Ex 3.14 Dieu répondit à Moïse: « Je suis l’Être invariable/Je suis celui qui est! »
Par cette formule, Dieu se présente ainsi aux hommes par l’intermédiaire de son prophète, paix sur lui. En hébreu:
אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה
Translittéré simplement: ’ehyeh asher ’ehyeh. Sous une cantillation différente des mêmes lettres hébraïques, nous reconnaissons notre ami Asher אָשֵֽׁר. Une prononciation moderne fait quasi disparaitre toute différence sonore. En étudiant le mot Ashréi, j’avais aperçu ce mot apparemment anodin, mais je n’y avais pas accordé plus d’importance que cela. Voir https://www.stephanpain.com/2026/02/27/acheir/
Définition usuelle de אֲשֶׁר: Apparaissant environ 5 502 fois, אֲשֶׁר est la principale particule relative hébraïque, fonctionnant de manière similaire à « qui », « lequel », « que », « où » ou « parce que ». Son omniprésence fait que presque chaque page de l’Ancien Testament illustre son pouvoir de liaison. En reliant les propositions, elle clarifie l’identité, fonde les commandements, encadre les promesses et tisse des liens entre les récits, soulignant ainsi la cohérence de la révélation divine.
https://biblehub.com/hebrew/834.htm
La présence du mot Asher entre les deux verbes dans la présentation du Créateur en Exode 3.14 confère à ce mot une dimension particulière. En y étant confronté, l’étudiant de la Torah ne peut s’empêcher de réfléchir et de déployer des pensées autour de cette formulation. Une dynamique est alors créée. Et je pense que justement le mot asher participe pleinement de cette dynamique. Celle-ci se prolonge tout au long des écritures. De l’autre coté, nous avions vu que la traduction usuelle du mot Ashréi dans les Psaumes, réduisait la portée du sens initial. Le seul moyen d’accéder au sens réel était d’aller jusqu’à la 8ème station de la Passion. Nous comprenions alors que les femmes stériles étaient disposées aux larmes et non à être heureuses pendant la destruction. L’introduction des Psaumes place les deux mots presque côte-à-côte:
אַשְׁרֵי הָאִישׁ אֲשֶׁר לֹא הָלַךְ
Ps 1.1 (Heureux) Disposé l’homme qui ne suit point les conseils des méchants (…)
L’irruption du mot Asher correspond à l’entrée dans le mois de Ramadhan. Tandis que dans la période fin décembre début janvier, nous avions une série d’articles autour du Cantique des Cantiques.
https://www.stephanpain.com/2025/12/19/pierre-le-loup/
https://www.stephanpain.com/2025/12/26/dodeka/
https://www.stephanpain.com/2026/01/09/owo/
A première vue, rien ne semblait relier l’étude autour du mot Asher, qui a produit le concept des Ashérah comme chantres féminins au service de la Parole, et dont la Vierge Marie, paix sur elle, est la représentante la plus connue, et le Cantique. Hormis le fait, bien évidemment, qu’un cantique a pour vocation d’être chanté. Comme nous l’avons vu, ce n’est pas le motif initial de rivalité entre les deux femmes, mais bien le miracle autour de la Nativité. Le Cantique constituait une revendication cryptée d’une sorte de maternité spirituelle de la reine d’Adiabène qui pensait que le miracle du bébé qui parle à la naissance lui était destiné tandis que la mère ne faisait qu’assister à la scène. Nous en avons alors déduit que la reine ignorait tout de la conception virginale et du souffle de l’Esprit dans Marie, paix sur elle. De même, dans l’article précédent, traitant de la période de la captation par le plus haut pouvoir romain de la Parole durant les premières décennies d’existence de la communauté chrétienne, nous avions fini par comprendre que le secret sur la Nativité ne s’est diffusé qu’à la fin de cette période, mettant à nu les querelles de pouvoir. Outre le récit des miracles liés à la naissance, le plus important était le Magnificat, qui justement exprime cette défiance aux puissants usurpateurs. La grandeur du statut d’Ashérah est enviable également par les usurpateurs. Et nous comprenons la raison même de l’existence de ce fameux cantique. Il serait rien de moins que le Cantique des Cantiques, surpassant donc le Magnificat. La reine savait-elle chanter? Je vais être taquin: non. La reine était une piètre chanteuse et enviait la voix de Marie, paix sur elle. Mais ce n’est que spéculation, diront certains. Toujours est-il que l’opposition radicale se fait jour. Et quand un Juste rencontre une telle opposition, la nature de celle-ci ne laisse que peu de place au doute. A condition d’adopter la grille de lecture proposée ici-même.
