mercredi 22 mai 2024

Les oiseaux et les pierres d’argile

Modifications le 26 avril 2023
Dernières modifications le 18 avril 2024·35 minutes de lecture
Ancien titre: Eucharistie

Tout allait bien. Des miracles, des malheureux guéris, de la nourriture providentielle, de jolies paraboles plaisantes à répéter. Un rayon de soleil dans une période si sombre. Jusqu’au moment où…
Jusqu’au moment où le Messie a déclaré la fin des sacrifices et la prochaine destruction du Temple qui en est le cadre. Une telle chose était inconcevable pour une grande partie des gens de la cité. Inimaginable. La destruction du Temple ce sont  les ennemis d’Israël qui l’envisagent. Nuls autres. Voilà qu’un homme qui se dit envoyé par le Créateur et précédé par le célèbre Jean, paix sur lui, qui se transforme en quelques instants en un terrible adversaire. La douche est froide. Cette arrivée triomphale se transforme en cauchemar pour beaucoup qui ont tout quitté.
Bien sur que les prêtres ne sont que des hommes, avec leurs défauts. Nul n’est naïf. D’ailleurs les gens du peuple n’envient pas leur situation. Bien sur qu’ils ont du faire de nombreux compromis avec l’occupant. Qu’aurait-on fait à leur place? Ne vaut-il pas mieux un Temple debout et dans lequel on peut venir adorer plutôt que pas de Temple du tout? Le roi qui l’a fait construire était détesté. Certes. Mais il est mort maintenant. Lui ou un autre. Si tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le pouvoir en place doivent partir dans le désert, comment allons-nous avancer en tant que peuple?

Avec nos yeux du 21ème siècle, nous lisons souvent les écritures comme une simple trame pour y puiser des enseignements sans pour autant nous mettre à la place des protagonistes. Quelques lignes d’Évangile peuvent-elles réellement nous faire réaliser le choc de cette annonce? La plupart des gens vont focaliser sur des passages comme la crucifixion pour se projeter dans le récit. Après tout un temple n’est qu’un monument. Qu’est-ce qu’un monument fait de pierres face à un édifice fait d’hommes? Le Temple ne peut rivaliser face à l’Eglise. Et c’est bien là le coeur de l’enseignement chrétien. Quant aux musulmans, ils savent que la vie d’un homme vaut bien plus que la Kaaba. Toutefois, nous pouvons nous remémorer le traumatisme mondiale du feu à Notre-Dame de Paris. Et ne ce n’est pourtant pas au même niveau de ce que les gens de l’époque considéraient comme l’écrin du Saint des Saints, c’est à dire la Présence divine.

Depuis maintenant  plus de 50 ans des voix se sont élevées. Ils ont trouvé un terme: sédévacantiste. Pour ces gens là, le gros des troupes est nommé conciliaire. Et à vrai dire, lorsque l’on écoute leur propos, force est de reconnaître qu’ils ne sont pas propres à rameuter les foules à eux. D’ailleurs y compris parmi les conciliaires, nous trouvons également des traditionalistes pas vraiment sur la ligne majoritaire. L’autorité centrale use de toutes ses ficelles afin de contrer ces deux groupes et de les garder en porte-à-faux. Ce qui est ironique puisque dans le même temps cette même autorité centrale va prôner un discours œcuménique pour favoriser le dialogue notamment avec les courants de la réforme qui sont les héritiers directs de mouvement de contestation d’il y a quelques siècles contre leur propre autorité.

