Dix-huit

Il est judicieux de procéder à la lecture du précédent article qui introduit celui-ci.
Un verset a marqué l’histoire de la Révélation: il est devenu un enjeu majeur pour tous ceux qui aspiraient à une fausse légitimité prophétique à toutes les époques:

Dt 18:18
Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.

Bien que le 5ème livre de la Torah soit un faux livre, sa compilation contient des prophéties authentiques appartenant à la tradition  orale. Il fallait bien une trame de vérité pour traverser les siècles. Ce verset nous rappelle l’envoi des disciples en mission en début de ministère en Mt 10.

Mt10.20 En effet, ce n’est pas vous qui parlerez, ce sera l’Esprit de votre Père qui parlera par votre bouche.

Nous l’avions abordé dans l’article précédent dont l’une des thématiques est l’accaparement de l’Esprit par certains croyants. Ici, le Messie indique qui est légitime pour revendiquer être porteur de la Parole pour la dispenser. Être le réceptacle de l’Esprit après que la communauté des croyants est laissée sans prophète est donc l’enjeu de tous ceux qui aspirent à des responsabilités. C’est une guerre sans merci pour déterminer qui a l’Esprit. Lorsque l’on comprend que les évangiles sont le champ de bataille, alors il faut repérer les projectiles envoyés sur le parti adverse. En 2024, nous étudiions un passage de Luc: https://www.stephanpain.com/2024/10/10/siloe/
Je vais en reprendre l’analyse et la compléter.

Lc 13.1 En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. 2 Il leur répondit : Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? 3 Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également.

Nous apprenons, par une prise d’exemple qui n’a rien de fortuit, qu’un groupe armé est venu au Temple et qu’il a été réprimé par les romains. Le décor est planté. Nous allons comprendre que cette action armée est entièrement connectée au Messie. L’histoire consensuelle qui consiste à affirmer que seuls de gentils disciples pacifistes ont adhéré à la nouvelle foi se heurte de plein fouet avec le réel.

4 Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? 5 Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également.

Pour qui s’y connait en archéologie biblique, l’identité de cette tour ne fait aucun doute: c’est bien le palais de la reine mère d’Adiabène qui jouxte la piscine de Siloé. Son effondrement est causé par le fait qu’elle est en travaux à ce moment là. On peut supposer que les victimes sont des ouvriers du chantier. La conversion de la couronne est très récente (vers l’an 30) et son implantation à l’intérieur des remparts est donc en cours. L’Adiabène est cependant bien loin dans les cœurs, car dans le même temps, le tombeau dynastique, équivalent en importance avec celui de la couronne hérodienne, est creusé à quelque distance des murailles de la ville. Il semblerait qu’il y ait un lien entre la couronne et les factions armées qui provoquent des troubles lors de la venue de Jésus dans la cité.

6 Il dit aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point. 7 Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point. Coupe-le : pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? 8 Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année; je creuserai tout autour, et j’y mettrai du fumier. 9 Peut-être à l’avenir donnera-t-il du fruit; sinon, tu le couperas.

Dans les synoptiques, l’un des épisodes les plus connus des évangiles, la purification du Temple, ou des marchands du Temple, est encadré par le récit du figuier stérile. Le figuier est donc bien une métaphore pour le Temple. Ce passage annonce la condamnation sans appel du Temple et de ceux qui y servent. Nous sommes immédiatement renvoyé au premier récit de Lc 13 qui a lieu au Temple. Nous pouvons alors lier la faction armée, la couronne d’Adiabène et le Temple condamné. Pour prolonger l’étude de cette parabole, nous avons Dieu qui est le propriétaire, la vigne qui est Israël en tant que peuple, le figuier qui est le Temple, le vigneron qui est l’assemblée des prêtres (comme dans la parabole des vignerons prononcée devant le Sanhédrin). Les trois ans désignent ainsi trois périodes prophétiques dans l’histoire biblique. Tout porte à croire que le fumier qui est autour est l’akra (ou aqra pour être précis). L’akra est un mot dérivé du mot grec acropole. C’est un système défensif placé autour d’un sanctuaire. Voici des extraits wiki:

Pour consolider son emprise sur la ville, surveiller les événements sur le mont du Temple et sauvegarder la faction hellénisée  le roi séleucide installe une garnison dans la ville.

« Et ils fortifièrent la ville de David avec une grande et forte muraille, et avec des tours fortes, et en firent une forteresse (grec: Acra) pour eux; et ils y mirent une nation pécheresse, des hommes méchants, et ils s’y remirent et des vivres, et ils rassemblèrent le butin de Jérusalem, et les y déposèrent; et ils devinrent un grand piège. Et c’était un lieu d’attente contre le sanctuaire, et un démon maléfique en Israël. »

— 1 Maccabées 1:35-38

Le nom Acra dérive de l’acropole grecque et signifiait un haut lieu fortifié surplombant une ville. Le mot en est venu à symboliser le paganisme anti-juif : une forteresse des « impies et des méchants ». Dominant à la fois la ville et la campagne environnante, il était occupé non seulement par une garnison grecque, mais également par leurs juifs confédérés.

Deux sources fournissent des informations sur le sort final de l’Acra, bien que leurs récits soient contradictoires par moments. Selon Josèphe, Simon détruit l’Acra après avoir expulsé ses habitants, puis il arase la colline sur laquelle elle était bâtie pour la rendre plus basse que le Temple, effacer de la ville son mauvais souvenir et empêcher son occupation par d’éventuels futurs occupants de Jérusalem. Le récit exposé dans le Premier livre des Maccabées brosse un tableau différent :

« Et Simon décréta que chaque année ils célébreraient ce jour avec joie. Il renforça les fortifications de la colline du temple le long de la citadelle (en grec : Acra), et lui et ses hommes ont habité là. »

— 1 Maccabées 13:52

Ainsi, dans cette version, Simon n’a pas immédiatement détruit l’Acra, mais l’a occupé et aurait même pu y résider lui-même. 1 Maccabées ne mentionne pas son destin ultime.

Nous comprenons que la raison principale de la version de Josèphe est qu’il est lui-même un juif hellénisé qui voit son intérêt dans son narratif historique à une rupture entre l’akra et la forteresse romaine qui comprend l’Antonia. Si nous prenons la version du livre des Maccabées, la muraille en place durant la période messianique n’est qu’une consolidation de la muraille désignée comme impie par les sages d’Israël. De toute façon, que les pierres aient bougé ou pas, ne change en rien la situation de domination militaire étrangère du sanctuaire.
Cette partie est rédigée le 1er décembre, alors que je découvre l’akra et que je la relie avec le fumier (alors que je l’interprétais autrement jusqu’à ce jour). Si je dis cela, c’est parce qu’hier, dimanche 30 novembre, – inspiré par je ne sais quoi -,  je me suis rendu à la messe à la chapelle de l’École militaire dans le 7ème arrondissement. C’est la première fois que je me faisais contrôler par des gendarmes avant d’entrer dans un lieu de culte. Dois-je y voir la raison de l’absence de descente de l’Esprit que j’ai pu ressentir?

