Le mal est relatif, le bien est absolu.

Le mal est relatif, le bien est absolu.

mardi 7 mars 2017 Article original: 16 mai 2013, 22:02

Entre le moment où j’ai ressenti la présence de Dieu à mes cotés en Décembre 2011 et où je me suis converti à l’Islam en Avril 2012, il s’est déroulé une période de recherche où je plaçais strictement les trois religions monothéistes sur le même pied d’égalité. J’avais établi un rôle à chacune et l’idée de me convertir à l’une en particulier ne m’a pas paru immédiatement une nécessité. Comme tout un chacun, j’étais ignorant en la matière. Si depuis cette époque, j’ai multiplié les rencontres et généralement j’ai abordé tout le monde en me disant qu’il est potentiellement bénéfique, pourtant durant le dernier mois avant ma conversion, plusieurs personnes sont apparues dans ma vie et ont commencé à y prendre artificiellement de la place en très peu de temps. Voici le récit de cette période cruciale avant de basculer totalement dans la Vérité.

Être photographe et curieux vous amène à côtoyer toutes sortes de milieux. Il m’est arrivé de me trouver dans des lieux où certaines personnes me regardaient de travers à cause de mon apparence. Tant pis pour ces gens. Je ne suis pas du genre à avoir un à priori, et parfois dans des endroits improbables on peut faire des rencontres fabuleuses. Il suffit juste de laisser aller les choses et de ne pas tout contrôler. J’avais dans mes amis Facebook, un garçon très particulier qui est doué d’un certain don pour révéler les travers de ceux qu’il croise. Ses proies favorites sont bien sur les femmes, qui, si elles ne sont pas déjà extraverties, vont le devenir après sa rencontre. Il imagine tout un tas de projets artistiques plus ou moins concrets, plus ou moins financés, et se débrouille toujours pour que ceux qui y contribuent, donnent énormément de leur personne sans forcément en tirer de bénéfice, notamment financier. Dans ce genre de milieu, il est aisé de faire miroiter le travail final comme un book pour se faire connaitre par la suite. Un peu comme ces micros starts-up du web qui ne fonctionnent qu’avec des stagiaires peu ou pas rémunérés. A la différence près qu’ici, il suffit de jouer avec l’égo de la personne pour la manipuler. Un procédé vieux comme le monde. Cela vous rappelle les ruses du diable? Rien d’étonnant! Dans la région parisienne, tout un tas de jeunes filles blessées par la vie et un peu perdues, n’ont aucune réticence à accepter d’accomplir les desseins de ceux qui leur offrent une éphémère possibilité de se démarquer de la masse. Une faune hétéroclite se retrouve dans des atmosphères « underground » pour assouvir tel ou tel penchant ou pour s’évader du quotidien. Ne croyez pas que je juge qui que ce soit, j’aime observer les gens, voilà tout. L’humain est fascinant et avouez que c’est un peu plus épanouissant que de rester campé à coté d’une caisse de supermarché. Je n’ai jamais été très doué pour me vendre, ni pour entrainer dans des projets artistiques. Ce genre d’aptitude fait, à mon avis, parti intégrante des qualités d’un artiste. Voilà pourquoi un grand nombre de mes portraits ont été pris sur le vif. Toutefois, il faut aussi se méfier de l’apparence. Être artiste, ce n’est pas uniquement une attitude, c’est aussi une philosophie de vie. Dans le domaine, il y a décidément à boire et à manger. En 4 ans, il ne m’avait proposé que très épisodiquement des tâches qui pouvaient lui rendre service sans vraiment me prêter plus d’attention que cela. Je ne me formalisais pas pour si peu, son univers n’était qu’un parmi les nombreux dans lesquels je gravitais. D’ailleurs, je ne me suis jamais senti plus qu’une pièce rapportée. Par contre, ce n’était pas le cas de ceux qui travaillaient pour lui. Le milieu étant petit, une certaine hypocrisie est de rigueur pour subsister.

