Kamtsa et Bar Kamtsa

Kamtsa et Bar Kamtsa

***Je travaillais sur le sujet quand les évènements du 13 Novembre sont arrivés. Le hasard n’existe pas. Aborder cette question permet d’éclairer l’actualité sous un tout autre angle.***
Le récit de Kamtsa et Bar Kamtsa est au cœur du fondement du judaïsme rabbinique, c’est à dire la forme du judaïsme hors du Temple. Il explique la destruction du Temple et la scission irrémédiable entre factions juives et chrétiennes. Pour ceux qui en ont la patience, vous pourrez écouter le cours du rav Dynovisz, dans une première et une deuxième vidéo. Sinon, vous pouvez lire des sites qui traitent du sujet comme celui-ci parmi de nombreux autres.
Je vais tenter un résumé de l’histoire. Suite à une méprise sur son nom, Bar Kamtsa est humilié publiquement par son pire ennemi. Pour se venger, il se rend auprès de l’empereur romain et l’instruit sur les complots ourdis par une partie des élites juives contre Rome. L’empereur exige des preuves. La conspiration sera attestée par le refus d’un sacrifice au Temple d’un animal offert par Rome. Bar Kamtsa, sur le chemin de retour, s’assure que l’animal soit impur au regard de la Torah en lui tailladant la lèvre. Face à ce dilemme, le Sanhédrin se réunit afin de statuer sur le sort de l’animal et de la sauvegarde de la paix avec l’occupant. Il est donc décidé de ne pas sacrifier et de placer la Loi de Dieu avant la paix. Cet épisode va décider les romains à mener des représailles contre Jérusalem. La ville est assiégée, mais elle possède les ressources pour faire face sur une très longue période. Les zélotes décident de détruire les réserves alimentaires pour pousser la population au combat. C’est bien vite la famine. La mort frappe sans discernement tous les habitants de Jérusalem, femmes, enfants, vieillards. La résistance est faible quand les romains entrent dans la ville. Accidentellement, le Temple prend feu et est totalement détruit. Il ne sera jamais reconstruit. Quelques temps avant la bataille finale, un grand érudit parvient à s’évader de la ville à l’intérieur d’un cercueil. Après avoir conclu un accord avec les romains, il va fonder la première véritable école rabbinique et le judaïsme prend alors la forme moderne qu’on lui connait. Le nom de rav Zecharia, celui qui a pris la décision de ne pas sacrifier, est alors conspué dans le Talmud pour les siècles à venir.
Selon la compréhension usuelle, ce récit traduit les profondes dissensions qui perduraient chez les juifs. Le Temple était tenu par les Pharisiens et les Sadducéens. Les zélotes massacrèrent les Sadducéens lorsqu’ils comprirent que ces derniers préféraient faire alliance avec Rome plutôt que de les suivre dans leur actions de révolte. Quant aux pharisiens, ce sont eux qui reprirent le judaïsme à leur compte. Bien sur, cette compréhension est typiquement chrétienne. Mais issue d’une pensée éloignée des évènements, fruit d’une théologie beaucoup plus mûrie et marquée que ne l’était celle des premières générations qui suivaient encore la Torah, y compris la communauté des nazaréens.
