Ciao putain

Ciao putain

Stephan Pain·mardi 15 mars 201638 lectures

La pieuvre n’aime pas les traîtres. La pieuvre aime d’autant moins les traîtres qu’elle leur a tout donné et qu’ils étaient au sommet, qu’ils avaient tout, tout, au moment où ils ont trahi. Mais n’y a-t-il pas de meilleure place pour porter un coup à la pieuvre que d’être en haut? Seulement voilà, si ce coup n’est pas fatal, la pieuvre s’en remet toujours et elle se venge. Et pour véritablement la détruire, il faut être à son sommet.

Nous pourrions remonter loin, très loin, dans le temps, pour faire un inventaire de tous ceux qu’elle a abattu. Nous allons en rester à l’histoire moderne. Kennedy. Après Kennedy, ce fut De Gaulle. Mais comme il était un vieil homme et qu’elle ne voulait pas en faire un martyr, car cela aurait signifié une quasi immortalité, elle a préféré détruire son oeuvre: la France des trente glorieuses. Car la pieuvre avait un plan, et ce plan passait par la révolution de 68. Elle avait placé tous ses pions. Tous ceux qui avaient vendu leurs âmes. Enfin, elle pouvait se délecter à voir sur le trône de France, un de ses suppôts. La loi condamnant la France à la soumission à la banque était votée en Janvier 1973. Puis le monarque passa l’arme à gauche. Ou plutôt au centre-droit. Giscard. Fut-il à ce point mauvais pour être encore vivant aujourd’hui et assister à la fin de la pieuvre? Il faut le croire. L’arme passa totalement à gauche en 81. Enfant, je voyais la tête du pharaon apparaitre sur le poste de télévision. Au grand désespoir de mes grands-parents. Barre, qu’ils étaient. Nous étions mal barrés quoi qu’il arrive. Quoi que Barre, sur la fin de sa vie, s’est permis de l’ouvrir. Mais c’était trop tard, plus personne n’écoutait Barre.

Le pharaon était le signe du triomphe. L’accession suprême. Ils avaient enfin réussi. La pieuvre manifestait sa toute puissance. Elle le fit savoir à grand coup de truelle partout dans la ville lumière. Le réveil fut rude pour le peuple. Très rude. Alors, on le rendormit à l’aide de la farce au racisme. Et cela marcha. Il faut dire qu’Attali est un génie. A n’en point douter. La pieuvre s’accapare toujours les cerveaux. Mais pas les coeurs.

Une seule chose aurait pu empêcher le pharaon de s’asseoir sur le trône. Ou plutôt quelqu’un. Un clown. Un bouffon. Jusque là il avait mangé dans la gamelle et fait des pets. Il se tenait à sa place. Le pharaon avait détruit la gauche de l’intérieur. Le parti des cocos, encore incontournable au début des années 70, vivait là ces dernières heures. Marchais est parti avec lui. La pseudo union de la gauche était donc missionnée pour prolonger l’assassinat en règle de la France agonisante. Le clown a osé. En quelques mois il a tout détruit le bel édifice. Bien sur, il n’aurait jamais remporté les élections. Mais, ils savaient tous que la fracture qu’il causait, était fatal au parti sioniste. Le capitaine avait dit barre à gauche, ce n’est pas un bouffon qui va intercepter les ordres. La gauche. Rien de mieux pour escroquer la nation. Et Dieu que l’escroquerie est grande.

Alors, ils l’ont menacé. Il ne s’est pas dégonflé. “Nous allons tuer ta femme, tes enfants, tes amis, et puis on te noiera dans l’alcool jusqu’à que tu expires.” Le clown savait qu’ils ne plaisantaient pas. Il a résisté longtemps. Et puis un de ces génies, peut-être même que c’est Attila, vint avec une idée. – Tu aimes les gens bouffon. Ça se voit. Nous aussi à notre manière. Alors, nous allons te faire un cadeau. Mais ce cadeau, tu ne vas pas l’ouvrir tout de suite. Tu vas attendre après les fêtes. Quand tout le monde aura ouvert le sien. Tu l’ouvriras quand on te le dira. – C’est un cadeau empoisonné. Je vous connais. – Nous te proposons de devenir le nouvel abbé Pierre. Ça se refuse pas une offre comme ça. Tu aimes les pauvres? Eh bien tu vas leur donner à bouffer! Avec leurs propres restes! Ce que l’on te propose, c’est l’immortalité. Mais avant, tu arrêtes de jouer avec le pharaon et tu attends ton tour. C’est tout. – C’est tout? – J’ai dit.