10 Jésus enseignait dans une des synagogues, le jour du sabbat. 11 Et voici, il y avait là une femme possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans; elle était courbée, et ne pouvait pas du tout se redresser. 12 Lorsqu’il la vit, Jésus lui adressa la parole, et lui dit : Femme, tu es délivrée de ton infirmité. 13 Et il lui imposa les mains. A l’instant elle se redressa, et glorifia Dieu.

La présence du 18 vient confirmer qu’il s’agit bien de connecter les récits entre eux. Il est question d’une femme. Cela pourrait être une évocation de la reine mère ou bien symboliser la couronne.

14 Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat, dit à la foule : Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. 15 Hypocrites ! lui répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son boeuf ou son âne, pour le mener boire ? 16 Et cette femme, qui est une fille d’Abraham, et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat ? 17 Tandis qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient confus, et la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il faisait.

Ce passage est moins clair. L’analyse de l’article Siloé prenait fin ici. Le thème du Sabbat est central ici. C’est durant ce moment où une grande partie des intervenants sont neutralisés que les forces de l’obscurité vont entrer réellement en action durant la Passion. Mais aujourd’hui, je vous propose de poursuivre:

18 Il dit encore : A quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je ? 19 Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin; il pousse, devient un arbre, et les oiseaux du ciel habitent dans ses branches.
20 Il dit encore : A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ? 21 Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, pour faire lever toute la pâte.

Nous avons un passage similaire en Mt 13 qui est précédé par ceci:

13.24 Il leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ. 13.25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla. 13.26 Lorsque l’herbe eut poussé et donné du fruit, l’ivraie parut aussi. 13.27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire: Seigneur, n’as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie? 13.28 Il leur répondit: C’est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent: Veux-tu que nous allions l’arracher? 13.29 Non, dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. 13.30 Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.

Les chrétiens sont bien conscients que l’église n’est pas homogène et qu’elle comporte des ennemis. Plusieurs passages des évangiles vont en ce sens. Mais ici, cela va plus loin. En effet, il ne faut pas lire les paraboles du grain de sénevé et du levain séparément. Elles sont liées ensemble et c’est cet ensemble qu’il faut mettre en parallèle avec celle du bon grain et l’ivraie. Ce n’est d’ailleurs pas très dur à comprendre: Pessa’h est la fête des pains sans levain. La Pâque chrétienne est le renouvellement de Pessa’h et l’eucharistie instituée se base sur la consommation d’un pain sans levain. Il est incompréhensible que les chrétiens, en voulant donner un sens à cette toute petite parabole dont la transmission aurait pu être altérée, se permettent d’effacer la métaphore du levain dans la Torah alors qu’elle y est centrale dans le moment le plus important de l’année: la mémoire de la sortie d’Égypte. Si beaucoup prennent en compte le sens négatif, il le font côtoyer le sens positif sans être d’avantage perturbés, allant jusqu’à inventer l’expression « le levain de l’Esprit saint » pour décrire l’action de celui-ci sur les cœurs. C’est une mise en abyme! Faire du levain une métaphore de l’Esprit saint est la preuve que du levain s’est introduit!

Un peu plus loin dans l’évangile de Mathieu, le Messie dénonce le levain des Pharisiens et des Sadducéens juste après le deuxième épisode de multiplication des pains:

Mt 16.1 Les pharisiens et les sadducéens abordèrent Jésus et, pour l’éprouver, lui demandèrent de leur faire voir un signe venant du ciel.
16.11 Comment ne comprenez-vous pas que ce n’est pas au sujet de pains que je vous ai parlé? Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens.
16.12 Alors ils comprirent que ce n’était pas du levain du pain qu’il avait dit de se garder, mais de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens.

Le levain est ici le mensonge introduit par les groupes qui se partagent le pouvoir en Judée. Le mot levain n’est même pas cité dans le 4ème évangile. Dans Lc:

Luc 12.1 Sur ces entrefaites, les gens s’étant rassemblés par milliers, au point de se fouler les uns les autres, Jésus se mit à dire à ses disciples: Avant tout, gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie.

Dans Luc, le levain est hypokrisis, traduit par hypocrisie.  C’est en lien avec la Parole en s’aidant du contexte immédiat (hypokrisis peut aussi signifier mensonge/dissimulation):

12.2 Il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu.

Ce que nous pouvons déduire des éléments dans Lc est que le levain n’est pas la simple hypocrisie comme comportement individuel. Il s’agirait d’avantage de l’hypocrisie liée à l’enseignement religieux. C’est sa conséquence qui est le mensonge qui prend une dimension communautaire et transmissible dans le temps. Inviter quelqu’un à se méfier de l’enseignement religieux d’un hypocrite revient à lui ordonner de s’enseigner lui-même. L’hypocrisie de l’enseigné serait ainsi de faire endosser à l’enseignant la charge de son propre égarement.

Mar. 2/12: Enfin dans Mc:

Mc 8.15 Jésus leur fit cette recommandation: Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens  (et du levain d’Hérode).

En première étude, je suis resté perplexe face à ce récit, un peu à la manière des apôtres. A présent, après avoir réfléchi à la problématique, je peux affirmer que c’est cette dernière version qui est correcte (« et du levain d’Hérode » est entre parenthèse car seul le terme « pharisien » est commun aux trois versions, et nous allons voir pourquoi par la suite). Le sujet de la métaphore du levain n’a pas été donné aux Apôtres. D’avoir affirmer qu’il pouvait s’agir de l’enseignement ou de l’hypocrisie est une erreur coupable des auteurs: ils ont voulu forcer une interprétation. Tout l’enjeu ici est de définir précisément ce qu’est le levain. Ce n’est qu’à ce prix que l’enseignement peut être compris ici. Nous allons constater toutes ses implications.

Mc 8.17Jésus, l’ayant connu, leur dit: Pourquoi raisonnez-vous sur ce que vous n’avez pas de pains?
Etes-vous encore sans intelligence, et ne comprenez-vous pas?
18 Avez-vous le coeur endurci?
Ayant des yeux, ne voyez-vous pas?
Ayant des oreilles, n’entendez-vous pas?
Et n’avez-vous point de mémoire?

19 Quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux avez-vous emportés?

 

Douze, lui répondirent-ils.

20 Et quand j’ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées?

 

Sept, répondirent-ils.

 

21 Et il leur dit: Ne comprenez-vous pas encore?

Correction: il semblerait que le 12 et le 7 sur lesquels il est demandé de réfléchir ne sont pas des nombres pris au hasard contrairement à ce que j’ai pu supposer (aussi pour éviter de mal-interprété). Nous verrons plus loin dans l’article leur importance. D’ailleurs, ces nombres sont confirmés dans Mt:

Mt 14.20 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient.
15.37 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient.
16.9 Etes-vous encore sans intelligence, et ne vous rappelez-vous plus les cinq pains des cinq mille hommes et combien de paniers vous avez emportés, 16.10 ni les sept pains des quatre mille hommes et combien de corbeilles vous avez emportées?

Dans Luc, il est fait mention d’une seule multiplication ( il n’y a pas de corbeille) et elle n’a aucun lien avec la scène:

9.17 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient.

