Inspiration

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Dernières modifications le 24 mars·10 minutes de lecture

Tous les sages vous le diront: réjouissez-vous des épreuves. Plus les épreuves sont grandes, plus le mérite qui en découle est grand. Revenez-en donc toujours au récit de Job, paix sur lui. Aussi improbable que cela puisse paraître, un simple sourire sur votre visage au moment où tout s’écroule et vous avez remporté la partie. Bien sur, c’est plus facile à théoriser qu’à expérimenter et je n’ai pas de recette miracle à vous transmettre. C’est à chacun de faire selon ses qualités. Et c’est justement dans cette capacité à reconnaître la qualité d’autrui et ce qu’il peut apporter au groupe que l’on peut aussi briller. N’est-ce pas là la qualité primordiale d’un meneur d’hommes que d’être celui le plus à même de percevoir qui détient la meilleure expertise sur un sujet en dépit de ses différents idéologiques? Ainsi, c’est peut-être celui que vous détestez le plus en ce bas monde qui détient la clef de votre délivrance.

Seulement voilà, il y a certaines épreuves qu’il nous est parfois impossible de sublimer. Parfois parce que nous sommes dépassés par les événements, et parfois pour une question de temporalité. Il se trouve que je viens de répondre à l’une de mes nombreuses questions à ce sujet. Je m’en vais vous exposer les faits.

Tout commence le 17 novembre 2018. La France entière se met en jaune. De partout des images affluent, témoignant de l’engouement populaire pour cette contestation inédite brisant tous les codes habituels. Beaucoup de gens, dont une grande partie de ceux qui se disent dissidents/activistes/contestataires de tous poils ont eu un temps de latence et n’ont pas adhéré dès son début au mouvement. Deux semaines plus tard, le 1er décembre, tout basculait. Le pouvoir français était en état de sidération. Le monde entier observait Paris embrasé. La colère ne pouvait pas redescendre. Et elle ne redescendrait pas. Une nouvelle stratégie a été mise en place par les cadres de l’intérieur, une stratégie de la terreur. C’est ainsi. Le pouvoir n’a tout simplement pas la capacité de se remettre en question. Si il le fait, ce n’est que de la communication. Il a donc fallu faire appel aux meilleurs gestionnaires de crise et non aux partisans d’une économie mondialisée alternative. Un choix a été fait. La vie est faite de choix. Certains pourront argumenter qu’il y avait urgence. Mais c’est faux. Un pays ne se gère pas dans l’urgence. L’inertie est telle qu’il parait impossible parfois d’observer le réel effet d’une mesure avant la fin du mandat de ceux qui l’ont mise en place. Malgré des désaccords, il n’en demeure pas moins que les gouvernements successifs sont issus des mêmes cercles cooptés de l’élite. La sclérose est inévitable. Souvenez-vous des élections 2017. Tous les candidats se présentaient comme “anti-système”. Quelle mascarade. Il m’est venu en tête un dicton: “On ne sort du système que les pieds devant.”

L’ampleur des manifestations a diminué avec le temps. Avec la fatigue, avec la peur, avec la douleur. Mais si les manifestations massives ont disparu, l’esprit du mouvement GJ lui, a pris ses ailes. Le mouvement syndical, pourtant centenaire, nous l’avons vu ces derniers mois, a du se réinventer. Se réinventer par le bas. Au fond, est-ce que cette phrase que tout le monde a vu taggée sur l’arc de Triomphe s’est réalisé? Seul le temps peut le dire. Il faut savoir prendre du recul pour comprendre les victoires, les basculements. Ce ne sont certainement pas les médias, ancrés dans l’immédiateté qui auront la clairvoyance d’admettre cette hypothétique réalité.