Au cours des années, le récit de Joseph, paix sur lui, a été décortiqué afin d’exposer sa métaphore des deux venues messianiques. Vous trouverez un tableau de correspondance sur une page en lien ci-contre. Un passage très précis me posait encore des problèmes:
Qu 12.51 (…) Et la femme d’Al-‘Azize dit: « Maintenant la vérité s’est manifestée. C’est moi qui ai voulu le séduire. Et c’est lui, vraiment, qui est du nombre des véridiques! 52 Cela afin qu’il sache que je ne l’ai pas trahi en son absence, et qu’en vérité Allah ne guide pas la ruse des traîtres. 53 Je ne m’innocente cependant pas, car l’âme est très incitatrice au mal, à moins que mon Seigneur, par miséricorde, [ne la préserve du péché]. Mon Seigneur est certes Pardonneur et très Miséricordieux. »
Ce passage est positionné juste avant l’entrée en gloire du prophète, paix sur lui. L’ordre dans le Coran vient confirmer que l’action du Tentateur, caché sous les traits de la tentatrice, se déploie juste après la Croix et avant la Pentecôte. Cela correspond à la période où les Apôtres se retrouvent dépassés par le récit de la résurrection (Noli me tangere). Le passage montre que l’adversaire, qui a oeuvré pour la malédiction du Messie (pendaison sur le bois), reconnait son erreur mais ne s’avoue pas vaincu. Il trouve donc une solution pour parasiter la Révélation. Comme nous pouvons le constater, les traductions sont contraintes d’ajouter un bout de texte pour donner un sens à ce verset. Muni de notre grille de lecture, nous pouvons ôter cette ajout, et faire parler pleinement l’adversaire. Ainsi, le mot nafs ne désigne pas l’âme de manière générique, mais l’adversaire lui-même: son âme. « Moi-même est très incitateur au mal » dit-il. L’erreur ici est de considérer qu’un personnage pris en défaut de mensonge, qui n’a rien fait pour réparer les conséquences de sa faute, mis devant le fait accompli d’un prophète triomphant, puisse livrer un enseignement digne de foi pour le croyant. L’adversaire est un menteur par nature. L’âme n’est donc PAS incitatrice au mal. Cela n’a aucun sens. Au contraire, l’âme humaine, inspirée par l’Esprit, est bonne par nature. Mais l’adversaire a compris par quel nouveau biais il allait pouvoir se glisser pour tromper les croyants.
Comme nous l’avons vu, l’actrice principale par qui le noli me tangere advient dans le monde est la reine. Elle est le véhicule de l’adversaire et son partenaire à cet instant fatidique. Puis elle est à l’origine de la campagne de propagande qui suit, notamment durant la semaine des pains sans levain, période pendant laquelle son objectif va être de ravir la légitimité de succession aux Apôtres. Son projet échoue partiellement lors du rite de passation diaconal. Mais le mal est fait, la parabole duale du Royaume s’accomplit. Nous entrons alors dans le temps long. C’est dans le temps long que se rédige les écritures et que la bataille la plus rude va se mener. Le camp usurpateur déploie son propre corpus, son véhicule scripturaire. Et parce que nous sommes dans l’établissement du Royaume, quoi de mieux qu’un Palanquin royal pour cheminer. Mais ce Palanquin mène sur une route d’égarement, une route de mensonge. Il désarme face à la Vérité de la Parole. Le Palanquin désarme. A présent que le sens du titre de cet article est donné, nous pouvons entrer enfin dans le vif du sujet.
Comme nous l’avons vu, la reine et ses disciples, sont adeptes de syncrétisme et de gnose. Ils aiment à puiser dans différentes traditions religieuses pour se tailler une religion personnelle sur mesure. Nous allons donc passer en revue divers éléments présents dans le texte.
