Cette étude entamée le 26/12/25 est une expansion d’un sous-sujet de l’article Pierre & le loup. La photo de couverture représente le pendentif que je portais durant les premiers mois de 2012 comme symbole de l’inversion de la pyramide. Avec le temps, j’ai réalisé que le principe d’adoption de symboles était une marque de cette vision religieuse que je combattais. Je ne l’ai pas renié pour autant, juste posé dans un coin et oublié. Jusqu’à ce soir du 2 janvier 2026.
Triangulation
Étudions l’introduction du texte du cantique plus en détail.
1.2 Qu’il me baise des baisers de sa bouche! Car tes amours (valent) mieux que le vin,
1.3 Tes parfums ont une odeur suave; Ton nom est un parfum qui se répand; C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.
Les deux premiers mots sont une emphase sémitique sur la racine NSQ. Le sens est variable mais il est ici verrouillé par la bouche et indique donc bien un baiser. Le baiser est une pratique biblique normale qui peut s’investir de différentes fonctions sacrales en étant exempte de toute dimension affective et encore moins charnelle, notamment la reconnaissance du statut royal d’une personne. Maintenant tout dépend du contexte, c’est ce que nous allons voir par la suite. Ce qui est traduit ici par parfums est parfois traduit ailleurs par huiles. Il s’agit de shemen, plus souvent utilisé pour décrire un produit utilisé pour l’onction. Si il est donné un sens de parfum, c’est parce que la phrase est introduite par lereah, évoquant la senteur. Mais la racine RYH vient de RWH, et nous reconnaissons le champ lexical de l’Esprit. Et là, le verset prend un tout autre sens. Reah peut être utilisé pour décrire l’odeur d’un sacrifice qui plait à Dieu. Ici, ce serait donc une onction dont l’odeur plairait à Dieu. Cela pourrait bien être l’origine de l’établissement scripturaire de la contre-eucharistie. Poursuivons. Le verset se termine sur ‘almot, ici traduit par jeunes filles, mais qui dans Esaie 7.14 est traduit par vierges. Un esprit aiguisé peut alors se remémorer la parabole des 10 vierges. Les sages ont gardé de l’huile, les folles ont oublié. Gardons cette information pour plus tard. A présent, étudions la structure du passage. Il se trouve que se produit un curieux changement de possessif.
sa, causalité, tes, tes, ton, causalité, elles.
Pour résoudre cette problématique, nous allons nous aider d’un texte beaucoup plus récent celui-là, et apparemment profane, visible ici:
https://www.stephanpain.com/2020/01/26/loutil-gama/
Parabol/Parabola
(…)
In this holy reality, in this holy experience,
Choosing to be here in… (break)This body, this body holding me Be my reminder here that I am not alone in…
This body, this body holding me, makes me feel (intro)/feeling eternal…
All this pain is an illusionDans cette sainte réalité, dans cette sainte expérience
Choisir d’être ici dans …(break)Ce corps, ce corps me tenant Sois mon rappel ici que je ne suis pas seul dans …
Ce corps, ce corps me tenant, me fait me sentir (intro)/se sentant(refrain) éternel…
Toute cette douleur est une illusion
Le sujet exposé de manière frontale est l’incarnation. L’auteur expose l’idée qu’elle émane d’un choix personnelle. Cela s’apparente aux principes du karma bien que par ailleurs il s’identifie dans une foi chrétienne apparente mais conflictuelle (lien avec sa mère, voir https://www.stephanpain.com/2013/06/06/sous-son-emprise/ ). La dissociation traumatique est ici exposée de manière cryptée. L’anglais permet la possibilité de terminer sur le « in ». En français, cela ne fonctionne pas: le lecteur poursuit la phrase à la ligne suivante et comprend que le narrateur n’est pas seul dans son corps. Corps dont d’ailleurs il parle de manière détaché. Ce passage est intéressant à plus d’un titre puisqu’il vient mêler la perception de la réalité, la sacralité, les expériences mystiques, la dissociation, l’éternité, la douleur et l’illusion. A la façon de le chanter, avec une pause après les ‘in’, Il y a un break dans la musique pour appuyer la bascule de sens, l’auditeur est invité apparemment à détacher les lignes. Mais, Sois mon rappel ici que je ne suis pas seul dans ce corps est le véritable message. De plus dans l’introduction, nous comprenons que c’est ce corps qui le fait se sentir éternel, puis dans le refrain, se sentant éternel, ou plutôt se sachant éternel, cela fait réaliser que la douleur ressentie (psychologique due au traumatisme) est une illusion (cela aide à la supporter). Et si quelqu’un devait s’inquiéter du réel sens des paroles, on pourra toujours invoquer l’art. Cette technique de découpe peut s’appliquer à l’introduction du cantique. Voici donc la découpe:
Qu’il me baise des baisers de sa bouche! | Car meilleurs tes amours que le vin, | A la senteur (sont) tes onctions bonnes; Ton onction se répand en ton nom; | C’est pourquoi | les vierges t’aiment.
Il y a ici 3 groupes. Le premier est composé du narrateur et d’un « il ». Le deuxième est « tu ». Le dernier d’un groupe de vierges. Pour s’en assurer, il suffit de prolonger la lecture. Voici la suite, découpée de la même manière:
Entraîne-moi | après toi | Nous courrons | | Le roi m’introduit dans ses appartements. Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi; Nous célébrerons/remémorons ton amour plus que le vin. | Justement, ils t’aiment.
Je traduirais par « Fais-moi venir ». Le texte hébreu place une virgule après ce premier mot. Ainsi le « après toi » peut être accolé au « nous courrons » (qui doit être surement pris au figuré). Cela change le sens de ce « nous ». Pour changer le sens, il faut donc se tourner. Or, que dit le texte plus loin:
6.1 Où est allé ton bien-aimé, O la plus belle des femmes? De quel côté ton bien-aimé s’est-il tourné (panah)? Nous le chercherons avec toi.
Panah: se tourner, se retourner, faire face. Dans le 4ème évangile, dans l’épisode « noli me tangere », un détail attire l’attention:
20.13 Ils lui dirent: Femme, pourquoi pleures-tu? Elle leur répondit: Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis.
20.14 En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
20.15 Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai.
20.16 Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna,
Le nous n’est plus « je +toi », mais « je+roi », puisque le roi suit immédiatement et est le sujet d’une action de déplacement avec « je ». Gardons-bien en tête que le roi ici n’est pas Salomon, paix sur lui. Une structure triangulaire fluctuante apparait. Idem pour la suite, structurée identiquement aux premiers versets.
Tu, bascule (toi), nous, puis Roi+je, nous, bascule (ton) , ils.
