vendredi 1 mars 2024

A très bientôt jeune trader…

Un vendredi soir, parvis de la Défense, Décembre 2011.

Comme à mon habitude, je trainais aux abords du campement des indignés pour attraper au passage les badauds et pour m’immiscer dans les conversations qui me paraissaient constructives. Ce soir là il était un peu tard, il n’y avait plus grand monde. Me voilà à discuter avec un couple. Bien habillés, très à l’aise. Le garçon très propre sur lui, la fille très jolie. Le couple idéal à mettre en couverture d’un magazine business. Je dois admettre que j’ai surement du avoir de la chance, car il est resté une bonne demi-heure en tête à tête avec moi. Rien ne l’y obligeait.
Le gars est un trader. Il spécule sur l’euro. Il ajoute sans aucune gêne, ni prétention qu’il a la capacité de faire tomber une monnaie, lui et ses amis. Tout cela fait parti de son quotidien. J’imagine qu’il pense que notre présence est uniquement justifié par une sorte de jalousie, parce que nous serions les oubliés du système. Allez donc savoir. La conversation finit par s’orienter sur le problème de la dette.
Sûr de lui, il m’assène que la faute en revient aux gouvernements qui ont emprunté alors qu’ils ne sont pas en capacité de rembourser.
Sauf que, je ne suis pas dupe. Je lui rétorque que dans le cadre d’un prêt, celui qui endosse la responsabilité c’est celui qui possède le capital. C’est lui qui assume les risques. C’est à lui qu’incombe donc la décision.
Les banques sont responsables.
J’ai bien senti que j’avais marqué un point. J’ai vu dans ses yeux, malgré son contrôle absolu de ses émotions, qu’il venait de se rendre compte que la comédie était finie. Que nous n’étions pas juste un groupe de marginaux en quête de reconnaissance, mais bien ceux qui ouvrent les yeux de la population.
A très bientôt jeune trader…