Miskan

Miskan

 
Le Miskan (prononcé ainsi par les israélites et Mishkan[1]par les judéens) est le Tabernacle (la tente) qui abrite l’Arche d’Alliance. Miskan signifie Demeure (ici de l’Éternel). Son équivalent en arabe est maskan, plus souvent rencontré dans le Coran par son pluriel masākin, où ma est le préfixe qui désigne un endroit et sakina signifie sérénité (de la même manière qu’est composé le mot masjid: le lieu de la prosternation).
 

La continuité de la Révélation

Du point de vue chrétien, la venue du Messie alors que les enfants D’Israël sont dominés par l’empire romain, constitue l’accomplissement ultime des écritures et notamment la Torah. Selon la théologie usuelle, le corps du Messie devient le nouveau Temple. Autour de ce principe s’est construit un ritualisme complètement nouveau, basé sur l’eucharistie, remplaçant totalement le culte ancien et entièrement théorisé par l’Église et donc, non révélé. Par opposition à celui issu de la Torah révélée à Moise, paix sur lui, sur le mont Sinaï, qui est amplement détaillé par Dieu et ensuite abondamment commenté dans la tradition rabbinique. La révélation coranique représente alors, toujours du point de vue chrétien, une sorte de retour en arrière, un retour au joug de la Loi que le Messie aurait abrogée [2]. De plus, la tradition islamique fait totalement abstraction du culte antique rendu au Miskan et de la symbolique de l’eucharistie et de sa centralité. Le Coran fait table rase du passé en terme de culte. La prière en groupe devient le cœur de la foi islamique et constitue une innovation dans le monothéisme. La conclusion, qui s’impose alors, est que l’Islam serait issu d’une tradition étrangère à la Bible tout en en subtilisant certains fondements à des fins de légitimité. Partant de cette conclusion, de nombreux chrétiens se sont attelés à la tâche de déconstruire l’Islam en vue de démontrer que la foi dans le Christ est la seule voie de Salut. Il y a quelques années, un auteur a fait parler de lui sur internet en publiant “Le grand secret de l’Islam”, une théorie parmi les nombreuses émises sur le sujet. Si le point de vue abordé est pertinent, et si certains sujets demandent réflexion, malheureusement, la méconnaissance en l’esprit de l’Islam fait que les arguments de l’auteur ne résistent pas à une analyse critique islamique basée sur les textes canoniques. La précision parfois chirurgicale fait son office. Toutefois, la question de fond sur la légitimité de l’Islam dans le prolongement de la révélation biblique est soigneusement occultée par les critiques. Chaque camp campe alors sur ses positions et se croit dépositaire de la Vérité.
 