Dans ce contexte, être une voix qui s’attaque à l’autorité centrale n’est pas une franche nouveauté. D’ailleurs, en appliquant les méthodologies mises au point pour chaque situation, aucune menace ne semble insurmontable pour l’autorité. Englober ou soumettre. Englober en étouffant, en stigmatisant. Soumettre en se débrouillant pour apparaître comme la référence absolue en matière de tolérance, d’ouverture, d’amitié. Se poser en initiateur du débat et de la rencontre envers les autres confessions comme l’Islam, c’est la garantie d’être le maître du jeu. Le maître du jeu est celui qui se met au service des autres. Force est de reconnaître que cela fonctionne à merveille. Les autres camps céderont toujours à la violence, à l’invective, à un prosélytisme forcené qui trahit un manque de cohésion dogmatique, à toutes sortes d’indices qui témoignent d’une petitesse spirituelle.
Vous voulez tuer l’homme en blanc? Il viendra vous pardonner dans votre cellule. Alors si parfois il faut faire quelques entorses au règlement en côtoyant des idoles de la Pachamama, après tout est-ce si grave? Seuls les grincheux s’indignent. (en me relisant, je m’aperçois que l’on pourrait passer à coté du ton ironique que j’emploie ici. Il est évident qu’il faut être bienveillant à l’égard des gens, mais il faut savoir être ferme sur des points fondamentaux: Abraham et Muhammad, paix sur eux, ont détruit des idoles aux yeux de tous)
Alors bien sur il y a eu de nombreux scandales sexuels. Des adultes, mais surtout des enfants. Et ça, même chez les mécréants ça ne passe pas. Mais bon, un bon coup de nettoyage, une bonne campagne de communication, et c’est reparti. Malgré la baisse de fréquentation des lieux de cultes, l’avenir semble assuré. Après tout, ce qu’on a perdu en quantité, on l’a peut-être gagné en qualité.

De venir affirmer comme cela que l’abus est rituel, c’est à dire qu’il a un statut institutionnalisé, ne peut provenir que d’un individu plein de haine. Un membre du clergé, et il peut être très haut dans la hiérarchie, qui n’a jamais été mêlé à de telles choses de près ou de loin, va se révolter fermement. Des brebis galeuses s’envisagent, la corruption d’une institution sacrée pour laquelle on a donné sa vie c’est impossible. 2000 ans!

Dans ce cas pourquoi cohabiter dans la même maison? Il y a suffisamment de temples réformés dans le monde. Certains y célèbrent surement un rite satisfaisant. Vas-y!

Va!

Va. C’est ainsi que commence la parasha Bo, la parasha de cette semaine. Bo veut dire va. C’est Dieu qui s’adresse à Moise, paix sur lui, pour lui dire d’aller vers le Pharaon. 3 plaies, puis c’est la Paque. Mais ce Va là, ne vient pas du Créateur. De celui qui se dit son vicaire, ou bien de ses subordonnées, ou bien de ses adorateurs?

Non, je ne bougerai pas. Il se trouve que vous détenez là un trésor. Et ce trésor, j’entends bien le récupérer. Non pas que cela soit ma volonté. Qu’est-ce que ma volonté pourrait bien engendrer? Pas grand chose. Je ne suis pas là pour faire ma volonté.
Les réformés, les orthodoxes, et autres, ont surement des bribes de la Vérité, mais ils ne se sont certes pas vus attribués ce trésor. Les musulmans? Ils ont le trésor du Livre. Il suffit de le réciter. Beaucoup de travail et n’importe qui peut y arriver dans son coin secret. Les mots ont une force transcendante, un pouvoir invisible. L’expérience vécue ne peut pas se décrire, elle se vit. Et il ne suffit pas d’avoir le menu pour apprécier le plat.

L’entrée dans la révélation coranique s’est faite par « Iqra« , lis, sourate 96. La sortie s’est faite dans la sourate 5 verset 3. La sourate al Maida, la Table céleste. Cette table c’est évidemment la Cène, indissociable de la Passion.
Nul ne peut donc sortir du Coran que par la Table céleste.
(Le fait que les entrées et sorties du Coran se situent à l’intérieur du texte est du au fait que la structure du Livre est la rhétorique sémitique, qui se distingue de la rhétorique grecque qui elle est linéaire, et qui comporte des boucles imbriquées et des passages en miroir. Se référer au travail de Michel Cuypers)

