La femme adultère

La femme adultère

Le récit de la femme adultère semble être au cœur de l’enseignement de la miséricorde, donc du christianisme. Avant toute chose, il est essentiel de savoir que ce récit est spécifique à l’Évangile selon Jean. Cet article a pour but de vous expliquer pourquoi et de le déconstruire. Voici les liens vers deux articles sur Jean afin de partir sur de bonnes bases. Dans le deuxième article, j’y avais traité très brièvement ce récit. Il est donc temps de réparer ce manque. Cet épisode a toujours été marqué par la controverse. Si, hors de tout contexte, il peut être pris pour un simple enseignement par un exemple fort, celui-ci a néanmoins fortement dérangé l’ordre établi puisqu’en réalité, il s’agit d’une remise en cause profonde du principe de jugement. En effet, la justice humaine est nécessaire au bon fonctionnement de la société, et il est évident que ceux dont le métier est de juger ne peuvent être des saints. Appliquer ce récit de manière brute est donc impossible. L’église l’a donc souvent mis de coté. Et à juste titre, puisqu’en réalité, nous allons voir que celui-ci appartient à la gnose johannique. Son invention sert un propos occulte.
Ce récit fonctionne avec celui de la Samaritaine. Je vais donc recopier ici son analyse:
La Samaritaine
Nous savons que les samaritains sont considérés comme mécréants par ceux qui se disent juifs et authentiques adorateurs du Dieu d’Abraham. L’auteur met donc dans la bouche de Jésus: le salut vient des juifs, afin d’enfoncer le clou et de bien montrer que le messie n’est venu sauver que ceux qui reconnaissent le Temple de Jérusalem. C’est d’ailleurs le mot juif qui est constamment utilisé dans la traduction de cet évangile. Ce qui reflète la scission déjà effective entre disciples de Jésus et pharisiens au moment de la rédaction. En effet, replacé dans son véritable contexte, cette scission est anachronique. Les premiers disciples de Jésus ne sont qu’une secte juive, ils sont sous la Loi. L’abandon de la Loi ne se fera que sous l’impulsion des disciples de Paul en dehors de la communauté de Jérusalem bien des années plus tard.
Jean 9.22 Ses parents dirent cela parce qu’ils craignaient les Juifs; car les Juifs étaient déjà convenus que, si quelqu’un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue.
Ce verset est une réponse théologique directe à la Birkat haMinim de la fin du premier siècle, réactualisée pour exclure les disciples nazoréens de la synagogue.
Il existe une explication plus complète de cet épisode. Selon le point de vue des juifs (Juda):
« En 751 avant JC, Sargon II avait déporté les juifs de Samarie et les avait remplacés par des colons venus de cinq villes, Babylone, Kuta, Avva, Hamat et Sepharvayim. Ceux-ci conservèrent le culte du dieu de leur cité d’origine, avant que le roi d’Assyrie ne consente à leur envoyer l’un des prêtres juifs déportés, qui leur apprit à révérer YaHWeH. Les samaritains avaient donc eu cinq « époux » avant d’adopter ce dernier, qui n’était pas leur Dieu, mais celui d’Israël. La samaritaine personnifie la situation religieuse de la région: « Tu as eu cinq maris, et celui que tu as actuellement n’est pas ton mari! » Jésus rejoint ainsi la croyance des juifs de son temps, tenant pour illégitime le culte samaritain. »
Jean Christian Petitfils – « Jésus » – pages 137/138.
Cette affirmation du salut venant des juifs vient en écho des synoptiques. Il est tout de même curieux d’avoir d’une part décrit la prédication réservée aux seuls juifs, puis d’avoir énoncé l’universalité de la mission messianique dans un second temps. La haine envers les gens de Samarie était supérieure à celle envers les païens. Il y a une volonté réelle de nier leur existence et de « passer au dessus » d’eux.
Pourtant, il est clair qu’en s’affranchissant de la centralité du Temple, la bonne nouvelle du royaume de Dieu pouvait être donné à toute personne reconnaissant l’Unicité divine.
La synagogue de Satan
Le passage le plus célèbre de l’Apocalypse. Extrait:
2.2 Je connais tes œuvres, ton travail, et ta persévérance. Je sais que tu ne peux supporter les méchants; que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas, et que tu les as trouvés menteurs;
2.9 Je connais ta tribulation et ta pauvreté (bien que tu sois riche), et les calomnies de la part de ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais qui sont une synagogue de Satan.
Le terme “synagogue de Satan” a été souvent utilisé par des chrétiens pour attaquer les juifs. Certains parleront d’antisémitisme. Cette compréhension est un contresens et un anachronisme. La communauté Johannique est sous la Loi. Cette dénonciation est celle à l’encontre de la communauté de Paul, qui elle, n’est plus sous la Loi. Il s’agit d’une querelle interne au judaïsme. Ou plutôt d’un dialogue entre juifs réformistes en vue d’exclure ceux d’entre eux qui ont renié la Torah. Le faux apôtre est bien entendu Paul.
