Les noces de Cana

Les noces de Cana

Stephan Pain·mercredi 6 janvier 2016

Poursuivons dans notre démarche d’analyse de l’évangile de Jean et de la déconstruction de la pensée gnostique qui le constitue. De nombreux épisodes ont été inventés afin de transmettre des enseignements cryptés à des lecteurs initiés. Nous avons vu notamment la femme adultère qui symbolise Juda tandis que la Samaritaine symbolise la Samarie dans deux épisodes spécifiques à cet évangile. Après l’introduction sur le verbe de Dieu, puis sur la mission de Jean fils de Zacharie et sa reconnaissance du messie et son baptême, et enfin le choix des premiers apôtres, voici que le ministère public débute sur les noces de Cana. Bien entendu, cet épisode est spécifique à cet évangile. Ce qui constitue un premier indice de la réelle nature de celui-ci.

  • Jean 2.1 Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là, 2 et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples.
Cette introduction indique la présence de Marie ainsi que des disciples. Ceci semble incompatible avec les synoptiques puisque dans Marc 6.3 et Mathieu 13.57, sa famille voit en lui “une occasion de chute” ou le prend pour un fou (Mc 3.21). Sa mère ne peut donc l’accompagner dans son ministère. Si Jean lui fait tenir ce rôle d’interlocuteur, il s’agit d’une raison théologique que nous verrons plus loin. Intéressons-nous plutôt au nom du lieu des noces: Cana. Cana provient du mot hébreu Qaneh qui signifie tige ou roseau. Nous retrouvons ce mot 3 fois dans le verset Ézéchiel 40.5 où il désigne l’objet d’une canne à mesurer utilisée par les architectes, dont la longueur est proportionnelle à la coudée. (la canne qui a varié de longueur au cours du temps est la somme des 5 unités de mesure couramment utilisées par les architectes depuis l’Égypte antique jusqu’au moyen-age) Pendant trois chapitres d’Ézéchiel, le prophète va rapporter une vision d’un homme muni d’une canne et qui va mesurer toutes les longueurs du Temple de l’Éternel. Cette insistance sur la mesure nous fait comprendre l’importance du rôle des architectes au sein des croyants (selon les écrits d’Ézéchiel durant l’exil à Babylone). Nous comprenons alors que l’évangéliste s’adresse bien aux Architectes. Bien sur, il ne s’agit pas ici de maçonnerie opérative, mais de l’établissement de la maçonnerie spéculative sur ses bases que sont la théologie johannique. Si le bâton de marche/berger accompagne le prophète, la canne (Qaneh) accompagne l’architecte sur ses chantiers et symbolise son autorité. Cana symbolise donc l’autorité des Architectes spéculatifs: les gnostiques. Les noces de Cana indique donc l’union de l’initié à la divinité par la connaissance. Une belle entrée en matière, qui est aussi l’entrée en matière de l’évangile. Poursuivons le récit:
  • 3 Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin. 4 Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue.
Chaque mot est important. Aucun détail n’est à laisser de coté. Tout d’abord, penchons-nous sur cette fameuse phrase qui a soulevé tant de question depuis 2000 ans: Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi? Cette question révèle une certaine hostilité. De nombreux commentateurs de la Bible ont tenté de la traduire différemment afin d’atténuer sa rugosité. Sans toutefois pouvoir lui donner un sens qui se rattache au reste du texte. Pourtant la traduction est correcte. Et si Jean met dans la bouche du messie une phrase aussi incongrue, c’est qu’il attire l’attention de son lecteur fortement. Nous retrouvons cette expression de nombreuses fois dans la Bible. L’une d’elle a retenu mon attention, il s’agit de 2Rois 3.13. Les trois rois d’Israël, de Juda et d’Edom, se sont joints pour mener bataille contre Moab. ***Cette alliance