Ici le féminin pluriel final a laissé place à un masculin plus générique. Nous célébrerons/remémorons ton amour plus que le vin. établit donc une séparation entre la foule et le groupe restreint roi+je. Seulement voilà, si j’ai recopié ce morceau tel quel, je ne suis pas pour autant en accord avec sa traduction. La comparaison est forcée ici car le traducteur est influencé par la comparaison du premier verset qui utilise également le bloc « dodeka miyayin » = « tes amours/aimés depuis le vin ». La causalité du « ki » est reprise par le « al ken » dans les deux premiers versets. On peut repérer une reprise similaire et établir un lien entre le « après toi » et le « min ». Il ne s’agit donc plus d’une comparaison, mais d’une situation. Nous pouvons alors traduire ainsi:
Nous nous remémorons tes bien-aimés depuis le vin.
Si nous étions dans une vidéo, ce serait le moment propice d’introduire un effet sonore de choc, il me semble. Ce qui ressemble à la définition de la deuxième partie de l’eucharistie instituée. Troublant à plus d’un titre, si nous ne restons pas concentrés sur le fait que nous analysons un texte anti-prophétique. Dans les articles sur Pessa’h, nous avons abordé la question de l’eucharistie en tant qu’accomplissement de Pessa’h, et nous en étions arrivé à la conclusion que la consommation de vin comme procédé de souvenir ne pouvait constituer cet accomplissement. Et si l’on rattache cette partie au « ils » suivant, le « nous », englobe alors le « roi+je+ils » plutôt que le simple « roi+je ». Cette commémoration englobe donc tout le monde à la différence de l’onction au parfum décrite juste au dessus. Nous remarquons d’ailleurs que dans l’onction au parfum, c’est le « tu » (interprété comme le porteur de la Révélation) qui est encadré, tandis que pour la commémoration au vin, c’est le « roi+je » (les membres dynastiques) qui l’est. Tout cela nous permet d’établir une connexion directe et anti-scripturaire entre la pseudo-cène de l’onction au parfum et la contre-eucharistie instituée en tant que rite communautaire. La connexion entre la Cène de la fraction du pain et l’eucharistie est quant à elle dans le texte même de l’évangile. On peut alors se demander si les textes n’ont pas été modifiés pour y inclure le vin. Mais comme nous l’avons vu dans les études précédentes, le vin est bien présent à la Cène, mais non consommé. C’est un rite d’aspersion analogue au rite lévitique du sang sur l’autel. Le glissement entre l’eucharistie et la contre-eucharistie se fait uniquement sur la subtilité de cette destination du vin. Dans les faits, l’assemblée ne consomme pas le vin, elle prend seulement l’hostie. Mais ce n’est pas fini, loin de là. Car si on lit bien le texte, nous constatons qu’il y a une distinction nette entre les termes dod et mahmad. Dod fait référence à une personne et mahmad à un objet de désir. L’arabe et l’hébreu fonctionne de manière similaire. En arabe, le préfixe Mu s’emploie pour une personne liée à l’action du verbe (celui qui), tandis que l’objet implique le préfixe Ma (l’objet qui sert à). Mahmad signifie donc littéralement « l’objet qui est le support du désir », tandis que Muhmad serait « celui qui est le sujet de mon désir ». ( en théorie en hébreu car cette forme n’existe pas, et en arabe HMD est en lien avec la louange, le prénom signifie alors ‘Celui qui louange » et non « Celui qui est louangé » comme on peut souvent le lire). Or, dans ce passage, nous avons le terme dodeka, qui est traduit par « tes amours », donc fait référence à un objet ( sous les formes dodi et dodek, cela est traduit par « mon/ton bien-aimé »). Mais si nous personnifions dodeka, alors il signifie « tes bien-aimés ». Nous comprenons alors qu’il est fait référence à un groupe restreint constitué du roi et de la reine, et par extension, tous ceux qui sont leurs égaux spirituels. La contre-eucharistie à partir du vin n’a donc pas la fonction de commémoration de l’envoyé de Dieu seulement, mais des bien-aimés dans leur ensemble (l’envoyé inclus). La caste a réussi à introduire dans le rite sa propre glorification par l’assemblée.
Détail amusant, il y a un jeu de mot qui n’a pu échapper à ceux, de langue grecque, qui se sont investi de ce cantique pour en faire un document eschatologique. C’est la raison du titre de cet article. Dodeka en hébreu est le pluriel de dod avec le possessif « tes ». Nous le traduisons littéralement par « tes aimés ». Ici, bien-aimés suivant le terme adopté par le contre-évangile. Mais dodeka, phonétiquement est aussi du grec, langue courante de ce groupe, et signifie 12. Donc Dodeka= tes bien-aimés(la caste royale)/les Apôtres. Chacun appréciera. Mais ce n’est pas fini! Je copie ce que l’on peut trouver en wiki, et qui ne souffre pas vraiment d’interprétation.
« Les Douze Dieux (hoi dōdeka theoi), ou « les Douze » (hoi dōdeka) , sont un groupe de divinités qui disposent d’un culte collectif dans plusieurs cités de la Grèce antique, dans un sanctuaire appelé Dodekatheon. Sa composition varie, mais on y retrouve généralement les principales divinités grecques. Par la suite et de nos jours, la notion de douze divinités grecques a fini par désigner les divinités grecques majeures réunies autour de _eus, aussi surnommées « divinités olympiennes ». Pour autant que l’on puisse la repérer, cette notion d’un groupe de douze dieux se met progressivement en place à partir de la fin du viiie siècle av. J.-C., parmi les tentatives de mettre en ordre le monde divin (qui se retrouve aussi dans les théogonies et généalogies divines), dans la poésie et aussi dans le culte. Chez _omère déjà les grands dieux dirigés par _eus forment par moments un groupe de douze (_liade, XX, 33-40). »
Considérant cette nouvelle donnée, il apparait que l’origine de cette structure d’une base composée de 12 éléments est calquée sur la structure familiale biblique. Il ne peut s’agir d’un hasard en ce qui concerne le cantique. Un grand nombre de spécialistes s’accorde pour dater sa rédaction sous la période hellénistique, donc dans la pleine connaissance de la religion grecque. Si les rédacteurs prétendument de culture biblique, ont cherché à exprimer leur réelle adhésion à la foi des Douze, dōdeka, il est tout à fait envisageable que ce jeu de mot ait été pensé à la rédaction. Dans ma première approche, je faisais un rapprochement avec les 12 Apôtres. Mais si les Apôtres sont 12, c’est pour s’inscrire dans la symbolique des 12 tribus d’Israël. Si le dodeka du cantique fait référence de manière cryptée à un groupe de 12, il s’agit du noyau origine théiste grec. Nous aurions alors des membres qui se revendiquent être des incarnations de ces divinités dans la droite lignée de la religion antique égyptienne. Selon la cosmogonie grec, le Messie doit donc être divinisé et prendre sa place de divinité dans le panthéon. Ai-je besoin de vous expliquer la présence de cette personne grimée en bleu dans la parodie de la Cène qui a eu lieu durant les jeux païens de l’été dernier? De ce point de vue, constatons que l’équipe d’en face est assez sûre d’elle. Si je n’ai qu’un conseil: abordez la période à venir avec humilité, quoi qu’il se passe.