Le clown a choisi. En fait, il a compris qu’il n’y avait pas de choix. Il y avait un contrat sur sa tête. Mourir comme un bouffon ou mourir comme un saint. Mais jamais comme un martyr. Alors il choisit le saint. Au fond, il savait qu’il y avait un au-delà. Il en avait eu un aperçu.

Le contrat a été honoré. Les restaus étaient pérennisés. Il était temps que le clown tire sa révérence. Une belle journée, en sortant d’un virage. Il n’a pas été mesquin le pharaon, il lui a offert la mort dont il rêvait. A moto, libre.

Comme vous le savez, toute mon histoire a débuté chez les indignés. J’y avais croisé la route de Khalifa, bénévole aux restaus. J’admirais alors le travail de ces grandes âmes, dévouées aux plus démunis. Mais je n’étais pas prêt. Et surtout, j’avais beaucoup de choses à faire avant de mettre la main à la pâte. Quelques mois plus tard, alors que j’étais revenu à Allah, me voilà dans une maison à retaper avec quelques indignés. Il y a Christelle, Aoun et Khalifa autour de moi. Moi, au lieu de travailler, je parle. Je ne fais que parler. Mais, je suis là pour ça. Parler. Et puis c’était une nouveauté. Toute la journée avait été grise foncée. De quoi déprimer. Et puis voilà que la discussion dérive sur Coluche. Je prononce la phrase: “Coluche a été assassiné!” A ce moment là, le soleil inonde la pièce. Pour repartir aussitôt. Christelle pousse un cri d’effroi. Les garçons ont le coeur battant. Ce jour là, même un athée aurait douté. Mais Dieu n’accorde pas ces Signes au tout venant. Ils n’étaient donc pas athées. De tous les Signes que j’ai pu avoir, celui-là fut le plus impressionnant de clarté.

Sur le moment, je n’ai pas réalisé. Pourquoi Dieu insistait-il sur ce point précis? Sur cet homme là en particulier. Je n’ai compris qu’aujourd’hui. En effet, il me fallait recomposer tout le puzzle. Et surtout, il me fallait côtoyer le milieu du don des invendus alimentaires de supermarchés assez longtemps, pour comprendre tout ce qui s’y passait. D’observer, de glaner des informations, de m’informer sur internet. C’est ainsi que pendant les 4 derniers mois, je participais en tant que bénévole au sein d’une association chargée d’effectuer la ramasse des invendus et de les redistribuer aux familles. Un boulot parfois épuisant, que je fis au détriment de ma santé. Et que je fais encore aujourd’hui. Je m’en vais donc vous livrer mon analyse.

Dans mes contacts Facebook est arrivé un jour  un élu de Courbevoie. Un gentil. Mais un gentil qui aime serrer des paluches, beaucoup de paluches. Et se faire prendre en photo dans ces moments là. Serrer des paluches en politique est essentiel, encore faut-il serrer les bonnes. La populace, au fond, ce n’est pas très utile. Ce serait bien si le mot démocratie avait un sens. Il ne savait pas trop quoi faire pour exister. Il avait fait le tour des peoples. Alors la pieuvre lui a proposé le rôle de sa vie. Il allait succéder au clown. La pieuvre se dit qu’elle n’avait rien à craindre. Celui là est un inconnu. Il ne pourra donc trahir la cause qui l’a fait accéder au sommet. C’est ainsi qu’un beau jour de Décembre 2014, alors que son Facebook n’avait été jusqu’ici que remplit de serrage de paluche, qu’il se mit en tête de nourrir les pauvres. Oh, bien sûr, on se doute bien que c’était pour la photo. Le contact avec les pauvres, c’est bien pour les bénévoles. Lui, il était investi d’une mission. Il partait en croisade contre le gâchis alimentaire. Plateaux télés. Interview. Journaux. Et puis le vote de la loi. Un autre vote. L’accès à l’international. Ça y est, il existait enfin. 

Quelques mois plus tard, Octobre, l’association débute l’aventure. Première surprise, je découvre qu’en réalité, les supermarchés n’ont pas attendu le vote de la loi pour participer au processus. Cela fait des années que le système est en place. Il est très bien rodé. Pourquoi voter une loi? Que va-t-elle donc changer? me demandais-je alors. Première constatation, ce que l’on ramasse n’est qu’une petite partie de ce qui est jeté quotidiennement. Une toute petite partie. Du haut jusqu’en bas, les employés semblent faire peu de cas du ramassage et sont absolument insensibles au gâchis pourtant monstrueux. Et croyez-moi, j’ai suffisamment observé. Certains sont consciencieux, mais ils sont l’exception. Et ils ne sont pas bien vus. Nous verrons cela plus tard.

