Taisez

Taisez

mercredi 14 décembre 2016

Voilà maintenant de longs mois que cet article me trotte en tête. Régulièrement le monde est agité d’un brouhaha. Un brouhaha d’invectives, d’insultes, de jugements à l’emporte-pièce. Tout le monde a envie de dire son mot, de faire taire l’autre, de montrer qu’il a raison. Je pourrais continuer à vous faire de grandes phrases bien pesées. A quoi bon? Ces derniers jours, nous sommes arrivés, semble-t-il, à un point culminant. Mais, il y aura toujours plus violent. Toujours.

Quelque part entre le printemps et l’été 2015, mes roues m’ont mené à la communauté de Taizé. L’endroit ressemble vaguement à un camp de vacances pour adolescents. Si la communauté a été fondée par des protestants, il s’agit bien de moines et ce sont majoritairement des allemands qui s’y rendent. Selon les uns, la volonté d’œcuménisme entre les deux confessions chrétiennes irréconciliables, ne serait motivée que par la trahison. Il y aura toujours matière à semer la division. C’est fascinant. A vrai dire, ces considérations m’indiffèrent au plus haut point. Néanmoins, je fus réellement décontenancé lorsque j’appris en rentrant chez moi, que le fondateur fut assassiné à l’arme blanche quelques années plus tôt par une fidèle. Instinctivement, je me mettais à réfléchir sur l’emprise que pouvait avoir le mal. Qui servait qui? Qui était du coté de Dieu? Et puis, j’ai abandonné. Je n’avais rien à conclure. Alors, je n’ai rien écrit sur Taizé. A vouloir tout analyser, à vouloir tout comprendre, on en vient à passer à coté de l’essentiel le plus souvent. Heureusement, de Taizé, j’avais saisi l’essence.

Si vous venez à Taizé, garez-vous sur le parking au milieu des minibus. Faites vous discret et tout se passera bien. Personne ne vous remarquera. Surtout en été, il y a vraiment beaucoup de monde. Les activités sont réservées aux jeunes. Il faut bien les occuper. Ce sont des jeunes comme tous les autres, pas spécialement portés sur la méditation et le recueillement. La journée est rythmée par les offices. Les horaires sont relativement “cools”. Lorsque l’office du matin débutait, cela faisait de longues heures que j’avais effectué la prière de l’aube. Je ne suis pas spécialiste du christianisme et de ses subdivisions, mais il m’a semblé que la cérémonie était plus proche dans l’esprit de ce qui se passe dans les temples réformés. Pendant un long moment, les chants de Psaumes se succèdent. Un très long moment. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle s’achève, la salle se vidant petit à petit. Les textes sont choisis de manière à ne pas heurter les sensibilités religieuses des uns et des autres. Au moment de l’eucharistie, plusieurs files se forment. Tous ne procèdent pas de la même manière et n’y placent pas la même symbolique. Tandis que certains, dont moi, ne se lèvent pas à ce moment là. Et personne ne juge l’autre sur ses convictions. Bien au contraire, il règne un certain respect. Chose d’autant plus étonnante quand on connait la moyenne d’age des participants et leur diversité d’investissement religieux. A observer, j’en venais à rêver de la même scène mêlant des musulmans.

Bien sur, cette sérénité est imprimée par les frères. Ils viennent un par un se poser dans l’allée centrale. Ils s’agenouillent en posant leurs fesses sur un petit banc de bois pour soulager leurs chevilles. C’est la première fois que je voyais un tel objet, à la fois simple et évident. Cela m’apparaissait comme ce qui représentait le mieux la communauté. J’ai eu envie d’en acquérir un, mais dans la prière musulmane, il faut relever les talons dans la prosternation: on se retrouve alors avec le banc posé dessus ou bien qui tombe vers l’arrière. Les frères eux, ne changent pas de position de pied lorsqu’ils se prosternent. Cela me paraissait bien plus naturel. C’est ainsi que plus d’un an plus tard, j’adoptais cette posture. Vous comprenez à présent l’origine de cette idée.

Il me semble avoir parlé des choses essentielles. J’en viens maintenant à la réelle raison de l’écriture de cet article et ce qui me semble être le cœur de Taizé. En dehors des textes récités, des chants, des rites œcuméniques, il y a eu un instant où j’ai réellement senti une communion. Un instant où j’ai ressenti la présence de l’Esprit saint sans nul doute. Un instant où les dogmes n’avaient plus aucune importance, où l’interprétation des textes ne pouvait plus cliver, où les rites s’effaçaient. Cet instant hors du temps, c’est celui du silence. Il y avait tant de monde dans cette immense salle, et pourtant je n’avais jamais entendu un tel silence. Chacun est seul face à Dieu. Il n’y a plus les interfaces imposées par les hommes, les mots chargés de tradition, les gestes codifiés jusqu’à l’extrême. Rien que nos pensées dérisoires face au Créateur.

J’ai alors compris ce que voulait dire Taizé.

Communauté de Taizé

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