Prolongement 5/1/26:
Pour parvenir à résoudre cette problématique, nous allons nous servir de la tradition bouddhiste tibétaine. Non pas qu’il s’agisse d’établir un lien direct de causalité, mais d’identifier une mécanique spirituelle similaire. Le bouddhisme est un mouvement de réforme de l’hindouisme, mais il en reprend le concept du karma et de la réincarnation. Sa branche la plus influente au niveau politique est structurée autour de deux personnages fonctionnant un peu à la manière d’un roi et de son vizir. Lorsque l’un des deux décède, l’autre est chargé de trancher sur l’identité de la réincarnation du premier. A ce sujet, afin d’exercer un contrôle sur le Tibet, le gouvernement chinois a voulu contrer ce principe en imposant le successeur plutôt que de supprimer la fonction. L’impérialisme n’est pas l’apanage de l’occident. Ce processus peut durer de longues années. Lorsque j’ironisais sur l’interprétation de la fondation de Pierre comme tête de l’Église qui implique sa réincarnation, c’était fondé sur la théologie. C’est la seule conclusion logique au refus de laisser Pierre comme simple fondation immuable et de vouloir perpétuellement le renouveler comme pierre sommitale. L’assemblée des sages tibétains légitime son choix par des signes mystiques au même titre que l’assemblée des cardinaux invoque l’Esprit. Du point de vue théologique, il n’y a strictement aucune différence. On peut alors argumenter que la réincarnation ne fait officiellement pas partie du dogme catholique. C’est là où le cantique vient jouer son rôle. Nous comprenons alors que la quête centrale du cantique s’apparente à la recherche de la prochaine réincarnation du guide tibétain. Le narrateur, le « je », est en réalité le principe légitimant, la pierre sommitale. Il s’appuie sur le roi (l’autorité légitime en exercice, ou considérée comme telle car supplantée par une autorité injuste comme les exilarques (statut officiel des Monobaze dans le traité des exilarques)) pour désigner son homologue. Sous ce schéma, nous retrouvons très nettement la structure principale du conte des deux frères égyptiens. Nous pourrions voir l’échec et la mort du pharaon comme une résultante de sa disgrâce auprès du principe légitimant. La rédaction est motivée par la mise en échec du pharaon par Moïse, paix sur lui. Ce n’est pas la fonction de pharaon qui est remise en cause, et encore moins les fondements religieux, mais la personne elle-même. Le but est de récupérer la personne du prophète, paix sur lui, dans la matrice polythéiste et de réattribuer les Signes liés à l’Exode à l’une des divinités du panthéon (c’est alors le panthéon qui est considéré comme un ensemble légitimant homogène à la grande différence du conte isiaque qui opposait les divinités entre elles; la théologie polythéiste s’adapte pour faire face à la crise). Dans l’histoire tibétaine des élus officiellement reconnus ont été désavoués par la suite, et il semblerait que malgré les airs inoffensifs des bouddhistes (du point de vue occidental), ceux-ci auraient été purement et simplement éliminés physiquement (6ème de la liste par exemple) par la décision de leurs homologues. Le pape est seul car il est la pierre sommitale et l’assemblée cardinale peut fonctionner comme un modèle étendu du couple masculin roi/vizir (les antagonismes sont incarnés par des groupes de personne au sein de la curie; les traditionnels ont un pape non-officiel africain). C’est bel et bien le pape qui régénère ce corps bicéphale au fur et à mesure, officiellement guidé par l’Esprit et non seulement par une réflexion intellectuelle.
Nous avons vu juste avant que les termes bien-aimés sont issus de la racine DWD. Les locuteurs de langue sémitique reconnaissent le prénom David, paix sur lui. En hébreu, nous pouvons alors établir un principe: HMD désigne le désir, et ce désir amène l’attachement DWD. L’un se subordonne à l’autre.
Qu 3.33 Certes, Allah a élu Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille de ‘Imran au-dessus de tout le monde.
Ce verset décrit les véritables Dodim auxquels le cantique tente de se rattacher. En arabe, HMD a évolué en sens, puisque la racine désigne la louange: le seul désir de Dieu se matérialise par la louange. Lorsque le Coran fait référence à la prophétie de la venue d’Ahmad, paix sur lui, il implique une notion supérieure au simple désir spirituel . Ainsi le Coran subordonne les Psaumes au niveau légal: louanger en hébreu est Halel, comme dans Halleluyah, Halal en arabe signifie « autoriser ». Dans le cadre du cantique, Ahmad est subordonné au Dowd. Pour devenir un Dowd, il faut être légitimé par un autre Dowd, alors que le principe initial est la légitimation divine comme dans le verset coranique cité au-dessus. Initialement, les rois d’Israël appartiennent à la Maison de David, dans le sens où ils sont fils de David. Mais fils de David n’est pas un titre, et encore moins un titre spécifique au Messie (celui lié au Jugement, car messie signifie oint et peut être attribué à beaucoup de personnes). Si je dis cela, c’est parce que le Messie se présente dans les synoptiques comme le fils de l’homme. Il n’est appelé fils de David que par des personnes possédées et la foule. Le seul moment où il utilise ce terme c’est pour le réfuter à l’aide du Psaume 110. Nous avons déconstruit la théologie chrétienne autour de l’interprétation de ce Psaume. Voir: https://www.stephanpain.com/2023/02/18/justice/
Mt 22.41 Comme les pharisiens étaient assemblés, Jésus les interrogea, 22.42 en disant: Que pensez-vous du Messie? De qui est-il fils? Ils lui répondirent: De David.
22.43 Et Jésus leur dit: Comment donc David, animé par l’Esprit, l’appelle-t-il seigneur, lorsqu’il dit:
22.44 (Ps 110.1)L’Éternel a dit à mon seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied?
22.45 Si donc David l’appelle seigneur, comment est-il son fils?
22.46 Nul ne put lui répondre un mot. Et, depuis ce jour, personne n’osa plus lui proposer des questions.
La question introductive est une question théologique sur la définition de la fonction de Messie. Le Messie ne parle pas de lui-même afin de se justifier. La théologie usuelle affirme donc qu’au lieu d’établir que le Messie se désavoue du titre de fils de David, que sa citation du Psaume 110 serait pour démontrer qu’il se place au-dessus de ce dernier parce qu’il serait Dieu incarné. Soupir. Bref. La Bible ne mentionne pas le titre de fils de David comme attribut spécifique au Messie. Si plusieurs personnes utilisent ce terme pour nommer le Messie au moment de sa venue, c’est parce qu’ils sont conditionnés par une théologie propre à cette époque. En toute logique, le cantique peut être identifié clairement comme l’origine probable de ce titre messianique. En citant le Psaume 110 pour montrer qu’il ne peut pas être nommé comme le fils de David attendu, il se désavoue donc de cette lecture eschatologique, et partant, de ceux qui se revendiquent appartenir au groupe des Dodim.
