vendredi 1 mars 2024

Regarde l’étoile


Stephan Pain est à Plage Notre Dame Capbreton.
30 octobre 2020 Soorts-Hossegor 

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Réactualisation du 20 février 2023  d’un post d’octobre 2020 intitulé sobrement Notre Dame.
Prenez-le comme une introduction à la Porte ouverte et vous comprendrez quelle étoile il faut regarder.
évoquer: se rappeler – se remémorer
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Depuis de nombreux mois, j’ai choisi le silence. Non pas que je n’ai rien à dire, non pas que j’ai arrêté de vivre. Non pas non plus que je cède l’espace à mes opposants par faiblesse. Il s’agit réellement d’un choix stratégique. A chacun une bribe de mon histoire et de mes réinterprétations théologiques. A chacun d’incarner une pièce vivante du puzzle. Même si je suis encore loin d’être serein et établi dans toute ma dimension spirituelle, il me semble avoir franchi un cap. 2020 est une année de bascule intégrale. Ceci étant dit, je ne vais pas exposer ici le déroulé de mon été. Toutefois, il y a un épisode qu’il me faut digitaliser ici. Comme un besoin impérieux.
Lorsque je conduis, j’écoute la radio. Mon périple dans les Pyrénées s’accompagnait de radio Espérance, une radio chrétienne très inspirée et inspirante. Comme bien souvent, les catholiques aiment à réciter le « Je vous salue Marie ». Il s’agit d’un équivalent de la prière sur le Prophète, paix sur lui. Tous les personnages cités dans les écritures, et en particulier ceux du Coran puisqu’en quantité limitée, sont intercesseurs. En cette qualité, Marie, paix sur elle, ne souffre d’aucune ambiguïté. La récitation du chapelet est donc tout à fait légitime coraniquement parlant. Le souci est le morceau de phrase « Sainte Marie, m.re de Dieu ». Cette partie me fait saigner les oreilles et voilà pourquoi je réagis toujours aussi mal lorsque les catholiques récitent le chapelet.

Si le vent des tentations s’élève,

2 octobre 2020. (Après avoir découvert ma grange et descendu à Lourdes, rencontré un frère à Tarbes, ma route croise des pèlerins dans une  source proche de Saint- Jean-Pied-de-Port nichée dans un écrin de verdure. Puis je me rends au col où le Chemin passe la frontière. Un hélicoptère qui traque les randonneurs non masqués me survole avec insistance. Enfin, je me dirige vers l’océan. Une nuit horrible à cause du gluten.) Je quitte Bayonne pour me retourner vers le centre de la France pour vivre une dernière aventure avant de rentrer sur la région parisienne. Le temps est très mauvais. Sur radio Espérance commence la récitation d’un rosaire sur Marie. Plutôt que m’énerver, je préfère couper court et éteint la radio. Je me dis alors qu’avant de retourner vers l’intérieur des terres, je me dois d’aller voir l’océan. Quel meilleur endroit que les spots de surf du coin?

Si les flots de l’ambition t’entraînent,

Je m’arrête sur une première plage. La mer est déchaînée. Il n’y a évidemment personne dans l’eau ou autour. J’aime ces moments où l’on se sent si vulnérable face aux éléments. Tout en restant bien conscient du danger. Les rafales de vent projettent le sable en l’air et il y a une grosse mousse blanchâtre qui s’étend à perte de vue. Je retourne à mon camion et décide de me rendre sur une autre plage, plus en ville et plus grande. Je me dirige donc vers le port de Cap-Breton. A la sortie du port, il y a un grand parking. Je continue jusque vers les bâtiments de l’école de surf et me gare. Cette fois, je vais mieux m’équiper. J’attrape mon bonnet mais il m’échappe des mains. Impossible de le retrouver. Il a été emporté hors de ma vue en un instant. Une fois équipé des pieds à la tête, avec juste les yeux, protégés par mes lunettes, qui dépassent, me voilà prêt pour une plus longue balade sur la plage. A cet endroit, il y a une grande distance entre les constructions et le bord de l’eau. A peine arrivé sur la plage, j’aperçois une silhouette au loin, proche des vagues. Un peu rassuré, je me dis que je ne suis pas seul à éprouver cette envie d’affronter les éléments et je me dirige vers elle. La progression est difficile. Régulièrement des rafales de sable me viennent au visage, m’obligeant à tourner le dos à la mer rapidement à certains moments. La pluie m’empêche de bien voir ce qui se passe autour de moi, mais il n’y a pas vraiment de difficulté au sol sur une plage. Alors que je suis courbé, avançant avec peine, j’observe au travers des gouttes le personnage. Manifestement, il est jeune. Il fait des va-et-vient en direction des vagues qui se brisent sur la plage comme si le sable qui vole ne l’atteint pas. Je me dis en moi-même: « Il est libre dans sa tête. »

