Sur les pas d’Élie

Sur les pas d’Élie

Dernières modifications le 28 septembre 2015 · 11 minutes de lecture
Tout chrétien versé dans les écritures connait le livre de Malachie qui se termine sur cette prophétie:

3.23 Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, Avant que le jour de l’Éternel arrive, Ce jour grand et redoutable.

Mais c’est dans la tradition orale juive, c’est à dire dans les midrashs, l’équivalent des hadiths musulmans que l’on retrouve le plus l’attente du retour d’Élie. Voici un exemple:

«Même si vos dispersés se trouvaient aux confins des cieux, la parole de Y. nous rassemblera de là, par l'intermédiaire d'Élie grand-prêtre, et de là il vous fera venir par l'intermédiaire du Messie»

Les Évangiles ont présenté Jean le Baptiste comme étant l’Élie qui doit venir au travers de citations. C’est celui dit “de Jean” qui explicite le plus le parallèle entre les deux prophètes. Jean est fils de Zacharie, grand-prêtre. Il se destine donc à le devenir à son tour.

Le Coran, quant à lui, lie de manière étroite le destin de Jean et Jésus, notamment dans la sourate Maryam:

Coran 19.15. Que la paix soit sur lui (Jean) le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité vivant!
33. Et que la paix soit sur moi (Jésus) le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant".

Il confirme, même s’il ne le dit pas, l’accomplissement de la « nouvelle » venue d’Élie.

Nous avons vu également, dans un article, les similitudes troublantes (voir notes) entre Élisée, le disciple d’Élie, et Jésus, lui-même disciple du Baptiste. Cela confirmerait bien qu’il s’agirait d’un tandem de prophètes qui revient “en esprit” tout au long de la Révélation.

Bien sur, le parallèle entre Élisée et Jésus n’a jamais été effectué par les chrétiens car cela allait à l’encontre de leur théologie. Les musulmans auraient pu le faire, mais ceux-ci n’accordent que peu d’importance à Yahya (Jean le Baptiste) et à l’accomplissement de la prophétie pourtant riche d’enseignement qui lui est liée.

Si les juifs considèrent encore de nos jours que Élie est vivant au ciel et reviendra tel qu’il était lorsqu’il a quitté la terre, les musulmans, quant à eux, considèrent que c’est le messie qui est vivant au ciel, et qu’il redescendra tel qu’il était. Ils espèrent donc une sorte de “palestinien”. Jean étant né d’une mère, il ne pouvait être l’Élie selon les docteurs de la Loi. De la même manière les musulmans ne peuvent accepter un messie, de retour, né d’une mère. L’histoire se répète inlassablement. Là où il faut reconnaitre un esprit, ils focalisent sur l’apparence, le physique. De tous temps, ceux qui prétendent expliquer l’eschatologie sont toujours ceux qui sont le moins aptes à accepter son accomplissement sous leurs yeux. Il est important de souligner que le prénom Yahya signifie en arabe: “il vivra”. Tandis que le prénom Jean (Yohanan en hébreu) signifie Dieu a fait grâce/ Dieu a donné. Je ne vais pas m’appesantir sur le sujet sur lequel j’ai déjà écrit maintes fois. Il faut néanmoins retenir que la tradition issue des hadiths annonce la venue du Mahdi ( de la racine hd: guidée) comme préparant la venue du messie. On comprend alors que Mahdi est le nouveau surnom du deuxième retour de l’esprit d’Élie. Élie est “Dieu a donné”.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont certains détails du tout début du ministère d’Élie. Celui-ci apparait au chapitre 17 du livre des Rois. Il annonce la sécheresse au roi Achab dans le premier verset, puis disparait de la vie publique. Avant de revenir sur le devant de la scène et de marquer les esprits par son charisme et le pouvoir que Dieu a placé en lui, il va vivre deux épisodes qui pourraient passer pour anodins.