4E 12.9 Une grande multitude de Juifs apprirent que Jésus était à Béthanie; et ils y vinrent, non pas seulement à cause de lui, mais aussi pour voir _azare, qu’il avait ressuscité des morts.
Le Messie et le bien-aimé sont mis sur le même plan ici face aux disciples. Dans cette logique, nous comprenons que le jardin du cantique, dans lequel prétend se retrouver la dowd féminine de l’évangile pseudo-Dodim (centré sur la résurrection du bien-aimé, chap 11) serait l’état spirituel d’avant-gout du Paradis ici-bas offert par l’adhésion au groupe. Nous reconnaissons bien là les habituelles ruses de l’adversaire. Tous les éléments sont réunis pour établir le lien avec la caste des séparés modernes (hommes et femmes bien entendu).
Encore une fois, nous comprenons que la divinisation du Messie ne participe pas d’une recherche de la Vérité, mais de la volonté de se légitimer comme membre du groupe des Dodim lui-même supérieur au groupe des Ahmadim (l’assemblée de ceux qui portent leur louange vers le Tout-Puissant) dans l’inversion des écritures. Après recherche, il semblerait que l’auteur du cantique aient puisé dans Daniel, paix sur, son inspiration. Daniel est le prophète des grandes visions, de la description du futur, des empires. Il est complémentaire de la vision poétique des Psaumes. Dans les chapitres 9 et 10, il a des visions de l’ange Gabriel, paix sur lui. Ce dernier le nomme « Ish Hamoudot », que l’on pourrait traduire littéralement par « homme des désirabilités ». Hamoudot est ainsi un pluriel obtenu sur la racine HMD, son sens est similaire à kullo mahamadim. Nous voyons bien le lien entre la racine HMD et les nations, à la différence de DWD qui est lié à la centralité d’Israël.
Dans les synoptiques, une voix céleste se fait entendre pour nommer le Messie comme bien-aimé. Le terme grec est agapetos. Il s’agit surement de la traduction de Dodi. Dans l’évangile des pseudo-Dodim, il est nommé monogenes, traduit théologiquement par « unique engendré ». Mais quand on se réfère aux antiquités judaïques, le terme monogene est utilisé pour désigner une élection de l’un parmi un groupe, une primauté, et non une unicité absolue. En reprenant ce terme et en faisant couronner le Messie à la croix, la succession royale est donc ouverte et ce, d’autant que l’auteur fait du disciple bien-aimé (sur le verbe agape) à ce moment là, le fils de la Vierge, paix sur elle.
https://www.stephanpain.com/2024/09/23/onction/
Cette idée de préférence parmi un groupe, nous la retrouvons dans le cantique, transposée au personnage féminin. L’expression est: ’a·ḥaṯ hi laimmah, bā·rāh hi lə·yō·w·laḏ·tāh:
6.9 Mais unique est ma colombe, mon amie accomplie; elle est unique pour sa mère, elle est la préférée de celle qui l’a enfantée. Les jeunes filles, en la voyant, la proclament heureuse; reines et concubines font son éloge.
Vraisemblablement, les parents royaux d’Adiabène semblaient s’inspirer du cantique à la naissance de leur second fils.
Le Psaume 110 est avant tout un Psaume entérinant l’autorité du Messie sur les écritures. Ce qui explique la conclusion du chapitre 22 de Mt.
Remarque: Je suis bien conscient que tout cela peut paraitre un peu fouillis. Mais le travail en temps réel implique de rajouter des couches et de venir répondre à des hypothèses formulées la veille. De toute façon, l’article ne peut pas se suffire à lui-même et nécessite un travail personnel en dehors, de recherche, de compréhension. Il est d’ailleurs tout à fait possible de résoudre certaines problématiques avant moi en abordant avec un biais différent.
Un schéma pour visualiser les analogies:
Monde grec |
Cantique des pseudo-Dodim |
Évangile des pseudo-Dodim |
Curie romaine |
Bouddhisme tibétain |
|
| Termes-clef | Logos | דּוֹדִים (Dodim) | Logos/Bien-aimé/Monogenes | Rome | bodhicitta (बोधिचित्त) |
| Principe central |
philosophie: sagesse |
Désir métaphysique |
évangélisation spirituelle supérieure aux synoptiques |
Succession apostolique |
responsabilité de l’enseignement de l’éveil |
| Figure centrale, principe féminin légitimant |
Science/nature divinisée |
narrateur: la bien-aimée |
La femme à l’onction au parfum de Béthanie |
pape |
la voie |
| Antagonisme de gouvernance, principe masculin dual |
les Douze divinités en perpétuel conflit |
Le roi établi et le bien-aimé en fuite |
Le Messie sacrifié et le disciple bien-aimé établi dans une dynastie officielle |
les deux courants majoritaires au sein du conclave (alternance habituelle de tendance: non respectée en 2025) |
les deux lamas complémentaires |
| Réincarnation |
reconnue publiquement |
occulte |
résurrection anticipée au Jour |
Pierre comme tête perpétuellement renouvelée |
doctrine fondatrice héritée |
| Mode de reconnaissance |
Initiation et rituels |
Baiser |
Onction au parfum |
Imposition et onction avec le Chrême |
manifestations mystiques |
| Légitimité invoquée |
auto-légitimation |
Agapé |
Esprit |
Esprit |
oracles |
| Espace réservé |
olympe |
Jardin |
Jardin |
pré-jardin |
monastère inaccessible |
| Fonction officielle |
régner sur la plèbe |
poésie exilarque |
non |
gouvernance du peuple de Dieu |
gouvernance du peuple éveillé |
| Risque dénoncé |
impérialisme |
interprétation littérale eschatologique zélote |
conspiration contre le Temple, domination du Sanhédrin |
Cléricalisme |
Captation politique |
| Mécanisme triangulaire |
Quête perpétuelle de la sagesse |
Quête sans cesse renouvelée du nouveau bien-aimé |
Passion, résurrection du chapitre 11, apparition « noli me tangere »: ascension |
Conclave, nomination des cardinaux, attente eschatologique de la Seconde Venue |
Quêtes successives dans tout le pays |
Notre fameux philosophe allemand aurait pu avoir sa propre colonne si nous avions plus de place. Sa structure triangulaire conceptuelle s’est incarnée comme nous l’avons vu (la femme a écrit sur la complémentarité des deux philosophes). La transcendance, dans sa pensée, est remplacée par un égrégore d’une assemblée de surhommes. Ce qui est l’exact définition de l’opposition à l’Esprit. Son opposition frontale anti-théiste met donc à nu par analogie tout ce qui est occulte dans les autres colonnes, notamment la nature réelle de la source de la légitimité qui est donc cet égrégore.