Et puis nous voici à l’hiver 2012, sur mon Facebook sont apparu des contenus qui ne laissent pas trop de place au doute quant aux idées que je diffuse. Il était question de Dieu, de spiritualité, de contestation politique. Autant de sujets à l’opposé de cet univers replié sur lui-même. Mais j’étais surtout en grand questionnement et parfois en grande confusion et cela se voyait nettement pour qui jetait un oeil sur mon mur de temps à autre. Un jour, il vint me parler pour me proposer de faire des photos, non pas en tant que photographe, mais en tant que modèle. Je ne suis pas vraiment photogénique et c’est logiquement que jusqu’ici personne ne m’avait proposé de poser. Ce garçon est un vil flatteur, je le savais, mais je me suis laissé tenter. C’est ainsi que j’ai participé à une séance photo sur le thème de l’amour (f). Le projet semblait sérieux: il y avait un commanditaire. Une rémunération était donc envisageable au moment de la parution. De par mon expérience, j’avais bien conscience de la valeur toute relative d’une telle promesse: un modèle se rémunère avant la prise de vue. Mais comme je n’étais pas là pour mener carrière, je n’avais rien à perdre à tenter l’aventure. Ou plutôt à me laisser tenter. Il me présenta ma partenaire du jour: une jeune fille d’une vingtaine d’année. Toutefois, je remarquais qu’il dépensait logiquement plus d’énergie à travailler avec l’autre couple car il était en réalité beaucoup plus expérimenté en photo. Nous n’étions que le couple alternatif. Toutefois, avant ces photos, il tint à me faire poser avec son ami Jean. Cela ne faisait pas parti du projet, mais par la suite, c’est ce qu’il retiendra de son travail avec moi. Il se disait fier du cliché. Il était évident que m’avoir en photo avec un autre homme s’avérait être un bon trophée. De quoi avoir une certaine emprise psychologique dans un premier temps. Et d’imposer sa griffe sur mon mur Facebook. Le cadre ne se prêtait pas à réaliser des images réellement compromettantes. Il ne s’agissait donc que d’une mise en situation. L’important était de me faire croire à son intérêt pour moi et susciter mon envie d’aller plus loin.

Ensuite, il m’a invité dans la maison qu’il venait d’hériter de ses parents. Une énorme maison assez loin de Paris, sale, encombrée, et en mauvais état. Le lieu idéal pour mener à bien tous ses fantasmes. A partir de ce moment, nous étions en guerre. Une guerre silencieuse, où chacun fait semblant de ne se rendre compte de rien et de ne pas saisir les réelles intentions de l’autre. J’y passais la nuit. A son tour, il me montrait que sous ses airs déglingo, se cachait un être féru de savoir ésotérique. J’étais assez surpris, je dois l’avouer. Je ressentais une certaine proximité avec lui: il me renvoyais une image d’une part de moi-même, ce qui était très troublant. Nous devons tuer notre égo. Tu es le tout. Nous avons le pouvoir de soumettre le cours des évènements à notre volonté. Tout est illusion. Il en profitait pour me déstabiliser d’avantage en me faisant ouvrir un de ses épais livres à une page que j’avais choisi au hasard. Il s’agit de “Je suis” de Sri Nisargadatta Maharaj. Le livre consiste en un entretien entre un disciple et son maitre. Il était évident qu’à chaque page où j’allais tomber il allait être question de me convaincre à suivre cette voie. Ce que j’y lisais alors me semblait répondre directement à mes questionnements de ce moment précis selon ce qu’il voulait imprimer dans mon esprit. Une simple manipulation psychologique à l’aide d’un outil adapté. Il était ravi de son effet. Il ne laissait rien au hasard.

Le gourou invite son disciple.