Après réflexion, je suis parvenu à la conclusion que le levain était l’orgueil. De l’orgueil peut découler l’hypocrisie, et de celle-ci découler le mensonge (réinterprétation des écritures). L’hypocrisie et le mensonge ne sont pas les seules conséquences de l’orgueil. Quant au pain, tout porte à croire qu’il s’agit de la foi. Dans le Notre-Père, le mot qui est abusivement traduit par quotidien serait en réalité subsistance. La foi serait donc le pain de subsistance donné chaque jour par le Père.

Mt 6.11
Ton arton hēmōn ton epiousion dos hēmin sēmeron
Le pain de nous (le) subsistance accorde nous aujourd’hui

(Retenons le mot sēmeron pour plus tard)
Un grain d’orgueil va altérer le pain avec le temps. Un jour, l’individu commettra un acte qui reflétera la corruption complète de sa foi. Ce sera l’instant de bascule, la matérialisation de la cuisson. A présent, décortiquons le récit.
Tout d’abord le Messie et ses Apôtres sont entourés d’une grande foule. Certains viennent de loin et tout le monde a faim. Dans un miracle biblique, a lieu pour la deuxième fois la multiplication de la nourriture. Là-dessus des pharisiens interviennent et demandent des preuves de légitimité au Messie. Il se détourne d’eux et s’éloigne avec son groupe restreint. Il met alors en garde contre le levain de ces gens. Les Apôtres ne comprennent pas. Le Messie s’énerve alors. Peine perdue. A ce point peine perdue, que 2000 ans plus tard, le message n’a toujours pas été compris.

C’est qu’en réalité, ce que cet énervement trahit est la lutte intérieure du Messie. Dieu vient en réalité de lui donner une leçon. J’ai toujours trouvé curieux ces récits de grandes foules. Je trouvais que ces récits de miracles étaient ostentatoires et inutiles, voire contreproductifs. Le fait est que mon analyse était correcte: le Messie avait bien compris ce qu’il allait se passer après son départ. Le chaos. Mais ce chaos n’allait pas advenir de suite, mais au bout d’un certain temps de maturation.
Bien conscient que ses enseignements allaient être déformés, le Messie s’est mis en tête de toucher le plus de monde possible en même temps pour que tout le monde puisse avoir accès à un enseignement inaltéré. Mais il réalise alors deux choses: réunir autant de monde ne garantissait en rien cela, et la présence de la foule pouvait attirer les soldats romains. Il se résout alors à nourrir tout le monde et leur demande de partir, ce qu’ils font. Sont-ils rassasiés d’enseignements? Surement pas. Pourtant ils s’en vont. C’est ainsi. Le Messie se heurte à la réalité de sa mission: tout s’inscrit dans le temps long. A la vue des miracles et de son autorité sur la foule, des pharisiens apparaissent. Le Messie comprend alors que les vautours rodent. Le potentiel d’une telle foule menée par des individus aspirant au chaos  n’est pas une bonne chose. L’instant est crucial. Face au danger potentiel des opportunistes, il convient d’être sur ses gardes. Malheureusement, les Apôtres ne comprennent pas le danger. Ils sont naïfs. Peut-être pensent-ils qu’il n’y a qu’une seule manière d’interpréter la Parole? Ou bien le Messie réalise qu’ils peuvent représenter un danger eux-aussi par aveuglement de la réalité du peuple?
L’enseignement ici est que l’hypocrisie n’est pas le seul danger. Le danger de l’attitude de rébellion peut s’avérer bien plus dévastateur. L’orgueil amène la personne à être dans une attitude de défiance vis-à-vis des autorités religieuses, des enseignements traditionnels. Comprenons bien que le récit évangélique s’est transmis par l’oral pendant plusieurs dizaines d’années. Les rédacteurs ont commencé leur travail de compilation après 70. Selon moi, ils n’ont eu aucun contact avec les Apôtres, seuls capables de discerner le vrai du faux. Cette transmission orale a donc été populaire. Elle a été altérée par l’attitude de rébellion. Mais cette altération serait d’avantage causée par une sorte de filtrage. L’accent a été mis sur le péché de littéralisme et d’hypocrisie. Ce récit appartient aux enseignements qui dénoncent l’attitude de rébellion. S’il est parvenu jusqu’à nous intact dans Mc, c’est tout simplement parce qu’il n’a pas été compris comme tel et comme on peut le constater pour deux évangélistes, mal-interprété en insérant des précisions absentes initialement. La théologie traditionnelle a entériné que ces pharisiens étaient coupables d’hypocrisie, alors que c’était tout le contraire. Si ce récit a été une leçon pour le Messie il y a 2000 ans, cela en est une pour nous aujourd’hui. En langage biblique, nous pouvons parler de:

Jacques 3:16 – Car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, il y a du désordre et toutes sortes de mauvaises actions.

En première lecture, on peut être troublé par le fait que le royaume est semblable au levain, cela parait contradictoire. C’est qu’en réalité, comme je le disais juste avant, il ne faut pas dissocier les deux paraboles. Le royaume est à la fois une graine qui devient un magnifique arbre qui abrite des oiseaux, – et nous connectons avec la métaphore des oiseaux si souvent abordée ici -,  et à la fois du levain introduit dans la pâte.
Ce n’est donc pas uniquement des individus qui sont corrompus parmi les croyants, mais le corpus en lui-même puisque des mensonges y ont été introduit comme conséquence du levain  ajouté dans la pâte du récit. C’est ce que nous allons voir dans la suite de l’étude. Si le levain n’est pas le mensonge introduit, il en est une des conséquences. D’ailleurs au passage, on ne peut que s’interroger sur la raison pour laquelle les théologiens chrétiens n’ont jamais trié dans le corpus biblique dans la mesure où le Messie a bien fait comprendre que celui-ci était corrompu. Cela pourrait éviter aux gens partisans du sola scriptura de commettre des erreurs de doctrine.
Si nous avons vu que la donation des clefs à Pierre venait d’Esaie 22.22, il reste néanmoins un passage que certains pourraient interpréter comme une annonce d’infaillibilité de l’église institutionnelle. Penchons-nous sur la deuxième parti de ce verset:

Matthieu 16:18
Et je te dis aussi, que tu es Pierre, et sur cette pierre j’édifierai mon Église;
et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.

Des portes ne peuvent être le sujet d’une action, elles ne sont qu’une conséquence. Ici, il n’est pas dit que les entités du mal ne pourront rien contre elle, mais qu’uniquement les portes ne se refermeront pas sur elle. Cela signifie simplement que l’Église, en tant qu’assemblée des croyants, demeurera. Cela ne dit rien d’une institution à sa tête, ni de ses avis théologiques. J’en veux pour preuve que la deuxième partie du verset est une réactualisation d’une prophétie  (établissement d’une assemblée) qui concerne tous les fils d’Abraham, paix sur lui:

Genèse 22:17 je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer;
et ta postérité possédera la porte de ses ennemis.

Les ennemis de la postérité sont voués à l’enfer + l’Église est la postérité spirituelle de Pierre ⇒ il y a équivalence des formules. En remettant l’Église dans un récit similaire à Israël, nous comprenons bien que l’erreur doctrinale est possible (les évangiles en montrent certaines comme la non-croyance en la résurrection pour les Sadducéens) et que la continuité de pouvoir temporel ou spirituel n’est pas promise (exils et dominations étrangères, chute des grands-prêtres).