Dans la chanson cité en début d’article, on trouve des similarités avec la pensée du philosophe allemand, dans le sens où l’auteur affirme un choix conscient d’incarnation pour son âme. Les paroles sont volontairement cryptées et nécessitent une initiation. Les deux hommes se rejoignent sur une dimension élitiste de la spiritualité. La douleur psychologique est ce qui les réunit et les trahit.
conte isiaque |
Cantique des pseudo-Dodim |
comédienne tubesque |
chanteur traumatisé |
Philosophe allemand anti-théiste |
|
| Terme-clé | Ka | דּוֹדִים (Dodim) | Scénario | Schism | Übermensch |
| Principe central |
Légitimité du pouvoir |
Désir métaphysique |
conflit intérieur, désir, liberté, élévation |
conflit intérieur, désir, liberté, élévation |
mort de Dieu |
| Figure centrale, principe féminin légitimant |
Science/nature divinisée |
narrateur: la bien-aimée |
elle-même |
apparemment sa propre mère (wings for M) |
psychanalyste russe |
| Antagonisme de gouvernance, principe masculin dual |
les deux divinités: le pharaon autochtone, l’immigré |
Le roi établi et le bien-aimé en fuite |
Frère T.R. et son spectateur exposé |
sa dissociation |
lui et son homologue |
| Réincarnation |
occulte |
occulte |
occulte (adepte de la pensée du philosophe allemand) |
Choosing to be in this body |
concept du surhomme |
| Mode de reconnaissance |
Onction |
Baiser |
identification dans l’imaginaire déployé |
Prison sex |
Lettres |
| Légitimité invoquée |
auto-légitimation |
Agapé |
Agapé |
auto-légitimation |
auto-légitimation |
| Espace réservé |
Jardin |
Jardin |
Site à accès limité |
Scène |
|
| Fonction officielle |
régner sur l’Égypte |
poésie exilarque |
commentaire poétique sur l’actualité |
groupe de musique |
philosophie anti-théiste |
| Risque dénoncé |
Désaveu populaire |
interprétation littérale eschatologique zélote |
emprise |
emprise sur les fans |
folie personnelle et égarement des croyants |
| Mécanisme triangulaire |
Quête renouvelée |
Quête sans cesse renouvelée du nouveau bien-aimé |
cycles de déclarations d’amour alternées avec humiliations |
écoute en boucle |
Quête inaboutie |
Héritage
Nous retrouvons le motif triangulaire dans chaque traditions fondatrices/refondatrices polythéiste. Le conte isiaque comprend deux divinités mâles et une femelle. L’un tue l’autre, tandis que la divinité femelle redonne la vie. Le motif du meurtre est l’infidélité. Dans le conte des deux frères, nous avons un triangle amoureux également. Dans le mythe fondateur romain, l’amour est transformé en amour filial. Il me semble pertinent d’ajouter le mythe grec autour de la guerre de Troie. Le point de départ est la capture de la reine par un troyen. La base du récit est donc lui aussi un triangle. Ayant dit cela, nous restons en surface. Chaque conte pourrait être une variation autour de concepts communs sans forcément qu’ils soient théorisés en amont. Il nous alors saisir la substance spirituelle. Tentons une proposition de décomposition de cette structure triangulaire. Le principe féminin semble lié à la nature, c’est d’ailleurs ainsi qu’est décrite par les porteurs de la flamme révolutionnaire, la fameuse déesse, érigée alors en fontaine dans la capitale, qui a traversé les millénaires. C’est la science qu’elle soit du domaine de la physique ou de l’intellect qui nous fait progresser dans la connaissance des lois de la nature. C’est d’autant plus perceptible à notre époque où la maitrise de la connaissance place en situation de domination économique et politique. La narration de l’histoire entre dans ce principe. Un vieil adage dit que ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire. Du point de vue de la foi, il y a donc deux conceptions du monde qui s’affrontent: la grandeur spirituelle est-elle corrélée au rayonnement civilisationnel ou non? Il est souvent de bon ton d’opposer l’occident et le monde musulman et de faire valoir qu’à l’un aurait été donné la science et à l’autre la sagesse. Mais du point de vue coranique, cela ne fonctionne pas. La déchéance civilisationnelle est un marqueur clair de déchéance spirituelle dans la compréhension classique islamique. D’ailleurs, si l’on remarque bien, le réflexe du musulman est de faire valoir des grandes avancées du monde islamique à certaines périodes pour justifier de la prééminence de sa foi sur toutes les autres. Même réflexe avec les grands du monde occidental qui ont témoigné d’un intérêt pour l’Islam. Si nous pourrions penser que le monde chrétien n’est pas fondé sur ce principe, ce ne serait qu’une posture car dans les faits cela semble pourtant être le cas. La connaissance, pas nécessairement en tant que telle, aurait donc été divinisée depuis l’Égypte antique. Voilà pourquoi cette civilisation fascine toujours autant dans son rapport à la science et à la connaissance et engendre tant de débats et de théories. Si personne n’a levé son voile, cela signifie que la connaissance des choses n’est pas achevée. C’est une quête perpétuelle, mais qui a toujours été l’enjeu des hommes de pouvoir.
Les deux entités mâles de la structure symbolisent le pouvoir. On peut y voir le pouvoir héréditaire, la stabilité, le conservatisme d’un coté, et le réformisme, le progressisme de l’autre. Deux forces antagonistes en perpétuel combat. Lorsque le système est en pleine prospérité à tout point de vue, le conservatisme est la voie majoritaire, les forces de changement sont alors considérées comme néfastes. Et inversement en période de crise. Mais le problème principal est que la perception de la situation du système est subjective. Qui définit les critères de prospérité? Non seulement cela, mais le système n’est pas homogène, il peut avoir des points faibles. Depuis que les hommes sont constitués en communautés organisés, ces problématiques ont été comprises et exprimées de manière plus ou moins limpide.