Un après-midi nous sommes allés ensemble à Notre-Dame de Paris. Comme on peut le constater, nous passions beaucoup de temps ensemble à cette époque là, alors qu’auparavant il endossait invariablement le rôle de l’homme débordé de projets. Il avait une proposition à me faire. Il souhaitait que je me fasse tatouer la même petite rose que lui sur l’’épaule et que nous allions ensemble à l’intérieur de la cathédrale. Ainsi, j’aurais mis un genou à terre et il m’aurait baptisé. Il voulait faire de moi un grand prêtre de son ordre. Évidement, je n’étais pas du tout prêt à cela. Je m’étais renseigné juste avant de venir sur ce que symbolisait la rose et j’avais découvert les rosicruciens. Je me méfiais et je ne le cachais pas. Il a donc insisté pendant un long moment. Il a même tenté de négocier en m’offrant plus de responsabilités. Il me faisait ainsi son égal. Au bout d’un moment, il abandonnait l’idée du tatouage pour se concentrer sur le serment. Comprenant que je ne participerais pas à sa cérémonie, il se jeta alors à mes pieds pour me glorifier en plein milieu de la place en criant en vue d’attirer l’attention sur nous de la part des touristes. Je le faisais taire et se relever. Nous pénétrions ensemble dans Notre-Dame et il me faussa immédiatement compagnie. Je fis le tour du monument parmi les touristes et les croyants. A cette époque là, j’avais découvert qu’en me mettant devant les statues des églises je recevais tout ce qu’on avait pu leur transmettre. Bonnes comme mauvaises choses. J’avais ainsi compris la raison de l’interdiction des idoles. Au bout de quelques secondes assis dans l’espace prière du fond, je reçus un choc violent. Un peu sonné et pas franchement réjoui de la sensation, je pris la décision de quitter les lieux. Néanmoins je fis demi-tour et je reçus un deuxième et dernier choc. Décidément. Il m’attendait à la terrasse du coin. J’étais vaseux. Je me suis levé pour aller sur le trottoir d’en face. J’ai mis mon casque pour faire résonner dans mes oreilles les versets de « Angel on Kaaba » (Laylat al Qadr). Pendant le 4ème verset, je fus “nettoyé”. Intrigué par le procédé, il demanda à écouter les versets. A peine le casque dans les oreilles, il fut pris de nausée, s’éloigna rapidement de quelques mètres pour vomir sur le trottoir. Je ne saurais dire s’il jouait ou non la comédie. Je l’imaginais prêt à tout pour arriver à ses fins.

Les ficelles étaient bien trop grosses et la démarche bien trop directe. En réalité, il savait très bien que j’allais refuser. Je ne suis pas un homme de pouvoir. Son stratagème était bien plus complexe que cela. Cet épisode à Notre-Dame n’était destiné qu’à me faire croire que j’étais dans le contrôle, alors qu’il me tenait par les femmes. Du moins, c’est ce dont il était persuadé.

Quelques temps plus tard, début mars, il m’a présenté son nouveau projet autour du harem dans l’empire Ottoman. Le sexe est le symptôme de la décadence des élites musulmanes dans sa période de déclin du 19ème siècle avant sa disparition en 1923. Le sexe est clairement la faille chez moi, et il l’avait bien compris. Si bien qu’établir le lien entre l’Islam et la brèche dans ma personnalité était brillant. Nous avions rendez-vous dans un bar du Marais pour une réunion de suivi de projet à la mi-mars. Nous étions tous les deux, ainsi que 4 jeunes filles qui ne semblaient pas farouches. Il me promettait l’une d’elle au cours d’un week-end « animé » dans le cadre de ce projet. Voire plus. On ne sait jamais. Je n’ai pas une conception de Dieu en père fouettard et ma vie n’a pas été celle d’un saint, aussi je me suis laissé faire. J’étais curieux. Je crois surtout que je voulais voir jusqu’où j’allais aller. Je m’étais bien rendu compte que quelque chose en moi avait changé et que j’étais face à une épreuve décisive. Nous avons mis au point les détails du week-end qui venait. Je devais emmener une des filles et lui, jusqu’à sa maison en voiture le vendredi soir. Une autre fille devait nous rejoindre le lendemain matin afin que le travail puisse commencer. D’autres dates étaient envisagées. Tout ce petit monde semblait tout excité à l’idée de la concrétisation de ce projet qui me paraissait bien trop flou. Je sortis du bar et me dirigeais vers la station de métro. Sur le quai du RER, je me suis connecté sur Facebook à l’aide de mon smartphone. Il venait tout juste de publier un statut. La phrase qu’il venait de poster s’affiche alors directement sur mon écran:

« J’ai pour ambition la vie éternelle, pour l’instant tout se passe comme prévu. »

Un frisson m’a parcouru le dos, j’ai eu d’un coup très peur. Mais il n’y avait rien de concret dans mes craintes. Je pouvais très bien me faire des idées. Et puis, surtout, je m’étais engagé, et tout le monde comptait sur moi. Il n’était plus question de faire machine arrière. J’étais tiraillé. Je n’aime pas du tout être face à ce genre de choix.