La complémentarité des deux voies

Depuis ma conversion, cette question sur la continuité coranique et l’articulation des textes et des rites dans le déroulé de la Révélation revenait invariablement sans trouver de réponse. C’est qu’en réalité, je me concentrais uniquement sur la partie deutéronomique de la Bible, en faisant totalement abstraction de la partie sacerdotale, que je trouvais profondément ennuyeuse. Avant d’aller plus loin, il me faut définir ces deux principes complémentaires. Il existe un grand nombre de théories sur la rédaction de la Bible. Certaines ont été abandonnées, d’autres évoluent sans cesse. Cela concerne à la fois les dates de rédaction, les rédacteurs, les objectifs théologiques visés. Afin de mener à bien mes propres objectifs, je m’intéresse principalement aux groupes de pensée. Il existe donc un consensus sur le sujet qui consiste à classer les écrits en deux groupes principaux. Je ne fais donc ici que reprendre les termes usuels. Toutefois, j’en donne une définition différente puisque selon moi les écrits ne sont pas groupés de manière linéaire mais entremêlés. En effet, les récits des prophètes rapportés dans la Genèse sont classés comme écrits sacerdotaux, dans la mesure où ils fournissent des lois fondatrices comme l’interdiction du sang. Il faut se rappeler que deutéronome signifie simplement “seconde loi” en plaçant comme référence temporelle la Torah comme première. En terme islamique, le Deutéronome s’apparente à la tradition du Prophète et des premières générations de disciples. Si l’on utilise le concept et qu’on le détache ainsi de la Torah, nous pouvons également remonter en arrière et détacher les récits prophétiques des Patriarches des lois qui furent révélées en ces temps là. La première Loi est alors ce qu’on appelle les feuillets d’Abraham, paix sur lui. Où se trouve par exemple l’institution du pèlerinage autour de la Kaaba. Ainsi dans cet article, ce n’est plus le Deutéronome et les livres qui l’ont suivi qui délimite scripturairement le concept. Voici la définition proposée: Les écrits deutéronomiques sont des récits de mouvements, d’aventures prophétiques, d’enseignements ancrés dans le réel des relations humaines avec tout ce qu’elles ont comme imperfections. Ils s’attachent généralement à un personnage central ou à un petit groupe et relatent des événements exceptionnels qui ne seront jamais vécu par les gens lambdas. A l’inverse, les écrits sacerdotaux sont orientés vers l’orthopraxie ainsi que dans le droit religieux. Ils visent à une rigueur qui ne laisse que peu de place à la fantaisie ou à l’interprétation individuelle. Ils décrivent l’action d’un groupe ou d’un individu générique dans une perspective d’application quotidienne ou solennelle.
La majeure partie des individus qui composent une société ont besoin d’un cadre stable et routinier pour s’épanouir. Ils ont donc besoin de règles précises. Dans la communauté des croyants, qui aspire au Salut, cela s’étend au cadre du culte. Toutefois, une partie des enseignements de la vie quotidienne peut être déduite de récits prophétiques ou bien les modèles prophétiques ou de saints peuvent servir d’inspiration. Nous percevons donc bien la complémentarité de ces deux aspects de la tradition religieuse. Une minorité fonctionne autrement et a besoin de remettre constamment les choses en question, de se démarquer de la masse. Elle déteste la routine. Elle s’inspire plus volontiers des récits d’exception de par leur esprit. Elle s’attache rarement à la lettre. Si la société a besoin de bases stables pour perdurer, elle a besoin d’abriter en elle des éléments atypiques qui lui ménageront une voie de salut dans les moments de crise. Si les gens atypiques sont combattus, ils sont aussi vitaux pour la survie. C’est là tout le paradoxe de l’humanité. C’est ainsi qu’a été élaborée la théorie des crapauds fous par des scientifiques qui aspirent à identifier des individus atypiques pour “sauver” l’humanité… mais uniquement selon le paradigme scientifique. On imagine comment ces mêmes gens pourraient s’avérer hostiles à toute personne apportant des solutions d’ordre spirituel. [7]