Le récit fondateur du monothéisme tourne autour d’Adam, paix sur lui. La base de la connaissance est le vocabulaire enseigné. L’adversaire, quant à lui, propose au couple de s’abreuver à la source de la connaissance directement en s’affranchissant du programme d’enseignement divin. C’est ce que l’on pourrait appeler la « science sans conscience », c’est à dire le fait de s’affranchir de certaines règles pour accéder à une connaissance. Par exemple, pratiquer des expérimentations engendrant la souffrance d’être vivant afin de trouver une solution médicale. Il me semble que de notre point de vue moderne, c’est bel et bien le domaine médical qui s’est affranchi le plus des critères éthiques. Je ne vais pas rentrer plus avant dans le sujet car ce n’est pas mon domaine, mais la piste de réflexion est lancée. De la même manière que la notion de prospérité est subjective, la notion d’éthique l’est aussi. Et c’est là que le Livre entre en jeu, il va être le référent qui fournit les bases de la réflexion des sages qui vont guider la société. Ce Livre est lui même basé sur les 10 Commandements. Tout l’enjeu des forces qui s’opposent à Dieu, qu’elles soient coordonnées de manière consciente ou non, est de s’attaquer à ces bases et de les inverser. Tout ce qui est construit dessus n’est alors que du bavardage. Le premier principe est la soumission au Créateur. Cela parait simple dit ainsi, mais dans les faits, soit le principe d’insoumission est érigé en dogme fondateur comme en occident, soit il est bafoué dans les faits dans le monde islamique. Les définitions absolues des mots amour et liberté sont de véritables enjeux civilisationnels.
Si je devais trancher, je dirais que ce schéma triangulaire qui place la nature comme arbitre du pouvoir est une inversion du principe de Révélation. Il ne s’agit pas d’opposer la science à la foi, mais de bien les hiérarchiser correctement et de placer la science comme soumise à la foi. Dans le cadre de cet article, nous étudions le cantique comme matrice de l’occident. Si le désir est omniprésent, c’est avant tout la liberté qui est prônée. Les auteurs pointent du doigt la prise de pouvoir par la force des littéralistes (pour simplifier), tout en mettant en avant leur prétendue sagesse de maitrise de la connaissance. La preuve en serait leur plus haute morale, puisque liée à la maitrise du désir. Mais en réalité, si de tout désir de pouvoir matériel ils pourraient s’être affranchis, ils n’ont cependant pas renoncé au pouvoir spirituelle et à la domination symbolique. C’est ce qu’il reste du levain une fois que tout a été arasé.
Le conservatisme et le réformisme sont interchangeables. Ce n’est qu’une question de point de vue sur chaque sujet. Les prophètes peuvent être considérés à la fois comme des réformateurs car ils viennent bouleverser l’ordre établi, mais aussi comme des conservateurs puisqu’ils replacent au centre du débat des questions fondatrices. A l’inverse, ce que l’on appelle les icônes des temps peuvent être supportées par ceux qui se présentent comme du clan conservateur, alors qu’elles incarnent des valeurs identifiées dans l’absolu comme progressistes. Elles sont le progressisme sacralisé. Dans ma compréhension, la panthéonisation et la canonisation ne s’opposent pas radicalement.
Le cheval de Troie est l’aveu à peine caché, lorsque l’on est muni de la bonne grille de lecture, que la véritable doctrine consiste en l’inversion du paradigme biblique. Il s’agit pour ceux qui rédigent le mythe fondateur du monde grec de venir ravir la nature au peuple des 12 Tribus. Le contexte géo-politique de rédaction d’une prise de pouvoir d’un monde sur l’autre vient légitimer cette dépossession. Bien entendu, c’est le concept même de possession de la nature qui est faux. De même le cantique s’inscrit dans le même schéma de cheval de Troie.
Nous retrouvons le motif des murs et du pouvoir militaire dans ce passage:
5.7 Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée; Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée; Ils m’ont enlevé mon (voile/châle/manteau), les gardes des murs.
C’est le mot voile qui a attiré mon attention sur ce verset. Mais cela ne semble pas être le sens ici car le voile est désigné par un autre mot ailleurs dans le cantique, et ce, sans ambiguïté puisqu’il est question du regard ou du visage. Dans ce verset, il s’agirait plutôt du manteau en tant que symbole de l’autorité. Les murs symbolisent l’espace du narratif sous contrôle effectif. La cité serait aux mains des forces à priori conservatrice de l’ordre imposé par la Torah. Les rédacteurs du cantique doivent se penser comme des forces progressistes, porteurs d’un monde nouveau. C’est exactement dans ce schéma que le texte va être adopté par les johanniques.
Il semblerait que le premier mythe qui va mettre en place cette architecture, le mythe égyptien utilisant des divinités, ait été rédigé par des partisans du conservatisme. La divinité de l’étranger symbolise l’innovation blâmable. Le conte égyptien des deux frères ne peut pas se suffire à lui-même, il est nécessairement adossé à ce premier conte. Comme nous l’avons vu, son apparition et le changement de statut de la divinité étrangère sont proches dans le temps, et tous deux des conséquences de l’Exode. Je dirais que ce qui distingue nettement le premier conte et le deuxième est l’auditoire. Le premier est réservé à l’élite tandis que le deuxième doit gérer une crise politique et la narration doit donc être avant tout populaire. On peut être aidé dans cette compréhension par le changement de nature des personnages. Ce changement de point de vue n’est pas étonnant. L’actualité récente nous montre que l’icône d’un groupe peut être récupérée ultérieurement par le groupe opposé. Quant à la structure triangulaire, elle n’est pas affectée par ce changement. La Révolution française est l’actualisation politique moderne de la vision grecque du monde, purgée de ses dieux mais conservant sa structure profonde.
Schéma proposé pour la structure triangulaire humaniste polythéiste intemporelle:
| Le sommet : le principe féminin Ce sommet n’est pas affectif, mais ontologique. Il représente : Caractéristiques : ne gouverne pas directement, légitime celui qui s’en réclame, attire le pouvoir sans jamais se donner totalement. |
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| 1. Principe masculin conservateur: légitimité par la tradition, stabilité, ordre, Loi figée, méfiance envers le changement. Tendance à sacraliser le passé. |
2. Principe masculin réformateur: légitimité par la rupture, progrès, innovation, |
Pyramide et inversion (2/1/26)
Nous venons de révéler la pyramide conceptuelle majoritairement adoptée. Cela vient confirmer que la pyramide en tant que symbole est la base même de la pensée égyptienne qui avait fondé son hégémonie civilisationnelle sur son rapport à la science. C’est ainsi que les pyramides étaient devenu l’incarnation de cette science. Si certains y voient une démonstration des savoirs mathématiques, cela est tout à fait normal. L’essentiel est de ne pas trop extrapoler. https://www.stephanpain.com/2016/06/05/les-coudees-franches/
Par contre, il est clair que ces connaissances étaient bien gardées car elles constituaient des enjeux de pouvoir énorme. Il est donc normal que l’archéologie consensuelle ne puisse statuer sur ce point. C’est d’autant plus vrai que la science archéologique est dominé par ce paradigme scientiste. Exposer cela, c’est s’exposer soi-même. Le lien avec la divinité femelle du conte est simple: elle est représentée tardivement de deux manières, soit avec sa coiffe en forme de trône (indiquant son lien avec sa fonction prééminente au sommet de la pyramide conceptuelle et qui est sa représentation hiéroglyphique simplifiée et que l’on retrouve à la tête de la nef du blason de Paris en 1811), soit avec des cornes de vache entourant le disque solaire, ce qui évoque le lever du soleil et le retour à la vie.