Avant de décliner physiquement, le mouvement a marqué un dernier coup d’éclat. En ce matin du 16 mars 2019, peu d’entre nous se doutait qu’il s’agissait là du réel dernier acte d’ampleur. Nous imaginions un rendez-vous mensuel. Il n’a jamais eu lieu véritablement. La réalité est que la majeure partie d’entre nous n’ont pas soif de destruction, de pillage et d’incendie. Ce jour-là nous avions eu notre compte. Nous étions écœuré. Mais l’histoire s’était écrite. Le pouvoir lui, pensait avoir résisté, car il avait trouvé les parades.

En décembre, je rédigeais un article où je rappelais une sorte de prophétie: un panneau portant la mention “Tout doit disparaître”, pris en photo alors que je traversais les champs en 2012. Je ne suis pas l’auteur du panneau, je ne fais que relier des signes. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé que cette prophétie s’était réalisée. Il ne s’agissait pas que l’avenue soit détruite. Tout le luxe dégoulinant a disparu derrière des panneaux de bois montés à grands frais dans la nuit. Bien sur, c’était temporaire. Mais la chose eut lieu et elle demeurait inscrite dans les têtes.

Les champs étaient noirs de monde. Un chaos indescriptible. Un ballet sans cesse en mouvement où l’ultra-violence côtoie la franche camaraderie. Combien de scènes surréalistes ai-je vues? Combien de discussions en dehors du temps ai-je tenues? Je crois qu’on ne revient jamais vraiment d’un tel endroit. A un moment, je suis devant ce fameux restaurant de luxe. C’est alors que je croise Sanglier jaune. Vous savez, ce youtuber qui a entrepris de faire un tour de France et quand, en voulant suivre ses pas, je me suis retrouvé sur les traces de mon propre passé au beau milieu de la Bretagne. Plus tard, je vais me rendre dans son endroit préféré: le rond-point du Cannet des maures. Nous échangeons quelques mots. Et puis voilà que les premiers projectiles sont lancés contre le restaurant. Je m’écris alors:”Ça y est, il va y passer!” La suite vous la connaissez.

Ensuite, je vais dans les rues adjacentes, un peu plus calmes. Tout est relatif. L’heure de la prière approche. Il n’y a aucun endroit où se poser. Après avoir tourné un peu, je finis par me résoudre à descendre tout en bas des champs. Juste avant la place, il y a un cordon de CRS qui empêche la foule d’approcher la résidence du leader suprême de trop près. La zone juste au-dessus est plutôt vide de monde. Les affrontements se concentrent plutôt vers le milieu et le haut de l’avenue. Il est quelques minutes avant 13h. Je m’assois sur le banc de l’abri-bus situé à une quinzaine de mètres du cordon. Il se trouve que l’avenue est approximativement dans la direction de la prière. J’ai donc la foule dans le dos et les policiers en face de moi, dans une sorte de zone neutre, un no man’s land. C’est alors que j’aperçois un jeune homme au visage familier. C’est un policier en civil. Il ne porte pas de gilet bien sur et il vient du cordon. Il vient directement vers moi. Il m’aborde. Au bout de quelques phrases, il me suggère un autre point de manifestation, dans un autre quartier de Paris. La manif climat, il me semble. Une suggestion sous une forme interrogative. Je lui réponds alors que tout se passe ici et qu’il n’y a pas de raison d’aller ailleurs. Il n’insiste pas et repart d’où il vient, en direction du cordon de CRS.

C’est l’heure. Concentration. Il est de ces moments où on ne se questionne pas de la validité des actes rituels que l’on fait. On les fait. Un point c’est tout. Je dis cela surtout pour tous ceux qui liront ceci avec un esprit littéraliste, et je sais qu’ils sont nombreux parmi les musulmans. Le poison pharisien qui s’instille dans les esprits. Les secondes s’égrènent. Et puis voilà que les gens s’agitent autour de moi. Au bout de quelques instants la foule commence à grossir. Le no man’s land n’est plus. La situation commence à se tendre de plus en plus. Des cris, des explosions. Il me faut pourtant finir. Une question m’obsède alors: “Pourquoi?” Oui, pourquoi ce brusque changement pendant les quelques minutes où je me dirige vers Toi? Fin de la prière. Le chaos a envahi la scène. Je me lève et j’analyse la situation. Le cordon rend impossible toute fuite vers le bas. Vers le haut, une foule compacte et paniquée verrouille l’avenue. Me voilà pris au piège. “Pourquoi?