La tradition islamique ressemble à la tradition mosaïque de par son esprit légaliste. Bien sur, il y a une grande part deutéronomique, mais en dernier ressort, c’est toujours l’esprit sacerdotal qui domine. A vrai dire, le christianisme n’est pas vraiment différent. Si initialement, il prétend s’affranchir de la rigidité du cadre de la loi de la Torah, c’est pour lui substituer un cadre tout aussi rigide issu de la tradition de l’Église. Ce qui fait la différence, c’est l’esprit incarné par la figure centrale du Christ, qui a lui seul assure la complémentarité deutéronomique face à la loi sacerdotale. Voilà pourquoi, les nombreux chrétiens qui s’attaquent à l’Islam vont, inconsciemment ou non, s’attacher à détruire la figure deutéronomique de Muhammad, paix sur lui, pour le réduire à une figure prophétique guerrière et légaliste. Pourtant, nul ne pourra nier le caractère particulier du christianisme en son rapport à la Loi. Selon moi, le meilleur exemple pour illustrer la différence fondamentale entre le Christianisme et l’Islam est le jeûne. Pour les chrétiens, il s’agit d’une période de 40 jours durant laquelle ils doivent s’attacher à manger maigre. Il n’y pas de contrainte horaire. La grande majorité des croyants ne le pratique pas, tant il nécessite une grande maîtrise de soi. Chez les musulmans, tout est dans le respect de l’horaire. Même des individus peu croyants, voire carrément des délinquants aussi étrange que cela puisse paraitre, s’attacheront à respecter l’interdit durant le jour. Pour s’empiffrer plus que de raison la nuit venue. Dans beaucoup de pays musulmans, le mois de Ramadhan engendre une vie nocturne trépidante et une ambiance de fête. Si en apparence, il semblerait que beaucoup plus de musulmans que de chrétiens, en proportion, respecteraient cette période, en réalité, ceux dans l’esprit de recherche de sainteté, sont une minorité équivalente dans l’une et l’autre communauté. De même, si les mosquées sont apparemment plus pleines que les églises pour la prière, c’est parce que la mosquée a un statut plus conviviale et est considérée comme un lieu de vie. Les chrétiens ne pratiquent pas la prière en groupe: ils communient. La prière est un acte individuel et à l’abri des regards. Pour faire une analogie triviale, nous avons la même opposition entre l’université et les écoles d’ingénieurs: la première filière requiert une grande autonomie de travail là où l’autre offre un cadre bien plus stricte. Deux façons d’appréhender le monde. Il est inutile de vouloir hiérarchiser l’une par rapport à l’autre puisque les niveaux sont équivalents. La société a besoin de ces deux modes de fonctionnement complémentaires. De même, la communauté des croyants, donc des prêtres de l’humanité, nécessite deux voies complémentaires.
La voie chrétienne hérite de l’esprit de la tradition deutéronomique. Elle est nommée religion de l’Esprit saint. Sa dérive est d’essence libertariste: libre-arbitre absolu. L’Islam hérite de l’esprit de la tradition sacerdotale des enfants d’Israël. Elle est nommée religion du Livre. Sa dérive est d’essence sioniste: prédestination absolue.
 

