Ce titre en jeu de mot s’est imposé comme une évidence. Je vais donc vous parler du prophète Osée, paix sur lui. Cet article va surement être très différent des précédents. Je m’enfonce dans l’inconnu.
Tout a commencé par l’article OWO. Il s’agissait d’expliquer théologiquement la raison de la disgrace initiale. Pour illustrer le propos, je citais les versets 22.52-53 retraduits par mes soins depuis quelques années maintenant. Je mettais donc en lien un ancien article de 2015 nommé abrogation, et qui était en réalité la reprise de travaux qui circulent depuis de nombreuses années de la part de musulmans critiques mais très minoritaires. Il m’a alors semblé devoir le compléter avec un regard et une méthodologie neufs. Je me contentais donc d’écrire en complément sans créer un nouvel article. Mais voilà, lorsque l’on entre dans les écritures, lorsqu’une porte s’ouvre, 10 portes s’ouvrent derrière. Plus le temps passait et plus le texte s’étoffait et plus je réalisais qu’il s’agissait d’un nouvel article à part entière. A un moment je fus contraint de changer le titre. Je me disais alors que ce que je faisais n’avait aucun sens. Je n’ai compris par la suite pourquoi les choses s’étaient faite ainsi. Revenons donc à cet article, l’oubli. Le personnage clef est Manasseh, le fils ainé de Joseph, paix sur lui. Manasseh est la plus grande des tribus d’Israël. Le deuxième fils est Ephraïm. C’est alors que je me suis rappellé de l’interversion des deux fils lors de l’imposition des mains prophétiques dans le chapitre 48 de la Genèse.
Gn 48.13 Puis Joseph les prit tous deux, Éphraïm de sa main droite à la gauche d’Israël, et Manassé de sa main gauche à la droite d’Israël, et il les fit approcher de lui.
48.14 Israël étendit sa main droite et la posa sur la tête d’Éphraïm qui était le plus jeune, et il posa sa main gauche sur la tête de Manassé: ce fut avec intention qu’il posa ses mains ainsi, car Manassé était le premier-né.
48.15 Il bénit Joseph, et dit: Que le Dieu en présence duquel ont marché mes pères, Abraham et Isaac, que le Dieu qui m’a conduit depuis que j’existe jusqu’à ce jour,
48.16 que l’ange qui m’a délivré de tout mal, bénisse ces enfants! Qu’ils soient appelés de mon nom et du nom de mes pères, Abraham et Isaac, et qu’ils multiplient en abondance au milieu du pays!
48.17 Joseph vit avec déplaisir que son père posait sa main droite sur la tête d’Éphraïm; il saisit la main de son père, pour la détourner de dessus la tête d’Éphraïm, et la diriger sur celle de Manassé.
48.18 Et Joseph dit à son père: Pas ainsi, mon père, car celui-ci est le premier-né; pose ta main droite sur sa tête.
48.19 Son père refusa, et dit: Je le sais, mon fils, je le sais; lui aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa postérité deviendra une multitude de nations.
48.20 Il les bénit ce jour-là, et dit: C’est par toi qu’Israël bénira, en disant: Que Dieu te traite comme Éphraïm et comme Manassé! Et il mit Éphraïm avant Manassé.
Cette inversion nous rappelle celle de Jacob, paix sur lui, lui-même comme recevant la bénédiction de l’ainé. Je me suis ensuite rappellé que le prénom Ephraïm est souvent utilisé pour désigner Israël. Je fis donc une recherche. C’est ainsi que je découvrais Osée, paix sur lui, qui emploie énormément ce nom. C’est bien grâce à lui que les deux noms se confondent. Avoir découvert ce prophète depuis l’article l’oubli conditionne le fait d’y être beaucoup plus réceptif. Il n’est pas du tout rangé à sa place dans le corpus. On pourrait croire qu’il s’agit d’un prophète tardif, alors qu’en réalité il précède de quelques décennies Esaïe, paix sur lui. Ce qui signifie donc que son livre se situe entre Job et Esaïe, paix sur eux, en terme de fiabilité. Il peut donc y avoir des incises postérieures, mais nous allons voir que cela n’a que peu d’importance, car ce n’est la lettre du livre qui nous préoccupe ici mais son esprit. On ne peut pas atteindre l’esprit d’un livre par des incises. L’esprit de l’évangile est parvenu jusqu’à nous avec des éléments bien plus graves que des incises. La particularité première de ce prophète est qu’il écrit de Samarie. Sa présence dans le corpus biblique qui nous est parvenu par l’intermédiaire des judéens indique que la scission religieuse s’est faite plus tardivement que la scission politique. La politique est d’ailleurs un des sujets de préoccupation de ce livre. On peut y lire des prophéties très précises sur la chute de Samarie par l’Assyrie. Mais ce qui m’a définitivement convaincu que le prophète était authentique est un tout petit détail textuel:
3.4 Car les enfants d’Israël resteront longtemps sans roi, sans chef, sans sacrifice, sans metsabah, sans éphod, et sans téraphim.