Le passage en parabole du chapitre 13 de Mat se termine ainsi:

13.52 Et il leur dit: C’est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes.

Ceci est la confirmation que le mélange est scripturaire et non seulement humain.

Il y a un autre élément de Lc 13 que j’avais laissé de coté: le 18. Plutôt que d’écouter le Chat qui commençait à s’orienter vers la guématrie ou la symbolique, comme à son habitude, j’ai cherché une solution simple: je me suis rendu au chapitre 18!

1 Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. 2 Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. 3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de ma partie adverse. 4 Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, 5 néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. 6 Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique. 7 Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? 8 Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?

C’est alors que tout un pan des évangiles s’éclaire: le juge inique n’est autre que le préfet romain du chapitre 13. La veuve est la reine-mère d’Adiabène, qui est bel et bien veuve avec ses 7 garçons. Nous comprenons que c’est bien elle qui a obtenu la mort du Messie pour servir ses ambitions. C’est ce qu’elle vient annoncer lors de la scène de l’onction avec du parfum. https://www.stephanpain.com/2024/09/23/onction/
Le terme veuve nous rappelle les fils de la veuve. Si le terme est présenté comme récent, il puise, selon mes recherches, jusque dans la religion antique égyptienne. La veuve est la divinité du conte central dont nous avons maintes fois parlé. La doctrine centrale de ses adeptes est la réincarnation. Ce n’est donc pas sous le titre de prophète au féminin qu’un personnage réapparait mais en tant qu’incarnation de cette divinité. Les fils de la veuve lui rendent un culte. Nous voyons immédiatement le lien avec l’article précédent et ces mystérieux cultes rendus à des divinités féminines. Ces cultes n’ont absolument pas été abolis à la venue de l’Islam, ils ont juste muté. Selon mes hypothèses, les apparitions mariales sont réelles mais démoniaques. Il s’agirait de cette divinité égyptienne qui n’a jamais vraiment quitté la scène. Ce démon féminin revient régulièrement semer le trouble chez les croyants en détournant ceux qui ont besoin de support/preuve matériel pour avoir la foi. Il y a eu un nombre incalculable d’apparitions dans le monde entier. Comme certaines servaient le narratif du pouvoir centralisé, celui-ci en a « officialisé » un certain nombre jusqu’à la dernière reconnue en 2016.

A ce jour, le nombre d’apparitions officielles est de 18.

A cet endroit, il parait opportun de placer le lien vers l’article centré autour du verset 18 d’Ésaïe 22 et de ses trois cercles: https://www.stephanpain.com/2025/02/02/bonnet-000/

18 dans la numération alphabétique grecque s’écrit ιηʹ (ι  est 10, η  est 8, ʹ indique la numération), en majuscule: IH.
Or, IH est le début du nom Ἰησοῦς, IHΣOYΣ,  Iēsoūs. IH n’est autre que le nom de Dieu dans la Bible, Yah, transposé en grec.
IHS est l’abbréviation de la version latine du nom IHΣOYΣ qui est un symbole chrétien très répandu et qui est encore en usage. IHS est souvent interprété comme un acronyme selon des interprétations plus ou moins forcées. (σῴζω vient de la racine grecque σω-, présente dans les mots liés à la préservation et au salut; σῶς, sôs : sauf, sain ). Sous ce 18 se cacherait donc le Créateur, seul capable de faire ce petit tour de passe-passe scripturaire. Le Créateur n’est donc pas hostile à la langue grecque et à la culture qui lui est associée, mais à la structure civilisationnelle polythéiste. Ce qui est promu ici est un globalisme céleste qui s’oppose au globalisme mammonique et au globalisme d’insoumission. Nous verrons plus loin les répercussions des affrontements entre ces différentes visions et comment elles sont centrales dans cet article.

A présent que le coeur de l’article est dévoilé, nous pouvons poursuivre notre progression dans le texte. Le passage de 22 à 30 paraphrase ce qui précède.

13.35 Voici, votre maison vous sera laissée; mais, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

Au jour de la Seconde Venue, seuls certains reconnaitront le Messie. Cela n’a rien de communautaire, ni d’institué. Passons au chapitre suivant. Parabole des premiers et des derniers qui se conclut ainsi:

14.11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.

Ceux qui ont fondé leur rang social sur la prééminence de la doctrine qu’ils professent seront les plus bas en foi au jour des comptes. Vient ensuite la parabole des Noces à proprement parler (les deux sont liées). Elle se conclut ainsi pour montrer que tous ceux qui ont accaparé les écritures et donc l’Esprit qui les habite, ont trahi et sont rejetés par le Messie:

14.24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper (celui des Noces).

La suite est plus obscur et peut être supposément altéré, ce qui arrive quand le rapporteur ne comprend pas le sens. Il est question d’une tour, ce qui nous rappelle le sens de Magdala (litt: le lieu « ma » haut/élevé GDL) (le surnom de la reine) ainsi que la tour de Siloé (du palais de la reine). Ensuite il est question d’une guerre entre deux armées. Nous comprenons que l’armée désignée par les historiens comme fondée sur des croyances uniquement biblique  serait en réalité animée par la nouvelle foi messianique instrumentalisée par la couronne. Ce qui est nommée première guerre  judéo-romaine serait en réalité la première guerre christiano-romaine. Cette couronne convoite Juda au détriment de la couronne hérodienne, ce qui explique la manière dont est dépeint cette dernière dans les évangiles. La couronne plus puissante pourrait aussi être Rome. Les stratèges ont visiblement sur-estimé leur capacité à remporter la victoire. C’est d’ailleurs ce qui marque la fin de leur emprise visible sur l’Église. On peut aussi conceptualiser cette guerre sous la forme d’une guerre civile entre deux couronnes, où l’une tente un coup d’état sur l’autre, avec Rome qui imprime son autorité et réprime durement. A ce moment là, la mise en garde, qui comprend le levain hérodien, prend son sens: elle invite à se désolidariser de l’un et l’autre groupe. C’est l’orgueil qui est bel et bien le moteur de la guerre civile. A la nuance prêt que la Parole ne risque pas d’être altérée par le levain des hérodiens. Ce qui n’est pas le cas de la faction adiabénienne qui, si elle échoue politiquement par la destruction du Temple, va trouver un écho favorable en se réinventant  et en se scindant  en deux au travers de deux composantes complémentaires: le judaïsme rabbinique et le christianisme élitiste.

Lc 15.1 à 10  rappelle qu’il n’y a pas de victime innocente parmi ceux qui sont soumis à ces gens de pouvoir. Dieu a la capacité de conserver sous son aile tous ses petits même si ils sont endoctrinés par des mensonges injectés au milieu de la Parole. Il n’y a donc pas lieu de s’attrister sur certains égarés.

La parabole du fils prodigue ne cadre pas avec le contexte: elle est liée au Messie, à sa Seconde venue, et à la façon dont il est perçu. https://www.stephanpain.com/2015/10/12/le-fils-prodigue/

Le début du chapitre 16, la parabole de l’économe infidèle, est une parabole inversée: le personnage principal est l’adversaire. Sujet traité ici: https://www.stephanpain.com/2024/12/30/juste-son-article/

16.16 La loi et les prophètes ont subsisté jusqu’à Jean; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun use de violence pour y entrer.

Cela décrit bien les factions en lutte pour l’Esprit.