La mutation du Miskan

Avant d’expliciter et de légitimer cette affirmation par le Miskan, je vais tâcher de résumer le travail effectué par les pères de l’Église pour l’établissement du rite eucharistique. Voici le plan du Miskan:
 
 
 
 
Le Parvis n’est accessible que par ceux qui sont purs et dans l’Alliance. Une grande partie du Lévitique explicite les règles strictes de pureté. Les croyants apportent des animaux. Ils sont sacrifiés pour leurs péchés sur le grand autel. L’animal ne se voit pas prendre les péchés de l’homme, il ne fait que le remplacer. Il s’agit ici de reproduire le sacrifice de l’animal qui a remplacé Ismaël dans la perspective où le croyant est persuadé que Dieu a demandé à Abraham de sacrifier son fils. Le moteur du rite est le sang. Le sang appartient à Dieu seul. Il représente la vie. Voilà pourquoi il ne peut être consommé. Les prêtres ont seuls l’autorisation de pénétrer dans le Miskan. Ils appartiennent à une classe sacerdotale et se transmettent la fonction de père en fils. Ils apportent les offrandes de pains sur la table des pains. Ils font brûler de l’encens sur l’autel des encens qui est un prolongement du grand autel extérieur. Les deux autels sont liés. Le sang répandu sur l’autel ne pénètre jamais dans la tente sauf en cas de péché de la part du grand prêtre. C’est un événement rare. Une fois par an, au Yom Kippour, jour de l’expiation, littéralement le jour où Dieu couvre (kaffar qui a son équivalent en arabe) les péchés, le grand prêtre pénètre dans le Saint des saints. Il franchit alors le voile qui sépare les deux espaces. Quant à la ménorah, elle n’a initialement pas, c’est à dire dans le Lévitique, de rôle rituel. Elle éclaire simplement la pièce. Le Temple est la reproduction en pierre du Tabernacle. Il a la même fonction.
Un épisode du Lévitique, celui de Nadab et Abihu (ch 10) nous indique qu’il est impossible d’outrepasser l’autel des sacrifices pour apporter du feu à l’autel des encens. Ces deux-là meurent pour marquer les esprits. Il ne faut pas brûler les étapes dans l’élévation du peuple élu. Ce n’est qu’aux temps messianiques que l’on a pu passer directement à cet autel.
Selon les chrétiens, le sacrifice du Christ sur la croix a aboli les sacrifices d’animaux. Le croyant pénètre dans l’église et plonge sa main dans le bénitier situé à l’entrée. Notons également que l’entrée dans la vie chrétienne se fait par un baptême d’eau. Le bénitier remplace la cuve d’eau d’ablution qui fut situé devant la porte du Miskan. Le pain partagé dans la communion remplace celui qui était exposé à la face de Dieu sur la table des pains. Cette table est donc devenue virtuelle. Le vin symbolise le sang versé sur l’autel de l’encens au moment où était réparé la faute involontaire du Cohen HaMassiah (le prêtre oint) ou du peuple tout entier qui sont étroitement liés l’un à l’autre (voir le chapitre 4 du Lévitique). Ceci parce que le Christ, c’est à dire le Massiah, a déclaré: “Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font.” [3] Ce qui montre l’aspect involontaire de la faute pardonnée (qui me reste encore à déterminer). Notons que le meuble qui contient les hosties consacrées se nomme le Tabernacle. Il est situé au fond de l’église, loin derrière l’autel. Au moment de la célébration eucharistique, l’encens est agité près de l’autel. L’autel qui est au cœur de chaque église est donc une reproduction de l’autel