Voyons maintenant le point de vue du rav Dynovisz, qui, à priori, doit être celui dominant dans le judaïsme moderne. Bien sur, le rav est bien loin des explications traditionnelles. Il faut bien garder à l’esprit que le judaïsme n’a pu perdurer qu’en trouvant une explication théologique en faveur de sa pérennité malgré la disparition de son point central et du refus de la venue du messie. Le rav invoque donc le fait que les chrétiens ont falsifié l’histoire. Voilà un refrain entendu maintes fois ces dernières années sur internet. Tout le monde prétend dévoiler la Vérité selon son propre paradigme. Qu’il soit athée ou croyant. Il nous explique qu’en dehors de la masse du peuple, trois groupes se détachaient et s’affrontaient pour être les guides. Il y avait donc les Pharisiens, que tout le monde connait, et qui était connus pour leur interprétation trop littérale de la Loi. Le rav les considère comme des extrémistes, des idolâtres de la Loi. De l’autre coté, les “chrétiens”, qu’il considère eux-aussi comme des extrémistes, mais cette fois dans leur rejet de la Loi. Au milieu, dans le chemin droit, les tannaïms. Ce sont les sages. En terme islamique, ils seraient les gens du rappel. Comme l’on peut se douter, Bar Kamtsa est, selon lui, un chrétien. Tandis que son ennemi est un Pharisien. Les deux extrêmes s’affrontent tandis que les sages demeurent au milieu. Une sagesse apparente qui rappelle la fameuse histoire du petit coq de rav Ron Chaya, et que j’ai fait mienne, par la force des choses. Mais si l’on s’en tient à la version couramment admise, le rav Dynovisz, en considérant les chrétiens comme des extrémistes, est en train de pratiquer l’inversion accusatoire. C’est bien lui qui est en train de réécrire l’histoire à sa façon. Il dit clairement qu’il s’agit d’une conspiration des forces du mal à l’encontre des juifs pour détruire la Torah. Il devient de fait un conspirationiste. D’après ce que l’on peut constater, cette avis n’est pas nouveau. Il est même fort possible que ces idées soient au cœur du judaïsme depuis maintenant 2000 ans. Ce qui pourrait expliquer simplement les propos tenus à l’égard des goyim et en particulier des chrétiens dans le Talmud. L’un des commentateurs écrit sur son site:
24. olivier civallera 26-07-2015 11:29
re bonjour rav attention de ne pas apporter de la lumiére sur ce qui doit rester cacher jusqu à son avénement
Visiblement, il ne s’agit pas là de la réflexion d’un érudit. Un simple croyant met en garde le rav de ne pas dévoiler trop tôt ces choses. Lorsqu’il parle d’avènement, il fait surement référence à celui du messie, qui va achever le processus d’établissement en terre promise initié depuis presque 70 ans maintenant. Bien sur, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes ici dans le cadre du judaïsme réformé et qu’il n’y a plus nécessité de la présence physique du messie. Le peuple juif devient son propre messie. C’est ce qui distingue ceux que l’on appelle communément les sionistes, des ultra-orthodoxes dont font parti les Neturei Karta. En réalité, ces groupes sont tous deux sionistes, puisqu’ils aspirent à la rédemption par la reconstruction du Temple. Aucun n’a accepté l’idée d’un abandon divin de la terre et du Temple.
J’ai lu cette histoire sur de nombreux sites, et je l’ai écouté de par la bouche de nombreux rabbins. Une conclusion s’impose d’elle-même: il s’agit d’une légende. Les personnages ont pu exister, mais il est difficilement admissible qu’une simple querelle soit à l’origine de la destruction du Temple. Il y a encore plus de midrashs que de hadiths. Une multitude déraisonnable. Au milieu de tous ces contes, ceux qui ont reconstruit la communauté après la guerre contre les romains, ont choisi celui-ci afin de donner un sens à l’inexplicable. Le traumatisme était bien trop violent. Nous sommes témoins que le rav adopte une posture surement très similaire à tous ceux qui l’ont précédé: il rend apostat les pharisiens et les chrétiens, et les rend responsables de tous les maux d’Israël. Il est même fort possible que dans son for intérieur ou hors caméra, il les déshumanise. Attitude tout à fait logique en pareil posture théologique. En effet, s’il devait admettre que ceux qui suivaient la voie droite étaient les chrétiens, il n’aurait pas d’autre choix que de le devenir. A sa décharge, il analyse la situation à partir de ce qu’il connait du christianisme moderne et de la version de l’histoire écrite par des gens qui n’appartenaient pas aux premiers chrétiens. Il est évident que ceux qui se sont emparé du christianisme et en ont fait la religion de l’empire n’était plus dans la voie droite. L’histoire qu’ils ont écrites fut donc bien l’œuvre d’extrémistes anti-loi. C’est eux, qui firent de Paul, leader d’une secte ignorée par les vrais disciples nazaréens de son vivant, le successeur spirituel du messie. Enfin, il est essentiel de constater que juifs comme chrétiens, semblent totalement faire abstraction des Sadducéens et des grands prêtres non pharisiens. Pourtant le messie met en garde contre eux en les mettant au même niveau que les Pharisiens en matière de dangerosité. Ce passage sous silence sert les intérêts de chacun, dans le sens où, d’une part les chrétiens modernes évitent de révéler qu’ils marchent dans leurs traces, et les juifs modernes d’accepter que le messie offrait la voie droite entre les deux extrêmes. Voie droite qui est axée dans un rapport au pouvoir polythéiste pérenne.