16.17 Il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu’il ne l’est qu’un seul trait de lettre de la loi vienne à tomber.

La Loi est au coeur des divergences.

16.18 Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, et quiconque épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère.

On en déduit que ce verset parle de l’Alliance. L’adultère est une métaphore récurrente de l’idolâtrie.

La suite est la parabole du pauvre _azare que nous avons exposé ici:
https://www.stephanpain.com/2023/04/06/cinq-gens-du-doigt/

31 Et Abraham lui dit: «S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader par quelqu’un qui ressusciterait des morts.»

La parabole est claire: la tradition prophétique antérieure est prépondérante sur une nouvelle doctrine étrangère à la Loi: la résurrection/réincarnation (terme ambigu que l’on peut confondre avec le Jour de la Résurrection qui lui est général).

Reprenons vers la fin du chapitre 17:

17.24 Car, comme l’éclair resplendit et brille d’une extrémité du ciel à l’autre, ainsi sera le Fils de l’homme en son jour.

Ce passage décrit la désolation qui va mener à la destruction du Temple. Si j’ai choisi ce verset, c’est pour montrer que la période attendue, 40 ans, est relativement courte au regard de l’histoire. L’expression de l’éclair utilisée pour décrire une courte période de temps nous renvoie à Lc 10.18 où nous avons vu que les traductions font passer l’adversaire pour un ange tombé du ciel, alors qu’il s’agit juste de décrire le temps de venue effectif du Messie qui est encore plus court (le temps de chute de l’éclair).
Le chapitre s’achève ainsi:

17.37 Les disciples lui dirent: Où sera-ce, Seigneur?
Et il répondit: Où sera le corps, là s’assembleront les aigles.

Les aigles vont s’emparer du corps de l’Église après la chute de Juda. Cela renvoie à la métaphore des oiseaux de proie maintes fois abordées ici. https://www.stephanpain.com/2025/02/02/bonnet-000/

Actes 6

Encore quelques récits et paraboles que nous n’allons pas traiter, et puis c’est enfin l’entrée triomphale sur le dos d’un âne. Entrée dans le récit de la Passion. Nous allons maintenant faire un bond dans le temps et nous rendre au chapitre 6 du livre des Actes, qui si on se souvient, est du même hauteur que Lc. Nous devrions y trouver les mêmes accusations cachées à l’encontre des partis adverses. Il se trouve qu’un élément avait attiré mon attention en 2014 par un Signe d’eau: l’introduction du chapitre 6, et tout particulièrement un mot. Ce passage bien mystérieux intrigue tous les théologiens. Muni de notre grille de lecture en provenance de Lc 13, nous pouvons explorer une autre interprétation. Souvenons du passage de Mc 12.17-21 où il est demandé de faire fonctionner son intelligence après la mise en garde.

Actes 6
6.1 En ce temps-là, le nombre des disciples augmentant, les Hellénistes murmurèrent contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution qui se faisait chaque jour.
6.2 Les douze convoquèrent la multitude des disciples, et dirent: Il n’est pas convenable que nous laissions la parole de Dieu pour servir aux tables.
6.3 C’est pourquoi, frères, choisissez parmi vous sept hommes, de qui l’on rende un bon témoignage, qui soient pleins d’Esprit Saint et de sagesse, et que nous chargerons de cet emploi. 4 Et nous, nous continuerons à nous appliquer à la prière et au ministère de la parole.
6.5 Cette proposition plut à toute l’assemblée. Ils élurent Étienne, homme plein de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas, et Nicolas, prosélyte d’Antioche. 6.6 Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

Nous pouvons poser que les Hellénistes décrivent les partisans de la reine d’Adiabène à cause de son prénom et non simplement les locuteurs de langue grecque. Il s’agit plus justement de désigner une partie des héllénistes, car ce groupe est animé de visions religieuses différentes (céleste opposé à insoumis).  Il ne s’agit pas d’une astuce ou d’un code, mais une simple question pragmatique. Les Apôtres ne sont pas chez eux, ils n’ont pas les codes culturels des urbains, ni la langue. Dans l’intervalle entre la Passion et la Pentecôte, c’est surement la magdaléenne et son réseau bien implanté localement notamment chez les rabbins qui prend l’ascendant sur la majeure partie des locuteurs grecs et lettrés qui adhèrent à la venue du Messie. Il est même fort possible que leur adhésion soit consécutive à sa prédication et qu’elle fait suite à une hostilité marquée à l’encontre du Messie. Cette légitimité se justifie par son témoignage sur la résurrection, qui est démentie par les Apôtres. La Pentecôte est un miracle basé sur les langues étrangères. Tout à coup voici que nos chers galiléens sont compris clairement par toute la diaspora. Ainsi, un grand nombre d’hellénistes vont alors basculer vers eux.   Voilà le clan « johannique » qui perd de son autorité. Dans la théologie des évangiles synoptiques lorsqu’elle n’est pas revisitée par l’église instituée, la culture grecque est absente. C’est un univers propre à l’école johannique, et ce, dès son introduction. Les hellénistes n’avaient pas un poids significatif dans l’église primitive centrale (c’est un phénomène de diaspora du temps de la deuxième partie des Actes). Du moins, la tête de l’Église naissante était uniquement galiléenne.

Remarque sur l’étude d’Acte. 
Le livre est surement basé sur des récits très fragmentaires issus de la tradition orale.  La description d’une communauté idéale de partage se heurte au réel du contexte historique. Cette construction, agrémentée du récit du couple tué par Dieu selon un schéma caricatural très ancré dans la Bible antique et dans une ambiance de terreur (qui rappelle étrangement la mise en place du récit républicain), me semble justifiée par la volonté de créer un cadre pour orienter l’interprétation du début du chapitre 6. On notera également les interventions théologiques complétement en dehors du sens que l’on fait tenir à Pierre.  Les connexions entre les Apôtres et les diasporas sont surement forcées. Il semblerait qu’il s’agissait de faire du liant avec le récit autour du personnage d’Étienne ( qui lui est très ancré dans les écritures).

« Leurs veuves » semble être un pluriel générique, mais cela pourrait être un camouflage léger pour voiler la reine veuve et son service spirituel sur ses disciples. A savoir que le sarcophage attribué à la reine trouvé dans la tombe monumentale dite « tombeau des rois » porte l’inscription Tsadah malkata, צדה מלכתה. Le lexique donne tsedah: provision. Ce titre pourrait donc être en lien avec la renommée acquise par la distribution de nourriture lors de la famine des années 40 en Judée. Mais il peut aussi être à double sens et évoquer la nourriture céleste:

Ps 78.25 Ils (fils d’Israël) mangèrent tous le pain des grands (gén. trad. par Anges: dimension céleste),
Il (Dieu) leur envoya de la nourriture (Tsedah) à satiété.

On pourrait aussi émettre une hypothèse autour de la personne de la Vierge Marie, paix sur elle. Elle disparait complètement du récit et ne participe pas à la communauté. Elle n’y exerce aucune fonction alors qu’elle est  légitimée par sa filiation avec le Messie et l’apparition de l’ange Gabriel, paix sur lui. A ce moment là, elle pourrait être veuve et bien que neutre, pourrait avoir été instrumentalisée dans les débats autour du service cultuel. Le pluriel serait alors justifié.
Ce qui est distribué ici est le pain eucharistique, autrement dit la part d’Esprit qui travaille l’âme de chaque disciple quotidiennement.

