Bakkah

Bakkah

Cet article vise à offrir un point de vue alternatif à cet article, fort bien détaillé, sur la proximité du mot Baka dans les Psaumes et de Bakkah dans le Coran.
Voici le verset concerné dans le Coran:
3.96. La première Maison qui a été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakkah, bénie et une bonne direction pour les mondes.
97. Là sont des signes évidents, parmi lesquels là où se tint d’Abraham; et quiconque y entre est en sécurité. Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens, d’aller faire le pèlerinage de la Maison. Et quiconque ne croit pas… Allah Se passe largement des mondes.
Dans la Bible, Baka désignerait une vallée désertique. Voici, où il est fait mention de Baka (בָּכָא) dans les Psaumes:
Ps 84.5 Heureux ceux qui habitent dans ta maison, et sans cesse récitent tes louanges! Sélah!
84.6 Heureux ceux qui placent en toi leur appui ! Ils trouvent dans leur cœur des chemins tout tracés.
7 Quand ils passent au val du Baumier, ils en font un pays de sources, surcroît de bénédiction, la pluie d’automne les enveloppe.
8 Leur force augmente pendant la marche, Et ils se présentent devant Dieu à Sion. 9 Éternel, Dieu des armées, écoute ma prière ! Prête l’oreille, Dieu de Jacob !
11 Assurément, un jour dans tes parvis vaut mieux que mille [autres]; je préfère me tenir au seuil de la maison de mon Dieu, plutôt que de séjourner dans les tentes de l’impiété.
Comme le souligne si bien l’article, le verset 7 du Psaume 84 est extrêmement dur à traduire. Il y a autant d’interprétations que de traducteurs. Ce genre de situation est révélateur d’un problème plus profond. J’ai mis celle qui me convenait le mieux. Chacun pourra analyser. Il ressort néanmoins une volonté manifeste de créer une opposition entre un état aride et un fertile. Si la vallée de Baka (בָּכָא) est considéré comme aride dans la compréhension biblique usuelle, c’est parce qu’elle est propice aux larmes, donc aux lamentations. Comme au mur du même nom. Explication poétique et sensée mais voilà que se dresse une contradiction: Baka n’est pas un nom propre. En effet, on retrouve ce mot au pluriel ailleurs, Bekaim (בְּכָאִים) qui est un masculin, tandis que larmes est un féminin: békot(בָּכוּת)(Gen 35.8).
2Sam 5.24 Or, lorsque tu entendras un bruit de pas sur les cimes des bekaïm, mets-toi vite en mouvement, car alors le Seigneur sera venu à ton secours pour que tu battes l’armée des Philistins. »
Le bruit dans le feuillage des “bekaïm” est le signal pour remporter la victoire. Nous apprenons que les bekaim sont des arbres. Certains commentateurs ont avancé qu’ils peuvent être réunis de manière si importante que leur bruit aurait pu paraitre celui d’une armée en marche. La vallée de Baka, bien qu’aride, contient des arbres. Comme on peut le lire dans l’article, baka peut faire référence à des arbres térébinthes. Voilà qui fait le lien avec la racine sémitique liée aux pleurs. Ce ne sont pas les humains qui pleurent, mais les arbres. La vallée de Baka signifie en réalité une vallée d’arbres qui coulent de résine.
Un verset du Coran, sourate 14, semble lié, car on y parle d’une vallée:
14.37. Ô notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée, – Ô notre Seigneur – afin qu’ils accomplissent la Salat. Fais donc que se penchent vers eux les coeurs d’une partie des gens. Et nourris-les de fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants?
De ce verset, il est déduit que la vallée de Baka est une vallée aride qui correspond à la description de Makkah. Or, Abraham, paix sur lui, n’est pas en train de dire spécifiquement que la vallée est aride, mais qu’elle n’est pas cultivée, qu’il n’y a pas de champ. Ce qui est typiquement le cas d’une forêt, puisque les forêts doivent être défrichées pour devenir exploitables. De plus, il parle d’une partie de sa descendance, sans toutefois préciser laquelle. Ainsi cette affirmation peut décrire les bani Israïl dans la vallée de la forêt de Moré (chênes) comme les bani Ismaïl dans la vallée désertique (baumiers). Il y a un double sens, car il y a une double descendance. “Nourris les de fruits.”: ces fruits ne seront pas les mêmes pour les deux lieux. Ou bien ils seront spirituels.
La Révélation comporte toujours plusieurs façons d’être interprétée. Ceci afin qu’il soit toujours possible, sur les questions essentielles, d’être guidé ou égaré.
Poursuivons notre analyse de la sourate 14. Celle-ci possède une caractéristique toute particulière: elle contient une allusion aux Psaumes, quelques versets seulement avant le passage précédemment cité. Le tout Premier Psaume est ainsi évoqué:
24. N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel?
25. Il donne à tout instant ses fruits, par la grâce de son Seigneur. Allah propose ses paraboles à l’intention des gens afin qu’ils s’exhortent.
26. Et une mauvaise parole est pareille à un mauvais arbre, déraciné de la surface de la terre et qui n’a point de stabilité.
27. Allah affermit les croyants par une parole ferme, dans la vie présente et dans l’au-delà . Tandis qu’Il égare les injustes. Et Allah fait ce qu’Il veut.
28. Ne vois-tu point ceux qui troquent les bienfaits d’Allah contre l’ingratitude et établissent leur peuple dans la demeure de la perdition
29. …l’Enfer, où ils brûleront? Et quel mauvais gîte!