Il est des choses qui, lorsque l’on y a goûté, vous laissent démunis face à  la vie de tous les jours. Le Livre est une chose mais le trésor dont la caste à la garde en est une autre. L’un convoque les anges, tandis que l’autre convoque l’Esprit. Si là, demain, j’avais la garantie que ce trésor je pouvais y accéder sans me rendre dans vos lieux de cultes, sans avoir mes oreilles qui saignent à chaque fois que vous blasphémez l’Unicité, croyez-moi que vous ne me verriez plus jamais. Seulement voilà. Je ne fais pas le programme. Et il se trouve que l’enjeu concerne une communauté entière et la transmission. Savoir de quoi demain sera fait, dérouler le plan divin, on ne peut que spéculer. La seule chose dont on peut être sûr c’est que nous sommes en guerre. Et que ce genre de guerre, dans la perspective d’un croyant, n’est pas celle où il faut se trouver du mauvais coté dans l’absolu.

Théologie

Éprouver. Tout ce que l’on peut faire est témoigner de ce que l’on éprouve. Et trouver un écho en faisant parler l’écriture. Alors, que cela vous plaise ou non, je ne m’intéresse qu’aux Évangiles synoptiques dans la tradition néotestamentaire. Ne venez pas me parler de l’évangile de jean, de l’apocalypse, des épitres, etc… D’anciens articles en expliquent la raison bien enraciné dans les écritures. Au premier abord, on se dit que les paroles prononcées au moment de la transsubstantiation correspondent à la version donnée:

Sanctifie tes offrandes en répandant sur elles ton Esprit; Qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang De Jésus Christ, notre Seigneur.
Au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa passion, il prit le pain, il rendît grâce, il le rompit et le donna à ses disciples en disant :
« prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous. »
De même, à la fin du repas, il prit la coupe; De nouveau il rendit grâce, et la donna à ses disciples en disant :
« prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang,
le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés.
Vous ferez cela, en mémoire de moi.

Copions ici les 3 passages qui sont condensés dans ces paroles standardisées:

Mat. 26:26-28 – Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain et prononça la prière de bénédiction, puis il le rompit et le donna aux disciples en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe et remercia Dieu, puis il la leur donna en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui est versé pour beaucoup, pour le pardon des péchés.

Marc 14:22-24 –  Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la prière de bénédiction, il le rompit et le leur donna en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe et, après avoir remercié Dieu, il la leur donna et ils en burent tous. Il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui est versé pour beaucoup.

Luc 22:19-20 –  Ensuite il prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites ceci en souvenir de moi. Après le souper il prit de même la coupe et la leur donna en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est versé pour vous.

Ceci est une copie issue d’un site à tendance traditionaliste sédévacantiste. Autant dire, que l’auteur est pointilleux.
Avant de mener toute réflexion, il faut avoir pleinement conscience que nous sommes là au coeur de la foi chrétienne. Il ne s’agit pas là d’un sujet périphérique. Tout est là.
Et là, une première brèche se déclare. Sans crier gare. Ils ont escamoté des parties!
Copions-les:

Mat 26.29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père.

Marc 14.25 Je vous le dis en vérité, je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu.

Luc 22.15 Il leur dit: J’ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir;
22.16 car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.
22.17 Et, ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit: Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous;
22.18 car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu

Même si il y a divergence, nous avons tout de même une claire redondance. Comment peut-on envisager de tomber sur un consensus sur la formulation en occultant une partie?
Mais comment peut-on imaginer une seule seconde qu’à un moment pareil de l’Évangile, il y ait des mots que l’on puisse omettre?
Que l’on ne les explique pas, que l’on ne puisse pas les mettre en pratique, que l’on ne sache pas envisager le rite qui y est lié, cela peut s’admettre. Mais escamoter ce moment là de l’Évangile, ce n’est pas une trahison. Je ne sais même pas trouver un terme pour décrire cela.

