »
Le Tarawih s’achève et mon ami vient me rejoindre pour sortir de la mosquée. La première chose qu’il me dit est: « Tu as repensé à cette histoire de visa pour la Mecque? »

Extension

27ème nuit. Le Coran s’achève dans un torrent d’émotions. Une nuit blanche dans cette mosquée de ce quartier populaire de Nanterre. Malgré cela, en ce vendredi matin, je prends les transports vers l’autre coté de Paris pour y voir une Visa chez un vendeur professionnel. Et c’est un rabbin qui m’accueille. Un rabbin un brin original, habillé décontracté et qui gagne sa vie en vendant des voitures, mais un rabbin tout de même. Nous oublions bien vite la raison de ma venue initiale et nous discutons religion une bonne partie de l’après-midi. Je ne repartirai pas avec la voiture. Qu’importe. Je suis bel et bien là pour autre chose, mais je ne parviens pas à saisir quoi. Mon histoire de LNA/Visa n’est pas très convaincante malgré le vif intérêt que l’homme me porte. C’est alors qu’au moment de partir, mon regard tombe sur l’autocollant apposé sur la pochette plastique qui était devant mon nez durant toute la conversation. Il s’agit d’une marque bretonne d’accessoires motos: BST. Je percute alors: Bast! Ce qui signifie « s’étendre » en arabe et dont on retrouve une occurrence avec une particularité orthographique dans le verset:

7.69. Quoi! Vous vous étonnez qu’un rappel vous vienne de votre Seigneur à travers un homme issu de vous, pour qu’il vous avertisse? Et rappelez-vous quand Il vous a fait succéder au peuple de Noé, et qu’Il a augmenté votre extension (bastah) dans sa Création. Eh bien, rappelez-vous les bienfaits d’Allah afin que vous réussissiez.

Je lui rappelle le lien entre Tsarfat (la France) et oufaratsta (tu t’étendras) par le 770 fait par le rabbi de Loubavitch et que tout juif connait.

Genèse 28.14 Ta postérité sera comme la poussière de la terre; tu t’étendras à l’occident et à l’orient, au septentrion et au midi; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité.

L’homme parait décontenancé. Il est temps de disparaître. Alors que je marche vers le RER, je croise une femme qui dit: « Il vient d’ouvrir les yeux! »

Gloire à Dieu, me dis-je en moi-même. Là est le point de départ du Bast.

Le clip

Dimanche. Le mail pour 2 women est tombé. Tout s’éclaire alors. Dans la Bible, Israël et Juda sont personnifiés par deux femmes: Ohola et Oholiba. L’adultère symbolise l’idolâtrie. L’auteur de l’évangile de Jean utilise le même procédé avec l’épisode de la lapidation. Ici, les deux femmes sont l’Eglise et la Ummah. L’Eglise est cette jeune femme blonde, c’est l’occident qui domine le monde chrétien. La Ummah c’est cette femme brune vêtue de noire, l’Afrique, les peuples de couleur. Dans le clip, nous voyons ce petit balafon au milieu des musiciens. Mais l’objet qui attire l’œil dès le début du clip, grâce au chat noir, c’est la voiture à pédale: c’est une Citroën. Une Citroën sombre dépourvue de moteur. Dieu que tout ceci est fascinant. Il n’y a en réalité, que peu de place à l’interprétation de ma part. Dès lors que l’on accepte toute cette succession d’indices mis bout à bout comme une explication divine au destin des croyants, alors tout parait limpide. A celui qui n’y adhère pas, il ne subsiste qu’une histoire amusante ou pas, à laquelle il n’accordera pas de crédit. Ainsi sont les signes.