Deuxième constatation, la nature des dons. Nous nous retrouvons dans une situation ubuesque: nous donnons des produits haut de gamme à des familles en difficulté. Il y a quelques produits bon marché ou de gamme moyenne, mais globalement le panier est loin d’être celui du français moyen. La raison est fort simple. C’est tout simplement une question de marché. La logique capitaliste dans toute sa splendeur. En effet, ceux qui choisissent les denrées à donner, savent que les bénéficiaires, si ils font les courses, vont acheter des produits bas de gamme. Il est donc hors de question de les alimenter avec les produits dont ils ont l’habitude. Ils pourraient même être amenés à ne plus les acheter. Par contre, les produits hauts de gamme, ils ne les regardent même pas en rayon. Ils ne sont pas la cible. Le supermarché ne tue donc pas son marché. Quant aux CSP++, susceptibles d’être clients, ils n’accepteront jamais de bénéficier d’une aide alimentaire. Ah, qu’ils sont intelligents nos rois du capitalisme!

Oubliez la philanthropie. Tout cela n’est que charitywashing. Pas pour plaire aux actionnaires. Les actionnaires se foutent pas mal des pauvres. Juste une question d’image à l’extérieur. Et puis les révolutions ça s’évite en gavant les troupes potentielles. Tu ne vas pas demander à la pieuvre d’aimer les hommes. La pieuvre veut de l’argent. Par tous les moyens. Y compris les plus fourbes. La ramasse, c’est formidable: ce sont des bénévoles qui te jettent tes ordures. Eh bien oui, le traitement des ordures a un coût. Vous payez les éboueurs avec les impôts locaux. Les supermarchés font appel à des prestataires privés. Et quand on jette par conteneur, l’addition est salée. Si bien que si des idiots utiles viennent vous débarrasser d’une partie, quoi de mieux? Et ils font ça avec le sourire les idiots utiles. Allez, va. On vous donnera un peu plus de saumon nourri aux OGM puisque vous êtes si sympathiques. Les bénévoles, ça range, ça nettoie. Et ça la ferme. Parce que si jamais ils l’ouvrent, on vous fait bien comprendre que la liste est longue des associations qui veulent prendre. Nous, nous sommes les super gentils. Tout le monde nous aime.

Les actionnaires ne veulent qu’une seule chose: la défiscalisation des invendus. Ils gagnent donc de l’argent sur le dos de la société. Comme s’ils n’en avaient pas assez. Et les associations sont complices. La nouvelle loi encadre tout cela à merveille. Parce qu’en vérité, il n’y a pas plus d’invendus collectés qu’avant. En effet, seules les toutes petites structures, type commerces de proximité, ne se sentaient pas concernés. La raison est toute simple: ils jettent dans les poubelles municipales. Un de ces magasins a tenté, dans un élan de bonne conscience, de nous refourguer ses poubelles. Nous avons accepté poliment une première fois et nous n’y avons jamais remis les pieds. Ils avaient osé nous donner des produits périmés depuis 5 jours. Une petite parenthèse avant d’en finir. Nous nous sommes mis en contact avec Mark’s & Spencer. Du vrai haut de gamme. Ils proposaient des conditions de ramasse tout simplement délirantes et absolument pas respectueuse des bénévoles. Nous sommes gentils et nous avons accepté. Ils ont découvert que nous étions amis avec le Créateur. Et ça, Mark’s & Spencer, il n’aime pas ça. Il nous l’a fait violemment sentir. A charge de revanche mon grand!

Ainsi, la seule réelle motivation de la pieuvre pour gaver les pauvres, était de détourner l’argent public. La pieuvre est spécialiste dans ce domaine. Avant que les enc… pardon, les enfoirés ne viennent parasiter les restaus de l’intérieur, Coluche avait bien compris comment la pieuvre s’y était pris pour le tromper. La machine pourtant lancée, il avait encore les moyens pour tout détruire en révélant l’escroquerie. Il a tenté de les intimider et d’avoir plus. Peut-être les maisons du cœur?

Ils ont refusé. Le pharaon a mis un contrat sur sa tête.

Je suis ici pour venger le clown. Désolé si moi je n’en suis pas un. Je suis en train de te tuer la pieuvre. Pas le temps de prononcer tes dernières volontés.

Ciao putain!

Ce texte est dédié à tous ces combattants anonymes. Vous êtes bénis.

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