Il y a un passage des évangiles qui a fait couler beaucoup d’encre et auquel j’ai été confronté dès 2012. Selon l’interprétation « complotiste », les bâtisseurs, Architectes en forçant la traduction, seraient les ennemis de Dieu. Inutile de préciser la dénomination exact, chacun aura compris de qui il s’agit:
Mt 21.42 Jésus leur dit: N’avez-vous jamais lu dans les Écritures: (Ps 118.22) La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la principale de l’angle; C’est du Seigneur que cela est venu, Et c’est un prodige à nos yeux? ( 21.43 )
21.44 Celui qui tombera sur cette pierre s’y brisera, et celui sur qui elle tombera sera écrasé.
Explorons une autre interprétation. Dans le Psaume 118 ici cité par le Messie, voilà ce qui est dit au verset précédent:
19 Ouvrez-moi les portes de la justice : J’entrerai, je louerai l’Éternel. 20 Voici la porte de l’Éternel : C’est par elle qu’entrent les justes.
Les écritures sont une citadelle. Cette citadelle est entourée de murs. Les Justes entrent par la porte agréée par Dieu, ils interprètent selon son autorité. Les injustes ont aussi accès aux écritures qui sont en libre accès, mais ils pénètrent dans la citadelle en dehors de la porte par la ruse d’un cheval de Troie. Leur interprétation est donc fausse et ils pensent reprendre des mains des dépositaires de la Bible, les connaissance de la nature: la reine capturée. Ils soumettent les écritures à leur propre vision. Ils se soumettent eux-mêmes à la nature divinisée. Nous comprenons alors que les bâtisseurs décrits par le Psaume et cités dans l’évangile, ne sont pas des ennemis de Dieu, mais ceux qui bâtissent la tradition du Livre, la forteresse divine bâtie sur terre. Les bâtisseurs ont rejeté avec raison ce concept de la nature divinisée. Mais ils l’ont rejetée aussi comme fondation car Dieu a fait de la nature, soit une partie de la Création, une entité soumise à Adam, paix sur lui. Il est le Khalifa, celui à qui est donné l’autorité et la responsabilité sur la nature. Il ne peut donc se soumettre à elle. Le point de départ de l’acquisition de la science est la nomination des éléments de la création, soit le vocabulaire avec lequel il va fonder sa pensée. De science, la foi est devenue superstition. Le verset Mt 21.44 décrit la forme pyramidale du concept majoritaire dans le monde depuis la prise de pouvoir de la pensée grecque. Mais cette inversion, si elle s’oppose à la conception du monde selon les écritures et qu’elle est majoritaire, n’en est pas moins de la volonté (prodige) divine comme en atteste la fin du verset 21.42. (hayatah : devenu revient une deuxième fois). Cela signifie que l’on peut interpréter ce passage des évangiles selon le paradigme majoritaire ou lui donner une signification inversée en accusant les bâtisseurs d’être impies, de construire une tradition composées de mythes inventés. Dans le contexte évangélique, cette parabole est prononcée devant le Sanhédrin. Cette assemblée est composée de deux groupes majoritaires. Il est tout à fait envisageable que cette accusation vise les deux groupes en même temps. Ceux qui ont rejeté la pierre de la science comme fondation, et ont bâti une foi de superstition déconnectés du monde dans lequel ils vivent, et ceux qui ont érigé la philosophie grecque comme pierre sommitale de l’humanité, la foi de la Torah est alors reléguée au rang de folklore servant leurs intérêts de caste au sein de la société qui est bâtie dessus.
Nous comprenons alors, que dans la perspective de rétablir un antagonisme fonctionnel de pouvoir soumis à la philosophie grecque, des partisans de tendance dite « progressiste », cherchent à refonder une élite judéenne et à repartir sur des bases saines avec un guide conservateur qui, à la différence des littéralistes, aurait un rapport éclairé au monde. Nous comprenons alors pourquoi la reine reconnait dans le Messie un Dowd.
Nous avions étudié cela ici: https://www.stephanpain.com/2023/02/15/les-vignerons-infideles/
La structure de l’écriture, et donc sa compréhension, est en tiroir (chronologique):
Ce site: Pessa’h Seni
Évangile (ici Mt 21)
Psaume 118
Esaie 28
Exode 12 (institution de Pessa’h au jour de sortie de l’Égypte)
L’article « les Vignerons infidèles » basé sur cette structure implique une remontée vers le temps présent après la descente aux sources des écritures. Le schéma complet décrit alors une pyramide conceptuelle inversée.
La conclusion de l’article basée sur Esaie 28 entre en résonance avec la première partie de celui-ci est une sentence sans appel:
Es 28.7 Mais eux aussi, ils chancellent dans le vin, Et les boissons fortes leur donnent des vertiges;
Sacrificateurs et prophétiseurs chancellent dans les boissons fortes, Ils sont absorbés par le vin,
Ils ont des vertiges à cause des boissons fortes; Ils chancellent en prophétisant, Ils vacillent en rendant la justice.
8 Toutes les tables sont pleines de vomissements, d’ordures; Il n’y a plus de place.
Cette erreur d’interprétation chrétienne qui consiste à faire de la pierre rejetée le Messie et des bâtisseurs les ennemis de Dieu, vient du fait de la confondre avec la pierre (eben=mot identique) de Daniel 2, paix sur lui. Dans sa métaphore sur la succession des empires qui dominent le monde connu (rédigé durant l’exil à Babylone: vers -550), une pierre vient détruire cet ensemble. Seulement voilà, les deux pierres n’ont rien à voir. La pierre de fondation de la création est une pierre taillée inclue dans une construction incapable de mouvement par forme, tandis que la pierre de destruction, d’achoppement, est une pierre brute, capable de rouler et provenant de la nature directement.
Rédaction
Voici la théorie d’élaboration du cantique proposée. Le contexte semble être la période hasmonéenne. La méditerranée est sous domination culturelle grecque, mais la Judée a repris son indépendance politique par la force. Les commanditaires de l’œuvre pourraient donc être issus d’une branche de la descendance de la lignée originelle d’Israël. Leur particularité seraient de considérer que la culture et surtout la philosophie grecques sont supérieures à la pensée biblique et y adhéreraient sans restriction en intégrant des cercles élitistes hellénophones. Il existe un marqueur de la pénétration initiale, bien en amont de cette période, sous couvert de référence à la tradition égyptienne qui à ce moment là de l’histoire ne constitue plus un danger spirituel: ce sont les sceaux LMLK, de la période située juste avant le premier exil. voir: https://www.stephanpain.com/2016/06/29/les-bousiers/
Le fait d’être sous l’autorité hasmonéenne les contraindraient à revendiquer l’héritage de la couronne de manière cryptée afin de ne pas être persécutés. Si le récit s’inscrit dans un cadre typiquement biblique, cela s’explique par une volonté d’exprimer une identité propre à l’intérieur du monde grec. Il n’y a pas de dimension universaliste. Si le monde grec tend à être hégémonique, il n’a pas de dynamique impérialiste. Ce n’est que lorsque le cantique est interprété selon un prisme eschatologique, dans le paradigme impérialiste romain, qu’il peut prendre une dimension universaliste.