de l’encens qui était devant le rideau du Saint des saints. A la mort du Christ, le voile du Temple s’est déchiré. Le Saint des saints se retrouve donc symboliquement dans le cœur de chaque église. Autrefois, la nef contenant le peuple était séparée des clercs par une clôture en pierre ou en bois nommé le jubé (voir notes). Il était donc impossible de savoir ce qu’il se passait derrière ainsi que pour toute personne non membre du clergé de pénétrer dans l’espace sacré, reproduisant ainsi le schéma classique du Miskan décalé vers l’ouest. La messe était dite en latin et incompréhensible pour la plupart. La Bible n’était pas lue. A la réforme protestante, suite au concile de Trente, les jubés disparurent et les Bibles traduites et diffusées. Mais il fallut attendre le concile Vatican II pour que l’officiant se tourne face au peuple et s’exprime en langue profane. Si le jubé a incarné le voile du Saint des saints, force est de constater que le temps l’a fait disparaître.
Il est à noter que les juifs ont institué une sorte de période semblable à celle de l’avent, c’est à dire la période qui précède la célébration de la naissance du Messie: Hannoucca. L’élément central en est la Ménorah. C’est à dire le seul élément qui a été totalement ignoré par la tradition chrétienne. Faut-il voir là une construction théologique à posteriori dans une volonté de substitution au culte du Miskan selon une voie alternative à la voie chrétienne qui a repris à son compte tous les éléments matériels? C’est assez troublant. Cela serait un indice qui tend à confirmer l’acceptation de la venue du Messie comme nous l’avons déjà vu. Acceptation camouflée par volonté de se protéger et de protéger l’Unicité face à l’idolâtrie des héléno-chrétiens.
Comme nous le constatons, la Torah a déjà été disséquée. Mais tout a été pensé dans l’idée que tout a été accompli et que la substitution du culte et du peuple est totale. Or, il n’en est rien. Pour s’en persuader il suffit de constater l’état spirituel du monde. En effet, il apparaît fort peu probable que le voile intérieur du Temple se soit déchiré à la mort du Christ. Il ne s’agit là que d’une reconstruction théologique par Paul dans Hébreux 9: 9.8 Le Saint Esprit montrait par là que le chemin du lieu très saint n’était pas encore ouvert, tant que le premier tabernacle subsistait. Les Évangiles (Marc (15,38) et Matthieu (27,51) ) ne précisent pas, quant à eux, de quel voile il s’agit. Selon la compréhension exposée dans la suite de cet article, ce voile ne peut être que celui qui est extérieur. L’Église n’a d’ailleurs pas suivi Paul puisque nous avons vu plus haut que le jubé remplaçait ce voile pendant de nombreux siècles. Enfin, malheureusement, nombreux sont ceux qui croient qu’il suffit de déclarer sa croyance dans le Christ pour se voir pardonner tous ses péchés, dans la perspective d’un Dieu de miséricorde à cette seule condition. Nous allons voir plus loin que c’est loin d’être le cas.
Dans un ancien article (8), nommé le bon Samaritain, nous avons vu que ce qui est compris comme un enseignement sur l’amour inconditionnel d’autrui, est en réalité en lien avec l’abolition du culte au Temple, ainsi que celle de la classe sacerdotale. Cette dernière a trahi sa fonction en inversant son rapport au peuple qu’elle ne sert plus, en se légitimant de par son interprétation des textes. Interprétation qu’elle garde jalousement.
 