Si nous avons vu que la théologie de Jean s’inscrit en rupture avec le clergé juif, elle demeure dans l’Alliance initiale. Il s’agit ici d’initier un mouvement de réforme à l’intérieur du judaïsme en rompant avec le Temple seulement. Tandis que les pauliniens rompent tout lien.
L’ensemble des deux récits, femme adultère et Samaritaine, appartient donc à une théologie typiquement johannique. Selon moi, elle s’appuie sur une interprétation particulière des écritures antérieures et prétend y apporter un nouvel éclairage dans la perspective messianique. Il s’agirait notamment des deux femmes d’Ézéchiel 23. Extraits:
23.2 Fils de l’homme, il y avait deux femmes, Filles d’une même mère. 23.3 Elles se sont prostituées en Égypte, Elles se sont prostituées dans leur jeunesse; Là leurs mamelles ont été pressées, Là leur sein virginal a été touché. 23.4 L’aînée s’appelait Ohola, Et sa soeur Oholiba; Elles étaient à moi, Et elles ont enfanté des fils et des filles. Ohola, c’est Samarie; Oholiba, c’est Jérusalem. 23.5 Ohola me fut infidèle; Elle s’enflamma pour ses amants, Les Assyriens ses voisins, (…)
Après la sortie d’Égypte, les enfants d’Israël se sont divisés en deux royaumes: Juda et Israël.
23.9 C’est pourquoi je l’ai livrée entre les mains de ses amants, Entre les mains des enfants de l’Assyrie,(…)
23.10 Ils ont découvert sa nudité, Ils ont pris ses fils et ses filles,(…)
En -722, les assyriens envahissent Israël et déportent son élite (20% de la population)
23.11 Sa soeur Oholiba vit cela, Et fut plus déréglée qu’elle dans sa passion; Ses prostitutions dépassèrent celles de sa soeur. 23.12 Elle s’enflamma pour les enfants de l’Assyrie, Gouverneurs et chefs, ses voisins, Vêtus magnifiquement, Cavaliers montés sur des chevaux, Tous jeunes et charmants.(…)
23.16 Elle s’enflamma pour eux, au premier regard, Et leur envoya des messagers en Chaldée. 23.17 Et les enfants de Babylone se rendirent auprès d’elle,(…)
Il s’agit ici bien sur de l’exil à Babylone suite à la conquête par Nabuchodonosor.
23.36 L’Éternel me dit: Fils de l’homme, jugeras-tu Ohola et Oholiba? Déclare-leur leurs abominations!
Le fils de l’homme, à savoir le messie, viens donc pour juger Juda et Samarie.
23.49 On fera retomber votre crime sur vous, Et vous porterez les péchés de vos idoles. Et vous saurez que je suis le Seigneur, l’Éternel.
Ce verset trouve un écho en ceci:
Mat 23.34 C’est pourquoi, voici, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, 23.35 afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. 23.36 Je vous le dis en vérité, tout cela retombera sur cette génération.
Dans la théologie de Jean, Ohola/Samarie est incarnée par la Samaritaine et ses 5 maris, rencontrée au puits, tandis que Oholiba/Juda est incarnée par la femme adultère présentée par les pharisiens au messie. Le Temple de Garizim a été détruit 150 ans plus tôt, Samarie a donc été punie. Selon Jean, il est donc temps que Juda expie ses fautes et que la génération contemporaine voit le Temple détruit. Il faut bien conserver en tête que cet évangile a été écrit, et donc muri, bien après les évènements. Il ne s’agit donc pas de prophétie, mais d’une reconstruction théologique à posteriori.
Jean, par ce récit crypté, présente donc Juda au messie afin qu’il rende son jugement pour adultère avec les païens. Le messie montre aux justes d’Israël, que Juda sera épargné. Le reste de l’évangile est destiné à proposer aux Samaritains de se soumettre à la nouvelle théologie réformiste d’abolition du Temple, qu’il apporte. Jean confirme en cela qu’il se déclare en tant que prophète réformiste. Le prophète bien-aimé annoncé par les écritures après la venue du messie et annonçant la vérité. Bien sur, nous savons que sa prédication a échoué et que ce sont les partisans de Paul qui se sont accaparé les Évangiles. Toutefois les partisans de “Jean” peuvent se retrouver chez les gnostiques. Leur théologie aurait pu totalement disparaitre, notamment sous l’impulsion de Marcion (première moitié du second siècle) qui aspirait à un paulinisme radical en affirmant que le Dieu de la Bible ne pouvait pas être celui des Évangiles (dualisme). En réalité, il s’agit de deux gnoses qui s’affrontent. Leurs deux influences ont néanmoins perduré puisque le canon regroupe les deux courants chrétiens. Il y a une raison simple à cela: l’empire romain n’autorisait pas les cultes innovants. Il fallait justifier d’une légitimité temporel et démographique. Si bien que malgré que le courant paulinien signifiait la création d’une religion totalement nouvelle, il a fallu se servir de la doctrine johannique pour justifier légalement aux yeux de l’autorité, de son ancienneté. Voilà comment, de nos jours, le canon officiel est si hétérogène.
La tradition de l’église romaine a ensuite empiré les choses, mais il s’agit d’une autre histoire.
Quant à ce mystérieux geste du messie qui écrit sur la terre, il s’agit en réalité bien de Jean qui écrit sur la terre… de Juda. Par ce détail, il s’adresse aux initiés.
Vous voilà parmi eux!
Remarque: Je suis arrivé à Ezechiel 23 grâce au mot Shoah du verset 23.23. Shoah y est parfois traduit par princes.

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