Il est d’abord envoyé au bord d’un torrent proche du Jourdain:

1Roi 17.2 Et la parole de l’Éternel fut adressée à Élie, en ces mots : 3 Pars d'ici, dirige-toi vers l'orient, et cache-toi près du torrent de Kerith, qui est en face du Jourdain. 4 Tu boiras de l'eau du torrent, et j'ai ordonné aux corbeaux de te nourrir là. 5 Il partit et fit selon la parole de l’Éternel, et il alla s'établir près du torrent de Kerith, qui est en face du Jourdain. 6 Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande le matin, et du pain et de la viande le soir, et il buvait de l'eau du torrent. 7 Mais au bout d'un certain temps le torrent fut à sec, car il n'était point tombé de pluie dans le pays.

Puis de l’autre coté du pays, juste après:

8 Alors la parole de l’Éternel lui fut adressée en ces mots : 9 Lève-toi, va à Sarepta, qui appartient à Sidon, et demeure là. Voici, j'y ai ordonné à une femme veuve de te nourrir. 10 Il se leva, et il alla à Sarepta. Comme il arrivait à l'entrée de la ville, voici, il y avait là une femme veuve qui ramassait du bois. (...)

Le récit se poursuit sur la nourriture perpétuelle allouée à la veuve par Dieu alors que tout le pays souffre de la sécheresse, et sur la résurrection de son fils.

Deux histoires très différentes, courtes mais pourtant riches d’enseignements. Tout d’abord, le lieu de la première: le bord d’un cours d’eau proche du Jourdain. C’est au bord du Jourdain que Jean va s’établir pour baptiser ses disciples dans l’eau de la rivière, quelques 1000 ans plus tard. C’est là où il faut faire attention: car Kérith ne revient jamais dans la Bible et personne ne saurait situer l’endroit en question de nos jours. Kérith (כְּרִית) signifie trancher/couper/séparer. Mais surtout ce mot est construit sur une racine particulièrement importante au sens biblique: la racine karath (כְּרִת). En effet, karath signifie faire alliance (il faut comprendre ici que c’est l’action de séparer le prépuce du corps qui marque l’Alliance du croyant à Dieu). Il est utilisé également lorsqu’il s’agit de retrancher du peuple un croyant qui aurait trahi l’Alliance ou bien rompre une alliance. Lorsque l’on comprend que c’est bien Jean/Yahya qui est chargé de parachever l’Alliance (fêter les noces) dans son ministère en duo avec le messie, on perçoit bien la prophétie qui se cachait derrière ce récit d’Élie non loin du Jourdain. Enfin, l’histoire s’achève sur l’assèchement du torrent. Nous pourrions interpréter qu’il s’agit là de l’annonce de l’exécution de Jean par Hérode Antipas, qui va mettre fin aux baptêmes au Jourdain par le prophète. Karath peut signifier également décapiter puisqu’il s’agit de séparer la tête du corps.

Fort de tout cela, vous pouvez donc en déduire que du deuxième récit, on peut tirer une prophétie sur le deuxième retour d’Élie, attendu sous le titre de Mahdi (voir notes). Cette fois, il n’est plus seul perdu au désert nourri par des corbeaux. Il ne faut donc pas s’attendre à un nouveau Jean vêtu de peaux de bêtes et ascète. Élie partage la vie d’une veuve dans une ville. Il redonne vie à son fils. Il faut comprendre ici que le Mahdi partage la vie d’une femme et qu’il lui donne des enfants.

Pour comprendre où tout cela doit se passer, il suffit de mentionner le nom du village de la veuve: Sarepta. (traduction française) Il est à noter que le messie, au tout début de son ministère se rend dans la région de Sarepta (Sidon) sans raison apparente. Peut-être, ayant analysé les écritures, espère-t-il comprendre la prophétie cachée, lui aussi, et marcher sur les pas d’Élie. Dans le texte original, le nom du village est Tsarfat (צָרְפַתָה), c’est à dire tout simplement l’équivalent du mot hébreu moderne pour désigner la France (צָרְפַתָ). . (Mot qui a donné le nom de famille sémite Sarfati qui signifie “qui vient de France”)

A présent, intéressons-nous aux propos du Messie lors de sa première venue, lorsqu’il parle d’Élie et Élisée, au tout début de son ministère juste après s’être déclaré en tant que celui qui venait accomplir les prophéties (Luc 4.18 – 19):

Luc 4.24 Mais, ajouta-t-il, je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. 4.25 Je vous le dis en vérité: il y avait plusieurs veuves en Israël du temps d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu’il y eut une grande famine sur toute la terre; 4.26 et cependant Élie ne fut envoyé vers aucune d’elles, si ce n’est vers une femme veuve, à Sarepta (Tsarfat), dans le pays de Sidon. 4.27 Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël du temps d’Élisée, le prophète; et cependant aucun d’eux ne fut purifié, si ce n’est Naaman le Syrien.