Sourate Al Maidah La Table 5.114
« Ô Allah, notre Seigneur, dit ‘Isa (Jésus), fils de Maryam (Marie), fais descendre sur nous une Table (servie) du ciel qui soit une fête pour nous, pour le premier d’entre nous, comme pour le dernier, ainsi qu’un signe de Ta part.
Nourris-nous*: Tu es le meilleur des nourrisseurs. »

* arzouqna, de la racine RZQ, en lien avec la subsistance (rizq) généralement matérielle.

L’évangile johannique n’enseigne pas l’eucharistie en tant que Cène au sein de la Passion, mais en tant que principe spiritualisant enseigné en début de ministère. Les Hellénistes (ceux soumis au camp johannique) ne pratiquent donc surement pas l’eucharistie. Dans la théologie lévitique, le sacerdoce se reçoit par imposition des mains. Si les 12 n’ont pas consenti à lui imposer les mains car ils se méfiaient d’elle, alors elle ne peut pas revendiquer le sacerdoce. A la place de la Cène, dans l’évangile johannique, nous avons le lavement des pieds. Nous pouvons donc imaginer un rite institué par ce groupe spécifiquement. Ce que nous comprenons, par la théologie johannique, est que l’Esprit « tomberait » sur le fidèle au moment de ce lavement puisque l’eau y est associé à l’Esprit. Ce n’est pas un hasard si l’Esprit est fait de feu dans la Pentecôte: c’est son opposé.
Le verset 2 indique que ce sont les Apôtres qui sont au service de l’eucharistie (la Table est dressée au sein des diverses assemblées uniquement dans un espace géographique limité). Ils n’envisagent pas de trahir l’ordre du Messie de servir, donc la parole de Dieu. Il n’est donc pas question de se soumettre à la position Johannique prônée par les partisans de la reine. On peut alors établir que l’équivalent de la Cène johannique est la cérémonie de l’onction de parfum: nous comprenons alors que cette onction correspond à une soumission spirituelle du Messie à la reine: sa mort va le servir)
Lorsque l’on étudie le grec employé, on se rend compte que les mots traduits par
– diakonia: « distribution », 6.1, (supposément de nourriture dans la traduction),
– diakonein: « servir », 6.2, (aux tables de cette nourriture),
– et diakonia: au « ministère », 6.4, (de la Parole)
sont tous issus du même mot grec diakonia (qui donne diacre en français selon l’interprétation donnée ultérieurement).
De plus, nous avons vu plus tôt dans l’article que le mot traduit par aujourd’hui dans le Notre-Père est sēmeron. Nous apprenons dans le lexique, que ce mot est un adverbe construit à partir du mot hemera précédé du préfixe s. Or, un autre mot peut être obtenu à partir de hemera: kathemerinos. Celui-ci est formé avec le préfixe kata. Nous le retrouvons dans le verset Ac 6.1, traduit par quotidien. Kathemeron est un hapax de l’évangile: nous comprenons donc que la distribution quotidienne dont il est question ici est de même nature que celle qui est décrite dans le Notre-Père.
Le verset 3 indique que les Apôtres souhaitent assurer leur succession dans le service eucharistique. Mais c’est l’assemblée qui désigne ces successeurs. C’est un acte de défiance manifeste à l’égard de la lignée dynastique à la prétention royale. C’est aussi un acte de désaveu à l’égard de la caste cooptée qui va plus tard s’accaparer le service eucharistique en n’ayant aucun compte à rendre à l’assemblée. Ce serait une sorte de sacerdoce « démocratique » émanant du peuple, donc dans une logique familiale. Nous revenons à l’esprit initial de Pessa’h tel que nous l’avions vu dans ces deux articles:
https://www.stephanpain.com/2023/04/14/pessah/
https://www.stephanpain.com/2023/05/18/pessah-seni/

Le catéchisme catholique fait de ces 7 hommes,  – les véritables successeurs à la tête de la communauté (mais non-apostolique)  – , de simples diacres qui sont présent pour le service de nourriture. Reconnaissons que si leur place actuelle est plus enviable, il n’en demeure pas moins uniquement des assistants des officiants appartenant à la classe cooptée. Cette dernière s’est contenté de conserver le rite d’imposition des mains comme légitimité à la continuité au service eucharistique de dépôt de l’Esprit.
Inutile de préciser que puisqu’ils ne respectent pas le processus de choix de l’assemblée établi par les Apôtres, ils ne peuvent donc pas revendiquer la réception de l’Esprit consécutif à l’imposition des mains qui est lui-même ordonné par l’Esprit. Raisonnement circulaire mais légitime celui-ci. Soyons taquin.
Cette lignée, lors de la grande désolation, a fui Juda et est parti vers le sud-est. C’est la Naqatallah que nous retrouvons à Pétra plus de 300 ans plus tard.
https://www.stephanpain.com/2025/04/23/hatselelponi/

Le panier est kophinous au nombre de 12 et spuris est traduit par corbeille et décrirait un grand panier. En théologie classique, en lien avec les deux multiplications des pains, le 12 ferait référence à Israël, et le 7 projeté en 70, aux nations. Si l’on reporte ce principe à Actes 6, alors les 7 diacres constitueraient le noyau origine des 70 sages de la nation chrétienne (Esaü). Nous aurions donc bien une scission physique entre les 12 et les 7. Les 12 se seraient donc séparés de la communauté naissante pour former une communauté restreinte conservée purifiée. Est-ce que ce sont les 12 que Dieu fait dormir pendant 300 ans dans une des cavernes (al Kahf)de Pétra pour les réveiller au moment où Salih, paix sur lui, entre en ministère (vers +363: tremblement de terre de Pétra)? C’est fort possible. Pendant ce temps, ceux qui se disent les successeurs apostoliques ont réécrit la destinée des Apôtres. La communauté chrétienne sous l’autorité des 70 sages ne supporte pas les mêmes contraintes (Loi).

Mc 8.17Jésus, l’ayant connu, leur dit: Pourquoi raisonnez-vous sur ce que vous n’avez pas de pains? Etes-vous encore sans intelligence, et ne comprenez-vous pas? 18 Avez-vous le coeur endurci? Ayant des yeux, ne voyez-vous pas? Ayant des oreilles, n’entendez-vous pas? Et n’avez-vous point de mémoire? 19 Quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux avez-vous emportés?

Douze, lui répondirent-ils. 20 Et quand j’ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées?

Sept, répondirent-ils.

21 Et il leur dit: Ne comprenez-vous pas encore?

Faut-il comprendre que la foule n’intéresse pas le Messie mais ceux qui restent fidèles après la multiplication, le noyau dur protecteur de son enseignement sans biais d’interprétation. Les paniers/corbeilles symbolisent le contenant du pain de la foi.