Le Miskan est divisé en trois zones:

 

Le Parvis s’ouvre vers l’est
Ces trois zones, séparées par deux voiles (ici en violet), correspondent à trois niveaux d’avancée transcendante dans la Révélation.
Le corps, l’âme et l’esprit.
hébreu: Bassar, Nèfès, RouH.

arabe: Jassad, Nafs, RouH.
La période qui s’étend de la révélation de la Torah jusqu’à la première venue était relative au corps. Il s’agissait d’établir une relation charnelle avec le Créateur à travers les sacrifices d’animaux. C’est ce que j’appelle le paradigme antique. [4] C’est un monothéisme essentiellement charnel par opposition aux cultes idolâtres très ancrés dans le matériel.
Ensuite, il y a une période qui se situe entre les deux venues messianiques. Il s’agit du paradigme mécanique. Le croyant nécessite un intermédiaire entre lui et le Créateur: une assemblée de savants pour les uns, un clergé pour les autres. Cela fait parti de la foi de se soumettre à ces entités. Il fait nécessairement parti d’un groupe aux contours bien définis. Il appartient à une communauté. Par rapport au Miskan, le croyant n’est plus maintenu au dehors. L’idolâtrie charnelle a disparu, du moins en théorie. Il s’agit donc de travailler à un autre niveau. Une parenthèse ici concernant l’interprétation chrétienne: le sacrifice du Messie ne signifie donc pas que le croyant se voit ôté ses péchés en ce monde, mais que les péchés d’idolâtrie charnelle n’ont plus besoin d’être portés par un support physique. Ou plutôt, je serais tenté de dire que ces péchés ne peuvent plus être réparés à partir de ce moment là. Si les israélites reproduisaient le geste d’Abraham, les chrétiens à leur tour, demeurent dans une dynamique spirituelle d’un Dieu qui aurait “sacrifié son fils”. Il pénètre donc dans l’espace Saint. Il travaille l’élévation de son âme. Deux voies lui sont alors proposées. La voie du nord: la voie deutéronomique, celle de l’exemple à suivre. Par la table des pains virtuelle de l’eucharistie, il accède à la table des encens. La voie du sud, la voie sacerdotale, celle de la loi à appliquer en soumission. La Ménorah symbolise cette voie. Les 7 lumières sont les 7 moments de glorification du Créateur qui rythment la journée[5]. La prière en groupe est le coeur de la foi musulmane. Cette prière est dirigée vers la Kaaba qui remplace le Saint des saints. Toutefois, même si elle n’est pas accessible au public, elle ne nécessite pas de rituel ni de statut particulier pour y pénétrer car il n’y a plus cette exigence d’un schéma à mettre en place. Le rituel des ablutions est le pendant du bénitier. Selon la prescription sacerdotale du Lévitique: Lv 8 L’Éternel parla à Aaron, et dit: 9 Tu ne boiras ni vin, ni boisson enivrante, toi et tes fils avec toi, lorsque vous entrerez dans la tente d’assignation, de peur que vous ne mouriez: ce sera une loi perpétuelle parmi vos descendants (la lignée sacerdotale) Il est donc normal qu’en suivant la voie sacerdotale nouvelle qui place le peuple à l’intérieur du Miskan, celui-ci accède donc au statut de grand-prêtre de la voie ancienne et doive s’abstenir de vin. On pourrait s’étonner ici que les chrétiens aient le droit de boire du vin, et que d’une manière générale ils n’aient aucune contrainte alimentaire de pureté rituelle, car c’est bien de cela dont il est question. Le Coran nous apporte la réponse: 3.93. Toute nourriture était licite aux enfants d’Israël, sauf celle qu’Israël lui-même s’interdit avant que ne descendît la Thora. Dis-[leur]: «Apportez la Thora et lisez-la, si ce que vous dites est vrai!» Ce verset nous montre que dans la période des Patriarches, c’est à dire la période purement deutéronomique de la Bible, il n’y avait donc aucune règle de pureté sacerdotale. Pour parler simplement, tous les Patriarches mangeaient du porc. Cependant, sur la question du vin uniquement, nous pouvons citer le passage de l’Évangile lié à cet article: Mathieu 26 ou Marc 14: 26 Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. 27 Il prit ensuite une coupe; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant: Buvez-en tous; 28 car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. 29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. Logiquement les disciples du Messie devraient donc faire de même jusqu’au jour où ils seront ensemble dans l’au-delà. Le vin est alors uniquement réservé à l’eucharistie dans le rappel des offrandes végétales au Miskan, puisque le vin est le sang du raisin avant tout.
Il est à noter que lorsque Jésus dit qu’il est le chemin, cela ne sous-entend pas qu’il est le seul chemin! Or, c’est souvent ce que les chrétiens comprennent.
L’accomplissement de ces deux voies mènent à l’esprit. Être en communion d’esprit avec le Créateur c’est établir une Arche.
 

Le Temple

Il est à noter que la tradition illuministe maçonnique a adopté la même démarche dans l’établissement de ses rites en vue du travail de l’âme de ses adeptes. Cet objectif, apparemment louable au demeurant, est cependant venu se substituer à l’élément clef de la transcendance. Cette tradition se réfère au Temple dit de Salomon qui serait le successeur choisi par Dieu pour le Miskan. Sa caractéristique principale selon les maçons, dont le “prophète principal” est Ézéchiel, est la présence de deux colonnes: Jakin et Boaz.
 

Le Temple dit de Salomon selon les textes.
 

Schéma d’un temple égyptien
 
 

