Trance

Trance

Après la brève introduction d’un précédent article, je vais tâcher de développer ma pensée basée sur  mon expérience vécue en trance. C’est un sujet vaste, dont l’approche sera donc limitée par ma perception. A vous de vous affranchir de ces limites en abordant d’autres expériences ou par vous-mêmes. Comme toujours l’analyse est toujours volontairement très schématique.

Mon but ici, est de montrer où les voies de la spiritualité immanente s’exaltent en cette période de fin des temps.

Il est essentiel de saisir les notions de liens entre le corps et l’esprit dans la spiritualité immanente. Le coeur de l’enseignement bouddhiste est la pratique du yoga. Maitrise de la respiration, des postures, de l’écoute de son corps. Comme vous le savez, Bouddha est venu réformer l’hindouisme largement perverti, notamment par l’idolâtrie. Toutefois, ce qui ressort des enseignements de l’hindouisme et qui semble être parvenu jusqu’à nous non altéré est le rapport de l’humain à la musique, à la danse et à la Création.

Ces enseignements se sont largement enrichis au cours des millénaires. La musique indienne est tout à la fois d’une incroyable complexité et intemporelle. Quant aux disciplines corporelles, yoga ou danse, une vie entière d’abnégation est nécessaire pour les maitriser. Seul un travail quotidien rigoureux permet d’accéder à un état d’harmonie. Bouddha a dédié sa vie à la recherche de l’harmonie parfaite et permanente. Il a développé des techniques de méditation et d’hygiène de vie afin d’accéder à l’état d’Éveil.

Nul ne peut tricher et il n’y a pas de recette miracle. Cet état n’est possible qu’à l’exclusion de tout ce qui compose la vie d’un être humain normal.

Notre but, n’est donc pas d’accéder à cet état mais de tendre vers lui. Des exemples sont parmi nous afin d’être suivis.

Durant les 5 années où j’ai fréquenté le milieu de la trance, j’ai appris qu’il s’agissait en réalité de l’évolution ultime de l’expression populaire de la spiritualité immanente. Personne ne vient initialement pour vivre une expérience spirituelle. Généralement, les gens viennent pour faire la fête, ou bien parce qu’ils sont sensibles aux sons électros planants, ou d’autres encore attirés par le coté vie en communauté et proche de la nature.

Chaque parcours est unique. Il y a tout de même une certaine constante, dans la volonté de s’échapper pour au moins quelques heures de la dure réalité du quotidien. A première vue, une assemblée de personnes isolée dans la nature et désireuse de se changer les idées, va créer une ambiance particulière de « liberté ». Et c’est ce que la plupart de ceux qui viennent juste consommer de la trance comme un vulgaire produit, vont uniquement percevoir. Ils passent à coté du coeur de la trance où le mot liberté ne prend pas ce sens galvaudé du « tout est permis ».

Pour des occidentaux « déglingués », le rapport au corps est inconnu. Le corps est maltraité de toutes les manières possibles. Rares sont ceux qui sont à son écoute. Aussi, ce n’est que grâce à l’utilisation de drogues, que nous autres, pauvres occidentaux, sommes capables de vivre des expériences en temps limités. Il faut bien comprendre que la drogue n’est pas magique, elle ne permet rien qui ne nous soit possible sans elle. Les hallucinations ne sont que le produit de notre imagination. Elles sont donc très variables d’un individu à l’autre. La modification du comportement comme le bien-être, l’empathie, la confiance en soi ne sont que des aspects de notre réelle personnalité. Enfin, l’absence de fatigue, l’endurance, le jeûne sont aussi envisageables au naturel. La motivation première de la prise de drogue est donc bien une question de temporalité: les festivals étant des évènements relativement court, pour pouvoir en profiter pleinement, il faut donc s’assurer d’être toujours à son maximum. L’emprise de la société n’a donc pas cessé. Le temps est de l’argent. Eh oui, car la drogue, c’est surtout beaucoup d’argent pour ceux qui la répandent. Les philanthropes sont très peu nombreux.

Dans ma vie, je n’ai jamais aimé perdre le contrôle. J’ai tout de même expérimenté la chose. Les portes de la perception se sont ouvertes alors que je n’en avais pas conscience. J’ai entrevu ce que je pouvais être physiquement et psychologiquement. Lorsque l’on a gouté à ce genre de sensation, il est normal de vouloir revenir à cet état.

J’ai appris à repousser mes limites physiques. Je dansais durant des heures. A chaque fois un peu plus. Lorsque l’on danse et que l’on alterne avec des périodes de réparation, il est impossible de tricher. Le corps s’exprime. J’ai compris que tout humain avait une nature tribale cachée derrière son apparence moderne. Cette nature rejaillit dans cette lutte contre la fatigue, la soif et les éléments.Pour débusquer cette nature enfouie en nous, la drogue s’avère en définitive un obstacle. Le cerveau a besoin d’une interaction totale et inaltérée avec le corps pour parvenir à en tirer la quintessence. J’ai donc diminué les doses jusqu’à ne plus rien prendre. Même un simple verre de bière pouvait s’avérer être un obstacle. Vous pouvez demander à tous ceux qui m’ont fréquenté à cette époque, j’étais habité par une très grande énergie jusqu’à la fin.