Si l’orage des passions se déchaîne

Au bout d’une dizaine de minutes, je parviens assez proche de l’eau, je suis à présent à une cinquantaine de mètre de l’individu. J’envie sa joie et son dynamisme en un pareil contexte. Il ne me semble pas vraiment appareillé comme je le suis non plus. Moi qui ai tant de mal à l’observer à travers mes carreaux.
C’est alors qu’une très violente rafale m’oblige à me ramasser sur moi-même dos à la mer. Je ferme les yeux quelques secondes. Quand je les rouvre, c’est pour constater que deux langues d’écume sont en train de courir sur la plage de part et d’autres de l’endroit où je suis. Je fais quelques pas pour sortir de la zone. Je me rends bien compte alors que la plage est loin d’être plate et que l’espace situé derrière moi quand je faisais face à la mer est en réalité plus bas que celui où je me tiens. Je sais bien que ces plages sont piégeuses. Me voilà en sécurité. Je n’ai même pas eu les pieds mouillés. Je me tourne alors en direction du jeune homme pour voir ce qu’il en est. Mais j’ai beau scruter tout autour, l’endroit est désert. Je me dis que je vois mal à cause du sable et des gouttes. J’ai du mal à accepter la réalité. Il a tout simplement disparu. Volatilisé.

Si devant la gravité de tes fautes
La pensée du jugement te tourmente

Je me dirige alors vers un restaurant de bord de mer. Je franchis un passage entre les palissades qui courent le long du front de mer. Des barrières provisoires ont été posées pour interdire l’accès à la plage à cet endroit proche de l’entrée du port. Un peu plus tard, je devrai admettre qu’il s’agit là du seul point de passage pour se mettre à l’abri et que si quelqu’un avait du l’emprunter j’aurais forcément du le voir.
Je raconte mon histoire aux gens du restaurant. Inquiets mais ne réagissant pas plus que cela, ils m’invitent à appeler la gendarmerie. Ce que je fais. Mon appel a été pris en compte, mais rien ne peut être entrepris dans des conditions pareilles. Suis-je vraiment cru? Que faire de toute façon?
Je reviens sur la plage et aborde les quelques personnes qui sont là. Personne n’a rien vu. Ils viennent tous d’arriver. C’est alors que je la vois. La statue, face à la mer.
Je m’approche. C’est alors que je me rappelle du nom de l’endroit que j’avais vu sur des panneaux: Notre-Dame. Que dois-je comprendre?

Elle se lève sur l’amer, elle éclaire

Je profite de l’accalmie pour prendre cette photo où l’on voit à la fois la statue et l’endroit ou courrait l’homme quelques minutes auparavant et échanger quelques mots avec un homme. Je repars vers mon véhicule, un peu bouleversé par ce que je viens de vivre. C’est alors que le temps se gâte sérieusement en quelques secondes. Des trombes d’eau s’abattent de telle sorte qu’on ne voit plus rien du tout. Je me mets à l’abri. Il faut à tout prix quitter cet enfer. On ne voit même plus les trottoirs noyés. Je finis par en heurter un dans un virage.
Alors que je progresse tant bien que mal sur la route, des tas de questions m’assaillent. Notre-Dame, la mer, la mère, la disparition d’un homme, la liberté, le bout du chemin, la colère divine.
C’est à chacun de comprendre.
Quelques jours plus tard, de retour dans la région parisienne, je me vois contraint de changer les verres de mes lunettes. Le sable les a achevés.
Que la paix soit sur vous.

Si tu la suis, tu ne dévies pas,
Si tu LE pries, tu ne faiblis pas.
Tu ne crains rien, elle est avec toi
Et jusqu’aux Portes/Port, elle te guidera.

Si tu suis les pas de Marie, tu restes sur la voie droite,
Mais seul Dieu doit être adoré et invoqué, Il est notre force
Rien ne peut nous atteindre, elle est intercesseur
Et jusqu’aux Portes du ciel, le refuge du Port après la tempête d’ici-bas, elle continuera d’intercéder pour notre guidance

Il existe de nombreuses versions de ce chant. Selon moi, pour prendre sa pleine dimension, il doit être chanté par un choeur féminin appuyé par un choeur masculin décalé et sans musique.

Tempête Alex de fin septembre 2020

Le 2 octobre, Europe de l’ouest:

France on 2 October 2020 while at peak intensity