La deuxième arcane du jeu de Tarot
 
Ces colonnes sont absentes du Miskan. Deux hypothèses s’offrent à nous. Une origine de la tradition égyptienne (extrait d’un article FM): “Le seul texte situant les colonnes à l’intérieur (du temple) est le Livre des Morts de l’Ancienne Égypte. Lorsque l’âme se trouve devant le Tribunal du Véridique, elle est questionnée sur les noms sacrés de tous les éléments architecturaux constituant la salle du Temple, et parmi ces noms il y a ceux des deux colonnes à l’intérieur. La connaissance des noms sacrés signifiait la possession des mystères. Or si nous considérons que les deux Colonnes bibliques étaient en airain et creuses, cela confirme cette fonction de « coffre des secrets ».” Ceci dans l’hypothèse où l’on considère que le temple englobe le parvis. Sinon, cela signifie que le parvis est extérieur et que les colonnes gardent l’entrée du temple. Ainsi, cette tradition viserait à dissocier l’aspect charnel de l’esprit. Les courants gnostiques des premiers siècles chrétiens ont introduit le concept de malédiction de l’incarnation des âmes dans la chair en accord avec cette interprétation, ce qui est totalement étranger à la Torah. Il a fallu donc que ces courants s’inscrivent en radicale opposition et en rupture complète en évoquant le dualisme: le Dieu de la Torah et celui de l’Évangile étant deux entités distinctes. Dans notre compréhension, ces éléments architecturaux symboliques matérialisent superbement l’interférence avec le processus d’élévation initial. Selon toute vraisemblance, le Temple est une création tardive qui n’a que peu de lien avec la Torah. Il ne s’agit que d’une réinterprétation des textes et une projection dans le dur par l’élite. Dans la mesure où les arts humains, tels que la sculpture, la peinture, n’ont pas droit de cité dans la demeure de Dieu, il semblerait qu’une caste se soit arrogée le droit d’être la seule à pratiquer un art sacré: l’architecture. Tant que la demeure du Créateur est sous une forme nomade, aucun art ne peut donc prendre le pas sur les autres. Il est important de se rappeler que les premières mosquées furent de simples espaces clos souvent à ciel ouvert. Citons ce passage d’Ésaïe 54, soit juste après ce fameux chapitre 53 [6] qui est la clef de la compréhension chrétienne des évangiles, où Dieu s’adresse à Hagar, la mère des ismaélites, en son vieil age: 1 (…) Car les fils de la délaissée (Hagar) seront plus nombreux Que les fils de celle qui est mariée (Sarah), dit l’Éternel. 2 Élargis l’espace de ta tente; Qu’on déploie les couvertures de ta demeure: Ne retiens pas! Allonge tes cordages, Et affermis tes pieux! 3 Car tu te répandras à droite et à gauche; Ta postérité envahira des nations, Et peuplera des villes désertes. Ce qui est décrit ici sont les mosquées qui se répandent sur le monde sur le modèle du Miskan, c’est à dire comme une tente. Les mosquées qui rivalisent de hauteur n’ont que peu de valeur aux yeux de l’Éternel. Elles ne servent qu’à servir l’orgueil des puissants. Je rappelle que les Architectes ont été pointés du doigt dans les Psaumes (118) puis dans les Évangiles en reprenant la référence ce ces premiers: Mt 21 Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures (Psaume 118) : ‘La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !’ Bien entendu, la pierre d’angle ici ne fait pas référence au temple mais bien à un concept spirituel sur la consécration très employé par la tradition maçonnique.
 

Ouvertures

Les rites de la communion chrétienne et de la prière en groupe musulmane ne sont pas des fins en soi, mais des outils d’élévation. Force est de constater la totale complémentarité des deux rites, à la fois temporellement et spirituellement. Vers quoi se dirige-t-on alors? L’argent est le sang de la société. Quand il circule, la société est vivante. Nombreux sont ceux qui ont compris que les véritables satanistes sont ceux qui croient détenir un pouvoir sur la circulation de l’argent. Nous avons vu que miskan signifie demeure en hébreu. Il a la même signification en arabe. Mais l’arabe possède une autre signification à cette racine: maskanah: la pauvreté. La demeure ultime du Créateur serait chez les pauvres. Ce serait là que vous le trouverez. Non pas, parce que vous l’y aurez cherché mais parce que y serez arrivé naturellement. On ne peut pas tricher. Ne cherchez pas non plus à être pauvre vous-mêmes si vous avez des capacités. Ne cherchez pas à vous isoler du monde et aux épreuves. Le croyant doit faire preuve de courage et être dans le monde… tout en y étant pas. A présent, projetez-vous depuis le matériel de l’argent dans l’esprit et comprenez l’essence de l’Alliance. Tout cela n’est que de la théorie mêlé à des réflexions personnelles. J’espère pouvoir réviser cette conclusion, mais ce n’est pas une obligation. C’est à chacun de poser les bases de son propre travail. Paix sur vous.
 