En écoutant cette histoire, il m’a semblé qu’elle contenait un fond de vérité. Dans le sens où, il est fort possible qu’une secte juive ait fomenté la destruction du Temple pour se venger des persécutions qu’elle ait eu à subir de la part des autres factions juives. Cette secte ne serait pas les nazaréens à proprement parler, mais les disciples d’un homme qui se serait fait passer pour un prophète et dont le cœur de la théologie était la destruction du Temple. Pour prouver sa prophétie de manière inconsciente, et en pensant agir au nom de Dieu, il aurait alors tout naturellement conspiré avec les romains. Nous revenons alors invariablement à la secte johannique dont une piste probante d’existence serait à situer vers Judas le Galiléen et ses fils. L’un de ses derniers fut l’un des chefs de la Grande Révolte, tandis que l’un de ses petit-fils fut à la tête de Massada. Il s’agit d’une hypothèse parmi beaucoup d’autres, mais qui présente la particularité de se mêler étrangement à l’histoire de l’évangile johannique de par certains petits détails.
Quittons l’antiquité pour revenir à aujourd’hui. La voie droite consiste toujours en un équilibre entre la communauté des croyants et le pouvoir, qui de polythéiste est devenu “maçonnique” (la nature profonde est la même). La création de l’Etat Islamique appuyée par et fruit de la pensée salafiste dominante, par ceux que l’on appelle communément djihadistes, rappelle étrangement la prise de Massada par les zélotes, dans un substrat pharisien. Face à la montée en puissance des exactions commises par Daech, l’immense majorité des musulmans, aspirant à la paix comme tout un chacun, tient à se désolidariser de cette entité, donc à la mettre hors de l’Islam. Nous sommes arrivé à un tel point dans l’horreur que le réflexe normal consiste à littéralement déshumaniser ces hommes. Chacun souhaitant les voir éliminés violemment. Pourtant l’un des objectifs clairs de l’entité djihadiste est de provoquer une scission entre la communauté musulmane française et les autres communautés et au sein même de celle-ci, afin d’en extraire leurs partisans du giron des traîtres. L’attentat est l’équivalent de la destruction des réserves en nourriture de Jérusalem. Le but est le même: pousser au combat. Il est d’ailleurs fort possible que les musulmans français soient les prochaines cibles.
Mais que l’on ne se méprenne pas. Les djihadistes font parti intégrante de la ummah. De tous ceux qui pratiquent la religion dans la voie sunnite, ils en apparaissent comme les plus respectueux. Il ne s’agit pas d’une secte pratiquant un culte original. Il n’y a donc pas de frontière marquée. Un simple salafiste peut, demain, face à une argumentation intelligente, ébloui par des promesses ou des preuves de réussite militaire, basculer dans l’action armée. Nous l’avons vu, il n’y a pas non plus de frontière marquée entre les salafistes (qui sont les réformistes) et les croyants ordinaires comme celle qui existe physiquement entre les protestants et les catholiques/orthodoxes dans le monde chrétien. Daech n’est donc qu’une excroissance monstrueuse d’un animal malade nommé Islam.
L’idée que les pharisiens n’étaient pas représentatifs des juifs et qu’ils ont mené le peuple à sa perte en le prenant en otage dans le but d’établir un royaume théocratique, est un déni de la réalité. La communauté juive était malade, et sa violence en était le symptôme le plus visible. La religion antique d’Israël devait donc disparaitre. De même, l’Islam moderne, dont les textes eschatologiques convergent vers l’établissement du khilafa théocratique, doit mourir pour laisser place à autre chose. Ce Vendredi 13 Novembre, Daech lui a donné le coup de grâce.
L’Islam est mort.
Allah est grand!

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