Les bousiers

Les bousiers

Stephan Pain·mercredi 29 juin 2016En couverture: sceau LMLK d’Ezechias.

Dans un article récent, j’expliquais l’emprise de l’illuminisme sur la religion du Livre et sur l’Islam moderne en particulier. Puisant sa source dans la maçonnerie opérative des Architectes (dénoncés dans le Psaume 118 vers -900, puis de nouveau dans l’évangile de Mathieu 21.42), cet illuminisme a sacralisé l’étoile à 5 branches. Cette étoile est centrale dans le symbolisme islamique et se retrouve aussi en de multiples endroits et drapeaux en dehors de ce cadre. Ainsi, de la maitrise des mesures assurant le pouvoir spirituel dans le monde antique, c’est la maitrise du symbolisme qui assure le pouvoir dans notre ère. Fort de cela, nous pouvons donc comprendre l’origine du cœur du récit (hadith) du voyage nocturne, à savoir la négociation de l’Homme, représenté par Muhammad, paix sur lui, auprès de Dieu, du nombre de prières. Je vous renvoie à la lecture de l’article. Il nous reste à présent, à comprendre l’origine du symbolisme caché du voyage nocturne en lui-même. Pour cela, nous allons devoir plonger dans l’histoire, dans l’archéologie, dans la Bible, ainsi que dans mon expérience personnelle.
Nuits des sout’s Quelque soit la tradition suivie, il y a une constante dans l’idée d’une vie après la vie, et ce, depuis l’Égypte antique. L’illuminisme, c’est avant tout la promesse d’une nouvelle vie ici-bas grâce à la connaissance. Pour passer d’une vie à une autre, il faut renaitre, renaitre dans la lumière. Mais avant de renaitre, il faut mourir. Et entre les deux, il y a un chemin à emprunter. Et pour emprunter ce chemin, il y a un guide. Dans toutes les sociétés confrériques basées sur le secret, il y a un rite initiatique. Comme vous le savez, j’ai moi-même suivi le rite initiatique gadz’art. Après la longue période de conditionnement mental des usinages, nous vivons la nuit des sout’s (souterrains). La majeure partie de la nuit se passe les yeux bandés sous la direction d’un Ancien à qui il faut faire entièrement confiance. Ensuite, nous sommes propulsés dans un univers déstabilisant dans le dédale des sous-sols. Nous arrivons devant le comité des Traditions. Il faut alors prêter serment dans une sorte d’état second. Personne ne réalise alors la portée du geste. Enfin, nos yeux sont rebandés une dernière fois, puis nous arrivons dans l’amphi principal de l’école où tous les camarades qui ont suivi l’initiation nous attendent. Nous voilà à présent gadz’arts. Notre vie ancienne n’est plus. Une nouvelle vie s’offre à nous alors que nous faisons désormais parti de la communauté. Après plusieurs heures passées dans le noir, il est le matin et nous sommes donc revenu en surface. Notre voyage nocturne s’achève ainsi.
Cette tradition de l’initiation nocturne pour renaitre à la lumière, nous est parvenu du plus profond des âges. En effet, il nous faut revenir à l’Égypte aux temps de sa grandeur. Le soleil avait une dimension divine. Chaque soir, il meurt pour renaitre le lendemain matin. Le roi, qui ne s’appelait pas encore pharaon, incarnation divine, était donc destiné à suivre le même processus: après sa mort, il devait renaitre à une autre vie. Il fallait donc un guide au roi dans son cheminement nocturne. Or, les égyptiens, en observant les scarabées, étaient arrivé à la conclusion qu’un nouvel animal naissait de la boule de bouse roulée par la génération précédente. La boule de bouse symbolisait donc le soleil dans sa course nocturne et le scarabée assumait son rôle de guide. Comme le coeur était considéré le siège des émotions, donc de l’âme du défunt, un scarabée sculpté dans la pierre venait prendre la place de celui-ci dans la cage thoracique. Ainsi, le scarabée accompagnait l’âme entre le moment de la mort et celui de la renaissance.
LMLK Il aura fallu traverser bien des épreuves aux enfants d’Israël, pour s’extraire de la matrice polythéiste de l’Égypte. De nombreuses années se sont écoulées avant que l’illuminisme égyptien ne viennent contaminer la pensée monothéiste. Nous voilà en réalité, aux origines réelles du sionisme, vers -700, sous le règne d’Ézéchias, roi de Juda. Le royaume d’Israël était alors coupé en deux pour des raisons essentiellement politiques. Le pays était lui-même coincé entre deux grands empires: l’Assyrie et l’Egypte. En -722, l’Assyrie envahit le royaume du nord, Israël. Si certains ont pu conclure qu’il s’agissait là d’une punition divine, il serait plus juste d’imaginer qu’il s’agissait de l’accomplissement du plan divin, qui consistait en la destruction de la composante politique de la religion antique par étapes. La perte de souveraineté est donc la première des étapes. Cette défaite militaire a causé un exode massif vers le sud. C’est à ce moment là que la population de Jérusalem a considérablement augmenté. Du village entouré des ruines maudites de Sodome et Gomorrhe, on a construit une cité qui va devenir bientôt le centre du royaume et prendre l’importance qu’on lui connait à présent. Ezechias est donc contraint de faire creuser un tunnel d’irrigation afin de détourner une des sources qui se jettent dans la vallée maudite. Si la Bible le décrit comme un roi restaurateur de la foi, les faits nous montrent le contraire. En effet, doutant de la puissance de Dieu a protéger son peuple élu, il décide de faire alliance avec le royaume égyptien pour contrer l’Assyrie. Cela fonctionne, puisque Juda ne tombe que plus de 130 ans plus tard. Mais cette trahison a un prix. Cette fois, c’est l’archéologie qui nous révèle la vérité. Vous avez peut-être entendu parler des sceaux LMLK. Les israéliens sont fiers d’exhiber une preuve de la véracité des écrits bibliques. C’est fascinant: en réalité, ils donnent le bâton pour se faire battre. Voici l’un des sceaux d’Ezechias retrouvé:

Des archéologues israéliens sont parvenus à établir qu’un petit objet découvert il y a cinq ans lors de fouilles près de la vieille ville de Jérusalem était un sceau portant le nom d’un roi de Judée du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, Ezéchias, fils d’Achaz. /Photo prise le 2 décembre 2015/REUTERS/Amir Cohen
Sceau royal d’Ezechias.
Et voici la carte des emplacements de fouille:

Les sceaux LMLK se trouve uniquement en Juda.
LMLK, lamelekh, que l’on peut traduire simplement en arabe par limalik, c’est à dire littéralement: vers le roi. Les sceaux étaient donc apposés sur des jarres appartenant à la couronne de Juda. Le nom d’Ezechias y apparait nettement. Il en existe plusieurs versions. Certaines arborent un soleil qui rayonne, les autres un scarabée poussant un soleil. Les ailes déployées sont clairement identifiables comme d’origine égyptiennes. La présence d’ankhs, le symbole de la vie et de la puissance royale égyptienne, achève de lever toute ambiguïté quant à la nature de ces sceaux: Ezechias a bel et bien trahi l’Alliance en introduisant des croyances étrangères au monothéisme. C’est donc bien Juda qui a trahi Israël en introduisant l’illuminisme par ce symbolisme du scarabée. Nous voilà à la source du sionisme. Mais ce n’est pas là qu’il va se révéler pleinement.
En ce qui concerne le christianisme, la trahison a été beaucoup plus rapide, puisqu’elle remonte à la re-rédaction tardive des évangiles. La résurrection physique du Messie en est le cœur. Ainsi que l’incarnation divine. Il n’y a pas grand chose à en dire tant cela est limpide.
Nous revenons enfin à Muhammad, paix sur lui, et à la révélation du Coran. Nous possédons tous les éléments. Nous comprenons alors qu’il endosse le rôle du scarabée. C’est lui qui accompagne le croyant dans son voyage nocturne pour renaitre à l’Islam illuministe. Pour pouvoir incarner ce rôle, il faut qu’il passe par une étape fondamentale: le nettoyage de son coeur. C’est ainsi qu’est inventé ce fameux hadith où l’on nous apprend que l’ange Gabriel vient lui rendre son coeur vierge de toute impureté dans sa petite enfance. Seul un coeur pur est en mesure de guider le coeur d’un croyant dans cette compréhension.
Pourtant Dieu est clair au travers de ses versets: il n’y a pas de rite initiatique pour renaitre à la lumière organisé par des hommes ou de connaissance cachée pour accéder à un statut plus élevé.
33.43. C’est Lui qui prie sur vous, – ainsi que Ses anges, – afin qu’Il vous fasse sortir des ténèbres à la lumière; et Il est Miséricordieux envers les croyants.
Il est rude envers les bousiers du Livre.
Notes:
Ombre et lumière Parmi une multitude de récits (hadiths) inventés, il en est qui sont authentiques. Paradoxalement, ce sont souvent ceux qui semblent le plus incongrus au premier abord. Ainsi, il existe plusieurs versions d’une mise en garde contre le diable qui s’assoit à la limite de la lumière et de l’ombre (Abu Dawud 4821). Il s’agit en réalité de tenir éloigné le croyant des sols en damier des temples maçons:

Un sol en damier typique des temples maçons.
Il y a fort à parier qu’aucun aspirant FM musulman n’a visualisé le danger. Tandis que d’un autre coté, les littéralistes se sont imposé des règles impossibles à tenir alors qu’ils cherchaient refuge contre la chaleur à l’ombre des arbres. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si le leader du groupe marseillais IAM (“Je suis” faisant référence à la présentation de Dieu dans la Torah), grand adepte de symbolisme, a nommé un des albums les plus connus “Ombre est lumière”. Cet homme doit son pseudo de scène à Akhenaton, qu’il considère comme un prophète au même titre que les autres, adorateur du soleil. Où le dieu, soi-disant unique, est représenté de la même manière que celui des sceaux d’Ezechias, sous le nom d’Aton. Il s’agit ici de monolâtrie au dieu solaire et non de monothéisme du Dieu unique créateur, en contradiction totale avec ce verset du Coran: 6.78. Lorsque ensuite il observa le soleil levant, il (Abraham) dit : « Voilà mon Seigneur! Celui-ci est plus grand » Puis lorsque le soleil disparut, il dit : « Ô mon peuple, je désavoue tout ce que vous associez à Allah. Je vous laisse découvrir les paroles de “Pharaon reviens”, le dernier morceau du double album, qui est un hymne à la gloire du dieu solaire et à la gnose, où il écrit notamment: “ la prophétie renait 3275 ans après “. Je vous invite à prendre connaissance du reste des annotations, c’est très instructif.
“ il se peut fort bien qu’en dehors de l’Égypte, du moins en Israël et en Juda, on en ait fait un simple motif décoratif, sans signification particulière. (sic)” Guy Couturier dans Ézéchias, fils d’Achaz, roi de Juda

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