La femme dans les assemblées

Je profite de cet article pour y insérer une étude effectuée il y a quelques temps mais qui ne trouvait pas sa place dans un article. Comme ici nous sommes dans la dénonciation du johannisme dans le corpus lucanien, par extension nous pouvons y lier des éléments du corpus paulinien dont il hérite. Tout part d’une tout aussi curieuse déclaration trouvé dans une épitre corinthienne. Le chapitre 14 de la première épitre aux Corinthiens est à propos de la justification du parler en langue et du don de prophétie. L’auteur, contre toute attente, se réfugie derrière la Loi, pour justifier sa position:

14.32 Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes;
14.33 car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, 14.34 que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. 14.35 Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. 14.36 Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie? ou est-ce à vous seuls qu’elle est parvenue?
14.37 Si quelqu’un croit être prophète ou inspiré, qu’il reconnaisse que ce que je vous écris est un commandement du Seigneur.
14.39 Ainsi donc, frères, aspirez au don de prophétie, et n’empêchez pas de parler en langues.

Il est clair que l’apôtre auto-proclamé ne s’érige soudainement pas en défenseur de la Loi. Sa position globale sur les femmes n’a rien de moderniste, mais ici, la mécanique est différente. Comme nous l’avons vu chez les protestants, le parler en langue est un enjeu capital: il permet de valider la descente de l’Esprit sur un croyant. Nous avons déconstruit ce principe en montrant simplement que l’épisode initial à la Pentecôte amène les Apôtres, véritables ceux-là, à parler dans des langues étrangères, mais compréhensibles. Le miracle est alors attesté par des gens de la diaspora présents pour la fête. Pour perdurer ce miracle s’est mué en un parler en langue dit « des anges » qui ne sont donc plus compréhensibles. Les croyants ouvrent leurs bouches pour laisser parler l’Esprit et c’est alors une langue miraculeuse mais incompréhensible qui est entendue. Cela peut paraitre hors de propos, mais ce principe, je le répète, est toujours valide chez les protestants. D’ailleurs, le charisme du don des langues existe aussi chez les catholiques de manière marginale, mais néanmoins reconnu selon la même définition. Il semblerait que le prétendu apôtre soit à l’origine de cette pratique. Dans la guerre qui l’oppose au clan johannique, il est fort possible, comme l’enjeu est donc l’accaparement de l’Esprit, que ce clan ait argumenté sur la base de la Loi pour démontrer la fausseté du principe miraculeux. Ce clan est mené, à l’époque de l’apôtre, c’est à dire dans les années 40 et 50, encore par la reine, puisqu’elle ne meurt que vers la fin des années 50. Ce que fait le guide sectaire est donc de répondre à l’attaque, en faisant valoir que son opposant, une femme, prend la parole devant les assemblées en s’appuyant sur la Loi alors que sa prise de parole contrevient à la Loi. Ce faisant, il détourne les écritures pour justifier le parler en langue. Il faut bien comprendre que le parler en langue est tout ce qui reste aux menteurs pour déclarer avoir reçu le feu de l’Esprit puisque le miracle n’a eu lieu qu’une fois et que la succession se fait par imposition des mains. Si les Apôtres ne peuvent rien faire contre ceux qui professent des mensonges sur la Parole, ils ont encore le choix d’imposer ou non les mains.
Quant à la question du cadre de Corinthe, il me semble que la toile de fond est la famine qui a lieu en Judée vers 46 – 48. La reine est célébrée dans le monde rabbinique pour avoir fait venir d’Égypte et de Chypre de grosses quantités de nourriture. Il est fort possible qu’elle se soit aussi présenté à Corinthe pour stimuler la communauté à donner et qu’elle se soit retrouvé en directe concurrence avec l’équipe adverse des pauliniens. La compétition dans la charité n’est pas une nouveauté. Et ce n’est certes pas une bonne chose lorsqu’elle est motivée par l’égo.

Lapidation d’Étienne

Voici ma proposition de récit épuré de tous les ajouts théologiques et les extrapolations:

6.8 Étienne, plein de grâce et de puissance, faisait des prodiges et de grands miracles parmi le peuple.
6.9 Quelques membres de la synagogue dite des Affranchis, de celle des Cyrénéens et de celle des Alexandrins, avec des Juifs de Cilicie et d’Asie, se mirent à discuter avec lui; 6.10 mais ils ne pouvaient résister à sa sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait. 6.11 Alors ils subornèrent des hommes qui dirent: Nous l’avons entendu proférer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu.
6.12 Ils émurent le peuple, les anciens et les scribes, et, se jetant sur lui, ils le saisirent, (et l’un d’eux cria à la ronde qu’ils ) l’emmenaient  devant le Sanhédrin ( pour parer le groupe de légitimité et faire taire toute contestation ) mais ils vinrent se présenter devant une assemblée restreinte composée uniquement de quelques membres du Sanhédrin représentant une tendance minoritaire mais néanmoins influente, mais surtout avec un énorme potentiel de nuisance,  accompagnés de rabbins pharisiens  et leurs disciples dont la synagogue était en bordure de la ville) . 6.13 Ils produisirent de faux témoins, qui dirent: Cet homme ne cesse de proférer des paroles contre le lieu saint et contre la Loi;

7.58 (Plus tard, ils) le traînèrent hors de la ville. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul.
7.59 Et ils lapidèrent Étienne.

8.2 Des hommes pieux ensevelirent Étienne, et le pleurèrent à grand bruit.

La description de la coalition qui lapide le premier des 7 correspond à un profil de croyant porteur du zèle amer plutôt que d’hypocrisie. En effet, en dehors de ce qu’ils considèrent être un pieux mensonge pour la cause, ils assument totalement leur point de vue religieux et mettent à exécution leur avis juridique de condamnation sans le faire sous-traiter par une autorité tierce. La mise en garde du Messie à ses Apôtres dans Mc 8 se concrétise en Actes 6 et 7. Toutefois, il convient de ne pas simplifier le propos: le zèle amer n’est pas forcément synonyme de rigidité doctrinale ou de littéralisme. Il peut très bien s’accomoder d’un certain progressisme dans la vision des écritures, et une certaine permissivité morale (c’est une question de hiérarchisation des objectifs). Ce qui signifie, en clair, que la coalition qui s’attaque à Etienne, qui appartient à un univers de pensée grecque, peut très bien s’accomoder de la Loi, sans en faire un critère prépondérant.
Dans notre compréhension, le statut réel d’Étienne est celui de chef successeur de la communauté naissante, et c’est surement ce motif qui a provoqué son assassinat par des gens qui prenaient très au sérieux l’héritage spirituel du Messie. Est-ce par accaparement de cet héritage ou sa contestation, la question reste ouverte. Mais étant donné le contexte, en supposant qu’il s’agit de contester l’héritage, on peut aussi supposer que cette coalition a été manipulée pour servir les intérêts de la secte dissidente. Deux visions du monde apparemment opposées peuvent donc collaborer à condition que l’une se mette au servide l’autre. Nous comprenons par-là que le clan johannique définit une caste restreinte et élitiste qui a besoin d’exécutants pour mener à bien la persécution. Ces derniers ne connaissent pas réellement les commanditaires et n’en partagent pas les croyances.  Étienne et les 6 autres auraient alors été considérés comme des traitres à éliminer. Cette hypothèse explique pourquoi la première véritable persécution qui aboutit à la mort est contre Étienne et non contre les 12.
Ironiquement, le groupe qui a finalement récupéré l’héritage spirituel s’est aussi approprié l’œuvre de Luc, tout en appartenant à un courant tiers.