Pardes
Tout d’abord le mot Pardes, qui se trouve au verset 4.13. Il correspond au vieux-perse *pairidaeza* et évoque la notion d’un au-delà équivalent au Jardin biblique/coranique et qui a donné le mot Paradis. Nous avons vu l’importance du concept d’au-delà dans le zoroastrisme lors de l’exil babylonien et sa contamination de la tradition biblique, notamment au travers de la prophétie des os recouverts. Une de ses conséquences les plus directes serait la tradition de l’ossuaire pratiquée par l’élite juive du premier siècle. C’est la raison pour laquelle le Messie va être placé dans la tombe dynastique fraichement construite des Adiabène au lieu d’être enseveli à même la terre comme le prescrit la Torah. L’engouement pour l’eschatologie zoroastrienne semble avoir connu un regain dans cette période en particulier pour notre chère élite judéenne. Mais cela avait été prophétisé par Esaîe, paix sur lui, en 53.9 comme nous l’avons vu plutôt. Voir https://www.stephanpain.com/2025/01/07/mes-os-et-ma-chair/
Appiryon
Le mot est généralement traduit par litière dans le verset 3.9. Le mot Palanquin est plus joli, plus exotique. L’étymologie est incertaine. Certains avancent une origine grecque, Phoreion, φορεῖον. Nous reconnaissons un mot proche de phoros, le porteur, que nous retrouvons dans la Septante accolé à Eos, la lumière, Eosphoros, le porteur de lumière. Il est peu probable qu’il soit fait ici allusion directement à l’adversaire.
3.9 Le roi Salomon s’est fait une litière De bois du Liban.
Ce passage se situe juste après le deuxième mouvement de la Nativité. Selon mon explication, il serait question du renouvellement de Pessa’h. Si je devais donner un sens à ce Palanquin, ce serait une métaphore soit du texte, soit de la dynastie qui porte ce texte. Ce qui serait porté ici serait le lecteur. Le principe du Palanquin est d’être porté à la force des bras d’autrui. Cela traduit une sorte de passivité de la part du lecteur. Le disciple de la secte johannique, surtout celui qui n’est pas initié, remet sa confiance en autrui pour faire avancer la mécanique des écritures. On perçoit bien l’opposition avec la dynamique portée par asher où le croyant qui adhère à la Révélation doit être disposé et devenir acteur de son destin.
še
še n’est même pas un mot à part entière, mais un suffixe du type be ou li (analogues à ceux de l’arabe). Il se prononce de manière standard: she. Et en réalité, il ne nous est pas du tout inconnu. She est la contraction (et l’accolement) de asher. She a la même signification. Ainsi dans le verset 1.7, še’āhăḇāh nafsi est traduit par « (Dis-moi), ô toi que mon coeur aime », plus littéralement: « celui que aime mon âme ».
Nous l’avons vu plus haut, le mot asher, qui parait si anodin face à des mots bien plus impactants, apparait plus de 5000 fois dans tout le corpus biblique. D’ailleurs, on peut déceler sa présence aussi dans les évangiles, parmi de nombreux exemples:
Mt 23.12 Celui qui s’élèvera sera abaissé, et celui qui s’abaissera sera élevé.
Il faut bien se mettre en tête qu’un principe fondateur de la dynamique biblique dont asher serait porteur, associé phonétiquement au nom Asher, à sa déclinaison ashréi est insupportable aux oreilles et aux yeux des usurpateurs. Même s’ils n’en n’avaient pas forcément conscience, escamoter asher leur était nécessaire pour s’approprier les écritures. Il est clair que le verset d’introduction du Cantique est un ajout postérieur. Une fois oté, asher disparait de ce livre totalement. C’est une sorte de contre-motif, comme nous l’avions vu pour Marie, paix sur elle, notamment dans les épitres. De la même manière, nous pouvons avoir la confirmation qu’une grande partie des mythes introduits au travers du livre des Juges sont de rédaction tardive. Nous pouvons citer: 5.7, 6.17, 7.12, 8.26. Cet indice textuel se retrouve dans un livre anonyme de sagesse tardive accepté dans le corpus chrétien. Nous en trouvons également la trace dans un livre faussement attribué à Jérémie, paix sur lui. Et enfin dans le Psaume 146, sur lequel nous allons nous attarder. A la première lecture, le Psaume 146 parait assez neutre et ne semble pas aborder des points de doctrines litigieux. Ironiquement, le seul détail qui pose problème est justement le verset qui contient le « she »:
3 Ne placez pas votre confiance dans les grands, dans le fils d’Adam, impuissant à sauver.
Ce qui est encore plus ironique est que le Messie se présente comme fils d’Adam et que Jésus est la traduction de Yahoushou’a. Nous retrouvons le verbe sauver dans ce verset. Difficile de savoir qui a écrit ce psaume, mais il est clair qu’il ne semblait pas favorable à la prédication de l’évangile. Notons que les traductions chrétiennes (la traduction copiée vient d’un site rabbinique) forcent fils au pluriel, alors que le mot est ben.
