Béhémoth Rhapsody

Béhémoth Rhapsody

Dernières modifications le 1 février 2016·8 minutes de lecture

C’était il y a deux ans exactement. En plein hiver. Ces derniers mois avaient passés lentement. Si lentement. Au mois d’Octobre, il y avait eu un mieux. On avait eu alors l’espoir qu’elle puisse rentrer à la maison. Un après-midi, puis une journée. Enfin, une nuit dehors. Il n’y avait alors plus que moi pour la prendre en charge. Elle me faisait subir plus que de raison. Incapable de le réaliser. Sa nature avait toujours été enfouie, du plus loin que je me souvienne. Mais là, c’était devenu hors-norme. Elle me faisait vivre l’enfer. Littéralement. Et puis, il y a eu cette idée de l’emmener à l’église sur le chemin du retour. Sa colère. Sa fuite. Nous avons repris le chemin vers la clinique. Je lui tenais le bras. Et le bras innocent de l’enfant a abattu son épée entre nous deux. J’ai compris que c’était fini. Comme ça, en une seconde. On est jamais préparé à des Signes aussi violents, aussi définitifs. Et puis, son état a empiré. Et un jour, il a fallu que la vérité éclate. Ils avaient cautionné sa folie. A mon détriment. Je poussais alors un soupir de soulagement: je n’avais plus l’équipe médicale contre moi. J’étais fin prêt pour supporter encore plus de sa part à elle. Ils se sont alors retourné contre elle. Ils m’ont fait comprendre qu’elle devait partir et qu’ils ne pouvaient plus rien faire pour elle. Ils l’ont laissé tomber alors qu’ils la défendaient de ma menace quelques temps auparavant. Aucune excuse de leur part. Mais sa plus grande menace était elle-même. Depuis toujours. J’avais une semaine pour lui trouver un endroit où aller. Elle n’est pas dangereuse après tout, n’importe quel maison de retraite conviendra. Pour comprendre ce qui lui conviendra, il faut décoder au delà des mots qu’elle se refuse dorénavant à utiliser. Alors elle s’exprime avec son corps. Comme un enfant. Comme un bébé…

Ce sera Chanteloup. Là-bas, loin dans le 78. Au milieu des cités. Alors qu’elle a toujours vécu dans l’atmosphère bourgeoise de Rueil. Mais tout cela maintenant relève du détail. J’ai pris ses meubles et ses bibelots et j’ai décoré la chambre. Il parait que j’ai bon goût. Tant mieux. L’assistante sociale nous accompagne dans un minibus. Le paysage défile. Elle à droite et moi à gauche, à l’arrière. Des chansons à la radio. L’une de mes préférés: Bohemian Rhapsody.

Mais ce jour là, les paroles résonnent en moi, différemment. Elles semblent prendre tout leur sens. Comme si cette chanson avait été écrite pour cet instant précis. Pour elle et pour moi.

Mama, just killed a man, put a gun against his head(Maman, je viens de tuer un homme, j’ai mis un pistolet contre sa tête)
Pulled my trigger, now he’s dead(J’ai appuyé sur la détente, maintenant il est mort)
Mama, life had just begun(Maman, la vie venait de commencer)
But now I’ve gone and thrown it all away (Mais maintenant je suis parti et j’ai jeté tout cela)
Mama oooh… Didn’t mean to make you cry(Maman, oooh… Je ne voulais pas te faire pleurer)
If I’m not back again this time tomorrow(Si je ne suis pas de retour demain à cette heure-ci)
Carry on, carry on (Continue, continue)
As if nothing really matters(Comme si rien n’importe vraiment)

L’homme que j’ai tué, c’est moi-même en me convertissant à l’Islam. J’ai abandonné ma vie d’avant. Elle n’a pas pu le supporter. Supporter que je choisisse une route différente de la sienne. Une route qu’elle hait. Elle a choisit de se rendre malade. Plutôt que de parler. Je ne serai pas forcément de retour demain puisque maintenant elle est dans un lieu de vie.
Le vent souffle ce jour là.
La chanson me retourne les tripes. J’en saisis l’essentiel. Tout du moins ce passage précis. Je tourne la tête vers la vitre pour ne pas faire paraitre la douleur. Nous arrivons. Elle découvre son nouvel univers. Il me faut partir et la laisser là. Un dernier au revoir. Me voilà dehors. Il fait froid. Je réalise alors qu’elle ne sortira jamais d’ici et que ce sera sa dernière demeure. Je chancelle. L’assistante et l’infirmière sont surprises. Je cache si bien mes émotions. On pourrait croire que tout cela me laisse de marbre. L’habitude.

En rentrant chez moi, je me précipite sur les paroles de la chanson. Mercury n’a jamais donné d’explication. Elles prennent alors une toute autre dimension. Les bismillah. Le dialogue entre les choeurs. Ce personnage curieux qui prend la parole à la fin et qui se désespère d’avoir été trahi.