La parabole duale du Royaume
19 Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin;
L’eucharistie servie à la Table du jeudi soir.
21 Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine,
La contre-eucharistie ou eucharistie gnostique/élitiste consistant en l’onction de parfum le mercredi soir

Onction

Le verset 8.2, qui vient conclure la séquence, est primordial. A quelle tradition Étienne appartient-il en dernier lieu? La mort est un instant unique et décisif de la vie d’un homme. Le rite appliqué détermine son appartenance réelle au delà de toutes les innovations et les syncrétismes. Or, ici, il est dit qu’il est ensevelit. Il n’appartient donc pas aux élites judéennes. Comme nous l’avons vu, on a retrouvé l’ossuaire de la reine d’Adiabène. Le chapitre 11, central de l’évangile johannique, et donc le coeur du texte en rhétorique sémitique, fait de la résurrection de celui que je considère comme le fils de la reine, le moment le plus important. Ce personnage a droit à un traitement funéraire étranger à la Torah. Son appartenance clanique, et sa véritable allégeance religieuse ne font aucun doute. De même, le personnage qui vient réclamer le corps du Messie à l’autorité romaine, outre le fait que cette faveur trahit sa proximité politique avec le pouvoir impérial, révèle sa connexion familiale/de caste avec le disciple bien-aimé.
https://www.stephanpain.com/2025/01/07/mes-os-et-ma-chair/

Dans une perspective d’établir une analogie pertinente avec la situation politico-religieuse moderne en France, cette coalition opportuniste de divers groupes minoritaires de diaspora, – Cyrénéens, Alexandrins,  Juifs de Cilicie et d’Asie – , semblent établir une convergence des luttes des partis de divers horizons géographiques à aspiration religieuse autour d’un bloc implanté au coeur de la cité et qui se définit lui-même comme « Les Affranchis » (Libertinos: Λιβερτῖνος): ceux qui sont insoumis à Rome et à ses collaborateurs.

Là où l’analogie est plus subtile, c’est lorsqu’il s’agit d’identifier la reine. Le statut de la reine d’Adiabène ainsi que sa fortune sont inutiles dans le contexte de ce début de 21ème siècle. La doctrine pseudo-mystique qui domine sur les réseaux, et qui va s’amplifier avec l’émergence de l’IA, promet à ceux qui y adhèrent de modeler un monde selon leurs aspirations et non seulement ancré dans le réel. Une actrice qui reste distante de son public, bien qu’ayant eu son quart d’heure de gloire en récupérant la polémique autour d’une jeune chanteuse de télé-crochet de la mouvance hellénisto-pharisienne moderne, et qui n’apparait autrement qu’à travers un personnage noble voire royal, parfois couronné, peut alimenter un imaginaire masculin. Les plus charismatiques/élevés socialement, peuvent servir ses ambitions politiques dans le réel par procuration. Nous reconnaitrons alors des figures médiatiques bien connues.
L’imaginaire s’arrête lorsque débute la médisance concrête.
https://www.stephanpain.com/2016/03/23/le-theologien-la-philosophe-et-le-messie/

Cette perspective permet de comprendre certaines associations qui paraissent illogiques au premier abord. Habituellement, ce sont les Shammaïtes qui, par leur rigidité doctrinale, peuvent s’avérer violents, faisant passer les Hillélites pour des pacifistes ouverts au dialogue. Or, par analogie, nous comprenons que les johanniques, les intellectuels citadins, peuvent exercer un pouvoir sur les hellénistes de diaspora et les pousser à mener des actions violentes à l’encontre de leurs ennemis, ici Étienne. En se plaçant à la veille de la guerre de 66, à la fin de la maturation messianique, nous retrouvons l’un des meneurs de la révolte, lui-même fils d’un prêtre important, présidant une rencontre de mise au point doctrinal entre les deux écoles  principales rabbiniques pharisiennes. La tradition ultérieure rapporte la persécution des Hillélites, motivée par la compromission avec la culture grecque. Lors de cette rencontre est établie une sorte de charte: les 18 articles. La présence du 18 nous montre qu’au travers de ce récit pourtant rapporté par un seul des deux camps (celui qui a écrit l’histoire), Dieu est capable d’exposer les travers des uns et des autres, et de les projeter dans les antagonismes modernes.
https://www.jewishencyclopedia.com/articles/3190-bet-hillel-and-bet-shammai#2719  (voir traduction du passage en bas de page)

Qu 22.47 Ils veulent que tu hâtes le châtiment, mais Dieu ne manquera pas à Sa promesse.
Un jour auprès de ton Seigneur est comme mille ans de ce que vous comptez.
Mt 17.22 Pendant qu’ils parcouraient la Galilée, Jésus leur dit:
Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes;
17.23 ils le feront mourir, et le troisième jour il sera relevé.

Le troisième jour: le troisième millénaire.

Paix sur les âmes investies de parts de  l’Esprit.

 

Notes

https://fr.wikipedia.org/wiki/Acra
https://fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/5141229/jewish/La-reine-Hlne.htm

Voici la traduction en français :

Relation avec le monde extérieur
Alors que toutes les nations autour de la Judée s’étaient alliées aux Romains, les Zélotes étaient naturellement enflammés contre chacun d’entre eux ; c’est pourquoi les Shammaïtes proposèrent d’empêcher toute communication entre Juifs et Gentils, en interdisant aux Juifs d’acheter le moindre aliment ou boisson auprès de leurs voisins païens. Les Hillélites, encore modérés dans leurs vues religieuses et politiques, n’étaient pas d’accord avec une telle exclusivité strictement définie ; mais lorsque le Sanhédrin fut convoqué pour examiner la pertinence de ces mesures, les Shammaïtes, avec l’aide des Zélotes, remportèrent la décision. Éléazar ben Ananias invita les disciples des deux écoles à se réunir chez lui. Des hommes armés furent postés à la porte, chargés de laisser entrer tout le monde mais de ne laisser sortir personne. Au cours des discussions menées dans ces conditions, de nombreux Hillélites auraient été tués ; et sur-le-champ, les survivants adoptèrent les propositions restrictives des Shammaïtes, connues dans le Talmud sous le nom des « Dix-huit Articles ». En raison de la violence qui accompagna ces décisions, et à cause du radicalisme même de ces mesures, le jour où les Shammaïtes triomphèrent ainsi des Hillélites fut par la suite considéré comme un jour de malheur (Tosef., Shab. i.16 et suiv. ; Shab. 13a, 17a ; Yer. Shab. i.3c).

https://fr.wikipedia.org/wiki/IHS_(religion)#cite_note-7
Le nombre 318 était utilisé comme symbole du Christ dans l’Antiquité : c’est le cas dans la préface de la Psychomachie de Prudence. En effet, 318 s’écrit en grec ancien TIH / TIĒ (en minuscules, τιη’), où T, qui a la forme d’une croix, est associé aux deux premières lettres de Jésus en grec, Ι / I et Η / Ē.
Cette utilisation était motivée par la présence du 318 dans Gn 14.14 sans plus de sens par rapport au contexte. Les chrétiens étaient tellement obsédés à l’idée de trouver Jésus dans la Bible, qu’ils sont passés à coté de Dieu dans l’Évangile.