J’ai fini par comprendre qui était le garçon: il s’agit du Sheytan. La Ummah se plaint de l’avoir trop aimé, elle veut se libérer de lui. Elle a traversé une période de désespoir. Quant à l’Eglise, elle mène une vie de couple tout à fait innocente avec lui. Elle est aveugle et docile. Le clip se déroule sur une période de 24 heures.
Puis vient le temps de la fête organisée par le Sheytan. Tout le monde se prosterne devant le maniaque. Le vin, les plaisirs. L’Eglise demeure sage mais lui reste fidèle. La Ummah ronge son frein. Il ne perd rien pour attendre. Il me faut parler du bassiste du groupe qui est en réalité celui qui a écrit le morceau qui est mis en image. Il est le véritable architecte et est à l’origine de certaines idées clefs, comme le petit balafon qui fait le lien entre la scène de concert et la soirée à la maison, ainsi que le tee-shirt brandi devant la foule. Il a tenu à apparaître en professeur fou au milieu du salon. Initialement, il voulait une séquence où le groupe se présentait à la soirée de manière loufoque mais le temps imparti pour le tournage ne nous le permettait pas. Dans un plan, on comprend clairement qu’il domine la scène malgré être perçu comme un fou. Les choses divines paraissent folles aux yeux des mécréants. Dans le déplacement de caméra, on comprend qu’il vient de persuader la femme brune de quitter l’homme, qu’il croise. C’est lui qui prend soin de cette femme. Dans la succession rapide de plan, on voit son souffle dans cette froide journée de décembre. C’est alors la première confrontation. La Ummah repousse le Sheytan et jette violemment le verre de vin par terre. Elle ne veut pas participer à cette mascarade, à cette hypocrisie. Elle quitte la fête. Un certain temps passe puisque le personnage du clip doit prendre une voiture pour pouvoir rattraper la brune. Il se précipite hors de la voiture pour lui mettre la main dessus et lui régler son compte loin des regards. Mais cette fois, la Ummah le rejette encore plus violemment. Son pied heurte une pierre, il perd l’équilibre et sa tête se fracasse sur le sol. La Ummah pose alors son pied sur son visage pour signifier sa victoire. Ce sont les images un peu floues du début du clip qui prennent tout leur sens.

Genèse 3.15 (L’Éternel Dieu dit au serpent:)  Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.

Quant au talon, remémorons-nous la naissance de Jacob et Esau: Jacob tient Esau par le talon. Jacob c’est Israël et Esau est la communauté chrétienne. Esau est l’aîné mais Jacob va prendre sa place dans la Révélation. Nous pouvons imaginer que ce talon blessé de la communauté chrétienne qui est aussi ce qui relie ces deux communautés, c’est le Messie lui-même dans la perception qu’en ont les chrétiens.

Image de fin, les deux femmes sont libérées et côte à côte. La musique et l’image retombent de concert. Elles empruntent le chemin ensemble alors qu’un souffle se fait entendre sur la scène. La voiture de l’adversaire est délaissée au premier plan. Mais bientôt l’une d’elle s’évanouit dans cette aube naissante.

Une seule communauté subsiste alors.

Notes:

Hélène d’Adiabène

Hélène, mère de Constantin

Hellen

Judaïsme hellénistique

Helene et les garçons

https://fr.wikipedia.org/wiki/Magdala_(Isra%C3%ABl)

Noli me tangere

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tombeau_des_Rois

https://fr.wikipedia.org/wiki/Citro%C3%ABn_LN_et_LNA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ohola_et_Oholiba

https://fr.wikipedia.org/wiki/Citro%C3%ABn_Visa

https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/visa.php

http://www.stephanpain.com/2017/01/31/les-30-deniers/

http://www.stephanpain.com/2016/03/20/sur-les-pas-delisee/

770

Visa (Juridiction ecclésiastique): 
Acte par lequel un évêque conférait un bénéfice à charge d’âmes à celui qui lui était présenté par le patron du bénéfice.
Un bénéfice ecclésiastique est un ensemble de biens destinés à financer un office ecclésiastique. Il doit donc permettre aux titulaires de charges d’Église de vivre et d’agir.
La charge d’âmes devant alors être comprise comme le devoir de s’occuper des paroissiens.
Le terme de patron désigne le fondateur (ou son descendant ou son héritier testamentaire) d’une église.

Le calendrier julien est un calendrier solaire utilisé dans la Rome antique, introduit par Jules César en 46 av. JC. pour remplacer le calendrier romain républicain. Il a été employé en Europe jusqu’à son remplacement par le calendrier grégorien à la fin du xvie siècle.

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