Un musulman ayant soif de vérité me ferait remarquer que de toute façon les Évangiles sont falsifiés et qu’il est vain d’argumenter. Ce à quoi je répondrais que comme le Coran le conseille: si tu ne comprends pas, alors demande aux gens du rappel.
L’Évangile est là pour accomplir et non abolir la Torah. Commençons par nous débarrasser de ce fameux Melchizedek et de son ordre car ce personnage n’existe tout simplement pas. Et quel poids un passage aussi obscur peut-il faire  face  aux livres de l’Exode et du Lévitique et une Tradition sacerdotale millénaire? Aucun.
La loi mosaïque est claire: la consommation de sang est interdite. Les rites sacrificiels consistent en l’aspersion de l’autel avec le sang de l’animal. Il ne doit pas juste tomber au sol mais être projeté de manière énergique. Projeté, car le sang est la vie. La vie appartient au Créateur. Consommer le sang c’est vouloir se faire égal au Créateur. La Torah est claire là-dessus. On peut débattre des heures sur tout un tas de sujets, mais ici il n’y a aucune ambiguïté. Et la loi coranique s’inscrit pleinement dans cette continuité. Le sang est interdit!

Ce qui est curieux, c’est que les chrétiens s’appuient sur la loi mosaïque tout de même. Ainsi, voici ce qui est cité pour appuyer le propos:

Exode 24:8 – « Moïse prit le sang et en aspergea le peuple en disant : Voici le sang de l’alliance que l’Éternel a conclue avec vous sur la base de toutes ces paroles. »

Nous sommes au pied du Sinaï après la deuxième descente et il s’agit du sang de taureaux. Même si le renouvellement de l’Alliance peut être analogue à celle-ci, il n’est toutefois pas question de le consommer.
Fort de ces premières constatations, nous pourrions penser que la version correcte du texte est celle utilisé en Marc et Mathieu, ainsi modifiée:

Mat. 26:26-28 –  Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain et prononça la prière de bénédiction, puis il le rompit et le donna aux disciples en disant :
Prenez, mangez, ceci est mon corps.
Il prit ensuite une coupe et remercia Dieu, puis il la leur donna en disant :
Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui est répandu pour beaucoup, pour le pardon des péchés.
29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père.

La Passion se déroulant au moment de Pessah, nous savons que c’est une réinterprétation de cet événement, et plus particulièrement le sacrifice de l’agneau pascal:

Exode 12:7-8 – « On prendra de son sang et on en mettra sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera. Cette même nuit, on mangera sa viande…»
Exode 12:11 – « Quand vous le mangerez, vous aurez une ceinture à la taille, vos sandales aux pieds et votre bâton à la main. Vous le mangerez rapidement. C’est la Pâque de l’Éternel.»

Exode 12:13 – « Pour vous en revanche, le sang servira de signe sur les maisons où vous vous trouverez : je verrai le sang et je passerai par-dessus vous. Il n’y aura pas de fléau qui vous détruise quand je frapperai l’Égypte. »

Il s’agit de la Pâque, il s’agit bien de manger de la chair de l’agneau. Au passage, en anglais le terme est Passover, car le sens de Pessah c’est justement de passer au-dessus de ceux qui sont épargnés à l’heure où le châtiment s’abat. Il est tout à fait possible de transposer cette chair dans un morceau de pain rompu. Mais il n’est aucunement question de consommer le sang de l’agneau. Il doit être là aussi projeté sur une surface en hauteur.
Est-ce à dire que les fidèles doivent être confondus avec des seuils de maison?
En ayant réfléchi à la question, je ne vois ici que d’en asperger l’autel. Tout en conservant un geste symbolique, bien sur.

Nous trouvons un indice dans des textes précoces:

1 Pi 1 Pierre, apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui sont étrangers et dispersés (…)
qui sont élus selon la prescience de Dieu le Père, en sainteté de l’Esprit, pour l’obéissance et l’aspersion (rhantismon)  du sang de Jésus Christ: Que la grâce et la paix vous soient multipliées!

καὶ ῥαντισμὸν αἵματος Ἰησοῦ χριστοῦ se traduit par l’aspersion du sang de Jésus Christ. Il existe d’autres traductions qui introduisent les termes de purifiés, obéir, obtenir et participer. Mais le mot grec indique seulement l’aspersion.

