Je suis vraiment passé à la radio.

Je suis vraiment passé à la radio.

16 décembre 2013, 14:19

Février 2012. Le mouvement des indignés est en mode hivernage et tout le monde est disséminé à droite à gauche. Seule une poignée d’irréductibles squatte les sous-sols de la Grande Arche. Il y a toujours cette énergie et cette ambiance bon enfant, mais le contact avec le public est rompu. Des actions dans la ville sont menées, mais l’essentiel du combat est maintenant sur internet et dans les groupes de travail qui se réunissent chez les uns ou les autres.

Une brillante idée est lancée: organiser une rencontre entre tous les mouvements indignés de France. L’endroit choisi pour sa position centrale: Clermont-Ferrand. Je m’y rends en FAFmobile, un mode de covoiturage haut en couleur!

L’ambiance est à la paranoïa. Tout le monde suspecte tout le monde de collaborer avec l’ennemi et de vouloir détruire le mouvement de l’intérieur. Nous avons droit à un témoignage vidéo d’un individu qui n’a pas voulu se trouver parmi nous mais qui tient à dénoncer mes « covoitureurs » comme de dangereux sympathisants d’extrême droite. Mais Allah est taquin. Il l’humilie furieusement sous les regards consternés de l’assistance.

Il en sera de même pour tous ceux qui tenteront de semer la discorde dans les tables de discussion. Terrible d’assister à la déchéance d’un homme dans sa propre haine.

Le clou du spectacle revient à un homme que je soupçonnais sérieusement d’être un pilier de la discorde. Lorsqu’il pénètre dans la salle, il se tord de douleur. Il raconte comment, au fur et à mesure qu’il se rapprochait du lieu, la douleur de son estomac se faisait plus vive. Je m’étais déjà fait remarqué par mon attitude et par mes propos. Aussi une personne, envisageant toutes les possibilités, décide de me l’amener pour que je puisse l’apaiser. Visiblement, l’homme savait très bien pourquoi il avait été mené jusqu’à moi et dans l’état où il était, il était prêt à tout accepter, même l’irrationnel. En un instant, j’ai compris la situation. C’était une confirmation de mes doutes à son sujet. Intérieurement, je me disais qu’on l’avait, hélas pour lui, mené à la pire personne possible. Comme un cochon à l’abattoir. Je n’ai rien laissé paraître. « Je pense que tu te mets trop la pression sur ce qui se passe ici, calme-toi, prends les choses comme elles viennent et tout va rentrer dans l’ordre. » J’avais vu juste.

Le lendemain, j’ai fait la connaissance de deux femmes qui travaillaient pour une radio de croyants. Est-ce à cause des bruits qui se répandaient sur mon compte, ou bien avaient-elles de l’intuition, toujours est-il qu’elles ont compris qui j’étais. Même à demi-mot, il y a des choses qui sont claires et net. Elles effectuaient un reportage et procédaient à des interviews audio d’indignés dans le hall du bâtiment.

« Il faut que tu dises qui tu es à l’antenne. » insistaient-elles. Je réfléchis quelques instants, et je me dis que si elles en viennent à me dire cela, c’est que le moment est venu. Aussi, tandis qu’une autre personne est au micro à quelques mètres de là, je cherche les mots que je vais prononcer.

Tout à coup, mon téléphone portable devient comme fou. L’affichage clignote dans tous les sens et un son délirant que je n’ai jamais entendu remplit l’espace puissamment. Je suis obligé de courir pour m’éloigner tout en tentant d’éteindre l’appareil. Je parviens tant bien que mal à y parvenir. Il est clair que je ne dois pas parler.

La femme m’appelle pour que je passe au micro à mon tour et je ne sais plus quoi dire. Elle insiste, je ne peux pas me dérober.

Alors, je n’ai pas d’autre choix que de dire la Vérité. »Je m’adresse à des croyants et je voudrais vous faire passer un message. Ici, se sont rejoints des hommes et des femmes provenant des 4 coins de la France. Pour la plupart, ils sont pauvres et ils ont fait énormément de kilomètres alors que le pays est sous la neige. Ils se sont donné rendez-vous au milieu de la place Jaude en plein coeur de l’hiver alors qu’il y règne un vent glacial. La majeure partie d’entre-eux se dit athée, mais je voudrais que vous preniez conscience de la nature de ce qui les anime vraiment et qui les a poussé à donner leur vie pour les autres. »

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