Oui ce personnage, c’est le Shaytan. La chanson est un combat entre une armée d’anges et des hordes de démons pour la possession d’une âme. Une âme qui a cru se perdre mille fois. Devenir folle. Réalité ou rêve? Je vous laisse lire les paroles ci-dessous.

Une âme qui va faire basculer le monde.

La vidéo

Is this the real life, is this just fantasy
Est-ce cela la vraie vie, ou est-ce seulement un rêve ?
Caught in a landslide, no escape from reality
Attrapée dans un glissement de terrain, aucune évasion à la réalité
Open your eyes, look up to the skies and see
Ouvre les yeux, respectes les cieux et comprends
I’m just a poor boy, I need no sympathy
Je ne suis qu’ un pauvre garçon, je n’ai besoin d’aucune pitié
Because I’m easy come, easy go, little high, little low
Car ça va et ça vient, il y a des hauts et des bas
Anyway the wind blows, doesn’t really matter to me
De toute façon le vent qui souffle, ne m’importe pas vraiment,
To me
A moi

Mama, just killed a man, put a gun against his head
Maman, je viens de tuer un homme, j’ai mis un pistolet contre sa tête
Pulled my trigger, now he’s dead
J’ai appuyé sur la détente, maintenant il est mort
Mama, life had just begun
Maman, la vie venait de commencer
But now I’ve gone and thrown it all away
Mais maintenant je suis parti et j’ai jeté tout cela
Mama oooh… Didn’t mean to make you cry
Maman, oooh… Je n’ai pas eu l’intention de te faire pleurer
If I’m not back again this time tomorrow
Si je ne suis pas de retour demain à cette heure-ci,
Carry on, carry on
Continues, continues
As if nothing really matters
Comme si rien n’importe vraiment

Too late, my time has come, sends shivers down my spine
C’est trop tard, mon heure est venue, des frissons me parcourent le dos
Body’s aching all the time
Mon corps est tout le temps douloureux
Goodbye everybody, I’ve got to go
Au revoir à tous, je dois y aller
Gotta leave you all behind and face the truth
Je dois tous vous laisser derrière et faire face à la réalité
Mama oooh (any way the wind blows)
Maman, oooh (dans tous les cas le vent souffle)
I don’t want to die, I sometimes wish I’d never been born at all
Je ne veux pas mourir, je rêve parfois de n’être jamais venu au monde

I see a little silhouetto of a man
Je vois une petite silhouette d’homme
Scaramouche, scaramouche, will you do the Fandango
Scaramouche, Scaramouche, vous fera faire le Fandango
Thunderbolt and lightning, very very frightening me
La foudre et les éclairs me font vraiment vraiment peur
Galileo (Galileo)
Galileo (Galileo)
Galileo (Galileo)
Galileo (Galileo)
Galileo figaro (Magnifico)
Galileo figaro (Magnifique)
But I’m just a poor boy and nobody loves me
Mais je ne suis qu’ un pauvre garçon et personne ne m’aime
He’s just a poor boy from a poor family
Il n’est qu’ un pauvre garçon issu d’une pauvre famille
Spare him his life from this monstrosity
Epargnez sa vie de cette monstruosité
Easy come easy go, will you let me go
Ca va et ca vient, me laisserez-vous partir ?
Bismillah ! No, we will not let you go, let him go
Au nom d’Allah ! Non, on ne te laissera pas partir! Laissez-le partir!
Bismillah ! We will not let you go, let him go
Au nom d’Allah ! Non, on ne te laissera pas partir! Laissez-le partir!
Bismillah ! We will not let you go, let me go
Au nom d’Allah ! Non, on ne te laissera pas partir! Laissez-moi partir!
Will not let you go, let me go
On ne te laissera pas partir, laissez-moi partir
Will not let you go let me go
On ne te laissera pas partir, laissez-moi partir
No, no, no, no, no, no, no
Non, Non, Non, Non, Non, Non, Non,
Mama mia, mama mia, mama mia let me go
Mama mia, mama mia, mama mia laisse-moi partir
Beelzebub has a devil put aside for me, for me, for me
Belzébuth a affecté un démon pour moi, pour moi, pour moi

Le passage du personnage en colère

So you think you can stone me and spit in my eye
Alors, tu crois que tu peux me lapider (pèlerinage) et me cracher dans l’œil?
So you think you can love me and leave me to die
Alors tu crois que tu peux m’aimer (m’adorer) et me laisser pour mourir (et renaître à Allah)?
Oh baby, can’t do this to me baby
Oh bébé, tu ne peux pas me faire ça, bébé
Just gotta get out, just gotta get right out of here
Tu dois juste sortir, juste sortir de suite d’ici

Nothing really matters, anyone can see
Rien n’est vraiment important, n’importe qui peut le voir
Nothing really matters, nothing really matters to me
Rien n’est vraiment important, rien ne m’importe vraiment
Any way the wind blows… .
De toute façon, le vent souffle…

Allah, le Shaytan, la musique et moi: le combat au moment de ma conversion

Les commentaires sont clos.