Ordre a été donné de débarrasser la zone autour des kiosques en feu de tout manifestant pour faire intervenir les pompiers. A présent, toute la foule répartie sur une longue distance se retrouve agglutinée dans les derniers mètres. Nous sommes des centaines, tels des lapins dans des phares. Comme vous vous en doutez, cette intervention n’a pas été du gout des plus radicaux qui ont alors immédiatement opposé de la résistance. Une pluie de lacrymos s’abat alors au milieu de la foule compacte. Il n’est plus question de gérer. Jusque là, avec des techniques simples, j’étais parvenu à me préserver. Il faut garder son calme et chercher le point de sortie. Car c’est bien là le but des lacrymos: obtenir le déplacement d’une foule. Mais là, l’objectif était autre: il s’agissait bel et bien de prendre au piège le maximum de gens et les punir. Sans aucun discernement.

J’ai donc pris cher. Incapable de me déplacer, j’inhalais une grande dose de lacrymos. C’est dans ce genre de moment où l’on se dit que nous ne sommes pas tous égaux et que pour certains en moins bonne santé, un tel moment peut laisser de terribles séquelles. Les yeux, la bouche, la gorge qui brûle. Une douleur lancinante. Il faut tenir, faire attention aux trajectoires des autres pour ne pas se les prendre, essayer de rassurer ses voisins pour ne pas les voir s’effondrer. Ouvrir un oeil, percevoir une issue, remonter l’avenue, retrouver un calme tout relatif, respirer de nouveau.

L’effet escompté avait réussi: je n’avais plus envie d’aller sur l’avenue. Comme beaucoup certainement ce jour-là. C’est cette stratégie qu’a entretenu le pouvoir pour s’assurer la victoire. Du moins c’est ce qu’il croyait. Dans la semaine qui a suivi, je toussais beaucoup. Une vilaine toux, chimique. Je me traitais avec un inhalateur. Une grosse fatigue. Quelques mois plus tard, une vidéo faisait le tour d’internet où un ami du Sanglier expliquait les effets des lacrymos sur le long terme.

17 novembre 2019: c’est la première date qui apparaît dans l’histoire du virus à la Couronne: “Un rapport non publié du gouvernement chinois indique la date du 17 novembre 2019 pour la première occurrence connue de la maladie ; mais ce gouvernement donne à l'OMS la date du 8 décembre ; et un article publié le 24 janvier par des scientifiques chinois donne la date du 1er décembre pour le premier cas."
La pandémie s’étend dans le monde entier. Le 15 mars, les élections municipales se tiennent dans toute la France. Les gens profitent du premier beau week-end de l’année pour prendre le soleil dans les parcs. Pour la grande majorité, ils sont dans le déni. Ils ne voient pas que le monde qu’ils ont connu est en train de disparaître sous leurs yeux.
16 mars. 1 an jour pour jour après l’acte 18, voilà que la France s’éteint. Toutes les écoles ferment, ainsi qu’une énorme partie des entreprises. Ce n’est plus qu’une question d’heure avant de devoir se munir d’un laisser-passer pour aller dehors.
Le monde mortifère de la consommation est atteint en plein coeur. Par un virus qui le fait étouffer, cracher ses poumons. Souvenez-vous que le supplice de la crucifixion pratiqué par les romains il y a 2000 ans consistait en la mort par étouffement. Souvenez-vous bien de ce détail.

Les champs-Elysées sont vides. L’image est saisissante.

Le Créateur vient de faire triompher les Gilets jaunes.

A lire:
https://www.facebook.com/notes/stephan-pain/guerre-et-peste/10153624600697645/

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