Nous pouvons imaginer qu’en plaçant cette unique référence aux Psaumes de tout le Coran dans cette unique sourate, Allah ait voulu indiquer quelque chose en rapport avec ceux-ci. Ce dont il parle dans les versets suivant contiendrait des allusions à des éléments qui en sont issus, comme la vallée de Baka. Remarquons également cette fin de verset: ”et établissent leur peuple dans la demeure de la perdition”. Nous pourrions y voir une allusion à un temple bâti dans une cité maudite. Habilement la phrase peut se prolonger au verset suivant et préciser que la demeure est l’enfer. Mais les deux morceaux de phrases peuvent tout aussi bien être indépendants. Les ne sont qu’une interprétation. C’est à chacun de choisir ce qu’il croit être la vérité.
Il me faut citer la sourate Saba. Nous savons que Saba est au Yémen, grâce à la mention de l’épisode de l’inondation (Coran 34.16). Or, voici ce que Allah y dit:
18. Et Nous avions placé entre eux et les cités que Nous avions bénies, d’autres cités proéminentes, et Nous avions évalué les étapes de voyage entre elles. « Voyagez entre elles pendant des nuits et des jours, en sécurité » .
Le pluriel employé pour désigner les cités bénies n’est pas un duel: il y a donc bien au minimum trois cités bénies sur une route qui part du Yémen. Il s’agit de Makkah, Médina et… Sichem. En effet, Balata, le nom moderne de l’entrée de Sichem, possède deux significations: l’une provient de platanos qui désigne en grec des térébinthes, ou bien provient de l’araméen baluta qui désigne le gland du chêne. Elonei Moré, qui sont des arbres situés sans ambiguïté à Sichem sont, selon les traductions présentés comme des chênes ou des térébinthes. Selon certains passages de la Bible et des documents anciens décrivant la région, c’était un endroit verdoyant à l’époque de la révélation de la Torah qui fournissait en bois de construction d’autres régions comme Jérusalem bien plus hostile.
Encore une fois, l’emplacement de la vallée n’est que suppositions. Tout comme bon nombre d’endroits pourtant essentiels comme le mont Sinaï. Pourtant, le Psaume se poursuit ainsi:
84.7 Ils s’avancent avec une force toujours croissante, pour paraître devant Dieu à Sion.
Sion est atteint après être passé par la forêt. Les rabbins en déduisent que Baka se rapportent à la vallée du Hinnom, dernière étape du pèlerinage avant l’entrée dans la cité qu’ils considèrent comme sainte. On y trouverait des micocouliers, arbre pouvant être le Baka.
Sion désigne pourtant bien un lieu désert et aride, ce qui ressemble bien plus à la description de Makkah que du sud de Jérusalem, qui bien qu’hostile, n’est cependant pas un désert torride. En complément, l’article que je vous ai proposé en lien au début, nous apprend que bakkah signifierait une bousculade, ce qui décrit bien La Mecque. Il n’est pas nécessairement utile de prouver la présence de la mention de Makkah dans la Bible, car à chaque nation est donné une direction à suivre:
2.143 (…)Et Nous n’avions établi la direction (qibla) vers laquelle tu te tournais que pour savoir qui suit le Messager (Muhammad) et qui s’en retourne sur ses talons. C’était un changement difficile, mais pas pour ceux qu’Allah guide.(…)
145 Certes si tu apportait toutes les preuves à ceux à qui le Livre a été donné, ils ne suivraient pas ta direction! Et tu ne suivras pas la leur; et entre eux, les uns ne suivent pas la direction des autres.(…)
(Juifs et chrétiens se dirigent tous deux vers Jérusalem, le verset 145 rappelle la divergence entre les Samaritains et les Juifs).
Initialement je concluais cet article en distinguant les deux mentions de Bakkah, principalement à cause du double sens des mots elon et balata (chêne ou térébinthe). Il m’est apparu que le baumier était plutôt spécifique à la Mecque. On parle d’ailleurs de baume de la Mecque. A notre époque la région de Naplouse est recouverte de pins, mais ceux-ci ont été importés pour des questions économiques. Les pins sont des résineux. Il y a fort à parier que les arbres du temps des rois ne l’étaient pas. Ainsi Baka et Bakkah désigne bien les baumiers de Makkah. Le Psaume est une annonce prophétique.
Toutefois un mot a attiré mon attention dans le verset 3.97 du Coran que revoici:
3.96. La première Maison qui a été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakkah, bénie et une bonne direction pour les mondes.
97. Là sont des signes évidents, parmi lesquels le ‘maqam’ d’Abraham; et quiconque y entre est en sécurité. Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens, d’aller faire le pèlerinage de la Maison. Et quiconque ne croit pas… Allah Se passe largement des mondes.
Maqam est généralement traduit dans ce verset par ‘le lieu où l’on se tient debout’ en référence à la station d’Abraham de la Mecque. Pourtant, ce mot est utilisé 14 fois dans le Coran tel quel pour désigner plutôt un lieu de vie. Il y a donc une notion de durée dans le temps. Par exemple, dans le verset 10.71, le mot ‘maqami’ est traduit par séjour. Sous la forme ‘mouqim”, nous avons des notions d’endurance, d’établissement, voire d’éternité. Verset 35.35, ‘dara-l-muqamati’ est traduit par ‘demeure de l’Éternité’. Or le lieu où repose Abraham est “en face de” Mamré comme nous l’avons vu il y a peu. Mamré étant vraisemblablement un habitant de Moré.
Grâce à la variation d’interprétation sur le mot maqam dans le Coran, ainsi que sur le mot elon dans la Torah, nous pouvons établir un lien entre Sichem et Makkah, les deux lieux de pèlerinage de chaque peuple.
Paix.

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