Transsubstantiation

Transsubstantiation

Dernières modifications le 7 septembre 2018·7 minutes de lecture

« La substance est ce qui existe par soi-même (ipsum esse subsistens). Ainsi, la forme d’un chapeau n’est pas le chapeau lui-même, pas plus que sa couleur, sa taille, sa texture ni aucune autre propriété sensible. C’est le chapeau lui-même (sa «substance») qui possède une forme, une couleur, une taille, une texture tout en étant distinct de ces propriétés. Contrairement à ces apparences ou accidents, la substance ne peut être perçue par les sens. La substance est une des dix catégories de l’être définies par Aristote (une substance et neuf accidents).
Lorsque Jésus dit pendant la Cène: «Ceci est mon corps», ce qu’il tient dans ses mains a l’apparence d’un pain mais, selon la doctrine romaine catholique, la substance de ce pain a été convertie en chair du Christ. C’est donc vraiment son corps, même si les apparences accessibles aux sens ou aux études scientifiques demeurent celles du pain. La même conversion survient lors de chaque célébration de l’Eucharistie.
«Par la consécration du pain et du vin s’opère le changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang; ce changement, l’Église catholique l’a justement et exactement appelé transsubstantiation
On parle de «présence réelle». Dans ce cadre, la présence eucharistique du Christ commence au moment de la consécration et dure aussi longtemps que les saintes espèces (pain et vin) subsistent. D’où le culte du Saint-Sacrement, qui connaîtra un grand développement à l’époque baroque. On considère que le Christ est réellement présent dans le Saint-Sacrement. »


Fuir. Oui, fuir.
Mais où fuir lorsque l’on est prisonnier du Seigneur? J’ai disparu. Comme ça. Une belle nuit de Ramadhan.
Je ne pouvais pas rester entre quatre murs, alors je suis parti pour Molenbeek. Depuis maintenant plusieurs années je voulais savoir d’où partaient les démons. J’ai parcouru le Nord, la Belgique puis Bruxelles en tous sens. Des rencontres. Premiers troubles. Impossible de fuir: aucun hasard. Et puis voilà qu’un après-midi, quelques jours avant la fin du mois, j’ai fait face à mes propres démons. Ils ne voulaient rien savoir. Alors j’ai du me retirer du monde vraiment. Mais je demeure le caillou dans la chaussure. Partout. Toujours.
Malade. Encore plus malade cette fascinante 27 ème nuit.

De retour à Paris. Je n’ai qu’une pensée: assouvir cette envie de partir en kayak qui me trotte dans la tête depuis que je sillone les routes pour faire de la randonnée. Pas question de moisir ici. Nouveau départ, direction le sud. Tout le monde bouge autour de moi: deux déménagements cet été. Est-ce un signe? Je croyais ne plus porter des caisses dans un camion. Ironie.

Les deux étoiles apparaissent dans le camion. Alors je sais qu’ils vont gagner. C’est chose faite deux jours plus tard. Dans une conversation je ressors cette vieille photo dont je n’avais pas vraiment compris le signe.

Printemps 2016

Je reliais les lettres POM à cette fameuse pomme mangée au bord d’un lac l’année d’avant. Je n’avais jamais cherché une autre signification. Et voilà que ce soir là, je tape POM sur Google. Il s’agit d’un surnom donné aux anglais et qui est l’acronyme de Prisoner Of his Majesty. Que l’on peut traduire littéralement par prisonnier de sa majesté, mais que l’on traduira plus naturellement dans ce contexte par Prisonnier du Seigneur. Cela fonctionne tout à fait avec le mot Soul. Ainsi, accepter d’être prisonnier du Seigneur, c’est accéder à l’âme.

La Loire. Un combat. Oiseaux contre oiseaux. Kayak sombre contre kayak clair. Ma vue est voilée.

Un peu plus au nord. Pas que des bras, je peux aussi prêter mes yeux. Retour en Ardèche. Le 07. Des cartons, des cartons. Je recouvre la vue.

Enfin libre. Kayak sur la rivière.

Ruoms

Le vendredi, un peu avant la tombée de la nuit, près de l’Arche, je rencontre un couple dans son camion. Le lendemain, je les accompagne dans l’immense grotte de l’Aven d’Orgnac. Au plus profond. Il est temps de les quitter. Il me tend sa carte. Stupéfait.

