Tombé sur l’une et vers l’autre

Tombé sur l’une et vers l’autre

Dernières modifications le 14 juin 2016·6 minutes de lecture

Avant de faire disparaitre tous les récits de mes 5 dernières années, vous auriez pu reconstituer toute mon histoire. Il vous aurait manqué toutefois un passage clef. Si la nuit du 12 au 13 Janvier 2012 a été un basculement d’une vie à une autre, un traumatisme dont on ne peut se remettre, cependant, à ce moment là, j’étais déjà contaminé par le virus de la foi à la suite de multiples épisodes vécus dans les semaines précédentes. Parce que je ne peux pas tout raconter, parce que je ne veux pas tout raconter, certains épisodes ont été occultés. Il se trouve que cette nuit de Janvier a éclipsé l’un d’entre eux. Je venais de quitter le parvis de l’Arche. J’avais alors une foule d’idées en tête. De concepts. J’étais prêt à en découdre avec la Vérité. Mais avant, il me faut expliquer comment un scientifique, étranger au monde de la littérature et du monde des idées tel que moi, a pu changer autant.

Il y a eu tout d’abord ce procès mené par les indignés à l’égard de ce garçon taxé d’être un extrémiste de droite. Cela m’avait profondément choqué, et ce, d’autant plus que j’avais discuté avec lui à ce moment là. Sa tristesse et ses larmes n’étaient pas feintes. Mais autour de moi, cela n’avait ému personne. Quelque chose s’était fissuré en moi. Je comprenais que je n’étais pas comme eux. Pourtant je me sentais concerné et frustré de ne pas être utile. Pour ne pas transformer cette énergie en gâchis, il fallait trouver une solution. Réconcilier les extrêmes? Je me suis mis donc à réfléchir. Et puis un soir, comme je déambulais entre les groupes comme à mon habitude, je me suis retrouvé devant un bonnet et un chaud manteau. Entre les deux, un visage angélique. Rien ne me préparait à une telle vision. Curieusement, à ce moment là, on aurait dit que j’étais le seul à m’être rendu compte de la chose. Vous voyez, dans ce genre de situation, la femme s’éclipse après quelques instants, avec un sourire poli. Ou son ami arrive. Ou bien, vous n’avez pas grande chose à partager et elle reste comme un joli tableau plaisant à regarder. Et là non. Elle est resté. Naturellement. En réalité, nous avions une foule de chose à nous dire. C’est une femme intelligente en plus d’être belle. Elle fait des études en philosophie. Mais bien que jeune, sa vision sur le monde me parait incroyablement mature. Peut-être que tout cela n’est relatif qu’à mon point de vue? Il m’aura fallu 20 ans de plus pour parvenir à son niveau. Les heures défilent sans que nous le réalisions vraiment. Je sens bien qu’il se passe quelque chose de grand dans ma vie à ce moment là. J’étais loin de me douter de sa nature. A ce moment là, et je crois que nous sommes nombreux à avoir eu ce genre de pensée, et souvent, je me dis que c’est Elle. Les premières heures que l’on passe avec quelqu’un avec qui l’on va partager les prochaines années de sa vie sont toujours un moment inoubliable et hors du temps. Alors oui, en effet, c’est avec elle que j’ai fait ma vie depuis et nous filons le parfait amour. Elle m’a tant apporté et nous étions prédestinés. Mais ce elle, ce n’est pas la fille, c’est la philosophie. Et j’avoue être très taquin. Mais c’est de bonne guerre. Si la fille est resté, ce n’était pas pour mon minois, comme beaucoup l’ont fait. Trop, je dois l’avouer. Et je suis bien coupable de cette faiblesse. Je parle, je parle, mais la fille n’est plus là intellectuellement. Elle n’écoute plus ce qui sort de ma bouche, mais son mouvement. C’est glorifiant, mais incroyablement frustrant. Or, là, rien de tout cela. J’apprends quelques jours plus tard qu’elle est attirée par les femmes. Imaginez ma déception. Mais d’un autre coté, je réalise pleinement de la pertinence et de l’intérêt de la pensée que j’ai commencé à développer en sa présence, mû initialement par une sorte de double motivation. Nous nous sommes revus d’ailleurs, plusieurs fois. Et son attirance pour les femmes n’a jamais fait aucun doute. Oh, ce n’est bien sur pas la première fois que je partage des affinités avec une lesbienne.

Quelques jours plus tard, nous sommes au coeur de l’hiver. Les indignés ont déserté le parvis. Il est temps pour moi de mettre en réflexion et en recherche, les idées qui me sont venues lors de cette rencontre. Je n’y connaissais rien en spiritualité. J’ai donc épluché les fiches Wikipédia des différentes religions, afin d’en faire ressortir un dénominateur commun. Monothéismes, philosophies asiatiques, mouvements divers. En fait de dénominateur commun, je suis oppressé par un sentiment global: l’homophobie. Quelque soit le courant de pensée, la vision du Livre, il est une chose qui revient constamment: le rejet violent de l’homosexualité. Au bout d’un moment, je n’en peux plus, je me rejette en arrière sur mon fauteuil pour échapper à cette oppression. Pourquoi? Pourquoi? me dis-je. Pourquoi toute cette haine? Si Dieu existe, si tant de gens y croient. Pourquoi cette différence, pourquoi cette incompréhension? Tant de question se bousculaient dans ma tête. Rien de ce que je lisais sur les religions ne me confortait sur l’idée que je pouvais me faire d’une entité divine. J’étais arrivé sur ce point à saturation.

J’étais alors debout au milieu du studio. Je crois que je me suis adressé à Dieu véritablement pour la première fois dans un mélange de frustration et de colère mais surtout dans la franchise de sa présence.

Il m’a alors répondu. Une idée m’est venu en tête à ce moment là qui répondait à la question. Je me suis alors effondré par terre, le corps secoué par les larmes. Je suis resté là de longues minutes et je me suis relevé lentement. J’ai tourné un peu sur ma gauche et puis j’ai posé une autre question fondamentale. A nouveau, une réponse m’est venu en tête. Je suis retombé sur le sol moins violemment que la première fois. Les pleurs se sont fait plus légers. Puis je me suis redressé. Je me suis tourné de nouveau. Je me suis de nouveau adressé à Lui. Les pleurs avaient cessé. La réponse m’avait apaisé le cœur, mais m’avait tout de même amené à retourner vers le sol. Je me suis relevé et je me suis tourné une dernière fois. L’apaisement avait laissé place à la joie. Cette fois, je me prosternais en direction de la fenêtre, de la lumière. Je sentais Sa présence.

En tournant 3 fois, j’avais en réalité décrit, par mes stations, une croix au sol. Lorsque je me suis converti, quelques mois plus tard, je découvrais que la dernière position était dans la direction de la Mecque.

Tombé en croix pour me prosterner vers la Kaaba.

Dieu est grand.

Demandez Lui et vous saurez.

Notes:
La question de Sodome dans la Bible.

La pluralité politique en question.

Ensuite

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