La langue de la Mishna
L’emploi du she à la place de asher est typique de la langue de la Mishna. Cette dernière est une mise par écrit de la tradition orale. Comme asher est un mot non porteur de sens, il a pu remplacer asher dans des reformulations afin de rafraichir la tradition. Il n’est donc pas possible de dater le matériel de la Mishna. Nous savons juste qu’elle est datée du 2ème siècle. De plus nous avons cette information moderne d’un archéologue juif à propos des découvertes de correspondances durant la période de la seconde guerre judéo-romaine: « Il est intéressant de noter que les documents les plus anciens sont rédigés en araméen tandis que les plus récents sont en hébreu. Ce changement a peut-être été imposé par un décret spécial de Bar K, qui souhaitait rétablir l’hébreu comme langue officielle de l’État. »
On peut légitimement accorder la paternité réelle de ce décret au rabbin central de cette période. Le même rabbin qui a appuyé l’introduction du cantique dans le corpus en le nommant par un superlatif sémitique. Le verset d’introduction serait donc bien issu de cette même impulsion. Asher serait donc bien absent du texte initial. Il est peu probable qu’un auteur, quel qu’il soit, qui souhaite inscrire son texte dans le prolongement des Psaumes, puisse le présenter lui-même avec ce superlatif. Le asher traditionnel du verset d’introduction est donc la signature de la légitimation par les milieux rabbiniques responsables de la débâcle de la première moitié du 2ème siècle. Mais que l’on ne s’y méprenne pas. Ce rabbin devait surement connaitre la provenance réelle du cantique. Lui et ses partisans réalisaient pleinement, quelque soit l’issue de la guerre dans laquelle il s’était engagé contre Rome, que le christianisme naissant était en train de s’imposer. Cette canonisation et l’apposition du verset d’introduction en le nommant comme couronnement des Psaumes est une manière de se réapproprier le texte et d’en changer la nature. Les chrétiens eux-mêmes font en faire une métaphore équivalente dans la relation Dieu-Eglise alors que sans l’action du rabbin le texte serait resté dans les cercles initiatiques. Voici à cet instant, ma proposition de scénario sur cette question.
Maintenant pour en revenir au sens et à l’exclusivité de she dans le texte. Tout porte à croire que la contraction en she est un produit de la langue orale. Le cantique, si on fait donc abstraction de son verset d’introduction, a fait le choix de n’employer que le she. Le asher est totalement absent. Et c’est le seul livre biblique ainsi. Car si she n’est pas très présent ailleurs, il côtoie toujours asher. Si cela conforte l’idée d’une rédaction très proche de la période post-Temple, je serais plutôt favorable à un choix purement littéraire. La raison de ce choix pourrait être le jeu de mot. Lorsque j’ai abordé le texte, une des premières idées qui m’est venu en tête est l’évocation de la reine de Saba. Nous avons la présence de Salomon, paix sur lui, l’évocation d’une procession royale avec le Palanquin, d’une vigne, c’est à dire d’un peuple, étrangère, d’amours à une cour royale. En hébreu, Saba s’écrit: שְׁבָא, ce qui se dit Sheba. Nous pouvons alors élaborer un jeu de mot simple en disant Sheba: celle qui vient. Tout le cantique tourne autour de l’idée d’une femme en mouvement. Si nous avançons que la période messianique est une période sombre. La narratrice pourrait se définir comme celle qui vient au milieu de l’ombre avec la lumière. Nous retrouvons ces thèmes à la fois dans l’introduction de l’évangile de la secte, mais aussi dans le texte de dévoilement qui est attribué à l’un de ses membres. Nous retrouvons alors cette idée de port de la Parole/lumière par la métaphore du Palanquin. L’égyptien peut alors nous aider. En effet, Seba en égyptien signifie étoile (hiéroglyphe de l’étoile). Celle qui vient serait donc l’étoile porteuse du matin.
Paix sur les âmes investies de l’Esprit