entre ces trois rois est un évènement exceptionnel dans la Bible, car il faut le rappeler, les deux royaumes frères, Israël et Juda, ont été très longtemps opposés politiquement, jusqu’à la scission théologique finale qui a vu les judéens considérer les israéliens comme des apostats (en les renommant samaritains). Quant à Edom, il est totalement ignoré par la suite. Il est donc envisageable que cette alliance temporaire présuppose la réunification finale du premier Apocalypse. *** Mais en chemin, les troupes n’ont plus d’eau. Ils font alors appel à Elisée pour invoquer Dieu et les tirer de cette délicate situation. Élisée s’adresse donc au roi d’Israël par cette phrase” qu’y a-t-il entre moi et toi?” pour lui signifier son hostilité à son égard et lui préciser ensuite qu’il agit en faveur du roi de Juda, son allié. Contrairement à ce que l’on croit, le prénom Marie ne signifie pas du tout “celle qui élève”, mais “celle qui se rebelle”. Il n’est donc pas étonnant que Jean fasse tenir le rôle du roi d’Israël, auquel Elisée est hostile, à Marie, pour s’adresser au représentant de Dieu. Il convient ici de faire une parenthèse pour rappeler le parallèle qui existe entre Élisée et Jésus. Élisée a ressuscité des personnes, il a multiplié les pains, il a préféré la médiation à l’épée, et surtout il a été disciple et a succédé à Élie. Tandis que Jésus dont les miracles sont connus de tous, a été disciple et a succédé à Jean, dont il a affirmé publiquement qu’il était le nouvel Élie qui devait venir. Les gnostiques ont certainement fait le lien entre Elisée et Jésus.
Avant de poursuivre l’explication, revenons sur ce qui précède les deux textes afin de clarifier le parallèle que Jean prétend établir. Dans Jean 1, nous avons vu qu’il s’agit du baptême du messie par Jean baptiste, donc de la passation de la prophétie entre les deux hommes (deux disciples de Jean suivent Jésus). J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui. Dans 2Rois 2, Elie remet son manteau à Elisée avant de disparaitre. L’esprit d’Elie repose sur Elisée. Le parallèle est évident. A présent, poursuivons:
  • 5 Sa mère dit aux serviteurs : Faites ce qu’il vous dira. 6 Or, il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures. 7 Jésus leur dit : Remplissez d’eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu’au bord.
Nous pouvons faire le lien avec ceci
  • Et comme le joueur de harpe jouait, la main de l’Eternel fut sur Elisée. 16 Et il dit : Ainsi parle l’Eternel : Faites dans cette vallée des fosses, des fosses! 17 Car ainsi parle l’Eternel : Vous n’apercevrez point de vent et vous ne verrez point de pluie, et cette vallée se remplira d’eau, et vous boirez, vous, vos troupeaux et votre bétail.
Poursuivons:
  • 8 Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l’ordonnateur du repas. Et ils en portèrent. 9 Quand l’ordonnateur du repas eut goûté l’eau changée en vin,-ne sachant d’où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui avaient puisé l’eau, le savaient bien,-il appela l’époux,
Tandis que dans 2Rois:
  • 22 Ils se levèrent de bon matin, et quand le soleil brilla sur les eaux, les Moabites virent en face d’eux les eaux rouges comme du sang. 23 Ils dirent : C’est du sang ! les rois ont tiré l’épée entre eux, ils se sont frappés les uns les autres; maintenant, Moabites, au pillage ! 24 Et ils marchèrent contre le camp d’Israël.