Il serait hasardeux de comprendre tous les mécanismes qui s’enclenchent en nous et qui expliquerait comment toutes les limites sont repoussées. Il est clair que l’interaction avec les autres danseurs est primordiale, ainsi qu’avec la nourriture, l’eau et le soleil.

A vrai dire, je ne me souviens plus bien de la première fois où je suis parti en transe. Ce n’était certainement pas lors de mon premier festival. Cela a pris un certain temps. C’est réellement un long travail et la drogue n’aide en rien.

Il est difficile de mettre des mots sur cet état. On le sent venir, il y a une montée. A un moment, c’est comme si l’esprit se déconnectait du corps. Une sorte d’état d’apesanteur. Le corps danse toujours dans une espèce d’automatisme, comme si la danse était devenu comme la respiration. Généralement, je ferme les yeux. Une fois, cependant, j’ai réussi à les garder ouvert et à regarder autour de moi alors que je tournais sur moi-même. Une autre fois, j’ai participé à une transe collective. Nous étions une petite dizaine et nous avions tous atteint cet état en même temps. Nous virevoltions très rapidement les uns autour des autres. C’était une expérience très forte. Elle ne s’est jamais renouvelée. On ne comprend la valeur des choses que lorsqu’elles nous manquent.

Je pourrais parler des heures de la trance. Écrire est beaucoup moins spontané. Surtout quand il s’agit d’évoquer des émotions.

A présent qu’à tête reposée je recompose le puzzle, je suis en mesure de comprendre toute la portée de l’expérience spirituelle que j’ai vécu en trance et comment elle s’articule avec mon expérience globale. La voie de Bouddha, si elle parait si éloignée de nos vies, demeure la bonne direction. L’état d’Eveil ne peut être atteint de manière permanente, mais, grâce à la musique trance, qui incarne l’aboutissement ultime, la synthèse, des musiques tribales, il peut être atteint pour quelques secondes. Cela suffit pour reconnecter l’humain à la Création et enclencher un processus. Comme je vous le disais, derrière la grosse machine à bruit et à défonce, se cachent des êtres que l’on aimerait croiser en ville. Je me suis souvent demandé où étaient ces gens le reste du temps. Combien de fois, j’ai rêvé être comme eux. Tout le temps, pas juste quelques secondes. Ils sont le coeur de la trance. Pour accéder à ce coeur, cela prend du temps et cela demande un échange. La liberté de carton qui règne en trance n’est qu’un leurre. La vraie liberté, celle du coeur, est inaccessible en trichant. La drogue, les lieux, l’ambiance, tout ce qui est superficiel, ne vous aidera en rien. Ces gens là sont intemporels, inaltérables.

Vous allez me dire que je les idéalise, que le contexte et mon imagination y sont pour beaucoup. Peut-être et peut-être pas. A vous de voir.

Il est frustrant de revenir dans la ville, revenir dans sa vie. Je pense que quelque chose s’est brisé en moi. Il y a une partie de moi là-bas, dans ce monde virtuel. Mais je n’ai aucune illusion, je suis totalement conscient que le milieu de la trance est un milieu d’enfants gâtés. L’envers du décor est tout aussi laid que la beauté qui y vit. Une porte s’est ouverte. J’ai mis mon pied dedans et je refuse de le retirer.

Ce que j’ai vécu en trance m’a fait entrevoir une possibilité pour l’humain. Je m’accroche à cela.

Ce n’est pas un hasard, si après les péripéties de l’été 2011, ma voie est allé vers l’Islam.

J’ai pris des raccourcis, certes. A présent, j’essaie de parvenir, dans un travail de fond à un état d’harmonie avec le créateur. Il y a des hauts et des bas. Je vous assure que danser est plus facile que prier. Enfin, je crois.

Lors de ce dernier ramadan, j’ai effectué une retraite spirituelle (itikaf)  au cours de laquelle j’ai pu méditer sur le parallèle entre la quête spirituelle par la danse et par la prière. La retraite s’apparente à un festival. Les durées sont similaires. Les raisons profondes aussi. On peut y rencontrer ceux qui sont le coeur de la ummah. Mais je crois que vous êtes assez grands pour comprendre tout cela par vous-mêmes et il est grand temps que je cesse  cet article tant je peine à décrire correctement tout ce que j’éprouve.

Il fallait bien en passer par là. Je vous laisse.

Paix.

Vidéo officielle Ozora 2011: https://www.youtube.com/watch?v=OalZGcJs4Q0Introduction: https://www.facebook.com/notes/stephan-pain/la-croix/10152592724697645

Les commentaires sont clos.