Les Rameaux

Cela fait maintenant plusieurs semaines que j’étudiais la Bible en vue de la rédaction de cet article. Ces derniers jours, je commençais à avoir une vue claire sur ce que je devais écrire. Il y a de cela quelques mois, au travers d’une publication Facebook, j’avais compris que je devais me rendre dans une cathédrale après l’été. Je passais donc le week-end à Saint-Denis. Je découvrais alors la présence de l’orgue dans la célébration. Depuis ce jour, je me rendais régulièrement à l’église pour la messe du dimanche. Toutefois, je prenais bien garde de me positionner en tant que simple spectateur de peur de pratiquer un rite qui aille à l’encontre de ma compréhension de l’Unicité. Ainsi, je ne me joignais pas à la file d’attente pour la prise de l’hostie. Je ne savais pas pourquoi j’étais là, mais je ressentais le besoin de témoigner. Hier, dimanche, c’était l’entrée dans la semaine sainte de Pâques. Cela s’appelle les Rameaux, pour rappeler l’épisode de l’entrée dans Jérusalem. Je n’ai jamais assisté à cette messe. Deux jours plus tôt, j’avais “demandé” à Dieu de me conseiller sur une destination pour le week-end. En général, à ce genre de pensée, je n’ai guère de réponse et je me débrouille tout seul pour décider. Sauf que ce jour là, j’entendis le mot “Lyons” dans ma tête. Un peu surpris et amusé, on ne sait jamais si ce n’est pas l’imagination qui joue des tours, je n’envisageais pas de partir pour la ville de Lyon pour une durée aussi courte. Une fois devant Maps, je tombais sur la ville de Lyons-la-forêt. Je me suis dit: “Pourquoi pas?” Je suis donc parti samedi soir vers Gisors pour y passer la nuit car c’est la seule mosquée sur la route vers Lyons. Le lendemain matin, pour la messe, je décide de me rendre dans une chapelle du centre ville de Gisors car il n’y a pas de culte rendu vers Lyons. Me voilà dans un édifice relativement petit et rempli quasiment que de personnes âgées. Entrant parmi les derniers, le sacristain m’indique un banc sur le coté de l’autel là où il se tient. Le service comprend comme spécificité la bénédiction des rameaux distribués à l’entrée à tous les fidèles, ainsi que le récit de la Passion pour commémorer l’entrée dans la semaine sainte. Comme à mon habitude, je demeure en simple spectateur, ne faisant rien pour me faire remarquer. Vient le temps de l’eucharistie. Une dame âgée s’approche du prêtre pour recevoir son hostie et ainsi les distribuer à son tour. Mais au lieu de se positionner dans un coin de l’église et d’attendre qu’une file se forme devant elle, elle commence à distribuer aux quelques personnes qui sont sur le coté de l’autel. Oups! Impossible d’y échapper. Dans quelques secondes elle sera devant moi. Je comprends alors qu’il doit en être ainsi. Je ne me dérobe pas. Je me saisis de l’hostie et la porte dans ma bouche. Mon cerveau tourne à plein régime. Ne suis-je pas en train de commettre une erreur? Mon Dieu répond moi. Fais-moi un signe. N’importe quoi, mais ne me laisse pas ainsi! La foule entonne alors: “Victoire! Victoire!” Mon Dieu, hurlais-je en moi-même tout en ne paraissant rien au dehors. Alors, c’est ainsi, me disais-je en sortant. L’article et la réalité se rejoigne. J’ai quelque peu le tournis. Je me rends dans une boulangerie pour y acheter du pain pour midi. Une pièce me tombe des mains. Je me baisse pour la ramasser. Il y a un objet par terre à coté de la pièce. Je le donne à la boulangère avec ma monnaie. Il s’agit d’une alliance.