Na’aman, ainsi retranscrit car le prénom s’écrit avec un ayn (‘), possède son équivalent en arabe Naïm ou Naïma, et signifie douceur/agréable/magnifique. En français, il a donné le prénom Noémie.

Notes:

karath dans la Bible

Mahdi
Dans la tradition islamique, le nom propre Mahdi ( مَهْديّ ) signifie “le bien guidé” sur la base de la racine hd, guider. Interprétation servant l’idée d’un chef de guerre. Mais, on peut aussi affirmer qu’il est issu de la racine mhd (mim ha dal:مهد ). Or, cette racine possède plusieurs sens. Nous la retrouvons 5 fois sous forme de nom dans le Coran. Les trois premières (mahd) signifient le berceau (du Messie): 3.46; 5.110; 19.29. Puis une autre forme: mahdan

20.53.C’est Lui qui vous a assigné la terre comme berceau (mahdan) et vous y a tracé des chemins; et qui du ciel a fait descendre de l’eau avec laquelle Nous faisons germer des couples de plantes de toutes sortes. »
54. »Mangez et faites paître votre bétail ». Voilà bien là des signes pour les doués d’intelligence.

43.10. Celui qui vous a donné la terre pour berceau et vous y a tracé des chemins afin que vous vous guidiez; 11. Celui qui a fait descendre l’eau du ciel avec mesure et avec laquelle Nous ranimons une cité morte [aride]. Ainsi vous serez ressuscités;

Dans ces deux phrases, l’idée de berceau de l’humanité entière est immédiatement suivie par l’idée de chemins. Si bien que le sens du mot mahd se rapproche de l’idée d’aplanissement de terrain, d’ouverture de la voie. Un verset, commun aux quatre évangiles, nous revient alors en mémoire:

Mat 3.1 En ce temps-là parut Jean Baptiste, prêchant dans le désert de Judée. 3.2 Il disait: “Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche.” 3.3 Jean est celui qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète, lorsqu’il dit: 3.3 Jean est celui qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète, lorsqu’il dit: “C’est ici la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers.”

Le mahd symbolise un nouveau point de départ, de rupture, pour l’humanité et non une prise de pouvoir dans la continuité comme le théorisent les savants de Daech (parmi de nombreux courants de pensée). C’est tout l’enjeu de la période messianique et de son changement de paradigme.

Les similitudes troublantesentre Élisée, le disciple d’Élie, et Jésus, lui-même disciple du Baptiste.

Si Élisée est un prophète méconnu, il n’en demeure pas moins, de par son action, comme le successeur à part entière d’Élie dans son combat contre l’idolâtrie. L’esprit d’Élie repose sur lui. Voici quelques passages de son histoire:

"Lorsqu'Élie le rencontre, Élisée laboure son champ avec 12 autres personnes guidant chacune une paire de boeuf (1 Rois XIX,19)"

"A Jéricho, il assainit les eaux d'une source "polluée" en y jetant du sel" (2 Rois II,18-22)

Il ressuscite un enfant (2R VIII,1-6)

"Le miracle le plus célèbre d’Élisée est peut-être la guérison de « Naaman, chef de l’armée du roi de Syrie », qui souffrant de la lèpre..." (2 Rois V,1-10)

"En protégeant ces hommes et les faisant traiter avec respect, Élisée met fin à la guerre sans effusion de sang."(2 Rois VI,11-23)

"De passage à Guilgal, Élysée va nourrir la population qui souffre de la faim avec l'aide de son serviteur et en multipliant des pains d'orge."(2 Rois IV,38-44)

Élisée « Dieu a aidé » n’est donc pas un guerrier, il se sert de la Parole pour vaincre ses ennemis, ressuscite les morts, guérit, multiplie les pains et combat les adorateurs de Baal qui est clairement un démon.

Quelques liens:

le sens de Yahya

Elie et/est…

Il suffira d’un sin

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