Hb 12.22 Mais vous vous êtes approchés de la montagne de *, de la cité du Dieu vivant,*, des myriades qui*, 23 de l’assemblée*, du juge *, des esprits *, 24 de Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance, et du sang de l’aspersion qui parle mieux que celui d’Abel.

L’auteur d’Hébreux est inconnu. Si il peut être placé par certains aspects dans la ligne paulinienne, il s’en détache par d’autres. Ceci peut expliquer que concernant certains points, il nous livre certaines informations incompatibles avec la théologie des Épitres. Ici, il s’agit de la description de l’eucharistie. Nous le retrouvons ici, qui évoque les passages de la Torah:

Hébreux 9 : 19 Moïse, après avoir prononcé devant tout le peuple tous les commandements de la loi, prit le sang des veaux et des boucs, avec de l’eau, de la laine écarlate, et de l’hysope; et il fit l’aspersion (erhantisen) sur le livre, lui-même et sur tout le peuple,

Le passage de 1 Pierre ne précise pas où le sang est aspergé, mais il n’existe pas d’autre moment de la liturgie qui puisse permettre un tel acte.  Cela ne peut se situer qu’au moment de l’eucharistie. Nous comprenons qu’à cet acte ne peut être substitué une consommation.

La prédication de Jean le Baptiste, paix sur lui, qui est le précurseur, refuse la consommation du vin:

Lc 1.15 Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante

Timothée, un disciple de l’apôtre des gentils, est présenté selon certains exégètes comme influencé par celui-ci. Son maitre à penser le reprend alors:

1 Tim 5.23 Ne continue pas à ne boire que de l’eau; mais fais usage d’un peu de vin,

Il s’agit d’un échange entre disciples du Christ. Cela démontre que l’appartenance à la communauté n’impliquait pas nécessairement la consommation de vin. Chose qui aurait été obligatoire lors de l’eucharistie.

D’ailleurs les fidèles modernes ne boivent pas le vin transformé en sang. Seuls ceux qui ont prêté serment d’allégeance au vicaire en ont le droit. Théoriquement oui, mais dans les faits non. Pour des raisons pratiques doit-on présumer? Que viendrait faire le coté pratique en pareille circonstances lorsque déjà on considère que l’assemblée toute entière doit faire le tour de la nef? En vérité, je n’attends pas une réponse car j’imagine qu’il en existe des toutes faites prêtes à être servies. Il suffira à quiconque de se décharger vers une autorité compétente ou de demander un délai pour s’instruire précisément sur le sujet aux sources visées par l’autorité.

Les débats religieux interminables sur internet m’ont usé. Je vous le dis clairement, je ne suis pas là pour débattre. Nous allons aborder le sujet sous un autre angle. Un angle purement rabbinique. Car, il faut bien l’admettre avec les années qui passent, que ma méthodologie d’analyse des écritures est bien celle d’un rabbin. Mais un rabbin ayant le Coran comme référence et les Évangiles comme objectif. Il nous faut nous tourner vers le récit de Joseph, paix sur lui. Il existe deux versions: Genèse 37 à 50 et Coran sourate 12. Le passage qui nous préoccupe se situe dans la prison.
Voici le passage biblique:

40.9 Le chef des échansons raconta son songe à Joseph, et lui dit: Dans mon songe, voici, il y avait un cep devant moi. 40.10 Ce cep avait trois sarments. Quand il eut poussé, sa fleur se développa et ses grappes donnèrent des raisins mûrs. 40.11 La coupe de Pharaon était dans ma main. Je pris les raisins, je les pressai dans la coupe de Pharaon, et je mis la coupe dans la main de Pharaon. 40.12 Joseph lui dit: En voici l’explication. Les trois sarments sont trois jours. 40.13 Encore trois jours, et Pharaon relèvera ta tête et te rétablira dans ta charge; tu mettras la coupe dans la main de Pharaon, comme tu en avais l’habitude lorsque tu étais son échanson. 40.14 Mais souviens-toi de moi, quand tu seras heureux, et montre, je te prie, de la bonté à mon égard; parle en ma faveur à Pharaon, et fais-moi sortir de cette maison. 40.15 Car j’ai été enlevé du pays des Hébreux, et ici même je n’ai rien fait pour être mis en prison. 40.16 Le chef des panetiers, voyant que Joseph avait donné une explication favorable, dit: Voici, il y avait aussi, dans mon songe, trois corbeilles de pain blanc sur ma tête. 40.17 Dans la corbeille la plus élevée il y avait pour Pharaon des mets de toute espèce, cuits au four; et les oiseaux les mangeaient dans la corbeille au-dessus de ma tête. 40.18 Joseph répondit, et dit: En voici l’explication. Les trois corbeilles sont trois jours. 40.19 Encore trois jours, et Pharaon enlèvera ta tête de dessus toi, te fera pendre à un bois, et les oiseaux mangeront ta chair. 40.20 Le troisième jour, jour de la naissance de Pharaon, il fit un festin à tous ses serviteurs; et il éleva la tête du chef des échansons et la tête du chef des panetiers, au milieu de ses serviteurs: 40.21 il rétablit le chef des échansons dans sa charge d’échanson, pour qu’il mît la coupe dans la main de Pharaon; 40.22 mais il fit pendre le chef des panetiers, selon l’explication que Joseph leur avait donnée. 40.23 Le chef des échansons ne pensa plus à Joseph. Il l’oublia.

La version coranique

36 Deux valets entrèrent avec lui en prison. L’un d’eux dit: « Je me voyais [en rêve] pressant du raisin… » Et l’autre dit: « Et moi, je me voyais portant sur ma tête du pain dont les oiseaux mangeaient. Apprends-nous l’interprétation (de nos rêves), nous te voyons au nombre des bienfaisants. »
37 « La nourriture qui vous est attribuée ne vous parviendra point, dit-il, que je ne vous aie avisés de l’interprétation avant qu’elle ne vous arrive. Cela fait partie de ce que mon Seigneur m’a enseigné. Certes, j’ai abandonné la religion d’un peuple qui ne croit pas en Allah et qui nie la vie future. »
38 Et j’ai suivi la religion de mes ancêtres, Ibrahim (Abraham), Ishaq (Isaac) et Ya’qub (Jacob). Il ne nous convient pas d’associer à Allah quoi que ce soit. Ceci est une grâce d’Allah sur nous et sur tout le monde; mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants.
39 Ô mes deux compagnons de prison ! Qui est le meilleur: des seigneurs éparpillés ou Allah, l’Unique, le Dominateur suprême ?
40 Vous n’adorez, en dehors de Lui, que des noms que vous avez inventés, vous et vos ancêtres, et à l’appui desquels Allah n’a fait descendre aucune preuve. Le pouvoir n’appartient qu’à Allah. Il vous a commandé de n’adorer que Lui. Telle est la religion droite; mais la plupart des gens ne savent pas.
41 Ô mes deux compagnons de prison ! L’un de vous donnera du vin à boire à son maître; quant à l’autre, il sera crucifié, et les oiseaux mangeront de sa tête. L’affaire sur laquelle vous me consultez est déjà décidée. »
42 Et il dit à celui des deux dont il pensait qu’il serait délivré: « Parle de moi auprès de ton maître ». Mais le Diable fit qu’il oublia de le rappeler à son maître. Yusuf (Joseph) resta donc en prison quelques années.

Je vous renvoie à l’article suivant pour l’analogie entre le récit et les deux venues messianiques: https://www.stephanpain.com/2017/01/31/les-30-deniers/ 

 

Nous avions mis en évidence deux choses. Premièrement, nous avons donc deux personnages, l’un travaille le pain, l’autre travaille le vin. Nous voyons le lien direct avec la Cène puisque le passage en prison de Joseph symbolise la Passion. Il est donc bien question de pain et de vin. Deuxième chose, l’un des deux hommes sort de prison tandis que l’autre est exécuté. Crucifié dit le Coran. La Bible dit « pendu sur le bois », ce qui signifie la même chose. Dans cet article, je reliais le sort différent des deux prisonniers au salut des deux voleurs en croix de l’Évangile: l’un allait au paradis car il avait reconnu ultimement le Messie, l’autre en enfer. Déjà conscient de l’enjeu, je n’avais pas tenté d’aller plus loin dans l’analogie et de vouloir en déduire une correction sur le rite eucharistique. Aussi, cela en était resté là. A présent, nous allons tenter d’aller plus loin car nous avons un nouvel élément: les oiseaux. Nous entrons donc au cœur de cet article.