La carte de visite de l’homme du camion

Je viens de passer une journée avec Seigneur.
Les gorges majestueuses m’accueillent. L’arche est telle une porte vers un nouveau monde. Cette arche là n’est pas faite de mains d’hommes, de ceux qui trichent. Pas comme celle du début de cette histoire. De ce faux parvis. De ce faux tabernacle. La rivière coule jusqu’à Pont Saint Esprit puis s’évanouit.

Il y a un an de cela, je m’étais mis en tête d’assister en simple spectateur à la messe catholique. Et puis voilà qu’en ce jour des Rameaux, j’avais mangé l’hostie (voir mon dernier article de mars 2018). C’était peu de temps avant que ne débute le mois du jeûne. J’allais être donc être confronté à un étrange paradoxe: devoir manger un bout de pain pour servir le Seigneur tout en s’abstenant de toute nourriture pour lui plaire. J’avais alors résolu la question en acceptant que l’hostie devient une nourriture céleste lors de l’eucharistie. Je n’éprouvais donc aucune gêne. Mais après tout, ce changement de nature n’est qu’un dogme déduit par les chrétiens. Sont-ils dans le vrai?
Je croyais être loin de tout cela. Avoir fui loin de mes obligations. Là, perdu au milieu des montagnes. Oh, bien sûr, j’avais eu quelques échos de la ferveur de la communauté locale. Mais, j’en avais vu d’autres et je n’ai pas vu le truc arriver. La messe de manière générale n’était alors pour moi qu’un spectacle où je me contentais de me lever et de me rasseoir comme tout le monde, puis de faire la queue pour mâcher un bout de pâte. Les cloches sonnent pour annoncer le début de l’office. Un lourd rideau rouge est tiré derrière l’autel, masquant la vue du tabernacle (là où sont stockées les hosties consacrées). Je n’ai jamais constaté un tel geste rituel ailleurs et l’explication qui m’a été fournie ultérieurement n’a aucun rapport avec le voile du Tabernacle. Dès les premières minutes, la foule entière s’est agenouillée pour invoquer le pardon du Seigneur. Seul, debout au milieu de tous, je me sentais idiot. Mais je ne voulais pas simuler un tel geste. Le prêche est d’idéologie traditionaliste et ne fait que peu de cas du thème abordé ce jour là. Le prêtre dénonce les hérésies chrétiennes – et un tel discours est rare – qui consistent à nier…
la transsubstantiation.
Les minutes se sont écoulées dans une ferveur apparemment unifiée. Je percevais Sa volonté. J’allais donc devoir m’agenouiller au moment de la transsubstantiation. M’agenouiller comme tous les autres (lire cet article). Les trois coups de clochette ont retenti. Le pain. Une formidable énergie m’a alors traversé. De nouveau les clochettes. Le vin. Je vibre de tout mon corps. Et puis tout retombe. Je suis en sueur. Hébété. Je prends la file. J’avale l’hostie. Le rideau est rouvert (image de couverture de l’article). Le tabernacle réapparaît.
Me voilà dehors. Pourquoi moi? Pourquoi tout ça? Dieu que c’est beau. Mais il est déjà temps de repartir.

Des bribes, rien que des bribes. Il y a tout le reste bien sur. Mais il fallait bien rompre le silence. Momentanément.

Cet article a été publié initialement le 7 septembre 2018. Trois jours plus tard, je me rendais dans un magasin de voitures américaines de collection. A priori aucun rapport. Il faut savoir que durant mon enfance, comme beaucoup, j’aimais les voitures miniatures. A tel point que j’imaginais faire carrière dans le sport automobile durant mes études. Un des objets qui m’apportait le plus de satisfaction était un circuit de voitures électriques TCR que j’ai gardé de nombreuses années. Mon bolide préféré était une Pontiac Trans am noire et or. Et voilà que ce jour là, elle apparaît grandeur nature devant mes yeux. Un lointain souvenir enfoui refait surface. Il s’agit d’un modèle spécial qui a été modifié en cabriolet et qui est hors de prix, mais elle ne diffère pas tant de la miniature car l’essentiel se situe dans le long capot typique des muscles cars.
Il est orné d’un oiseau de feu.

Firebird Trans AM

La boite du circuit qui a servi de base.

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