Dans les noces de Cana, l’eau est changée en vin, tandis que dans 2 Rois, l’eau apparait telle du sang aux Moabites. Nous savons le lien entre le sang et le vin dans les Évangiles. C’est le signal du début du combat. Ensuite, dans 2Rois, la bataille fait rage et les trois rois semblent prendre le dessus sur celui de Moab, tel qu’Elisée l’a annoncé en demandant de creuser les fosses. Mais l’issue du combat se décide par le sacrifice par le roi de Moab, de son fils premier né, devant les yeux horrifiés de tous les combattants. Israël se retire alors. Ce sacrifice du fils nous rappelle étrangement l’idée du sacrifice du “fils de Dieu”. Voilà pourquoi Jean fait dire à Jésus: Mon heure n’est pas encore venue. Le sacrifice du fils ne clôturera donc pas le diner mais le ministère. Les noces de Cana n’est que l’introduction de ce dernier. Ce ministère est une bataille.
La récit des noces de Cana se conclut ainsi:
  • 10 et lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent.
A priori, l’auteur use de la mise en abyme. Il se sert du personnage pour signifier au lecteur que l’épisode de 2Rois auquel il fait référence, n’a été qu’une simple répétition anecdotique, pour préparer à la compréhension de son évangile qui est le bon vin. Évangile se proclamant comme unique moyen d’accéder à la véritable gnose et donc au salut. Pour conclure, et afin de comprendre la raison qui a poussé l’auteur de l’évangile johannique a faire référence à ce passage de 2Rois, il nous faut alors percer le mystère du réel combat que le récit des noces met en lumière. Pour cela, il suffit de se pencher sur la signification du nom du roi de Moab. Celui-ci s’appelle Méscha, en hébreu Maysha, qui est construit sur la base de yasha qui signifie “sauver” et qui a donné Yoshua (Jésus), (le nom est traduit par délivrance). Tandis que Moab signifie “issu du père” (ab =père). Israël, Juda et Edom font donc face au sauveur issu du père. Jean l’évangéliste démontre ainsi que Yoshua est bien le messie attendu pour rendre le jugement au peuple de Dieu. Et si apparemment la coalition a eu le dessus militaire sur Moab, c’est celui-ci qui a eu le dernier mot par le sacrifice du fils.
Pour résumer, les buts sataniques poursuivis par l’évangile sont donc de prouver que le temps est venu pour Edom et Samarie de se rallier sous la bannière de Juda, car le miracle de l’eau qui se transforme est le signe de l’arrivée du messie. Le jugement dernier sera rendu par le combat contre les romains pour épurer le peuple de Dieu de ceux qui ne peuvent accéder à la connaissance. Seuls demeureront ceux qui ont été initié à la compréhension de cet évangile et qui prendront le pouvoir spirituel, guidés en cela par les enseignements du prophète “bien-aimé”, annoncé par le messie de son vivant pour lui succéder, et qui annoncera toute chose à venir au travers de l’Apocalypse de Jean.
Note: La multiplication des pains par Elisée 2Rois 4.42 Un homme, venant de Baal-Chalicha, apporta un jour à l’homme de Dieu, comme pain de prémices, vingt pains d’orge et du gruau dans sa panetière. Élisée dit: « Donne cela au peuple et qu’il mange! » 43 Son serviteur répondit: « Comment donnerais-je ceci à cent hommes? » Mais il répéta: « Donne-le au peuple et qu’il mange, car voici ce qu’a dit l’Éternel: On mangera, et il en restera encore. » 44 On les servit, ils mangèrent et en eurent de reste, selon la parole de l’Éternel.
L’eau et le sang 2Sam 23.14 David était alors dans la forteresse, et il y avait un poste de Philistins à Bethléhem. 15 David eut un désir, et il dit : Qui me fera boire de l’eau de la citerne qui est à la porte de Bethléhem ? 16 Alors les trois vaillants hommes passèrent au travers du camp des Philistins, et puisèrent de l’eau de la citerne qui est à la porte de Bethléhem. Ils l’apportèrent et la présentèrent à David; mais il ne voulut Pas la boire, et il la répandit devant l’Eternel. 17 Il dit : Loin de moi, ô Eternel, la pensée de faire cela! Boirais-je le sang de ces hommes qui sont allés au péril de leur vie ? Et il ne voulut pas la boire. Voilà ce que firent ces trois vaillants hommes.

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