Dans les récits de la même époque les téraphims sont présentés comme des idoles. Le sens du mot a été perdu. On imagine que ces livres de chroniques des temps des rois ont été écrit tardivement, mais il n’en demeure pas moins qu’ils n’ont fait que fixer une tradition orale construite et solide. Si le sens du mot est déjà altéré à cette époque là, l’intégrer dans son texte selon le sens correct constitue donc un bon critère de légitimité. Son positionnement dans le canon n’explique pas tout. Il n’est pas cité dans les évangiles et il est difficilement utilisable. Je m’explique. Tout d’abord, étant un prophète de Samarie, donc potentiellement des Samaritains, il peut difficilement cadrer dans la théologie rabbinique. Si il parle de Juda, il ne mentionne jamais le nom de sa capitale, tandis que si une grande partie du livre utilise le terme Ephraïm, qui est le nom d’une tribu de Samarie, il mentionne Sichem ainsi que le nom Samarie. Quant aux chrétiens, face à un Christ divinisé et sans péché, sans existence réelle dans le monde, le personnage d’Osée, paix sur lui, ne peut être rangé qu’au rayon folklore biblique. Aucun verset ne peut annoncer Jésus: aucun interet! Les musulmans, eux, considérant tous les prophètes comme des modèles à suivre, se détournent bien vite d’un tel personnage. Tout ceci pour expliquer pourquoi je le découvre aujourd’hui et pourquoi bon nombre de mes lecteurs aussi. Le livre se conclut ainsi:
14.10 Qui est sage pour comprendre ces choses, intelligent pour le reconnaître?
Droites sont les voies de l’Eternel, les justes y marchent ferme, les pécheurs y trébuchent. »
Certains y voient la note d’un compilateur postérieur. Cela pourrait très bien être le prophète lui-même qui mentionne cela. C’est d’ailleurs plus logique ainsi et nous allons le voir. Nous comprenons qu’il faut voir au delà du texte. Encore un message caché? Pas tant que ça en réalité. Nul besoin de tomber sur un mot en particulier qui va nous donner toute la compréhension par des liens avec d’autres écritures, ni de déceler une métaphore cachée afin de résoudre une problématique intellectuelle. L’important est de s’imprégner du texte, qui est, reconnaissons-le, pas facile d’accès, et ce à plusieurs niveaux. Toutefois, il me semble important de faire une remarque judicieuse. Dans la Torah, Moïse, paix sur lui, choisit un jeune homme vaillant pour prendre sa succession à la tête de l’armée. A cette occasion, il va changer son nom en Josué, paix sur lui. Josué est une forme alternative chrétienne pour le distinguer du prénom Jésus, car ces deux prénoms sont les mêmes. Cela devient interessant lorsque l’on comprendre que Osée est en réalité la forme athéophore de Josué. Donc pour passer d’Osée à Jésus, il faut juste que Dieu s’immisce. On ne peut pas plaquer directement le personnage d’Osée sur celui du Messie. Ce qui est similaire ici est la mécanique à l’oeuvre. En effet, Osée est un prophète qui rend gloire à Dieu au travers de son humiliation. Avant d’être un martyr et une figure intemporelle, le Messie est avant tout victime d’une humiliation. La crucifixion consistait tout d’abord à être mis à nu, puis d’être suspendu de manière dégradante et tombant sous le coup d’une malédiction de la Loi, avant d’être un supplice qui entraine la mort.