Ainsi, le motif triangulaire va être récupéré. Ce motif étant une marque claire d’allégeance au paganisme, il va être habilement camouflé selon le procédé énoncé plus haut. Ce motif est composé de l’assemblage de deux frères. On le retrouve dans un grand nombre de mythes civilisationnels. Nous avons vu que son origine remonte à l’Égypte post-hyksos cherchant à se réinventer dans le souvenir du prophète Joseph, paix sur lui.
Selon moi, ce qui distingue nettement le mythe romain, est que la véritable doctrine qui enseigne l’accès à un monde de l’au-delà ne fait pas parti de la doctrine publique. Celle-ci se contente, devrait-on dire, de récupérer la folklore spirituel existant pour l’établir en tant que structure populaire. Le panthéon et ses récits ne sont là que pour nourrir l’imaginaire. L’aspect occulte du culte n’est donc pas une conséquence de la séparation des castes, mais une stratégie de domination. En cela, la religion romaine est innovante. C’est pour cela qu’elle contient le potentiel de l’émergence d’un véritable impérialiste en tant que doctrine, et non comme simple projet politique et économique d’expansion du territoire. Si la Révélation ne va acquérir sa dimension universelle qu’à la venue du Messie, ce n’est pas pour autant qu’elle a été précédé par Rome. Les bases de cet universalisme ont été posées par le prophète Daniel, paix sur lui. Les métaphores contenues dans ses textes servent à jeter les bases conceptuelles. Le thème a aussi été largement abordé dans Ésaïe, paix sur lui, en parallèle avec ses prophéties très précises sur le Messie.
Ton parfum est répandu par _sis puisque _ephtys t’a purifié. Ce sont les deux sœurs, grandes et imposantes, qui ont regroupé tes chairs, qui ont rattaché tes membres et qui ont fait apparaître tes deux yeux dans ta tête, la barque de la nuit et la barque du jour ! » Extraits du chapitre 670 des Textes des pyramides.
4E 1.33 Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit.
« Le blâme ne peut rétribuer Troyens et Achéens aux bonnes jambières de souffrir de si longs maux autour d’une telle femme : elle ressemble trop terriblement aux déesses immortelles », murmurent les Troyens
Cc 5.9 Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre, O la plus belle des femmes? Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre, Pour que tu nous conjures ainsi? – dirent les filles de la capitale judéenne
.À Saïs, la statue assise, qu’ils identifient à _sis, porte cette inscription : « Je suis tout ce qui a été, qui est et qui sera, et mon voile (peplos), aucun mortel ne l’a encore soulevé. »
4.1 Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes, Derrière ton voile.
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Myrionime: la déesse aux dix-mille noms. Le culte de la déesse égyptienne a connu une expansion considérable dans le monde gréco-romain dès la fin du IVème s. av. J-c.
5.10 Mon bien-aimé est blanc et vermeil; Il se distingue entre dix mille.
Sur le terrain de la morale
Le cantique a ceci de particulier qu’il s’affranchit de toute la dimension viriliste du pouvoir. L’auteur a très bien compris comment manier la morale pour dominer. En cela, la théologie déployée ici a clairement une dimension féminine. Si nous nous penchons sur le cas plus récent de notre comédienne internet, rappelons-nous qu’elle fait de nombreuses références à ce fameux philosophe anti-chrétien. Or, celui-ci est connu pour avoir entretenu une sorte de relation à trois avec une intellectuelle et un autre homme. J’invite chacun à observer une photographie prise à l’époque pour illustrer cette relation: nous y voyons les deux philosophes allemands autour des bras d’un chariot, tandis que la future psychanalyste se tient dans le chariot avec un fouet à la main et un air sévère (symbolisant sa domination sur les deux hommes, le fouet est un attribut du pouvoir royal pharaonique usuel). Dans une de ses lettres, elle attribue à chacun son rôle. Son apparent amant officiel, le philosophe moins connu, serait tourné vers le passé, tandis que celui que nous connaissons bien serait celui qui est tourné vers le futur. Ce qui entre en résonance avec le concept pyramidal. Il apparait dans ses lettres et ses livres, que le philosophe se voyait comme un prophète, voire comme une divinité. C’est d’ailleurs aussi cette dimension divine qu’il va projeter sur la dame. On perçoit le lien qui s’établit entre ce trio et celui du cantique. Le coté platonique de la chose dans le concret devait s’expliquer simplement par le fait que la dame n’était pas attirée physiquement mais était surement impressionnée par l’esprit du philosophe. Il est clair que sa carrière de psychanalyste après sa rencontre avec le père de la psychanalyse révèle ses réelles aspirations pour la chair de par l’angle d’approche de ses publications. Pour couronner le tout, celui-ci était un fervent admirateur d’un opéra de son époque ayant pour personnage principale une femme aux meurs légères prise dans un triangle amoureux. Il n’est donc pas étonnant de constater l’intérêt de notre comédienne moderne pour cette histoire réelle (un de ses pseudonymes fait référence à l’intellectuelle du début du 20ème siècle) ainsi qu’au personnage fictif de cet opéra (elle en a fait un court-métrage). Si je présente les choses ainsi, c’est pour remettre sur le tapis cette vidéo dont j’ai employé la miniature dans l’article rédigé pour contre-attaquer. La miniature comporte trois tableaux, elle au centre, un homme âgé érudit à sa droite, et le Messie à sa gauche. Dans la vidéo originale, elle disait son texte dans le cadre à l’aide du montage. Le sujet de la vidéo est l’agapé: l’amour idéal qui surpasse tous les autres. Dans le sens où, l’amour couramment éprouvé, l’amour commun, n’est pas de ce niveau là. Seuls les êtres d’exception peuvent l’atteindre. Voici la chute du texte:
Un mot pour conclure sans levain ni levure : permettez-moi de substituer à la médiocratie de l’heure, l’aristocratie du cœur en citant quelqu’un: « c’est à celui qui donne de remercier celui qui a bien voulu recevoir ».
Merci.
Le parallèle avec l’onction au parfum la veille de la Cène est saisissant. Il y a une réelle volonté de manifester sa supériorité de la manière la plus noble, dans les apparences, qui soit.
Paix sur les âmes investies de parts de l’Esprit.