Le lendemain après-midi vendredi 6 avril (vendredi saint de la Pâque catholique et veille de la semaine de Pessah), j’avais rendez-vous avec l’autre curieux garçon, le grand et maigre Sylvain (f). Ces derniers temps, j’avais aussi anormalement passé beaucoup de temps avec lui. Pourtant, tout les opposait. L’un, Franck, était entouré de gens, était dans un milieu artistique, semblait reconnu pour son talent, organisait des soirées populaires, entretenait une image de mec faussement négligé. L’autre, au contraire, préférait la solitude, la rigueur, le travail, la fidélité, l’honnêteté, déconsidérait le regard de juge des autres et le superficiel. Lui aussi me renvoyait une part de moi-même. Ils se complétaient donc dans cette perspective. En résumé, le premier dit que nous sommes des dieux, le deuxième, que Satan a pour mission de nous libérer de l’emprise de Dieu. Une seule chose les réunissait: leur intérêt exacerbé pour l’ésotérisme, la méditation et le yoga. Deux voies opposées en apparence pour converger vers un même élan. La frontière est mince entre les connaissances issues du divin et celles inspirées par le malin. En ce début 2012, j’étais bien loin de posséder le discernement pour faire le tri. Est-ce à dire que j’étais demandeur de compagnons de route en vue d’acquérir ce discernement? Surement. Les heures sont passées en sa compagnie et l’échéance du départ au “harem” était proche. Un percussionniste malgache ami de Rachel donnait un concert dans Paris le soir-même. Initialement, je n’avais donc pas prévu d’y aller. J’invite donc mon compagnon à s’y rendre tout en lui faisant part de mon dilemme. Dieu était-il si “ouvert d’esprit” pour me laisser expérimenter ces choses jusqu’au bout sur mon chemin? Au fond, j’avais déjà la réponse et si nous nous sommes rendu à ce concert c’est bien parce que je voulais laisser passer l’heure du rendez-vous. Finalement, Sylvain, exécrant la débauche sexuelle et surtout l’idée de faire tout ce qui nous plait, tranchait et me dictait le texto suivant:

J’étais en route vers le charbon et j’ai rencontré un diamant.

A ce moment là, je pensais naïvement qu’il évoquait cet ami musicien dont nous appréciions alors le talent et l’énergie. Mais bien entendu, Sylvain ne pensait pas à cet homme, mais à lui-même. Qu’à cela ne tienne. Il m’a donné le courage de refuser l’offre au dernier moment. J’ai donc planté tout ce joli monde. Je n’aurais jamais fait une telle chose en temps normal. Je me suis fait violence. Franck était furieux. Il m’insultait en réponse. Avant de prendre sur lui et de renégocier ma venue pour le lendemain matin par la suite. Ce qui montrait l’importance de ma présence. Mais avant cela, alors que la soirée se prolongeait, un mal de tête me prit. A tel point que c’en est vite devenu insupportable. Vraiment atroce. Je suis donc rentré par le Noctilien bondé en ce vendredi soir et je n’ai jamais revu ni l’un ni l’autre.

Les hommes de biens se fédèrent en convergeant vers la voie droite. Le bien est absolu. Tandis que de part et d’autre, il y a deux voies de l’égarement. Ces deux voies sont irréconciliables. Ceux qui l’empruntent ne peuvent s’associer que si les uns se soumettent aux autres ou vice-versa. Le mal est relatif à un autre mal. Or, le malin n’accepte pas la soumission par essence. En dernier lieu, tout au sommet de la hiérarchie, s’établit le Diable qui n’est qu’une créature de Dieu et qui accomplit ses desseins à ses dépend. Celui qui se soumet au Créateur et s’efforce d’œuvrer pour le bien, n’a qu’à attendre patiemment la conclusion de cette guerre métaphysique. Car le Créateur a déjà gagné: ceci est un enseignement pour l’histoire de la Révélation.

Le mal est relatif, le bien est absolu.

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