Faisons ici une analogie avec le ministère de Muhammad, paix sur lui. La sourate 105 nous rapporte l’histoire de l’éléphant qui a marqué durablement l’année de sa naissance.

N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi envers les gens de l’Eléphant?
 N’a-t-Il pas rendu leur ruse complètement vaine?
et envoyé sur eux des oiseaux par volées
 qui leur lançaient des pierres d’argile?
 Et Il les a rendus semblables à une paille mâchée.

Un guerrier à la tête d’une armée a voulu conquérir la Mecque polythéiste à l’aide d’éléphants. La partie semblait gagnée car il ne rencontrait que peu de résistance sur sa route. Ce sont alors des oiseaux venus du ciel qui ont lancé des pierres d’argile sur l’armée pour la réduire à néant. L’enseignement principal au premier degré était de montrer aux mecquois que le Créateur n’a besoin de personne pour défendre ses lieux saints. Métaphoriquement, nous pouvons comprendre qu’il s’agit là d’une annonciation des temps à venir pour la Cité. Les oiseaux symbolisent les premiers disciples de Muhammad, paix sur lui. Ce ne sont pas les oiseaux de proies qui menacent les fils d’Israël dans la prophétie d’Abraham, paix sur lui, car ils auraient attaqué directement avec leurs becs et leur griffes. On peut supposer que les pierres d’argile sont autant de versets qui descendent du ciel pour détruire les vieilles croyances. Les éléphants étant les plus gros animaux terrestres, ils symbolisent donc les pires idolâtres descendants d’Abraham, paix sur lui. Il faut se rappeler qu’ils sont en charge de la Kaaba.

Si nous projetons ce récit sur le temps présent, nous considérons les tentatives de domination de l’autorité centrale sur le monde islamique par les diverses rencontres inter-religieuses organisées en Egypte ou aux Emirats. La réponse doit être apporté par les oiseaux: une pluie de pierres d’argiles. Il me semble que si les pierres d’argiles symbolisent les écritures, les oiseaux possèdent cette capacité d’entrer en guerre tout en gardant de la hauteur et en respectant les hommes.

 

Revenons en prison afin de conclure sur l’eucharistie. Nous pourrions livrer une interprétation moins intuitive où nous aurions le panetier, qui est crucifié par le Pharaon, qui symbolise non pas le larron qui va en Enfer mais celui qui va au Paradis. Les oiseaux qui viennent manger de sa tête ne seraient donc pas un mauvais signe, mais symboliseraient les croyants fidèles qui viennent s’abreuver à la Parole du crucifié, celui de l’évangile. Egalement en mangeant de sa chair dit la Bible, ils deviennent son corps. Le larron dit ceci:

Luc 23.42 Et il dit à Jésus:
Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne.

Tandis que l’échanson, qui est donc relié au larron en croix qui renie ultimement le Messie, alors que Joseph lui demande expressément, oublie de se souvenir de lui à cause de Satan. Joseph moisit en prison plusieurs années. L’échanson est heureux et fier de servir le vin à son maître: son dieu (le mot en arabe est rabba/rabbi dans les versets 41,42) éparpillé d’ici-bas dont c’est le jour anniversaire.

Pas de délai pour se souvenir du premier larron et également ce que dit ce verset c’est que d’une part le Messie n’est pas descendu aux enfers pendant 3 jours comme le prétendent les chrétiens, ni qu’il est monté au ciel vivant comme le prétendent les musulmans:

23.43 Jésus répondit au larron:

Je te le dis en vérité,
aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.

 

 

 

Notes:
Explications sourate al fil:
https://www.islamreligion.com/fr/articles/11212/chapitre-105-al-fil-l-elephant/